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L’Europe de Nicolas Sarkozy et de François Hollande : La continuité face à la restauration

, par Laurence Pellegrini

Un Président UMP sortant face à un candidat socialiste, c’est cette configuration que les Français ont choisie pour le deuxième tour de l’élection présidentielle. Ce face à face entre les deux plus grands partis français ne saurait pourtant occulter la montée des extrêmes, à droite comme à gauche. Vote-sanction ou encore vote de crise, c’est ainsi que les observateurs qualifient ce résultat. Toutefois, on pourrait également en déduire que les Français interrogent leurs responsables politiques sur la place de la France en Europe et dans le monde, et sur les conséquences de la mondialisation sur l’économie. Si Nicolas Sarkozy comme François Hollande mettent tout deux en exergue la nation française, ou encore la souveraineté, leur programme aborde cette problématique, malgré un certain nombre d’objectifs communs, sous des angles très différents.

Dessinateur: Frephttp://www.crayondenuit.com/

Auteurs

  • Doctorante en Études germaniques à l’Université de Provence, sur le thème de :« Les activités de Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt après 1981. L’entente personnelle au service de l’Union monétaire de l’Europe. »

L’Europe et l’économie française : une ambition, deux stratégies

Comme tous les responsables politiques européens, Nicolas Sarkozy et François Hollande recherchent, dans leurs propositions, la prospérité pour la France. Croissance, emploi, compétitivité sont ainsi les maîtres-mots des programmes des deux candidats. En revanche, les méthodes témoignent de divergences majeures : alors que le premier choisit l’intégration et la coopération supranationale, et fait preuve de pragmatisme, le deuxième recherche des solutions davantage nationales, et une politique extérieure empreinte d’idéalisme.

En effet, la réflexion de Nicolas Sarkozy est axée sur la réforme du Marché unique, et particulièrement des relations commerciales entre l’Europe et les pays tiers. S’il est élu, le Président de la République sortant s’attachera donc, très vraisemblablement, à défendre la réciprocité des échanges – ou buy european act – dans le but d’instaurer une concurrence loyale. Corollairement, Nicolas Sarkozy vise l’harmonisation des politiques fiscale et sociale en Europe. En somme, il souhaite mettre en œuvre un libéralisme équitable à l’échelle européenne et internationale. Le Président-candidat dresse finalement le constat d’un affaiblissement du modèle occidental dans le monde, et considère que la France a besoin de ses partenaires, non seulement pour préserver sa propre souveraineté, mais aussi pour « pouvoir prétendre jouer un rôle dans le nouvel ordre mondial ».

Le programme de François Hollande annonce, de son côté, le « changement ». Pourtant, il semble que « restauration » aurait été une notion plus en adéquation avec ses propositions. Même s’il ne le formule pas en ces termes, le responsable socialiste prône un retour à une forme de protectionnisme et à l’intervention de l’État dans l’économie, une attitude à la limite de la rupture avec la libéralisation des échanges en Europe et des accords internationaux. François Mitterrand, en son temps, avait déjà dû mettre un terme à cette politique, constatant que la libéralisation de l’économie était la clé de l’expansion de la France. Accusant la finance d’avoir « pris le contrôle sur l’économie », François Hollande laisse penser que la République - autrement dit l’État, ou lui-même si l’on considère l’emploi récurrent du « je » dans son programme – prendra, s’il est élu, le pouvoir sur le marché.

Les deux programmes ont en commun de théoriser la politique française dans son contexte international, et plus particulièrement la relation de l’économie au marché de la finance. Dans sa « lettre au peuple Français », Nicolas Sarkozy adopte une attitude pragmatique : l’Union européenne a échoué dans sa mission de protection des pays membres face à la financiarisation de l’économie – et, a fortiori, dans son rôle de rempart face aux crises systémiques – et doit rechercher une plus grande régulation face au dumping social, fiscal ou encore écologique. Pour lui, « ce n’est pas la mondialisation qui est à l’origine des crises », mais l’absence de règles.

François Hollande témoigne, pour sa part, d’une conception plus idéaliste, voire utopiste, notamment quand il affirme : « j’agirai, dans le cadre du G20, pour une parité plus équilibrée de l’euro vis-à-vis du dollar américain et du yuan chinois en proposant un nouvel ordre monétaire international ». Ces propos ont des allures électoralistes, quand on sait que, en France, des voix s’élèvent contre l’euro fort, jugé désavantageux pour l’exportation. Cette affirmation va cependant à l’encontre, outre de l’indépendance de la Banque centrale européenne, de l’esprit de l’Union européenne. En effet, il semble inconcevable qu’un pays, seul, puisse négocier des accords internationaux.

Le Traité européen ou les paradigmes de l’adaptation et de la remise en question

Dans l’Histoire de la construction européenne, les Traités ont toujours provoqué des oppositions et des revendications divergentes, non seulement entre les pays membres de l’Union, mais également entre les partis. Jamais, pourtant, un candidat à l’élection présidentielle n’avait ouvertement annoncé une renégociation d’un Traité élaboré sous l’égide d’un adversaire politique. Même Valéry Giscard d’Estaing, battu par François Mitterrand en 1981, avait activement collaboré en faveur de l’aboutissement du Traité de Maastricht. La force de la France, sa vocation d’aiguillon politique en Europe, reposait principalement sur son approche de la politique européenne au-delà des querelles partisanes.

Au centre de la controverse se situe la question du déficit budgétaire, et les divergences de points de vue entre la gauche et la droite sur la conduite de l’économie nationale. En effet, si tous deux ont inscrit dans leur programme le retour à l’équilibre des comptes publics, les méthodes pour y parvenir sont opposées. D’un côté, Nicolas Sarkozy promet la discipline budgétaire et des réductions dans les dépenses, à l’image de sa réforme des retraites ou du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux. D’un autre, si François Hollande s’est déclaré « favorable au sérieux budgétaire, aux disciplines qu’il suppose », il n’en reste pas moins qu’il prévoit des dépenses publiques, en particulier pour soutenir sa politique sociale, compensées par des augmentations d’impôts. Si les deux candidats recherchent la croissance, le Président sortant propose une politique en corrélation avec les positions européennes, tandis que François Hollande s’oriente vers une politique de relance de type keynésienne – contre l’austérité -, un modèle rejeté par les experts depuis plusieurs décennies.

Pressés par l’opinion publique française, Nicolas Sarkozy comme François Hollande ont remis en question les statuts de la banque centrale européenne : le memorandum du candidat socialiste comporte par exemple la création d’eurobonds – ou prêts directs aux États -, et les déclarations du Président-candidat encouragent à une nouvelle attitude « sur le cours de l’euro, sur l’injection de liquidités par la BCE dans le système bancaire ; sur le rachat des obligations des États attaqués par les marchés par la banque centrale européenne ». S’ils s’en défendent, les deux candidats remettent en cause l’indépendance de la Banque centrale européenne, dont une des conditions est bien l’absence de flux financiers avec les États. Rappelons qu’il s’agit là du ciment de l’accord franco-allemand ayant abouti à l’Union monétaire de l’Europe et à l’euro. Or, la monnaie unique, malgré les critiques récurrentes, est bien la disposition européenne qui a le mieux résisté à la crise.

Il semble que, en France, durant les élections présidentielles, et particulièrement en période de crise, il ne soit pas de bon ton de revendiquer sa vocation européenne. Parmi les pères de l’Europe, Jacques Delors a par exemple déclaré : « Je ne suis pas satisfait de la manière dont la pensée européenne a été présentée pendant cette campagne. Sur l’Europe, les gens sont passés de l’indifférence à la déception, voire à l’hostilité ». En tant qu’homme de gauche, Jacques Delors votera pour François Hollande, sans conviction. En revanche, Valéry Giscard d’Estaing s’est prononcé sans ambiguïté en faveur de Nicolas Sarkozy : « On nous offre le choix entre deux approches : la facilité ou le redressement. La première est plus tentante. En période de crise, les gens préfèrent d’ailleurs tout changer. Mais une politique de facilité nous conduirait à l’aventure. Elle nous ferait montrer du doigt par tous les experts. Elle nous exposerait à des manœuvres du milieu de la spéculation internationale ».

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Vos commentaires

  • Le 2 mai 2012 à 11:47, par Frank Stadelmaier En réponse à : L’Europe de Nicolas Sarkozy et de François Hollande : La continuité face à la restauration

    Deux remarques :

    1) Nicolas Sarkozy « choisit l’intégration et la coopération supranationale », cela me surprend. Ces cinq dernières années, il n’a fait que choisir la coopération intergouvernementale. 2) Le modèle keynésien « rejeté par les experts depuis plusieurs décennies » – qui sont ces experts ? Sans autre référence dans le texte, on ne peut que penser à l’école de Chicago dont les modèles et les préceptes ont largement aidé à opérer la crise financière et économique actuelle.

    Du reste, il me semble très problématique de concevoir un article d’analyse politique uniquement (ou presque) sur les programmes des candidats.

  • Le 2 mai 2012 à 17:37, par Neos En réponse à : L’Europe de Nicolas Sarkozy et de François Hollande : La continuité face à la restauration

    Je confirme l’analyse de M Stadelmaier. La politique européenne du Président français depuis 2007 a contribué de manière spectaculaire au renforcement de la méthode intergouvernementale de gestion des affaires publiques européennes au détriment de la méthode communautaire si chère aux Pères fondateurs.

    En initiant une vision française de la construction européenne au cours de la Présidence française du Conseil, axée sur l’expression d’une volonté unilatérale de façonner l’UE à l’image du Président français - volontariste, préférant la [re]action immédiate à la conciliation et la consultation -, il a donné le ton - musclé - d’une France pro active, mais individualiste et donneuse de leçon, incapable de prendre le temps d’écouter, de jouer collectif avec ses partenaires en élaborant des positions communes et - mais ceci n’a que guère d’intérêt pour les partisans de l’action vigoureuse - de montrer l’exemple en cherchant l’intérêt général européen et français plutôt que l’intérêt national seul et non-négociable.

    Cela fait 5 années que les hauts fonctionnaires allemands (et européens) attendent l’opportunité de se réjouir d’un changement de méthode de travail afin de remettre au goût du jour un semblant de coopération franco-allemande qui puisse (re)devenir autre chose qu’un jeu nauséeux de faux-amis que l’on obligerait, malgré eux, à faire jouer ensemble, une parodie de diplomatie où l’on doit travailler ensemble ... parce qu’il ne peut en être autrement si l’on veut que l’UE ne sombre pas en période de crise économique et financière, voire parce que bien malheureusement l’intérêt ’national’ l’impose.

    Alors non, on ne me fera pas penser que le Président français en fonction depuis 2007 comprend l’Europe communautaire comme devrait le faire le Président d’un Etat membre fondateur, et on ne me fera pas croire un instant que ce Président français pense l’Europe en terme supranational.

    Le jour où la France posera la question de la portée de la souveraineté nationale sur la table, interrogera - en les consultant - les Etats membres sur l’exercice de la démocratie au delà des frontières nationales, alors nous commencerons à parler sérieusement de supranationalité.

    Nous n’en sommes pas encore là. Et je crains fort qu’au soir du 6 mai, quel que soit le vainqueur des élections présidentielles en France, aucun élément de réponse ne soit apporté sur ce sujet pourtant fondamental pour l’avenir de l’UE et des citoyens européens.

  • Le 2 mai 2012 à 17:46, par Pellegrini En réponse à : L’Europe de Nicolas Sarkozy et de François Hollande : La continuité face à la restauration

    Merci pour ton message. Précisément, l’objet était de présenter les programmes, qui, par définition, n’ont pas été appliqués. Certes, il y a des aspects d’intergouvernementalisme dans la politique européenne menée par Nicolas Sarkozy durant son quinquennat. En revanche, il n’est pas de ceux qui rejètent d’emblée le fédéralisme, notamment quand il sert les interets de la France. Cette méthode est plus due à sa volonté d’action qu’à une idéologie ou un euroscepticisme, je pense. Concernant la méthode keynésienne, outre les experts que tu cites, je pense également aux socialistes eux-mêmes qui ont reconnu, en 1983, que la politique qu’ils menaient - en particulier le deficit spending - empêchait la France de profiter de la reprise économique mondiale.

  • Le 3 mai 2012 à 10:36, par Frank Stadelmaier En réponse à : L’Europe de Nicolas Sarkozy et de François Hollande : La continuité face à la restauration

    Bonjour Laurence,

    En ce qui concerne la future politique économique d’un président Hollande et d’un gouvernement conséquent, voyons voir. Il me semble que M. Hollande a laissé, lors du débat d’hier soir, notamment en louant l’exemple allemand, des portes ouvertes pour une voie intermédiaire.

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