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Balkans occidentaux & élargissement : entre essoufflement et pessimisme

, par Jean-Baptiste Kastel

Sur fond de crise de l’Euro, ce vendredi 9 décembre le Conseil européen devait procéder à deux choses : à la ratification de l’entrée de la Croatie dans l’Union européenne (UE) et décider ou non de l’octroi du statut de candidat officiel à l’UE pour la Serbie. Verdict : Zagreb voit enfin son marathon terminé, quant à Belgrade il faudra encore attendre.

Source photo: © Gabriel Kenedi et Elsa Ruault, libre de droit

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens-France, effectue un cursus d’études européennes à la Sorbonne-Nouvelle se spécialisant sur les relations UE/Serbie.

Une Croatie impatiente

La Commission européenne (10 juin) puis le Conseil européen (24 juin) ont décidé cet été de clore les négociations et de préparer l’adhésion du pays pour le 1er juillet 2013. Depuis l’approbation de cet élargissement par le Parlement européen (1 décembre) il ne restait plus qu’à ratifier le traité d’adhésion par la Croatie.

La Première ministre croate sortante, Jadranka Kosor, et le Président, Ivo Josipovic, arrivent à la fin de ce marathon engagé depuis 2003. Il ne reste plus qu’un effort à faire pour le pays, effectuer un référendum sur l’adhésion du pays.

En début de semaine, les élections législatives conduisaient au pouvoir la coalition de centre gauche, dirigée par le parti Kurukiku. Alternance historique pour la Croatie, depuis son indépendance le 24 juin 1991, le pays n’avait jamais vu d’autres partis que le HDZ (chrétien conservateur) à la tête du pouvoir. Cette alternance est due à une exaspération de la politique corrompue du HDZ. L’ancien Premier ministre, Ivo Sanader, est impliqué dans plusieurs affaires de corruption et de détournement de fonds publics.

Cette alternance sera-t-elle néfaste pour le référendum ? Non, pro-européen affiché, le Kurukiku souhaite poursuivre et parachever le processus d’adhésion. Cependant, alors que la quasi-totalité de la classe politique croate se prononce en faveur de l’intégration européenne, celle-ci ne fait pas l’unanimité au sein de l’opinion publique, où de nombreuses critiques - de gauche comme de droite - se font entendre au sujet de l’UE. En effet, le sondage réalisé au mois de juillet par l’Institut de sondage croate Ipsos Puls montrent que 52% des sondés soutiennent l’adhésion de la Croatie dans l’UE dans la perspective du référendum, tandis que 38 % voteront contre et 10% se disent indécis. La condamnation du Général Ante Gotovina par le TPIY a du mal à passer.

Ce constat amer est remis en cause par les décisions estivales des institutions européennes. Elles ont inversé la tendance, les derniers sondages montent que le "oui" est aujourd’hui donné gagnant à 60 %.

Belgrade désabusée

Le Conseil a décidé de repousser au mois de mars sa décision concernant la Serbie. Les raisons sont multiples mais le principal problème reste le Kosovo. Pourtant soutenu par Paris, le pays n’a pas réussi à convaincre les Etats membres de l’Union, en tête l’Allemagne et les Pays-Bas.

Une décision qui désespère le Président serbe, Boris Tadic. Pour lui, la résolution du conflit au Kosovo ne figure pas comme condition additionnelle pour l’octroi du statut de candidat. De plus, les autorités du pays ont peur de voir la population devenir eurosceptique. En effet, le dernier sondage réalisée par Belgrade montre que 53% des serbes sont favorables à l’adhésion.

Depuis 2008, on observe une baisse forte et constante du pourcentage de Serbes en faveur de ce processus. De 75% en 2008, il est passé à 70% en 2009 puis à 60% en 2010. Force est donc de constater que l’euroscepticisme gagne la Serbie à vitesse grand V. Après les arrestations de Ratko Mladic et Goran Hadzic cet été, certains Serbes, à l’instar des Croates, voient le projet européen comme un diktat. Mais la principale source de tensions pour l’opinion publique reste le Kosovo.

Lors d’un voyage dans les Balkans occidentaux cet été, la chancelière Angela Merkel a affirmé que « si la Serbie veut obtenir le statut de candidat, elle doit reprendre le dialogue avec Pristina et engranger des résultats (...), ainsi que démanteler les structures parallèles ». Sur ce point, Belgrade souhaite reprendre les négociations avec Pristina mais ne désire pas abandonner la population serbe située au nord du Kosovo

Cependant, la présente résolution reconnaît que la Serbie a fait de grands projets dans la mise en œuvre des critères de Copenhague. En visite à Paris la semaine dernière, le Ministre serbe de l’Intégration à l’Union européenne, Bozidar Djelic, a déclaré que « le Gouvernement de la République de Serbie est déterminé à aller de l’avant sur la voie européenne ».

Malgré cette volonté, le Président Tadic avait déclaré qu’en repoussant l’octroi du statut de candidat, l’Union européenne prenait le risque d’un retour du nationalisme et d’une montée des tensions, non seulement en Serbie mais dans toute la région. En effet, l’année prochaine les élections législatives et présidentielles auront lieu dans le pays et les chances de l’emporter pour les partis eurosceptiques restent envisageables.

Les dernières élections présidentielles de 2008 furent serrées. La coalition menée par le parti démocratique de Boris Tadic, avec son slogan « Partons à la conquête de l’Europe », n’emporta l’élection qu’avec 50, 31% des voix face au parti radical serbe, parti d’extrême droite.

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