Accueil > Opinions > Conflit Belarus-UE : N’oubliez pas la société Bélarusse.

Conflit Belarus-UE : N’oubliez pas la société Bélarusse.

, par George Plaschinsky, traduit par Mélanie Laplace

Le 29 mars, le Commissaire européen Štefan Füle a lancé le dialogue européen sur la modernisation avec la société civile et l’opposition politique bélarusse alors que les relations diplomatiques Bélarus-UE sont dans une mauvaise passe. En effet, après une série de sanctions adoptées par l’UE contre des officiels bélarusses, le Bélarus a apporté une réponse stricte en demandant aux autorités polonaises ainsi qu’aux ambassadeurs européens de quitter le pays. Catherine Ashton, en signe de solidarité, a décidé de convoquer tous les ambassadeurs des pays de l’Union.

Anatoly LEBEDKO, opposant bélarusse (à droite) lors de sa visite au Parlement européen le 18/05/2010http://audiovisual.europarl.europa.eu/Default.aspx

Mots-clés

Le conflit gagne en intensité, ce qui entraîne des conséquences radicales. En effet, au lieu de relâcher des prisonniers politiques, Minsk a intensifié la pression sur la société civile et l’opposition. Il semble que l’interdiction du visa ne soit pas en vigueur et que les sanctions économiques générales soient impossibles à introduire suite à une controverse parmi les États membres. Cette guerre diplomatique est une menace à la souveraineté bélarusse et l’Union devrait plutôt appliquer des mesures ayant pour but d’intégrer la société bélarusse au lieu de la pousser vers la Russie.

Une aggravation inattendue des relations bilatérales

Après la dispersion brutale des rassemblements de l’opposition à Minsk le 19 décembre 2010, l’Union a pris des mesures restrictives contre les officiels bélarusses ayant violé les droits de l’Homme dans le pays et ayant été impliqué dans de la fraude électorale. L’Union a progressivement augmenté le nombre de personnes sur la liste noire, ce à quoi les autorités bélarusses se sont accoutumées. En revanche, ce fut une surprise générale quand Minsk décida d’employer la manière forte en demandant aux ambassadeurs polonais et européens de quitter le pays quand le Conseil européen dans sa formation « Affaires étrangères » a annoncé une nouvelle série de sanctions le 27 février. La Haute représentante pour l’action extérieure de l’UE Catherine Ashton a rappelé tous les ambassadeurs européens en poste à Minsk en signe de solidarité.

Récemment, les autorités bélarusses ont procédé à l’exécution de Dimitry Konovalov et Vladislav Kovalyov, condamnés pour attaque terroriste dans le métro de Minsk. Le 23 mars, le Conseil de l’Union européenne a élargi le cadre de sanction pour le Belarus et la liste noire comprend désormais 243 officiels bélarusses et 32 entreprises. L’Union européenne espère que les sanctions aideront à la relâche et à la réhabilitation de prisonniers politiques en Bélarus. Dans les faits, cela pourrait au contraire empirer davantage la situation des droits de l’Homme dans le pays et causer des troubles conséquents pour l’économie bélarusse.

Les sanctions sont elles à la fois morales et efficaces ?

Aujourd’hui, les institutions européennes sont sûres que le régime bélarusse est prêt à faire des concessions, mais seulement sous une pression importante. Des représentants de l’opposition radicale bélarusse soutiennent cette position et vont même jusqu’à pointer du doigt des aspects précis du régime : le championnat du monde de Hockey sur glace (IIHF World Championship) en Bélarus et les hommes d’affaires proches de la famille Lukashenka. Néanmoins, il semble que Lukashenka soit immunisé contre ces mesures restrictives et soit même prêt à abandonner le championnat pour maintenir son pouvoir.

Récemment, des douzaines d’activistes opposants bélarusses ont fait face à une interdiction de quitter le pays et le dirigeant bélarusse a déclaré dans son interview pour « Russia Today » qu’une telle liste noire pourrait être mise en œuvre « dans toute son ampleur » dans un futur proche. A la fin du mois de mars, les autorités bélarusses ont retenu un leader du United Civil Party, Anatoly Lebedko, le leader du parti de la gauche unifiée Sergey Kalyakin et l’activiste politique Alexander Atroschenko qui voyageaient vers Bruxelles via Moscou.

En guise de réponse à la répression, un politicien de l’opposition Viktar Ivashkevich a incité les institutions européennes a restreindre le transit de pétrole et l’importation de produits pétroliers bélarusses. Les statistiques sont vraiment impressionnantes : malgré le conflit, les exportations bélarusses vers l’UE ont augmenté pour passer de 439 millions de dollars à 1,74 milliards en janvier 2012, ce qui fait une multiplication des échanges par quatre en comparaison avec l’année précédente. Cependant, différents observateurs se rejoignent sur le fait que l’UE ne mettra jamais cela en place en raison de la controverse au sein même de ses membres.

La situation prospère de la Lituanie ou de la Lettonie dépend de leur coopération économique avec le Belarus et les autres États peuvent tout simplement refuser de stopper des projets bénéfiques avec les hommes d’affaires bélarusses. Par exemple, la Slovénie était prête à mettre un veto aux sanctions européennes si elles entravaient le projet de la construction de l’hôtel Kempinski dans le centre de Minsk, projet commun entre l’entreprise slovène Riko et le bélarusse Tycoon Yuri Chizh. Cela souligne l’importance morale des sanctions ainsi que leur efficacité, notamment quand Minsk à le soutien de Moscou.

Défis pour la démocratie bélarusse et l’indépendance.

L’index de l’institut bélarusse pour les études stratégique de la politique étrangère démontre clairement que la Belarus s’intègre progressivement dans l’espace économique unique avec la Russie et le Kazakhstan. Cela pose une menace à la souveraineté bélarusse, mais les autorités bélarusses se voient obligées de se reposer sur le soutien russe pour leur survie. Les sanctions européennes augmentent les risques de faire des affaires en Belarus et les entreprises bélarusses « interdites » deviennent moins attirantes aux yeux des investisseurs européens. Ainsi, la Russie se retrouverait à privatiser, et ce pour une somme dérisoire, toute les entreprises bélarusses qu’elle considère stratégique économiquement, ce qui laisse uniquement au Belarus des restes de signe formels d’indépendance.

Beaucoup de personnes en Europe espèrent que le pays se révoltera si les citoyens comprennent que leur pays est non seulement isolé du monde civilisé, mais n’a aucun espoir de changement. Malgré la pire crise économique depuis la chute de l’Union soviétique l’année dernière, les bélarusses ont montré leur réticence à protester contre cela alors que paradoxalement, en décembre 2010 l’October square a rassemblé le plus grand nombre de protestant de ce siècle quand les bélarusses étaient beaucoup plus riches qu’aujourd’hui avec le salaire le plus bas dans la région.

En conséquence, une nouvelle politique d’engagement pourrait être une réponse aux défis démocratiques au Bélarus. Cela serait dans l’intérêt à la fois de l’Union, mais aussi des autorités bélarusses qui pourraient ressentir une pression renforcée de la part de la Russie après l’investiture de Vladimir Poutine. L’Union européenne est la seule « grande force » géopolitique qui veut voir la Belarus indépendante, démocratique et prospère et est prête à fournir les ressources suffisantes et nécessaires pour une transformation réussie vers une économie de marché.

Que doit faire l’UE pour faire évoluer la situation ?

Les autorités bélarusses ont débuté ce conflit en essayant de convaincre l’UE de traiter la Belarus de la même manière qu’elle traite l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, ou la Russie. Ces pays ont aussi violé les droits de l’Homme et ont tenu des élections truquées, mais cela n’a pas empêché le Kazakhstan de présider l’OSCE en 2010 et l’Azerbaïdjan de devenir un membre du Conseil de l’Europe. Néanmoins, ayant plus de 7,5 milliards d’excédant commercial avec les pays de l’Union, la Belarus n’est pas prête à gâcher davantage les relations avec l’UE.

L’Union ne devrait pas construire un nouveau mur de Berlin sur la frontière bélarusse en blâmant davantage le gouvernement. Certes la politique de visa envers la Belarus est la plus stricte de la région avec les frais les plus élevés (60 euros), mais la population bélarusse ne peut pas être rendue responsable du comportement de ses autorités auto proclamées à travers des élections frauduleuses. Signe d’un changement proche, des jeunes talents bélarusses et des spécialistes qualifiés continuent à quitter le pays pour étudier et travailler en Russie.

En conséquence, les politiciens européens devraient penser à un moyen d’amorcer l’intégration de la société bélarusse. Ils pourraient abolir le régime de visa avec la Belarus pour autoriser les bélarusses à faire l’expérience de l’Europe et ainsi faire une comparaison qui ne serait pas en faveur du modèle socio-économique bélarusse. La société civile bélarusse porte aussi l’espoir d’une expansion de l’emploi à grande échelle, ainsi que le développement des stages et de l’éducation en général pour la population moyenne.

De plus, étendre la présence de l’UE en Belarus sera synonyme de davantage d’impact politique et économique, aide non négligeable pour influencer sur la situation du pays. La présence d’entreprises européennes, d’institutions, d’ONG démotivera les autorités de continuer la répression. Les sanctions sont morales, mais l’engagement constitue une stratégie plus sage et efficace.

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom