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Caucase : le nouveau scénario de conflit entre l’Europe et l’Asie

, par Matteo Minchio

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La crise russo – géorgienne du mois août a mis en évidence la détérioration des relations diplomatiques entre l’Europe, la Russie et les Etats-Unis qui a atteint désormais un niveau insoutenable. Toutes ces trois puissances ont des intérêts majeurs dans cette petite région entre la mer Noire et la mer Caspienne, mais elle reste une zone tout à fait politiquement instable. Pourquoi ?

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D’abord à cause de son importance économique, puisque dans cette région se cachent les plus grands trésors énergétiques de la planète. Les puissances industrielles ont un besoin croissant de pétrole qui devient souvent une arme de chantage et de contrôle politique. Afin de se soustraire aux chantages russes et multiplier les lignes d’équipement, l’Union européenne soutient vivement la construction d’un oléoduc entre Baku- Tbilissi et Ceyhan, mais cette stratégie s’oppose évidemment aux intérêts russes. D’ailleurs, Moscou veut empêcher cette réalisation et s’imposer en tant que puissance régionale dans le Caucase à travers la conquête de facto de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. De leur côté les États-Unis défendent l’oléoduc soit en fonction de leurs intérêts anti-russes, soit contre l’Iran.

En plus à cause de son importance stratégique, puisque cette région entre l’Asie et l’Europe se pose au milieu des plusieurs scénarios possibles de conflits. Entre le Moyen Orient et l’Asie Centrale, l’Irak et l’Afghanistan, la Russie et l’Iran. Aux yeux de l’UE, les pays du Caucase sont son extrême frontière avec lesquels on voudrait cultiver un partenariat stratégique. De l’autre côté, la Russie considère le Caucase comme son rez de chaussé, zone d’influence historique dans laquelle s’affirme l’orgueil national après la terrible décennie de la fin siècle. Intérêts économiques s’opposent et se fusionnent avec la volonté de puissance.

Pour ces motifs, la région reste politiquement instable. Trois conflits majeurs ont marqué les populations dans leur sang. Le premier entre la Tchétchènie et la Russie, qui a causé deux guerres, la destruction de Groznyï et plusieurs massacres. Le deuxième entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie pour le contrôle du Nagorny- Karabakh, oublié par l’opinion publique, un « conflit gelé » toujours chaud pour les leaders des deux pays. Enfin, le conflit entre la Russie et la Géorgie pour l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, deux régions sous souveraineté géorgienne, désormais reconnues indépendantes par Moscou, puisque peuplés par des citoyens russes.

L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe

Le destin du Caucase reste officiellement dans les mains de l’OSCE, conseil permanent entre les pays européens, les anciens pays soviétiques, les États-Unis et le Canada. Ici à Vienne, on discute par rapport aux trois domaines de la Sécurité européenne : politique, économie et libertés fondamentales (élections et droits de l’homme). Effectivement, le poids de l’OSCE a été important lorsque l’organisation a été un des premiers médiateurs internationaux autorisés par les Russes à dépasser les lignes de combats dans la zone ossète. Le mérite en revient aussi à la présidence OSCE du Ministre des Affaires étrangères finlandaise Alexandre Stubb, ancien membre du Parlement européen, qui a travaillé côte à côte avec la Présidence française du Conseil de l’UE.

L’OSCE, fondé en 1975 à Helsinki, veut affirmer la paix et la stabilité en Europe. Pour cela, elle est fondée sur le respect des droits de l’homme et sur l’intangibilité des frontières et la souveraineté des Etats participants. La Russie n’est plus prête à accepter le statu quo d’après 1991. La situation lui est trop défavorable par rapport à son poids politique. L’OTAN et les États-Unis ont violé plusieurs fois les principes de l’OSCE dans les Balkans, la dernière fois en soutenant la déclaration d’indépendance du Kosovo. Par contre, la Russie en première a dénoncé tous les traités sur le contrôle des armements. Ensuite, Moscou a essayé d’imposer sa puissance en profitant de la fin du mandat de l’administration américaine, désormais faible. La Russie est aussi apparue puissante dans son action militaire face aux divisions existantes entre les pays de l’Union Européenne, la moitié s’opposant fermement à Moscou, l’autre moitié étant toujours à la recherche d’une dialogue intéressé.

La Présidence française a donné à l’Union Européenne vigueur et dynamisme, mais sans instrument de coercition dans ses mains, puisqu’elle nécessite un consensus dans l’OTAN avec Washington, son action est apparue partiellement efficace. Un Ministre des Affaires étrangères de l’UE aurait eu une voix sensiblement plus forte et visible en coordonnant les efforts européens au sein de l’OSCE. D’ailleurs, une force militaire intégrée capable de se distinguer de l’OTAN serait crédible en tant que force d’interposition et aurait donné à la diplomatie un pouvoir de négociation majeur.

En conclusion, quels sont les intérêts européens dans leur relation avec Moscou ? Suivre les Américains dans leur rapport privilégié avec la Géorgie convient-il à l’UE ? L’action des États-Unis a été peu efficiente puisqu’ils ont accru les rancœurs et les tensions nationalistes. Même la Russie a exacerbé les relations entre les acteurs en multipliant les provocations, cela était fait dans le but de jouer un rôle clé dans plusieurs situations : l’Europe de l’Est, les Balkans, la mer Baltique, le Caucase. Oublier cette évidence, reconnaître l’indépendance du Kosovo et insérer la Géorgie dans l’OTAN sans l’assentiment russe en suivant la volonté américaine paraît être une stratégie aveugle.

Est-il de l’intérêt européen de signer un pacte d’assistance mutuelle avec la Géorgie, en considérant sa faiblesse politique et stratégique ? Est-il possible qu’une relation avec la Russie soit claire sur le respect des droit de l’homme et le droit international, dans la garantie de la stabilité et de la démocratie ? Peut-on offrir aux Russes une opportunité de développement durable par la mise en commun des ressources énergétiques russes et des ressources financières européennes ?

Le droit international et les relations commerciales sont les seuls instruments possibles pour convaincre la Russie d’abandonner l’option militaire et lui donner un ancrage avec l’Occident.

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P.-S.

Illustration : bâtiment de l’OSCE à Vienne.

Vos commentaires

  • Le 2 octobre 2008 à 17:51, par Philippe En réponse à : Caucase : le nouveau scénario de conflit entre l’Europe et l’Asie

    Le rapport rendu par Mandil au président en avril concernant la sécurité énergétique européenne vient tout à fait nuancer cet article : l’Asie centrale ne concentrerait que 2% des réserves mondiales en hydrocarbures ... On est loin des « plus grands trésors énergétiques » annoncés dans l’article ... La question est moins celle de la quantité de pétrole et de gaz mais celle de la diversification des sources d’approvisionnement.

  • Le 3 octobre 2008 à 07:10, par Ronan Blaise En réponse à : Caucase : le nouveau scénario de conflit entre l’Europe et l’Asie

    Essayer de quantifier les ressources en hydrocarbures mondiales relève en fait souvent de l’absurde dans la mesure où ces supputations reposent en fait sur des hypothèses de réserves en hydrocarbures à vraie dire non découvertes (et zones de prochaines prospections).

    Ainsi, on apprend (in « Courrier International » n°935 de ce 2 octobre 2008 ; pp. 10-15) qu’il y aurait - estimation basse - des réserves en hydrocarbures évaluées à environ 65 à 70 milliards de barils de pétrole dans la seule zone arctique (16 milliards rien que sur les côtes du Groenland ; 7.5 milliards en mer de Barents ; etc).

    Ce qui représenterait alors près du quart des réserves mondiales de gaz naturel et de pétrole. (Enfin, tout dépend du total...). En tout cas, il semblerait que cela fasse... "beaucoup" !

    Toujours est-il que l’UE aurait bien tort de ne pas se pencher sur la question (via le Danemark ?!). Précisément pour diversifier ses approvisionnements énergétiques...

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