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Génocide arménien : l’abdication de l’UE

, par Laurent Leylekian

Le refus de l’Union européenne d’opposer la reconnaissance du Génocide des Arméniens à la candidature turque est le plus choquant des stigmates de l’abdication de ses valeurs par l’Europe. La licence morale dont découle ce choix – pendant éthique du libéralisme socioéconomique – est directement responsable de la résurgence des mouvements identitaires européens que l’Union prétend combattre.

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Le 18 juin 1987 le Parlement européen avait voté une résolution « pour une solution politique à la question arménienne  » dans laquelle il estimait que « le refus de l’actuel gouvernement turc de reconnaître le génocide commis autrefois contre le peuple arménien par le gouvernement « jeunes Turcs », sa réticence à appliquer les normes du droit international dans ses différends avec la Grèce, le maintien des troupes turques d’occupation à Chypre ainsi que la négation du fait kurde, constituent, avec l’absence d’une véritable démocratie parlementaire et le non-respect des libertés individuelles et collectives, notamment religieuses, dans ce pays, des obstacles incontournables à l’examen d’une éventuelle adhésion de la Turquie à la Communauté  ».

Près de 25 ans plus tard, le Parlement européen pourrait renouveler son constat sans en changer une virgule. Mais il ne le fera pas. Non pas que la Turquie ait progressé sur ces différentes questions, mais parce que l’Europe a régressé dans la défense et la promotion de ses valeurs fondatrices.

La question du Génocide des Arméniens et de sa reconnaissance est un marqueur particulièrement fiable de cette régression. Initialement posée comme un « obstacle incontournable à l’examen d’une éventuelle adhésion  », cette question a été ramenée sous l’influence du lobby turc et de ses affidés au statut d’une question à évoquer en cours de négociations puis à ne plus évoquer du tout.

Un contenu turc pour une Europe sans histoire et sans identité

Le schéma idéologique dominant des actuels responsables européens présente à cet égard les apparences de la cohérence : la création d’un espace de libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes exigerait des peuples européens sans mémoire, sans histoire, sans frontières, sans identité. Ce consensus est aujourd’hui largement partagé par les libéraux, la plupart des socialistes, les verts et la Commission.

Dans cette optique, cette dernière a cru pouvoir absorber la Turquie comme elle avait facilement converti à sa doxa des Pays d’Europe Centrale et Orientale dépolitisés par plusieurs décennies de domination soviétique. Mais la Turquie – à l’instar d’ailleurs de la Russie – ne rentre pas dans cette catégorie. Munie d’une identité forte et mue par des sentiments impérialistes, la Turquie n’a absolument pas accédé à des « exigences » européennes, en vérité formulées sous forme de suppliques : elle continue à oppresser les Kurdes, à occuper Chypre, à nier le Génocide des Arméniens et à effectuer le blocus de l’Arménie.

Mieux, la Commission envisage régulièrement de conférer un rôle de fondé de pouvoir à la Turquie dans le Caucase où sa présence est un lourd facteur d’instabilité en raison de son biais anti-arménien permanent. Sur le sol européen même, on assiste maintenant régulièrement à des manifestations de glorification de la Turquie et même à des attaques et des manifestations de haine arménophobe plus ou moins directement organisées par l’Etat turc, sans que personne n’y trouve à redire.

En 2006, une manifestation négationniste organisée par le consulat turc a eu lieu à Lyon ce qui a constitué, selon l’historien Philippe Videlier, un fait inédit depuis les démonstrations fascistes organisées avant guerre par le gouvernement mussolinien. Une manifestation similaire s’est déroulée à Berlin la même année. En octobre 2007, une violente manifestation des Loups-Gris turcs contre le soutien américain aux Kurdes d’Irak s’est déroulée à Bruxelles et a dégénéré en pogrom. Mehmet Koksal, un journal dissident belgo-turc a été pris à partie et un cafetier arménien de St Josse a vu son établissement détruit aux cris de « morts aux Arméniens ».

La commission d’historiens, tarte à la crème du négationnisme

Il faut dire que la Turquie – forte d’une tradition diplomatique ancienne et particulièrement efficace – a remarquablement su changer son image à défaut de changer sa réalité. Elle est en cela secondée par la très dévouée Commission européenne qui alloue un fond dédié à l’amélioration des opinions des Européens, officiellement sur les pays candidats, en vérité sur la seule Turquie (voir la Communication de la Commission sur le « dialogue entre les societes civiles de l’Union européenne et des pays candidats »)..

Cette faculté à changer d’apparence en dépit des réalités est particulièrement vérifiée sur la question du Génocide. La stratégie de la commission d’historiens est un exemple patent de manipulation perverse des opinions publiques : depuis les années 70, et notamment en raison du négationnisme turc, les historiens spécialisés ont produit des travaux tout à fait considérables en qualité et en volume sur cette question (cf. les volumineux essais consacrés à la question par Yves Ternon, Vahakn Dadrian ou Raymond Kevorkian). On possède aujourd’hui une connaissance du génocide des Arméniens bien supérieure à celle que l’on a de maints sujets historiques.

L’Association Internationale des Chercheurs sur les Génocides s’est à plusieurs reprises prononcée sur la question – on lira par exemple la lettre ouverte envoyée en mai 2005 par l’Association Internationale des Chercheurs sur les Génocides au Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan – mettant en exergue le fait que « nier la réalité factuelle et morale [de ce génocide] ne constitue pas un travail scientifique mais un exercice de propagande visant à blanchir les auteurs de ce crime, condamner ses victimes et effacer sa signification éthique ». C’est une stratégie bien connue des négationnistes de tenter de provoquer la rupture du consentement d’auditoires crédules et peu avertis . A quand une commission d’historiens sur l’existence de Georges Clemenceau, de la Callas ou des Twin Towers ?

Dans cette stratégie particulière, la Turquie a trouvé en France des idiots utiles de poids : le lobby des historiens, constitué de plusieurs dizaines de membres croyant défendre la liberté d’expression là où ils défendent en vérité la haine raciale dont le négationnisme est un des modes d’expression.

Si la plupart des troupes de l’association « Liberté pour l’Histoire » est certainement constituée d’historiens de bonne foi, on peut néanmoins s’interroger sur la sincérité de ses meneurs qui – n’ayant sur le sujet que leur notoriété comme compétence – ont littéralement – et au nom de la liberté d’expression – monopolisé la parole publique sur la question et réduit leurs détracteurs au silence. En l’occurrence, on peut craindre que ces historiens de Cour ne parviennent à leur fin, c’est-à-dire à faire la loi tout en s’exemptant des risques inhérents au débat politique .

On peut également être plus que dubitatifs sur les objectifs réels des intellectuels turcs, ou du moins de ceux dont la parole est relayée par les grands médias. S’il existe effectivement de vrais dissidents turcs qui militent courageusement pour la reconnaissance du Génocide, comme pour la cause kurde ou de manière générale pour la civilisation des mœurs politiques de leur pays, il est douteux que le grand public européen les connaisse . Ceux que le système médiatique promeut sont certes intéressés par la démocratisation de la société turque mais ils restent farouchement attachés au pacte pacte national fondateur de la Turquie incluant la négation du génocide des Arméniens.

Le réveil identitaire, créature de Frankenstein de l’Union européenne

Or le Génocide des Arméniens a eu et garde une signification politique. Il a constitué la réponse en forme de rejet par la Turquie de la modernité européenne . Et le négationnisme n’exprime rien d’autre que la permanence de ce rejet : la Turquie a bien adopté les outils formels de la modernité mais en rejetant ses fondements philosophiques et les notions qui y sont attachées, par exemple la Justice, la Vérité, la Responsabilité, etc.

En ce sens, l’abdication sur cette question par les instances européennes est symptomatique de la perte de sens de l’Union et de l’abandon de ses valeurs face à plus fort qu’elle, bref de son adhésion à la Turquie...

On ne peut prétendre que ce fait – largement méconnu des opinions publiques – polarise les citoyens européens. En revanche, il constitue bien, à côté de mille et une autres démissions, la cause de la rancœur éprouvée par les peuples européens contre leurs dirigeants.

Il ne faut donc pas s’étonner que de plus en plus des mouvements identitaires forts apparaissent qui, des « Vrais Finlandais » au FPÖ, du Front National au Fidesz surfent sur le sentiment de déréliction éprouvé dans tous les domaines – social, économique mais aussi éthique – par les peuples de l’Union.

Et placées de fait devant les ukases de dirigeants de l’Union favorables à l’adhésion turque ou, plus généralement hostiles à l’identité européenne, les nations européennes préféreront toujours un populisme autochtone à une suzeraineté étrangère. A ce jeu dangereux, il est à craindre que les Arméniens d’Europe fassent partie des derniers à croire à l’Union européenne comme, voici un siècle, ils faisaient parties derniers à croire à l’Empire ottoman.

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P.-S.

Photo : "Turkey 2010" par Sergey Melkonov, certains droits réservés.

1. En décembre 2006, l’Université Libre de Belgique – réputée proche de la Commission – a ainsi opportunément organisé une conférence proposant l’Empire ottoman pour modèle à l’Union européenne. Voir le communiqué de la Fédération Euro-Arménienne.

2. Sur le concept de rupture du consentement, voir Patrice Loraux, « Consentir », Le Genre humain, n° 22, automne 1990, Le Consensus, nouvel opium ? p. 151-171. Au demeurant, une telle commission arméno-turque s’est déjà réunie et la partie turque s’en est retirée lorsque l’International Center for Transitional Justice qu’elle avait mandatée à cet effet a conclu à la réalité du Génocide.

3. On peut ainsi s’étonner que les deux seules personnes auditionnées par le Sénat français dans l’optique du prochain vote sur la loi de pénalisation de la négation du Génocide des Arméniens aient été toutes deux notoirement hostiles à cette loi. On peut également s’interroger sur la compétence du Président de Liberté pour l’Histoire qui évoque régulièrement la loi « sur l’Arménie » et qui met en parallèle une vraie loi de censure – l’article 301 de Turquie – et une loi visant à protéger les citoyens français de l’incitation à la haine raciale.

4. A cet égard, on lira avec intérêt « La fabrication du consentement » de Noam Chomsky.

5. On peut lire aussi « Pourquoi la Turquie n’est toujours pas européenne ? », Laurent Leylekian.

Article publié pour la première fois en mai 2011

Vos commentaires

  • Le 27 mai 2011 à 23:00, par Joseph Richard En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    Bonjour Laurent,

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt ton article, il comporte plusieurs points avec lesquels je ne suis pas d’accord. Avant de les développer, je tiens à te préciser que je suis un Français n’ayant jamais été en Turquie ou en Arménie, je suis donc certainement moins au courant de la situation de cette région que tu ne l’es.

    En revanche, comme militant européen, j’ai quelques aspects de principe à développer :
    - si il est indéniable qu’une identité turque forte existe, teintée d’une tradition militaire, ne penses-tu pas qu’il vaudrait mieux la canaliser par l’intégration européenne et l’enrichissement mutuel qui en découlerait, plutôt que de la pousser au repli sur soi même et aux aventures vers l’Iran ou autre ?

    - en ce qui concerne le génocide de 1915 lui-même (car je considère à titre personnel qu’il s’agit d’un génocide même si l’imposition d’une vérité sur ce point par l’Etat m’apparaît comme peu conformes aux valeurs européennes dont nous nous réclamons tous deux), il ne saurait être comparé aux twin towers ou à tel personnage historique : les faits existent, les massacres d’Arméniens ne font l’objet d’aucun débat. C’est leur qualification, génocidaire ou non et surtout la légitimité de la puissance publique à établir une interprétation unique pour tous les citoyens, qui pose problème.

    Je me permets de rajouter à ce sujet que si depuis 1923 aucun homme d’Etat turc n’a effectivement souhaité s’écarter de la ligne édictée par Ataturk sur ce point, rien n’est immuable, y compris les pactes nationaux ou les problèmes politiques (intérieur, le Kurdistan, extérieur, Chypres).

    Par rapport à la fin de ton texte, il n’est sans doute pas faux que son apparence de libéralisme cosmopolite ignorant des traditions et des réalités des gouvernés peut éloigner l’UE de ces derniers. Et je te rejoins complètement sur le fait que la défense de la liberté d’expression dont je me réclame dans ce débat sur 1915 est le pendant éthique de la pensée libérale.

    C’est pour faire respecter cette pensée, celle de nos Lumières européennes qui luttaient contre le despotisme et l’arbitraire du pouvoir d’Etat au nom de certaines valeurs (tu les cites, justice, responsabilité...) que l’Europe devait être aujourd’hui capable à la fois :
    - de s’ouvrir à la Turquie à condition qu’elle respecte ces libertés fondamentales qui sont le socle de la construction européenne (ce qui n’implique donc pas forcément une prise formelle de position quant à la question du génocide et encore moins la répression contre ceux qui pensent différemment).
    - et de prendre en compte les attentes de tous les citoyens de l’UE, qui souhaitent préserver leurs identités sans pour autant se couper du reste du monde. Le reste est affaire de politique, donc de compromis, sans aller jusqu’au sacrifice de principes essentiels. Il ne me semble pas de ce point de vue que l’Europe perdrait son âme en accompagnant la Turquie sur la route de la démocratie libérale sur laquelle elle s’est engagée depuis 1980.

    Voilà les quelques petites choses qui me viennent à l’esprit après une première lecture de ton article. Si tu souhaites y répondre je serais ravi d’engager la discussion avec toi.

  • Le 28 mai 2011 à 02:26, par Pinailleur En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    Il est amusant de constater que cette tribune, plus partisane que raisonnable, cite en introduction des critiques fortes du parlement européen (concrètes, tangibles, effectivement incompatible —pour le moment encore— avec l’acquis communautaire : démocratie réelle, diplomatie, etc.) pour finalement se focaliser sur l’élément le plus futile de toutes : la reconnaissance officielle d’une qualification (génocide) sur un évènement historique du tout début du XXe s.

    Événement ô combien terrible, peu en disconviennent, mais évènement n’appartenant plus qu’à l’Histoire (sauf peut-être pour les quelques centenaires qui y ont survécu), et dont la qualification de génocide ne fait pas l’unanimité (à tord ou à raison, qu’importe), y comprit au sein de l’Union Européenne. Dès lors, on exigerait à la Turquie de reconnaître ce que ne reconnaissent pas —sans que ça ne pose problème à leur appartenance à l’UE— l’Espagne, le Royaume-Uni ou la République Tchèque (pour ne citer que quelques exemples).

    Cette tribune est partisane, ai-je dit, mais partisane de quoi ? Des valeurs supposées de l’Europe (qui encouragerait les éléments et les efforts progressistes en Turquie) ou d’un revanchisme nationaliste (qui chercherait le conflit sur des points symboliques au détriment des dites valeurs européennes) ?

  • Le 28 mai 2011 à 22:16, par Iris Passy En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    Je me permets de signaler que depuis un mois environ se tient à Istanbul une exposition sur le génocide arménien précisément. Elle n’a pas été censurée. La négation de l’Etat turc n’est pas si absolue.

  • Le 30 mai 2011 à 18:47, par Laurent Leylekian En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    @Joseph Richard,

    Merci de cette réponse argumentée et pondérée qui ne fait que confirmer nos désaccords. Tu me dis que tu es « un Français n’ayant jamais été en Turquie ou en Arménie, je suis donc certainement moins au courant de la situation de cette région que tu ne l’es ».

    Et bien là est effectivement toute la différence entre nous, mais non pas là où tu pourrais le croire. Car moi aussi, je suis un Français mais, à la différence de toi, je ne peux pas aller en Turquie sans risquer ma vie, simplement parce que je suis d’origine arménienne et que j’ai l’impudence d’avoir une opinion politique hostile à la Turquie (ce qui dans la mentalité turque est interdit aux gavur, terme péjoratif désignant les infidèles).

    Je crois que tout est dit. Si demain la Turquie adhérait à l’Union, je serais non seulement menacé en Turquie mais aussi en Europe. C’est d’ailleurs déjà le cas car les manifestations de haine arménophobes mises en place par la Turquie en Europe en sont pas réprimées ni même dénoncées (nous avons tous les jours des déclarations cent fois plus haineuses que celles d’un Galiano ou d’un Lars Von Trier ; qui le sait ? qui s’en soucie ?).

    Je ne crois pas un seul instant que faire adhérer la Turquie permettrait comme tu le dis joliment de « la canaliser par l’intégration européenne et l’enrichissement mutuel qui en découlerait ». Ce que - en tant que bon Européen - tu interprètes comme un encouragement et un signe de bonne volonté serait tout simplement interprété par l’Etat turc comme une manifestation de faiblesse et un encouragement à persévérer dans la voie actuelle.

    Pour ce qui est de la qualification des massacres de 1915, il n’y a en vérité pas plus de doute que sur l’identité de Georges Clémenceau ou sur celle de la Callas pour reprendre mes exemple. En vérité, tout le monde sait parfaitement que c’était un Génocide et rien d’autre et le seul problème à cet égard, ce n’est pas la qualification de Génocide, c’est la position et le pouvoir de nuisance de la Turquie. Quant à la « légitimité de la puissance publique » à cet égard, elle est totale. J’ai préparé un long article pour te répondre en détail sur ce point et je cherche actuellement à le publier. Pour être bref, je pourrais par exemple décréter que, concernant la seconde guerre mondiale, j’appellerai les forces anglo-américaine « l’Axe » et les forces nazies « la résistance européenne » (ce que ne manque d’ailleurs pas de faire les sites d’extrême droite) et je pourrais alors écrire :

    le 6 juin 1944, les forces de l’Axe repoussent la résistance européenne après un débarquement réussi en Normandie

    .

    Factuellement, je n’ai pas menti, j’ai juste subverti le sens de cet évènement par un jeu de vocabulaire. Les mots sont importants et ils traduisent un rapport de domination que les Etats et les grands médias nous imposent quotidiennement (dans un autre registre, les « charges » sociales, la création de « valeurs », le « terrorisme » islamique ...). Que la puissance publique française ou européenne n’imposent pas le terme de génocide concernant les massacres d’Arméniens traduit au mieux leur indifférence à cette question, au pire leur complicité.

    Comme tu l’auras donc compris, je suis assez ambivalent sur la valeur du libéralisme en ce que précisément (comme le disait René Guénon) « 

    Le pragmatisme est l’indifférence totale à l’égard de la vérité

     ». (Au passage, je suis assez surpris de trouver sous la plume du libéral que tu revendiques d’être le terme de cosmopolite très péjorativement connoté par une certaine droite).

    En conclusion, je suis moi aussi ravi de discuter mais je crois que l’idée selon laquelle la Turquie se serait

    « engagée sur la voie de la démocratie libérale depuis les années 1980 »

    relève pour le coup d’un déni de réalité. Il est cependant vrai que ce déni est puissamment promu par des forces (également libérales) qui ont tout intérêt (et des moyens sans commune mesure) pour instiller ce conte de fées.

    Au plaisir de te lire.

  • Le 30 mai 2011 à 18:54, par Laurent Leylekian En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    @Pinailleur

    Que dire, sinon l’affliction, la lassitude et l’écoeurement face à ce genre de propos. Croyez-vous une seule seconde que nous aurions pu construire l’Europe sans que l’Allemagne ne reconnaisse les crimes nazis ?

    Ce sont toujours les faibles que l’on traite de nationalistes (les forts, eux, sont patriotes, c’est bien connu). Que demande finalement ceux qui ont été volés, violés, torturés, massacrés, expulsés et calomniés : la simple reconnaissance du crime passé et sa juste qualification.

    Et ce serait eux les nationalistes ? Les Arméniens d’Europe sont la quintessence de l’esprit européen. Leur détracteurs en sont la négation.

  • Le 1er juin 2011 à 14:55, par Laurent Leylekian En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    @Iris

    Ce que tu dis est partiellement vrai mais partiellement trompeur. Effectivement, on entend maintenant des voix dissidentes en Turquie s’exprimer sur la question (au passage, l’exposition dont tu parles a été montée par un Arménien de France, Antoine Agoudjian avec le soutien d’un mécène éclairé turc Osman Kavala).

    Ceci dit quelques remarques :

    - les « progrès » de la Turquie n’ont été obtenus que très difficilement et sous la pression externe des Arméniens de Diaspora malgré le soutien plus que modéré que reçoive ces derniers de leurs pays respectifs (France, Allemagne... sans parler de la Commission européenne qui est toujours au côté de la Turquie),

    - Face à ces pressions et pour des questions d’image, la Turquie (c’est-à-dire l’Etat turc pour être clair) dissocie tactiquement la question sociale de la question politique : comme le dénonce mon article, la Turquie se coule dans le moule libéral en faisant mine d’accepter une certaine libéralité sociale sur la question (comme cette exposition) tout en maintenant une position totalement négationniste sur le plan politique (pression sur les Etats étrangers, article 301 du code pénal, intimidation des dissidents les plus radicaux, diabolisation de la diaspora arménienne, etc...

    - Ces intellectuels, même ceux qui sont sincères et honnêtes (et franchement, ils sont très minoritaires, voir mes articles ici et ) constituent une vitrine pour l’Etat qui reste libre de les promouvoir ou de les écraser en fonction de ses intérêts conjoncturels. En fait, pour continuer à parler de ceux qui sont sincères et honnêtes, ils sont dans la même situation que les Arméniens au début du 20ème siècle, des otages.

    Les éléments mineurs que la Turquie autorise lui permettent de redorer son blason sur la scène internationale sans rien changer à ses fondamentaux politiques.

  • Le 10 juin 2011 à 22:13, par Joseph Richard En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    Laurent,

    Je me permets de réagir sur quelques points que tu as développé en réponse aux 3 premiers commentaires :

    - Sans être (encore) allé dans cette région, je suis conscient des efforts que la Turquie a à accomplir, entre autres sur la question arménienne. Il ne s’agit pas de nier cet état de fait, qu’encore une fois tu connais mieux que moi en tant que membre de la communauté arménienne en France, mais d’éventuellement chercher à le dépasser pour que Turcs et Arméniens puissent dans le futur vivre côte à côte en harmonie. De ce point de vue, l’Europe dispose de leviers de pression, dont elle pourrait user en évitant de faire preuve de faiblesse mais aussi d’aveuglement.

    - Qualifications historiques : tu es bien sûr parfaitement libre d’appeler les armées du IIIème Reich du nom que tu veux, ce n’est pas moi qui vais te nier ce droit : l’appellation la plus commune, adoptée par les premiers intéressés, est « l’Axe », mais libre à chacun d’appeler une chose comme il l’entend. Les mots sont certes importants mais le respect de la libre opinion de tous l’est (au moins) tout autant de mon point de vue.

    Vois-tu, je respecte sincèrement tes convictions mais il me semble que tu te rapproches de l’Etat turc, que tu dénonces à juste titre, en cela que vous cherchez tous deux à imposer sans possibilité d’alternative vos idées aux autres (absence de génocide à Ankara, réalité du génocide pour toi). Ma position serait plutôt de dire : causons, discutons, raisonnons... en gardant toujours en tête qu’une idée ne s’impose pas par l’évidence, mais par le raisonnement argumenté. Et l’échange ne doit jamais fermer la porte à ce que l’interlocuteur à convaincre ne soit pas d’accord avec vous, c’est son droit. Si la Turquie n’est pas capable de le comprendre, sur l’Arménie ou d’autres sujets d’opinion, elle n’a pas sa place en Europe. Je la crois capable d’évoluer.

    - sur la question du nationalisme et du patriotisme : je crois que l’on peut être patriote sans être nationaliste. Aimer son pays et chercher à privilégier ses intérêts dans un cadre défini et accepté par les autres Etats (par l’économie, la diplomatie, la culture, voire la guerre, comme c’est le cas dans le système westphalien) n’équivaut pas pour moi aux différentes formes de nationalisme : qu’il s’agisse du repli sur soi, de l’expansionnisme forcené ou encore du racisme national.

    Par rapport à cela, le débat sur le peuple arménien, son patriotisme, ses demandes d’autonomie ou d’indépendance (je t’avoue mal connaître le sujet) pourrait je pense avoir lieu de manière plus sereine dans un cadre européen démocratique et où la passion n’a pas cours sur ce sujet, plutôt qu’à la Grande Assemblée Nationale d’Ankara.

    Dans l’attente de ta réponse, je dois t’avouer que j’apprécie d’échanger avec toi sur ces thèmes.

  • Le 14 juin 2011 à 03:31, par pinailleur En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    Un peu de sagesse populaire : Comparaison n’est pas raison, corrélation n’est pas causalité.

    Comment mettre sur le même plan la nécessité d’une réconciliation franco-allemande pour aboutir à l’Union Européenne telle qu’on la connaît et la nécessité d’une reconnaissance légale a une qualification d’un évènement historique ?

    Pourquoi ces références à la seconde guerre mondiale alors que l’embrassement de l’Europe (et du monde) lors de la seconde guerre mondiale et l’ampleur des crimes contre l’humanité commis par l’Allemagne nazie rend ce genre de comparaison impertinente ? Oui la seconde guerre mondiale à un impacte sur la société, la culture, la politique européenne que n’a aucun autre massacre, crime de guerre, crime contre l’humanité, génocide.

    Et surtout, surtout, comment conclure sur ce lien « logique » : qualifier la logique de ce billet ou son auteur comme possiblement nationaliste = qualifier les arméniens de nationalistes = dénigrer le nationalisme des arméniens = dénigrer le peuple arménien = être la négation de l’esprit européen ?

    Je ne peux que vous conseiller, amicalement, de prendre un peu de recul sur ce sujet. Vos analyses n’en seront que plus justes.

  • Le 3 janvier 2012 à 11:25, par Xavier En réponse à : Génocide arménien : l’abdication de l’UE

    Arrêtons donc de politiser l’Histoire ! Laissons ce débat aux historiens et aux citoyens. Laissons-le hors de portée des politiciens.

    Je rejoins totalement Joseph Richard lorsqu’il dit que ce qui pose problème c’est « la légitimité de la puissance publique à établir une interprétation unique pour tous les citoyens ».

    Sinon, au sujet de la Turquie dans l’UE. Elle n’a simplement rien n’à y faire. La faire rentrer c’est tuer toute perspective fédérale, politique.

    Ce n’est pas parce que l’Inde ne rentre pas dans l’UE qu’elle se repli sur elle-même. Alors pourquoi en serait-il autrement pour la Turquie, déjà fortement intégrée avec divers traités.

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