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Guerre civile

Irlande du Nord : la fin d’un long conflit ?

Après l’accord du 26 mars 2007, nouvel espoir pour la paix

, par Sophie Gérardin

On parle déjà d’un accord historique : le 26 mars dernier, Ian Paisley, président du Parti unioniste démocrate et Gerry Adams, son homologue au Sinn Féin, ont accepté de partager le pouvoir, lors d’une rencontre au parlement de Stormont à Belfast. L’Union européenne a toujours soutenu la paix en Irlande du Nord. Mais a-t-elle vraiment jouer un rôle dans la résolution de ce conflit qui oppose les catholiques et les protestants, depuis près de quarante ans ? Et si oui, lequel ?

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Sauf imprévu, le parti unioniste démocrate (DUP) et le Sinn Féin devraient se partager le pouvoir à partir du 8 mai prochain, au sein d’un gouvernement régional, suspendu depuis sept ans. Vieux ennemis d’hier, le protestant Ian Paisley et le catholique Gerry Adams se sont parlés pendant un peu moins d’une heure. L’histoire retiendra qu’à l’issue de l’entretien, ils ne se sont pas serrés la main. Qu’importe, Peter Hain, le ministre britannique de l’Irlande du Nord, a qualifié l’événement d’« extraordinaire ». Le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, a parlé d’un accord « sans précédent », qui pourrait « transformer l’avenir de l’île » et Tony Blair, le Premier ministre britannique, d’« jour très important » pour les Nord-Irlandais et les îles britanniques.

De nouveau partenaires, le DUP et le Sinn Féin se partageront les dix postes au sein de ce gouvernement de cohabitation, de manière proportionnelle. Lors des dernières élections législatives régionales du 7 mars, les deux partis sont arrivés en tête avec respectivement 36 et 28 des 108 sièges de l’Assemblée Nord-Irlandaise. Ian Paisley devrait devenir le premier ministre et Martin McGuinness, ancien commandant de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise), son second. C’est l’Accord du Vendredi Saint d’avril 1998 qui avait créé cette institution régionale, suspendue depuis octobre 2002.

Un conflit interconfessionnel

Les années 70, 80 et 90 marquent les heures les plus noires d’un conflit, dont l’origine remonte à la partition de l’Irlande en 1922 (lire la chronologie). L’automne 1968 voit les premières manifestations de catholiques réclamant de nouveaux droits civiques, fortement réprimées par la police et des groupements protestants. En 1969, les premiers attentats éclatent, d’abord commandités par l’UVF (Force des Volontaires d’Ulster), puis à partir de 1972 par l’IRA. 3500 morts en 30 ans : voilà le sombre bilan de ce conflit interconfessionnel.

Amorcé en 1998, le processus de paix reste fragile. L’Accord du Vendredi Saint est refusé par une petite partie du Sinn Féin, le Republican Sinn Féin, et certains extrémistes de l’IRA, alors que plusieurs groupes para-militaires protestants refusent de désarmer. Enfin, en juillet 2005, l’IRA accepte de désarmer, sans pouvoir le justifier toutefois.

L’UE : un partenaire incontournable

Pour l’Union européenne (UE), qui s’est voulue dès sa création, un espace de paix et de liberté, chacune des parties en guerre a tout à gagner à la résolution du conflit. Si son rôle est malaisé à mesurer dans le processus de paix en Irlande du Nord, il faut reconnaître qu’à sa manière, elle a aidé au développement économique de cet espace et à la coopération entre le Royaume-Uni et l’Irlande. De 1989 à 1993, l’Irlande du Nord a ainsi bénéficié d’une aide financière de la part de l’UE, grâce au cadre communautaire d’appui (CCA).

Puis, les programmes PEACE I et II ont pris le relais entre 1995 et 2006. Au total, 1633 millions d’euros ont été affectés pendant cette période à l’Irlande du Nord et aux régions frontalières d’Irlande. Le financement comprenait le Fonds européen de développement régional (FEDER), le Fonds social européen (FSE), le Fonds européen d’orientation et de garantie agricole (FEOGA) et l’Instrument financier d’orientation de la pêche (IFOP). 25% des dépenses restantes ont été cofinancées par les secteurs publics et privés au Royaume-Uni et en Irlande. La priorité a été donnée aux zones les plus touchées par le conflit, au développement économique, aux infrastructures et à la réhabilitation urbaine.

Enfin, entre 2000 et 2006, le programme URBAN II, qui concernait toutes les zones urbaines les plus pauvres de l’UE, a accordé une aide de 10,6 millions d’euros à plusieurs quartiers de Belfast. Destinée à la revitalisation urbaine et à l’emploi, elle s’est également accompagnée de 5,6 millions d’euros de la part secteur public et de 0,9 millions d’euros de la part du privé.

Certes, la coopération transfrontalière, encouragée par l’UE, a obligé les acteurs économiques, sociaux et culturels de chaque côté de la frontière, à se parler. Mais ce sont surtout les négociations entre protestants et catholiques, l’action de la diplomatie anglaise en faveur de la réconciliation, le soutien de la population d’Irlande pour la paix, qui ont abouti à cet accord du 26 mars dernier.

Il restera comme une étape clé dans l’histoire de l’Irlande du Nord, un élément plus que symbolique en faveur du processus de paix.

Chronologie du conflit

- 1921 : la Grande-Bretagne propose de couper l’Irlande en deux : les six comtés du nord-est, majoritairement protestants et unionistes, lui restent attachés et les 26 comtés du sud et de l’ouest deviennent un état indépendant
- 1922 : après 9 mois de guerre civile, l’Irlande est officiellement coupée en deux
- 1968 : plusieurs manifestations de catholiques sont violemment réprimées
- 1969 : en août, les quartiers catholiques se soulèvent et sont attaqués par les protestants. L’IRA fait sa réapparition
- 1972 : l’armée britannique ouvre le feu sur une manifestation catholique le 30 janvier, surnommé « Bloody Sunday ». Le 21 juillet, l’IRA réplique par un « Bloody Friday » : 22 bombes explosent à Belfast
- 1993 : attentat à la bombe à Warrington, revendiqué par l’IRA. Deux enfants sont tués
- 1994 : premier cessez-le-feu de l’IRA
- 1998 : l’accord du Vendredi Saint (Good Friday Agreement) est signé le 10 avril, notamment par le DUP et le Sinn Féin. Le peuple irlandais approuve la signature de l’accord par référendum (74% de oui en Irlande du Nord et 94% en République d’Irlande)
- 2003 : élections à l’Assemblée Nord-Irlandaise. Le DUP et le Sinn Féin, les partis les plus extrémistes, renforcent leurs positions
- 2005 : l’IRA dépose les armes
- 28 janvier 2007 : le Sinn Féin reconnaît la légitimité de la police et de la justice nord-irlandaises
- 30 janvier 2007 : la Grande-Bretagne dissout l’Assemblée Nord-Irlandaise
- 7 mars 2007 : de nouvelles élections ont lieu. Le Sinn Féin et le DUP arrivent en tête à l’Assemblée Nord-Irlandaise

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P.-S.

Illustration : Mur pignon à l’entrée du quartier nationaliste de Bogside à Derry (deuxième ville d’Irlande du Nord) annonçant qu’ « ici vous entrez dans le Derry libre », photo prise sur Wikipedia. Les Catholiques disent "Derry" et les Protestants "Londonderry".

Sources :
- Sur l’actualité : AFP
- Sur l’histoire de l’Irlande du Nord : le site de l’encyclopédie partagée Wikipedia
- Sur les aides apportées par l’Union européenne : site de la Commission européenne

Vos commentaires

  • Le 6 avril 2007 à 11:21, par Patrick En réponse à : Irlande du Nord : la fin d’un long conflit ?

    Une chose : Le côté survalorisé du caractère interconfessionnel du conflit.

    Tant il est très clair que ce conflit n’oppose moins fondamentalement des (chrétiens) catholiques à des (chrétiens) protestants que, surtout, des Républicains irlandais (parfois gaélophones, porteurs d’un héritage culturel spécifiquement irlandais) à des Loyalistes britanniques (monarchistes et anglophones, porteur d’un héritage politique spécifiquement britannique) : conflit politique et national voire social (entre populations autochtones et populations ’’coloniales’’, entre populations économiquement soumises et nouveaux propriétaires terriens dominateurs...) où le facteur religieux n’est jamais qu’un prétexte de plus pour artificiellement justifier et accentuer les tensions.

    Survaloriser le facteur religieux en reprenant sans distinction la typologie ’’(inter)confessionnelle’’ des belligérants, c’est ainsi faire le jeu des fauteurs de guerre en donnant superficiellement du crédit aux lignes de failles artificielles dont ils se font à vrai dire les plus ardents... promoteurs.

    Et tant il est vrai que les sociétés irlandaises dites ’’catholiques’’ et ’’protestantes’’ sont à ce jour tellement déchristianisées que ces deux ’’étiquettes’’ superficielles ne signifient d’ailleurs finalement plus grand chose sur le strict plan religieux (sinon l’appartenance affective et pratique à des liens de sociabilité de type communautaire et socilogique soudés par bien autre chose que la pratique cultuelle effective ou les croyances religieuses intimes et/ou proclamées).

    PS : Cela dit, ne pas oublier non plus que de nombreux et éminents « Pères fondateurs » de la République d’Irlande (Eire) - tels Wolf Tone (Père du nationalisme irlandais de l’époque contemporaine, à la fin du XVIIIe siècle), Charles Stewart Parnell (grand leader politique irlandais de la seconde moitié du XIXe siècle), Arthur Griffith (fondateur du parti nationaliste « Sinn Fein » en 1905, Premier président de l’Etat-libre d’Irlande en 1922), Douglas Hyde (Fondateur de la « Ligue gaélique » en 1893, Président de l’Etat libre d’Irlande en 1938-1945) - étaient tous des ...Protestants (le dernier d’entre eux étant même fils de pasteur).

    Lesquels rêvaient d’une Irlande indépendante unie, sans accorder beaucoup de différences entre les différentes confessions des uns et des autres (comme le montre d’ailleurs fort bien la symbolique de l’actuel drapeau tricolore irlandais, né de la révolution irlandaise de 1848 et symbole d’unité dans la diversité, en somme).

  • Le 6 avril 2007 à 12:08, par Patrick En réponse à : Irlande du Nord : la fin d’un long conflit ?

    A propos de ces fameux accords dits « du vendredi saint » signés le 10 avril 1998, mis en application une première fois le 2 décembre 1999, suspendus depuis lors à de nombreuses reprises (au moins quatre ou cinq fois) et récemment revitalisés par les accords de ces tous derniers jours. Il ne faut pas oublier que

    - 1- Si le premier volet concerne la mise en place d’institutions démocratiques en Irlande du nord : la création d’un exécutif, d’un gouvernement autonome responsable (responsable de l’administration de la province dans tous les domaines sauf la justice, la police, la défense et les affaires étrangères qui restent confiées aux autorités britanniques), une assemblée territoriale véritablement représentative (élue à la proportionnelle) et vise à instaurer un partage des pouvoirs entre nationalistes et unionistes...

    - 2- L’Accord du Vendredi Saint a également contribué à mettre en place un axe institutionnel inter-irlandais avec la création d’un « Conseil ministériel transfrontalier », pour - sous la responsabilité des PM irlandais et nord-irlandais - rassembler les responsabilités exécutives de l’Irlande et du gouvernement irlandais pour développer la consultation, la coopération et l’action sur l’île d’Irlande, et ayant pour tache de coordonner des actions économiques et sociales des deux parties de l’île sur des questions d’intérêt mutuel.

    - 3- Enfin, il faut rappeler que le troisième volet de cet accord présente également des aspects internationaux (voire supranationaux) novateurs avec la création du « Conseil des Iles (irlando-britanniques) » et d’une « Conférence Intergouvernementale irlando-britannique » constituée de représentants des gouvernements britannique et irlandais et de représentants des institutions déléguées d’Irlande du Nord, de l’Ecosse et du pays de Galles : de nouveaux dispositifs qui intègrent donc les mesures d’ autonomie concédées par la Couronne britannique à l’Irlande du Nord dans une perspective plus vaste d’autonomisation et de décentralisation multi-directionnelle, depuis Londres au profit de toutes les nations périphériques de l’archipel britannique (comme l’Irlande du nord, l’Ecosse et le pays de Galles).

    Une nouvelle réorganisation politique de l’archipel irlando-britannique qui ne peut que que rallier les autonomistes, unionistes et fédéralistes issus de tous pays de cet archipel qui seraient séduits par l’idée d’une nouvelle union politique des diverses composantes de l’archipel irlando-britannique autour du principe d’unité dans la diversité et de respect des autonomies locales.

    PS : Il est par ailleurs réaffirmé dans ces accords d’avril 1998 que l’Irlande du Nord fait (jusqu’à preuve du contraire et jusqu’à changement démocratiquement validé par référendum) partie du Royaume Uni, ce qui a donc conduit (obligé) Dublin à réviser sa Constitution en modifiant et en revenant sur les articles (irédentistes) 2 et 3 de la Constitution de la République, lesquels affirmaient des revendications territoriales sur l’Irlande du Nord.

  • Le 1er août 2007 à 12:44, par Ronan En réponse à : Irlande du Nord : la fin d’un long conflit ?

    Où l’on apprend, ces derniers jours, la fin officielle de l’opération « Banner » qui, depuis les ’’troubles’’ de 1969, confiait la sécurité et la maintien de l’ordre en Irlande du nord aux forces armées britanniques.

    Désormais, l’ordre civil devrait donc y être confié à une force de police nord-irlandaise non confessionnelle et dépendant directement du pouvoir politique de l’Autonomie nord-irlandaise.

    Et le recours aux forces armées n’y sera donc plus légitime en dehors de toute autorisation spécifique de la part du pouvoir politique.

  • Le 5 septembre 2007 à 14:02, par Miceál Ó Coileáin En réponse à : Irlande du Nord : la fin d’un long conflit ?

    Quelques petites inexactitudes dans la chronologie qui suit cet article :

    En 1921, l’Irlande ne devient pas indépendante. Elle ne devient alors en fait qu’un Etat autonome encore membre du « Commonwealth of British Nations » : l’ « Etat libre d’Irlande » (monarchie constitutionnelle dont le chef de l’Etat reste le souverain britannique, auquel tous les parlementaires irlandais doivent prêter serment de fidélité).

    Et ce n’est, en fait, qu’en 1949 (le 18 avril, lundi de Pâques) que l’Etat libre d’Irlande cesse d’être un Dominion britannique pour devenir un véritable Etat indépendant et, qui plus est, une République (ne faisant alors plus partie du Commonwealth...).

    Une décision irlandaise confirmée, par la suite, par un vote de la Chambre des Communes de Westminster relatif à l’événement : l’ « Ireland Act » du 3 mai suivant.

  • Le 7 décembre 2009 à 23:46, par Lillith En réponse à : Irlande du Nord : la fin d’un long conflit ?

    Je souhaiterai vous répondre en deux liens :

    http://conflitnordirlandais.wordpress.com/

    Ce blog pour l’instant assez court explique clairement les origine du conflit et le pourquoi de sa perpétuation, de plus, vous pouvez poser des question en commentaire et l’auteur des textes, analyste politique nord-irlandais lui-même, y répondra volontiers.

    Ensuite, celui-ci : http://futurrouge.wordpress.com/2009/12/07/au-nord-de-lirlande-les-troupes-doccupation-vivent-la-peur-au-ventre/

    qui montre très bien quelle réalité a la pseudo normalisation...

    Cordialement,

    Julie/Lillith

  • Le 18 avril 2012 à 18:21, par hfsnlii En réponse à : Irlande du Nord : la fin d’un long conflit ?

    je trouve d’une ecriture parfaite en symbiose avec vos idées !!!!!!!

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