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L’État d’Israël dans l’Union européenne ?

Ou quand Israël n’envisage... pas son adhésion à l’UE…

, par Ronan Blaise

Ce jour — 14 mai — l’État d’Israël fête ses soixante ans. Et récemment — en tout cas au cours des euphoriques années du processus de paix d’Oslo, entre 1993 et 2000 — l’idée d’une possible future intégration d’Israël au sein de l’UE fut brandie à de nombreuses reprises [1]. Ne serait-ce que pour encourager, alors, les protagonistes du conflit israélo-palestinien dans leurs efforts de dialogue dans la perspective d’un futur traité de paix en bonne et due forme. Mais qu’en pensent — aujourd’hui — les principaux intéressés ?

Auteurs

  • Ancien Rédacteur en chef du Taurillon, ancien membre du bureau national et des « Jeunes Européens Rouen », Membre du Comité dé rédaction de Fédéchoses

Car, après tout, pourquoi pas. Après tout l’Etat d’Israël (Etat disposant d’un statut de "membre observateur" au Conseil de l’Europe...) participe régulièrement à diverses manifestations européennes : du concours de l’Eurovision à certaines compétitions sportives (de football, basket, athlétisme, etc). Sans même parler du fait qu’une importante partie de sa population est effectivement issue d’une immigration récente provenant d’Europe...

Mais, si on examine objectivement la situation, on peut constater qu’il s’agit là - aujourd’hui, dans la sphère publique et médiatique israélienne - d’un débat de très faible intensité : très peu d’articles dans la presse, peu de débats audiovisuels, une quasi-absence de publications et aucune référence appuyée lors des récentes campagnes électorales...

Et cela est d’autant plus facile à évaluer que l’Etat d’Israël est un Etat pleinement démocratique et pluraliste disposant d’une vaste gamme de médias indépendants (ou diversement orientés…) permettant à sa population de librement s’exprimer sur tous ces sujets.

Or, alors que la société israélienne est régulièrement traversée par de véritables grands débats de fond quant à son identité nationale (ex : sur l’équilibre entre laïcs et religieux) ou quant à la sécurité du pays (ex : à propos des frontières, des colonies, de la menace terroriste, de l’avancée dans le processus de paix, etc), on constatera que le débat sur une éventuelle perspective d’adhésion de l’Etat d’Israël à l’UE est aujourd’hui quasi inexistant.

Europe / Israël : « Je t’aime / Moi non plus »

De même, on notera que deux considérations récurrentes reflètent aujourd’hui un véritable rejet de l’opinion publique israélienne à l’encontre d’une éventuelle intégration de l’Etat d’Israël à l’UE : la nécessité de préserver l’indépendance stratégique de l’Etat d’Israël (donc le recours privilégié à l’alliance militaire et diplomatique avec les Etats-Unis) et la crainte d’une sympathie naturelle de l’Europe pour la seule cause palestinienne.

Pire, dans le "désenchantement" qui suivi le déclenchement de la seconde intifada (en septembre 2000), il semble que l’Europe ait été de plus en plus perçue par l’opinion publique israélienne comme résolument "antisioniste" et de plus en plus "arabophile".

Ainsi, une majorité d’Israéliens perçoit aujourd’hui l’UE soit - au mieux - comme un agrégat d’Etats superficiellement amis (mais sans moyen véritable ni volonté politique claire…), soit - au pire - comme l’expression politique "pas toujours très neutre" d’un continent autrefois "massacreur de juifs" et qui - facteur agravant - serait aujourd’hui "vendu aux seuls intérêts arabes".

Autant donc dire alors que la perspective d’une éventuelle future « Europe puissance » - susceptible de véritablement peser dans le monde (et sur le règlement du conflit israélo-palestinien, notamment…) mais qui serait a priori hostile à l’égard de l’Etat d’Israël - inquiète sans doute l’opinion publique de l’Etat d’Israël beaucoup plus qu’elle ne le rassure…

C’est pourquoi, nul dépôt de candidature de l’Etat d’Israël pour adhésion à l’UE ne semble de toute façon sur le point d’être officiellement déposée. Et toute relation de l’Etat d’Israël avec l’UE ne semble décidément pas pouvoir s’incarner dans autre chose que dans - au mieux - la négociation d’un partenariat privilégié avec l’UE.

Quid du rêve « abrahamique » proche-oriental ?

Il n’en reste pas moins que l’Etat d’Israël est aujourd’hui l’un des principaux partenaires économiques et politiques de l’UE dans l’espace méditerranéen : membre du processus de Barcelone, candidat à une participation à l’Union méditerranéenne, Etat également intimement lié à l’UE par des Traités de libre-échange commercial et de politique industrielle (et - bientôt - par un accord de coopération spatiale). Mais rien de plus. Et certainement pas une perspective d’adhésion...

Cela dit, on admettra bien volontiers que les négociateurs du processus de paix israélo-palestinien dit « processus d’Oslo » n’avaient jamais sérieusement envisagé l’intégration de l’Etat d’Israël à l’UE. Et ce, même s’ils prenaient effectivement la réconciliation franco-allemande comme modèle (et la création d’un futur « Marché commun proche-oriental » - à l’exemple de l’ancienne CEE - comme objectif : pour la paix...).

De ce « rêve européen » visiblement aujourd’hui si peu partagé dans l’opinion publique israélienne, il ne reste donc plus guère que sa transposition dans l’espace proche-oriental : le rêve d’un grand « Marché commun proche-oriental » - voire d’une Communauté politique « abrahamique » [2] - réunissant Juifs et Arabes.

Un projet de paix "abrahamique" qui ne fait, actuellement, pourtant plus guère recette dans un Etat d’Israël aujourd’hui inquiet à l’idée d’une éventuelle intégration régionale (dans un environnement arabo-musulman présumé foncièrement hostile…) et plus que jamais tendu vers l’allié américain.

Bref, dans un tel contexte international, il semble que l’ouverture d’un débat sur une éventuelle candidature pour adhésion de l’Etat d’Israël à l’UE semble - aujourd’hui - pour le moins prématurée.

Même si l’accession récente à la présidence de l’Etat d’Israël (en juin-juillet 2007) d’un européen convaincu - et notoirement connu pour cela - comme le travailliste Shimon Peres pourrait sans nul doute faire évoluer bien des choses…

Voir en ligne : « L’Europe et ses limites » (revue trimestrielle « Hérodote », n°118)

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P.-S.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est tiré du site internet de l’ambassade d’Israël en France.

- Sources :

Cet article est un bref résumé d’un article du chercheur "géopoliticien" Frédéric Encel, spécialiste des proche et moyen Orients (Professeur à l’IEP de Rennes et à l’ENA) : un document publié dans la revue trimestrielle « Hérodote » n°118, du troisième trimestre 2005 (ici : pages 196-201).

Notes

[1L’entité autonome palestinienne — voire le Liban — se voyant également présentées de semblables perspectives...

[2Rappellons que d’après les ’’Saintes écritures’’, Juifs et Arabes seraient les descendants d’un même ancêtre commun : Abraham-Ibrahim ; lequel « ancêtre commun » aurait eu pour descendants Ismaël (ancêtre mythologique des Arabes), ainsi qu’Isaac et Jacob-Israël (lui même ancêtre éponyme des Juifs).

Vos commentaires

  • Le 14 mai 2008 à 13:58, par max En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Non merci pour une intégration d’Israël. L’Union n’aurait plus de sens , plus de cohérence

  • Le 14 mai 2008 à 17:07, par Florence En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Bonjour,

    J’ai du mal à comprendre comment cette possibilité a pu être évoquée par le passé vu qu’Israël ne se trouve pas sur le continent européen et que c’est une condition à l’adhésion...

    Avez-vous plus d’infos ou des références que je pourrais consulter parlant de cette idée. Je n’en avais jamais entendu parler.

    Merci d’avance !

  • Le 14 mai 2008 à 17:59, par ArnaudH En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Une participation d’Israël à l’UE serait un non sens géostratégique grave.

    Israël doit s’intégrer dans sa sous-région et non seulement pacifier ses relations avec ses voisins, mais aussi créer des communautés économiques, culturelles, sociales, et politiques avec eux (en accord avec la méthode Monnet). C’est son seul espoir à long terme pôur éviter une instabilité régionale permanente.

    Par ailleurs, mis à part l’emplacement géographique clair de ce pays, les frontières de l’UE ne peuvent en aucun cas être avec l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban, ou donner accès au Golfe d’Aqaba et ses dimensions géopolitiques particulières.

    Israël, au même titre que tous les pays méditerranéens à un rôle à jouer dans l’Union Pour la Méditerranée / Euromed / Processus de Lisbonne dont elle refuse de se saisir pleinement. En tant que puissance méditerranéenne, Israël aurait un rôle important à jouer et pourrait se saisir des modérés de nombreux pays ouest-méditerranéens pour faciliter son dialogue avec les arabes de sa sous région.

  • Le 14 mai 2008 à 22:31, par Manu En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    bof.

    Culturellement parlant, Israël est probablement plus européen que la Turquie. Qui n’a de toutes façons qu’un infime pourcentage de son territoire en Europe. Je ne vois aucun argument qui accepterait la Turquie et nous donnerait une frontière directe avec l’Irak, qui ne s’appliquerait également à Israël..

  • Le 15 mai 2008 à 07:13, par Valéry En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    En toute hypothèse n’importe quelle adhésion est une très mauvaise idée tant que l’Union européenne n’a pas su se réformer convenablement. Les élargissements prématurés de 1995 et de 2004 ont enrayés la capacité du système institutionnel européen à se réformer. Il n’est pas besoin d’en rajouter.

    En revanche, dans une logique d’Europe à cercles concentriques, ou de redéfinition du rôle de l’Union comme celle qu’envisage Michel Rocard (non plus une union politique à vocation fédérale mais un simple outil pour exporter démocratie et prospérité à nos frontières), l’adhésion d’Israël aurait sa place à côté de l’Ukraine, du Caucase, du Maroc, de la Palestine ou de la Turquie par exemple.

  • Le 15 mai 2008 à 16:43, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    En même temps, soyons définitivement clairs : ce qui fait la véritable cohérence de l’Union, ce sont les politiques communes (sinon la « vision » partagée...).

    A ce titre, l’Etat d’Israël pourrait donc fort bien en être (pourvu seulement - mais c’est essentiel - qu’il accepte bien de se plier aux disciplines communes énoncées par les traités...).

  • Le 15 mai 2008 à 16:50, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Suis complètement d’accord avec Valéry :

    Aussi intéressante soit-elle pour l’avenir, la perspective politique d’une adhésion de l’Etat d’Israël à l’UE est actuellement totalement inopportune. Et ce, ne serait-ce que pour les raisons « technico-institutionnelles » déjà énoncées par Valéry.

    NB : Une perspective intéressante, admettons : si tant est qu’elle soit effectivement partagée... Or l’essentiel de cet article tend à précisément vouloir dire le contraire ! (Mais de là à dire ouf...).

  • Le 15 mai 2008 à 17:04, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    L’idée en question (i. e : d’une éventuelle adhésion de l’Etat d’Israël à l’UE...) a surtout été évoquée - meso vocce (et en arrière plan) - à l’occasion de la conférence de paix de Madrid (en 1989) et à la suite des accords de paix d’Oslo (en 1992).

    Il s’agissait là du « pourboire » (et d’une perspective que certains milieux diplomatiques voulaient alléchante...) que l’UE de l’époque faisait alors miroiter aux différentes parties prenantes du conflit israélo-palestinien (Israël & Palestine, mais aussi Liban...) si - d’aventures - le processus de paix israélo-palestinien prenait corps.

    D’autres perspectives - concurrentes - d’intégration régionale ont d’ailleurs été - alors et depuis lors - évoquées (notamment celles de la « Communauté abrahamique » et/ou du « Grand Moyen Orient »). Mais bien qu’elles semblent - à première vue (et « géopolitiquement », tout du moins...) beaucoup plus « raisonnables », elles n’ont pourtant pas eu davantage de succès.

    NB : Qu’Israël ne se trouve pas sur le « continent européen » importe peu : certains territoires d’outre-mer d’Etats européens n’y sont pas non plus. Et - de toute façon - les « limites » des continents (constructions idéologiques arbitraires et strictement conventionnelles...), ça vaut ce que ça vaut : finalement pas grand chose.

  • Le 15 mai 2008 à 17:18, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Il me semble que le « non-sens » soit surtout - dans votre commentaire, en tout cas - de vouloir absolument parler à la place des gens.

    A ce titre, il en ira donc - dans l’avenir - de la place d’Israël (dans le monde, dans son environnement « méditerranéen », etc.) comme des futures « frontières » de l’UE : elles seront finalement là où les peuples voudront bien qu’elles soient !!! (et non pas là où certains voudraient ou ne voudraient - en aucun cas (sic) - qu’elles soient...).

    En attendant, il semble bel et bien que l’Etat d’Israël ne songe de toute façon guère, aujourd’hui, à quelque perspective d’adhésion à l’UE. En ce 60’ anniversaire de l’indépendance de l’Etat d’Israël (et étant donnée que la question a - déjà - été évoquée dans un passé encore relativement proche...), je crois que ça valait tout de même la peine de le dire.

    Puisque c’est finalement sur ces bases là que s’organisent - actuellement - les relations entre l’UE et l’Etat d’Israël (autre thème développé dans l’article ci-dessus...).

  • Le 21 mai 2008 à 22:36, par Byzance En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Alors Renan on l’arrête où l’UE ?

    Car si on intègre Israël (sur le critère de l’UEFA ?) nous ne pouvons pas refuser le Liban et puis la Syrie. Et comment justifier le non au Maroc en 1986 ? etc...

    On va vite arriver à Bagdad...

  • Le 22 mai 2008 à 10:16, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Et bien, c’est pourtant très simple : l’UE s’arrête là où sont les frontières extérieures de ses seuls Etats membres. Et ne sont « Etats membres » que les Etats qui (1) en font officiellement la demande et (2) ont passé avec succès l’ « examen d’entrée » des négociations pour adhésion.

    Il faut donc savoir qu’aucun Etat - même « européen » - n’est accepté « a priori » dans l’UE en fonction de seuls critères géographiques (qui seraient les plus imbéciles qui soient, puisque strictement arbitraires...).

    Pour être accepté dans l’UE, il faut absolument que tout Etat candidat ait intégré l’acquis communautaire. Et c’est là une condition non négotiable... ainsi que la seule véritable « frontière » de l’Union (la seule qui puisse être véritablement contrôlable, d’ailleurs). Critère qui a aussi l’avantage d’être « rationnel » et de ne pas pouvoir être suspecté de vouloir cacher « autre chose ».

  • Le 22 mai 2008 à 16:46, par Byzance En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Simple, pas forcemment... En 1986 la candidature du Maroc a été rejettée purement et simplement sur un critère notamment géographique. Cela devrait vous indigner, non ?

    Quant aux critères d’adhésion je les connais par coeur.

  • Le 22 mai 2008 à 22:30, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Actuellement le Maroc n’a pas intégré l’acquis communautaire. Et c’était d’ailleurs déjà le cas en 1988.

    Bref, il n’est aujourd’hui (et il n’était déjà - alors) nullement besoin d’invoquer quelque artifice géographique que ce soit pour lui refuser toute perspective d’adhésion. Une telle décision ne m’indigne donc aucunement.

    Par ailleurs le Maroc ne demande aujourd’hui pas son adhésion. De ce fait, une telle perspective n’est aujourd’hui que pure spéculation.

    Comme pour ce qui est du cas - très spécifique - de l’Etat d’Israël, d’ailleurs : Etat d’Israël auquel c’est l’UE elle-même (et sans qu’Israël ne lui demande jamais rien en la matière...) qui lui a fait miroiter des choses que l’on peu effectivement juger complètement insensées, vu le contexte politique (plutôt que la seule géographie : pseudo-science « arbitraire », puisque strict inventaire de nomenclatures spatiales).

  • Le 23 mai 2008 à 02:58, par Byzance En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Sa demande de candidature lui a été refusé en 1986 pas son adhésion. On ne lui a même pas donné le droit de commencer le processus. Nuance. On ne peut donc pas lui demander d’intégrer avant de commencer à négocier à moins qu’on doive mener les négociations avant de présenter

    Encore une fois de quel droit, selon votre approche, avons nous refuser d’examiner la candidature du Maroc ?

    SInon en quoi le cas d’Israël est spécifique selon le vous mis à part les approches de l’UE au demeurant hardies ?

  • Le 23 mai 2008 à 12:01, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Vos raccourcis sont hardis : ce n’est pas moi et ce n’est pas "nous" (mais les autorités communautaires de l’époque) qui ont "refusé" d’examiner la candidature du Maroc. mais pas nécessairement pour des raisons strcitement ou exclusivement géographiques (ça, c’est vous qui l’affirmez, mais de façon gratuite).

    1986, c’était un autre temps. Je vous rappelle qu’il fallait alors d’abord mener à bien l’intégration de l’Espagne et du Portugal. Et je vous rappelle, qu’à l’époque, la Turquie - que vous aimez tant - avait encore le vent en poupe dans les cercles du pouvoir européens (et la CEE de l’époque, pour la Turquie, les yeux de Chimène...).

    Les événements de 1989-1990-1991 allaient tout changer... La réunification allemande et le dégel à l’Est ont définitivement fait basculer le "centre de gravité" européen vers l’Europe centrale. Et c’est d’ailleurs précisément ce à quoi Nicolas Sarkozy tente de remédier avec son maladroit projet d’ « Union pour la Méditerranée » (souvent interprétée par les Turcs comme une ultime tentative de leur faire avaler un ersatz, palliatif à une adhésion refusée...).

    Le cas d’Israël est spécifique dans la mesure où ce fut sans doute là le cas unique dans l’histoire communautaire où les autorités européennes ont fait des appels du pied en direction d’un pays qui, au départ en tout cas, ne demandait absolument rien.

    Le cas est également spécifique dans la mesure où une importante proportion de la population de l’Etat d’Israël est effectivement originaire de pays actuellement membres de l’UE (quand ils n’y sont pas nés, voire encore citoyens).

  • Le 29 mai 2008 à 13:28, par Yehuda BL En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Tout le monde parle du point de vue européen... soit

    Mais n’oublions pas le point de vue Israélien !

    Pour moi, l’entrée de mon pays, Israël, dans l’Europe serait une erreur fondamentale au niveau politique et stratégique...

    Ce qu’Israël souhaite c’est d’intégrer au mieux sa région géographique... C’est à dire le proche orient... Donc, en ce sens, une MEA Middle East Union serait bien plus opportune, cohérente et pertinente... Même si à court terme ca parait difficilement envisageable, c’est cet objectif qu’il nous faut cibler...

    Mais en réalité, Israël ne demande pas mieux... L’intégration d’Israël dans l’Europe n’est pas un souhait Israëlien, dumoins loin d’y être majoritaire... C’est uniquement à un niveau politique et diplomatique de l’Europe que cette perspective semble attrayante... C’est d’ailleurs les responsables de l’UE qui ont émis en premier cette hypothèse d’un Israël européen mais c’est très opportuniste comme requète au peuple Hébreu...

  • Le 29 mai 2008 à 13:40, par Fabien Cazenave En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Marrant : lors d’une action de rue des Jeunes Européens - France dans le cadre de notre séminaire européen, des Israeliens m’ont dit le contraire.

    M’enfin, je pense comme toi sur la majorité de la population rencontrée quand j’y étais allé (peu de temps il est vrai).

  • Le 29 mai 2008 à 19:20, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Yehuda,

    Je pense que vous êtes en grande partie dans le vrai ; Nb : mon article n’avait pas pour objectif de "proposer" l’adhésion d’Israël à l’UE... mais juste d’essayer de "faire le point" sur cette question (d’où le titre interrogatif, d’ailleurs...).

    Pour ce qui est de la « Middle East Union », l’ennui c’est que même cette perspective là ne semble plus être partagée par une majorité de l’opinion publique israélienne : aujourd’hui inquiête d’avoir à vivre avec un monde arabo-musulman plus que jamais présumé hostile. Adieu, « rêve abrahamique » ?!

    L’intégration d’Israël dans l’Europe : vous avez raison de dire que ce n’est pas un souhait Israëlien (du moins loin, pas majoritaire...), vous avez également raison de dire que c’est la seule Europe qui s’est fait plaisir toute seule en lançant cette idée puisque vous avez de même parfaitement raison d’affirmer que ce sont les seuls responsables de l’UE qui ont émis en premier cette hypothèse d’un Israël européen.

    (Même si, - une fois de temps en temps - on peut lire des déclarations israéliennes allant dans ce sens de la part, par exemple, d’un "europhile" notoire comme Shimon Pérès... néanmoins beaucoup plus discret sur le sujet depuis qu’il a été élevé à la présidence de l’Etat hébreu).

    Alors, une fois qu’on a dit « exit, le rêve européen » et déclaré mort-née la « Communautée abrahamique », que reste-t-il donc alors comme perspective stratégique de long terme pour l’Etat d’Israël ? Celle d’un Etat-nation au mode de vie occidental mais militairement claquemuré, tel une caserne spartiate, dans un environnement proche le considérant de plus en plus comme un corps étranger.

    Quelles perspectives lui reste-t-il donc, alors ? : celles de l’indépendance et de la souveraineté ombrageuse, celles de partenariats privilégiés avec les Etats-Unis, la Turquie ou l’Union indienne (comme autrefois avec l’URSS, au temps de l’indépendance). So what ?! Si cela sert effectivement plutôt bien la survie de l’Etat d’Israël (en tout cas pour l’instant...) est-ce que cela sert vraiment la paix ?! Permettez moi de dire que - précisément - tout le problème est là...

    Pour ma part, dans l’éventuel choix à faire entre « intégration à l’UE » et « Middle East Union », juste vous dire que - pour ce qui me concerne - bien peu m’importerait pourvu que cette intégration politique soit synonyme de paix pour la région.

    Et juste une piste - donc - pour une future intégration politique au proche orient : en 1951, les Européens commençaient à construire leur union politique en mettant en commun les instruments de la guerre (le charbon et l’acier). Quel projet, donc, pour l’avenir du proche Orient israélo-arabe : une Communautée de gestion des ressources en eau sous contrôle supranational voire onusien ?! (où l’on ressort des cartons le projet « Johnston » de 1955 ?!).

  • Le 22 juin 2008 à 02:21, par Byzance En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Ronan,

    J’assume le nous. L’UE c’est nous comme pourrait le dire chaque citoyen de l’UE. Désolé...

    Le critère géographique a été retenue pour le Maroc puisque sa candidature a été rejetée, car il n’était pas européen ! Comme quoi le fait de ne pas être européen a été utilisé. Et non 1986 n’est pas un autre temps. Aujourd’hui on prend en compte la candidature de la Turquie alors que l’intégration des PECOS est loin d’être finie, cela n’est pas très cohérent. Votre argument valable hier ne le serait plus aujourd’hui ? Quand au vent en poupe de la Turquie, de quoi parlez vous précisément ? Des manoeuvres dilatoires de la Commission à ce sujet ?

    Concernant votre analyse du déplacement de centre de gravité de l’Europe, quel est le rapport avec l’adhésion de la Turquie ? Sincèrement étayez...

    Concernant « les appels du pied » faits Israël vous pensez à quoi concrètement ? Vous m’accorderez que les discussions de couloir à Oslo ou ailleurs n’ont pas grande valeur. En effet, ont-elles bien existées ? S’ils sont avérés, leur contenu et leur valeur reste à évaluer. De plus vous m’accorderez que ce « genre » de promesses est complètement anti démocratique. Quel mandat a été donné à qui ? Tout cela n’est pas très démocratique... De plus il serait scandaleux que ces supposés appels n’aient pas été faits aux palestiniens. A moins que certains sont moins bienvenus que d’autres... Et ceci m’amène au point suivant.

    En effet, je termine par quelque chose qui m’a choqué et pas seulement moi. Je vous cite « Le cas est également spécifique dans la mesure où une proportion importante de la population de l’Etat d’Israël est effectivement originaire de pays actuellement membres de l’UE (quand ils n’y sont pas nés, voire encore citoyens). » Je comprends qu’avec ce genre de raisonnement vous écartiez d’un revers de manche la candidature marocaine.

  • Le 22 juin 2008 à 13:40, par Ronan En réponse à : L’Etat d’Israël dans l’Union européenne ?

    Byzance,

    Parfois je ne comprends vraiment pas ce que vous dîtes. Notamment « Je comprends qu’avec ce genre de raisonnement vous écartiez d’un revers de manche la candidature marocaine », dans la mesure où - justement - je ne l’écartes absolument pas. Juste dire que celle-ci n’est pas opportune à l’heure actuelle, c’est tout (Et de toute façon pas d’actualité tant que le Maroc ne formulera pas officiellement une nouvelle candidature).

    Et d’ailleurs, si vous lisez attentivement ce qui s’est dit et écrit sur ce webzine depuis l’origine, vous constaterez que je dis absolument et exactement - à la virgule près - la même chôse à propos de la Turquie.

    A savoir : qu’il ne faut pas - par principe - s’interdire de les accueillir un jour dans l’Union européenne (s’ils le demandent et si nous sommes effectivement prêts à les accueillir, notamment sur le plan institutionnel) mais que ce moment n’est sans doute pas d’actualité pour l’immédiat. Bref : je ne suis ni un adversaire mordicus, ni un partisan à tout prix de l’élargissement, je dis juste qu’il est sans doute souhaitable pour l’avenir à long terme, mais également certainement pas opportun pour l’heure actuelle (Et ce, selon des critères qui - à l’évidence - ne sont pas les votres, puisque je mets la politique d’abord).

    I. e : non pas à cause de critères géographiques contestables ou à cause de critères culturels filandreux et sulfureux, mais à cause des blocages institutionnels qui affectent aujourd’hui l’UE (et qu’il faut traîter prioritairement) ou à cause des atteintes à l’esprit européen dont sont responsables certains de ces Etats candidats (c.a d. : non respect des normes de droit en vigueur dans l’Union, état d’esprit national-souverainiste de leurs dirigeants, etc.).

    Sur l’importance "cardinale" du seul critère géographique dans la décision communautaire de 1986 concernant le Maroc, une fois encore c’est vous qui l’affirmez. Etayez, s’il vous plaît.

    Le déplacement de centre de gravité de l’Europe ? Vous savez fort bien - les conversations du Conseil européen de ces derniers jours en sont la preuve - qu’on ne peut plus guère parler d’élargissement à l’Est ou au sud-est de l’Union sans être obligés de prêter une orielle attentive à ce que disent nos partenaires polonais, par exemple (qui sont pro-Turquie, puisque pro-Ukraine aussi).

    Mais je voulais - dans le post précédant - évoquer une autre question : en fait la Turquie n’a visiblement trouvé d’intérêt aux yeux de nos dirigeants européens, jusque dans les années 1980, que pour des raisons stratégiques et militaires et que dans la mesure où il existait une certaine URSS (et ce , même lorsque la Turquie était une dictature militaire). A partir du moment où l’Empire soviétique (et les menaces qu’il portait) s’écroulait, l’intégration future de l’Europe centrale (de "vrais européens", ceux-là, n’est-ce pas ?!) à l’Europe communautaire devenait la priorité et la nécessité de nouer des liens étroits avec la Turquie passait soudainement au second plan (bye, bye Turquie...) : la perspective d’adhésion entretenue dès les années 1960 se transformait alors en projet de partenariat privilégié. Et de partenaire de premier rang reconnu en tant que tel, la Turquie était rejetée dans les limbes de la périphérie (merci pour votre aide durant la guerre froide ; et maintenant : dégages !). On aurait tout de même souhaité que les relations euro-turques soient moins empreintes d’un tel cynisme.

    Concernant Israël, oui il y a eut des discussions de couloir à Oslo ou ailleurs., qui n’ont effectivement aujourd’hui plus grande valeur dans la mesure où, aujourd’hui, les peuples et Etats concernés par ces conversations ne se reconnaissent finalement pas du tout dans ces perspectives. Oui, il n’y a sans nul doute pas eut le moindre mandat démocratique pour ouvrir de telles perspectives. En même temps, je vous défies de me donner la moindre preuve que les négociations d’adhésions de l’Espagne et du Portugal (ou de n’importe quel autre pays membre de l’Europe communautaire qui n’en soit pas un membre fondateur) aient été précédées d’un mandat populaire explicite.

    Enfin, si vous aviez lu attentivement ce qui précède, vous auriez découvert que OUI, il semble que les mêmes perspectives aient été proposées à l’autorité pesltinienne alors en gestation ainsi qu’au Liban (c’est écrit noir sur blanc dans l’article qui précède).

    Si vous l’aviez lu, ça vous aurait évité d’écrire la monstruosité comme quoi, selon moi, "certains (seraient) moins bienvenus que d’autres" dans l’Union. Car voilà là une déformation évidente de la pensée d’autrui à la limite de la diffamation explicite.

    Constater que de nombreux citoyens de l’Etat d’Israël sont des "Européens" en voyage ayant fraichement déménagés est une évidence matérielle à la limite de la lapalissade. Et c’est vrai que cela aurait pu permettre l’élaboration de liens particuliers entre l’UE et l’Etat d’Israël. Or, l’article précédant dit que c’est justement le contraire qui s’est produit (de la défiance et de la méfiance), ne serait-ce qu’à cause des conditions mêmes du départ de ces gens d’Europe vers la Palestine (et à cause de l’antisémitisme dont certains de ces migrants récents disent avoir été victimes).

    Mais rien dans de telles considérations ne peut néanmoins vous autoriser à dire que je penserais que les liens culturels qui nous lient de façon privilégiée à eux en font d’évidence de bien meilleurs européens potentiels que d’autres qu’il faudrait pour cela négliger (ça, c’est peut-être vous qui l’affirmez, mais certainement pas moi). Votre mauvaise foi consiste à faire dire à autrui des choses qu’il ne pense ni écrit. Pour ma part - une dernière fois - l’Europe, ce n’est pas un projet culturel et identitaire (et rien à foutre de la géographie), c’est un projet politique et civique ouvert.

    Et quand on voit votre zèle à écarter - a priori - toute éventuelle candidature turque à l’Union européenne exclusivement en fonction de critères identitaires douteux (que je rejettes - pour ma part - de façon radicale pour considérer toute éventuelle perspective d’adhésion : Turquie, Maroc, Israël ou qui que ce soit d’autre), on ne peut s’empêcher de penser - en lisant vos commentaires - que c’est là vraiment l’hopital qui se fout de la gueule de la charité.

    De toute ma vie je ne me suis jamais fait taxer de racisme anti-maghrébins, et ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer... Surtout de la part d’un contradicteur qui ne cache guère les évidents sentiments de ce type qui l’habitent à propos de Turcs non sans défauts mais méritant tout de même bien mieux que cela.

  • Le 28 mars 2013 à 20:21, par La Guillotine En réponse à : L’État d’Israël dans l’Union européenne ?

    Israël est déjà dans l’Union européenne, voir le livre de David Cronin http://assolaguillotine.wordpress.com/europe-israel-de-david-cronin/

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