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Jean-Pierre Jouyet, un européen convaincu

, par Muriel Bondy

Invité des rencontres Sciences Po/Sud Ouest du jeudi 3 mars 2011, l’actuel président de l’Autorité des marchés financiers et ancien secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes du gouvernement Fillon II a surpris l’audience par sa simplicité, son réalisme, et sa vision globale des choses. Un homme en somme fidèle à ses convictions, à ses amis, sérieux, et avant tout, européen : « Mon amour professionnel, c’est l’Europe ! » expliquait-il au journal La Croix du 20 octobre 2009.

Auteurs

  • Adhérente des Jeunes Européens-Bordeaux, membre de la Team Europe à l’Ecole

L’Europe, une valeur de gauche ?

Cet engagement européen, il le considère d’ailleurs comme une « valeur de gauche », au même titre que les Droits de l’homme, la démocratie, l’émancipation individuelle, et l’envie d’innover. Des valeurs de gauche universelles, et parties intégrantes de l’identité européenne.

Quel bilan ?

Quel bilan après tant d’horizons différents ? Jean-Pierre Jouyet a en effet un parcours atypique : il a travaillé avec Jacques Delors à la présidence de la Commission, et à la rédaction du traité de Maastricht ; puis en 2008 il a rejoint le gouvernement Fillon pour préparer la présidence française de l’Union européenne. Il aspirerait de plus à retourner à Bruxelles. Ainsi, si l’on raisonne dans une optique nationale, une question se pose : quelle différence entre travailler pour la droite, ou pour la gauche, dans une dimension européenne ?La gauche serait, répond-t-il, dans une approche plus intégrative que la droite, qui opte elle pour une approche plus intergouvernementale.

Mais si l’on va outre cette vision purement française, l’ancien secrétaire d’Etat aspire à beaucoup plus d’Europe. Même lorsqu’il évoque les défis de l’Autorité des marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet ne peut s’empêcher de parler de l’ESMA (European Securities and Markets Authority, l’autorité européenne de régulation des marchés), et de la nécessité d’une homogénéisation des conditions d’accès et de financement des marchés au sein de l’Union. Dans une telle démarche, la Commission aurait un rôle politique important à jouer. Ainsi, M. Jouyet estime que l’avenir national français passe indéniablement par une construction européenne plus poussée, plus intégrée. Par ces paroles, il balaye d’un geste les critiques faites à l’euro, qu’il considère comme la plus grande avancée européenne. C’est d’autant plus pour cela que son domaine, celui de la finance, est tourné vers l’Europe.

Quel avenir pour l’Europe ?

Mais outre la finance, quel avenir pour l’Europe ? Le besoin se fait sentir d’une réalité européenne plus tangible pour les citoyens. La libre circulation, l’euro, la mobilité sont certes des éléments importants, mais ils sont insuffisants. Il nous faut du concret, quelque chose (ou quelqu’un) de visible explique-t-il. Les mots se font les lames : Herman Van Rompuy, aussi compétent soit-il, manque de charisme. Les hommes politiques nationaux ont sciemment renié une Europe forte en refusant le poste de président permanent du Conseil à Tony Blair. Que reste-t-il alors à l’Europe ? Une volonté d’avancer ensemble, une possibilité de mettre davantage en place des projets industriels et de recherche, une nécessité d’avoir une voix qui porte. Une voix qui porte à l’extérieur, comme ce serait nécessaire vis-à-vis de la Chine, demandeuse d’une Europe unie, ou encore vis-à-vis de l’Union pour la Méditerranée, notablement remise en cause après les « révolutions de jasmin ». Selon l’ancien membre du gouvernement, changer de structure n’apporterait rien au projet de coopération. Il est préférable de maintenir les structures existantes, et d’avancer dans ce cadre déjà précaire : le manque de moyens est flagrant, et la tentation d’une union purement franco méditerranéenne est grande. Cela serait pourtant désastreux pour l’image de l’Union européenne.

Et la Turquie, dans tout ça ?

La position de Jean-Pierre Jouyet est une position réaliste, à la fois critiquable et pertinente. Sur la question de l’adhésion, une phrase est glissée « on ne m’a pas demandé mon avis lors de la conclusion des accords de négociation ». Mais, une fois ces accords signés, tout est fait : « l’Europe est une construction de droit », qui doit se conformer à ses propres règles si elle veut avoir ne serait-ce que la prétention de les faire respecter par les actuels et futurs candidats. Ainsi, la Turquie doit entrer dans l’Union européenne. Il faut respecter la parole et le processus européens, bien que ce soit ceux de la génération précédente. Question de crédibilité. Une dernière mise en garde s’imposait : la Turquie ne doit pas être considérée comme un pont entre l’Union européenne et la Méditerranée, ou entre l’Union européenne et le Moyen-Orient. La Turquie doit être regardée comme une entité à part entière, qui, au regard de son poids démographique (78 millions d’habitants) comme de sa culture, doit être prise en compte pour elle-même.

Cette rencontre a donc marqué les esprits : un « europtimisme » comme Jean-Pierre Jouyet n’est pas fréquent par les temps qui courent, mais nous pouvons le dire : ça fait du bien !

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P.-S.

Illustration : Jean-Pierre Jouyet

Source : Rencontre Sciences Po - Sud Ouest

Vos commentaires

  • Le 16 avril 2011 à 17:33, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Jean-Pierre Jouyet, un européen convaincu

    "Cet engagement européen, il le considère d’ailleurs comme une « valeur de gauche »"

    <troll>C’est marrant mais c’est étrange pour un "Européen convaincu" dans ce cas d’aller les défendre dans un gouvernement mené par Sarkozy et Fillon qui à ma connaissance ne sont ni de gauche ni "Européens convaincus".</troll>

  • Le 28 avril 2011 à 10:37, par HERBINET En réponse à : Jean-Pierre Jouyet, un européen convaincu

    Mon amour de militant, c’est l’Europe de l’écologie. Face à la mondialisation, les populistes naviguent sur le terreau « assez » ignoble des thèses frontistes en vigueur concernant la fiscalité, l’inégalité, la xénophobie, le nationalisme et la solidarité. Cette inéluctable révolution écologique, nous la demandons ardemment. Promouvoir l’acception fédérale de la construction européenne, c’est déjà l’éloge de la monnaie unique, de la législation (presque) commune et de l’harmonie fiscale. L’économie de ce territoire s’inscrivant entre l’Atlantique et l’Oural est libre, verte et créative. Ancien cadre (AA/AT) de Terre Démocrate, le feu réseau social à objet politique de Corinne Lepage, Pierre-Franck Herbinet appelle à une révolution écologique au sein de cet « empire normatif » (cf. Zaki Laïdi) qu’est l’Union européenne. Plus largement, la révolution écologique s’inscrit dans la rupture avec l’actuelle gouvernance, trouvant un compromis entre deux rapports en dualité tels que « temps courts/temps longs » et « libertés/contraintes ». C’est à l’unique condition que d’inverser la rareté, que fécond et durable, sera bâti de nos mains ce modèle de développement unique. De nouvelles voies de reconversions industrielles s’ouvriront à l’aune de l’énumération quantitative et qualitative de nos ressources naturelles. L’exploitation des sables bitumeux est malsaine pour l’être biologique comme pour l’eau en cette irréversible fin annoncée de l’ère du pétrole. « Autopsie d’une crise annoncée » ? Si les écologistes européens ruent d’impatience, c’est pour espérer que les politiques environnementales intégrées se reflètent dans la veine du Fédéralisme.

    Pierre-Franck Herbinet

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