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Il faut absolument éviter le piège de l’euro-nationalisme !

Un appel pour plus de précision dans les termes

, par Christopher Glück, Markus Breitweg, Traduit par Quentin Weber-Seban

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Des protestations des principaux partis politiques allemands à l’annonce de la réintroduction des contrôles aux frontières danoises jusqu’au débat sur l’adhésion de la Turquie, l’identité européenne est toujours un argument central. Cela vaut d’autant plus pour les fondements du travail des Jeunes européens fédéralistes (JEF) et du Mouvement Européen.

Salvador Dalí, "Le sommeil", 1937

Auteurs

L’identité européenne est devenue un mot passe-partout dans le débat public. Mais l’imprécision de la notion est frappante, ce qui permet presque tous les détournements et instrumentalisations. Nous pouvons ici distinguer deux directions fondamentales, l’une totalitaire et l’autre libérale.

interprétation totalitaire contre interprétation libérale de l’identité européenne

Le terme d’identité européenne peut être utilisé comme la base d’un phénomène d’exclusion radical, introduit comme argument visant à présenter des États, des religions ou des groupes culturels comme étant en-dehors du tronc de valeurs communs. De telles exclusions sont permises par une sélection ciblée de parties prétendument essentielles de ce tronc commun, à partir du fond historique de l’idée européenne.

La majeure partie des arguments faisant polémique, opposés à l’entrée de la Turquie dans l’UE, est liée à cette définition de l’identité européenne, dont le caractère totalitaire apparaît particulièrement quand on s’intéresse à la cohérence interne des valeurs européennes sous-tendues.

Sémantiquement, « identique » signifie une égalité totale de tous les éléments constitutifs de l’identité d’un collectif. Donc une normalisation voire égalisation des valeurs et de la culture de tous les citoyens européens. Paradoxalement, cette position totalitaire contredit exactement les valeurs qui sont celles la construction européenne.

L’interprétation libérale de l’identité européenne

« Unie dans la diversité », la spécificité de l’Europe est réalisée par la diversité culturelle et la liberté individuelle de ses citoyens. Les accords européens tirent leur légitimation de ces piliers. L’identité européenne dans cette acception libérale n’exclut donc d’autres cercles culturels que s’ils sont incompatibles avec le libéralisme et la démocratie.

Même si l’interlocuteur choisit des références libérales, la majeure partie de l’auditoire se référera aux éléments potentiellement totalitaires, pour des raisons soit d’habitudes linguistiques, soit de logique instinctive.

La notion d’identité a ainsi un potentiel totalitaire, dont la dangerosité s’exprime dans la mise en avant d’une symbolique quasi-nationale. La différence est étroite. En des temps de nationalisme à nouveau exacerbé, on donne aux symboles intégrateurs un sens particulier. Les acteurs pro-européens feraient bien de ne pas la chercher.

Il faut absolument éviter le piège de l’euro-nationalisme

Ce qui semble comme un moindre mal peut finalement devenir l’antithèse de ces fondements mêmes, pour lesquels les défenseurs de l’intégration européenne se battirent – libéralisme et diversité.

Il vaut mieux ne pas imaginer, ce que deviendrait le projet européen si l’Histoire se répétait et que, de la genèse mythifiée et exagérée des Nations naissaient des excroissances impérialistes, coloniales, voire fascistes. Pour éviter le potentiel totalitaire de l’identité européenne et défendre les points communs dans leur interprétation libérale, la notion de conscience de soi pourrait se révéler plus pertinente, dans la mesure où elle dépasse les éventuels points communs d’une définition totalitaire et d’une définition libérale.

La référence à un niveau de conscience touche l’individu, qui ne partage pas nécessairement toutes les valeurs et références culturelles d’une conscience européenne. La « conscience » laisse libre cours aux principaux éléments : libéralisme et diversité, échappant au piège de l’euro-nationalisme.

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Vos commentaires

  • Le 2 septembre 2011 à 11:46, par Laurent Leylekian En réponse à : Il faut absolument éviter le piège de l’euro-nationalisme !

    Bon article bien construit mais avec lequel on peut (comme moi) être en désaccord, et pour plusieurs raisons.

    Les auteurs distinguent bien les différents types d’identité européenne mais pour qualifier l’une de « libérale » et l’autre de « totalitaire ». Je préférerais « libérale » et « identitaire » sachant que les deux sont potentiellement aliénantes et peuvent toutes deux dériver vers un totalitarisme : l’ultralibéralisme dérégulateur n’est-il pas un totalitarisme au nom du marché, comme d’autres le furent au nom de la race ou au nom de la classe ?

    Par ailleurs, le libéralisme ne semble pas pouvoir engendrer de processus d’identification contrairement (on peut le regretter mais c’est presque tautologique) à la nation ou à ses ersatz (la région, l’Europe, bref le territoire). Si le projet fédéraliste suscite si peu d’adhésion (je le regrette autant que vous), c’est précisément parce que sa dimension identitaire n’a pas été promue par ses initiateurs. On peut même envisager une Europe « unie dans la diversité de ses nations » (Au Parlement européen, il existe d’ailleurs et quoi qu’on en pense un groupe politique qui porte le nom d’Europe des Nations).

    Enfin quand vous écrivez que « L’identité européenne dans cette acception libérale n’exclut donc d’autres cercles culturels que s’ils sont incompatibles avec le libéralisme et la démocratie », l’exemple de la Turquie est particulièrement mal choisi dans la mesure où l’Etat turc est structurellement fondé sur des valeurs exactement opposées à celle de l’Union européenne (suprématie de la race turque, militarisme, culte de la force, négationnisme).

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