Accueil > Économie & Société > La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE (...)

La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

, par Jonathan Leveugle

Alors candidat pour les primaires socialistes en octobre 2011, l’actuel ministre pour le redressement productif présente un programme alternatif, luttant contre la mondialisation et le libre échange. Dans son livre : « Votez pour la Démondialisation ! » Arnaud Montebourg propose plusieurs mesures pour sortir du libre échange dont il dresse un bilan noir. L’intérêt de son ouvrage est qu’il essaye d’apporter des solutions face aux critiques les plus fortes faites à l’UE. Qu’en est-il ?

Arnaud Montebourg – Par Webstern Socialiste

Auteurs

Mots-clés

Pour ses plus virulents détracteurs, l’Union européenne symbolise le libre échangisme et la mondialisation. Elle mettrait en concurrence les salariés européens avec le reste du monde en abaissant les droits de douane et en détruisant les régimes sociaux des Etats européens. Loin de protéger, elle rendrait les citoyens européens plus vulnérables à la finance mondiale et aux délocalisations.

Dans son petit ouvrage, Arnaud Montebourg définit la mondialisation comme un processus économique entrainant la paupérisation des salariés européens. Il essaye alors de proposer quelques réformes pour mettre fin au « libre échange extrémiste. »

Un protectionnisme européen

Pour Arnaud Montebourg, la principale solution aux effets négatifs de la mondialisation est de mettre en place un protectionnisme aux frontières de l’Union européenne. Non pas un « protectionnisme haineux et revanchard de l’extrême droite » mais un « protectionnisme européen à la fois vert et social » pour « sauver l’Europe du mal qui la ronge : la mondialisation libérale. »

Sous ces belles formules, Arnaud Montebourg propose d’instaurer plusieurs taxes aux frontières de l’UE :

  • « une taxe carbone extérieure aux frontières de l’UE, afin que les produits importés reflètent leur « juste coût carbone, sanitaire et social. » »
  • « Une taxe harmonisée au plan européen sur le transport maritime. » Elle aura pour but de taxer plus lourdement les produits importés de l’autre bout du monde.

En parallèle, l’UE devra « instaurer par des traités bilatéraux un système de préférences commerciales au bénéfice des pays s’adaptant au mieux et au plus vite aux normes sociales et écologiques internationales. »

Arnaud Montebourg propose aussi des changements dans la perception des outils européens. C’est ainsi qu’il souhaite « politiser le droit européen de la concurrence pour constituer des champions industriels ayant la critique du marché mondial. » Il souhaite aussi mettre « la convergence sociale et fiscale à l’agenda immédiat de l’UE. Un salaire minimum Etat par Etat serait une première pierre. »

Pour le ministre du redressement productif, l’UE doit se doter « d’un véritable budget communautaire, abondé par une fiscalité européenne économique. »

« Un modèle allemand » égoïste ?

Pour mettre en œuvre ses mesures, Arnaud Montebourg souligne l’importance de trouver un accord avec l’Allemagne. Cette dernière mène une politique égoïste depuis dix ans en « écrasant les salaires » et flexibilisant le marché du travail pour gagner en compétitivité. Or, pour Arnaud Montebourg cette politique ne profite plus aux salariés mais au patronat car ces gains de compétitivité se sont transformés en marge bénéficiaire pour les entreprises et ne sont plus accompagnés de la baisse des prix.

Cette politique est qualifiée d’égoïste par le ministre du redressement productif car pour prendre un avantage sur ses voisins européens, « elle a baissé les salaires pour exporter en appauvrissant ses propres salariés, et vendre à outrance à ses partenaires. » L’Allemagne est devenue la « Chine de l’Europe » c’est-à-dire, « celle qui exporte à tout prix, tire les salaires vers le bas et vit des déficits des autres. »

Mais pour Arnaud Montebourg, cette politique du gouvernement allemand n’est pas tenable sur le long terme. En agissant ainsi, l’Allemagne « construit son propre cercueil économique » car elle mène l’Europe à la désintégration ce qui couterait cher à l’Allemagne. C’est pourquoi il veut un nouveau dialogue franco-allemand aboutissant à un marché réciproque. Ce dernier permettrait d’allier « discipline budgétaire en Europe et hausse des salaires dans nos deux pays ; maintien de l’euro sous gouvernance de la BCE et protectionnisme vert. » C’est pourquoi il place un grand espoir d’aboutir un accord avec la gauche allemande qui devrait bientôt arriver au pouvoir.

Un programme européen pour des défaillances européennes ?

L’intérêt fondamental de ce petit ouvrage est de montrer que des solutions européennes peuvent être trouvées aux critiques europhobes. Chacun jugera de la pertinence et de la validité de ces propositions pour sortir l’UE de la crise et redonner confiance dans le projet européen, mais ce programme a pour principe de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

En effet, au contraire de la rhétorique des souverainistes, virulents critiques de la mondialisation, les propositions d’A. Montebourg ne rejettent pas l’UE mais essayent d’apporter une solution européenne à des problèmes européens. Il n’y a donc pas d’opposition irrémédiable entre partisans de la construction européenne et tenants de la démondialisation. Les politiques européennes de libre échange peuvent prendre fin et un nouveau tournant peut être donné à l’UE.

La construction européenne n’est pas forcément un synonyme de la mondialisation. C’est un processus indépendant qui peut prendre le visage que nous déciderons de lui donner.

Alors qu’Arnaud Montebourg est maintenant à la tête d’un ministère d’importance au sein du nouveau gouvernement, on peut se demander si ces mesures vont être portées par la France. La démondialisation sera-t-il l’axe européen du gouvernement de Jean-Marc Ayrault ?

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

Vos commentaires

  • Le 25 juin 2012 à 07:09, par Elisabeth Jenssen En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    Excellente question : oui, la démondialisation, prônée inlassablement par Arnaud Montebourg, est la clé du succès pour le ministère-clé - le Redressement productif - de Jean-Marc Ayrault sous la présidence de François Hollande, pour la simple raison que nous avons désormais "localisé" le mal du siècle - la mondialisation- comme la source principale du déclin de l’Europe. Aux grands maux les grands remèdes, ayons le courage et la détermination d’appliquer les propositions concrètes d’Arnaud Montebourg clairement exposées dans son petit livre « Votez pour la Démondialisation ! » pour redresser la France et sortir l’Europe de la crise. Elisabeth Jenssen Présidente-fondatrice Le Mouvement des Français de l’Étranger (MDFDE) http://www.francaisdeletranger.org/

  • Le 25 juin 2012 à 09:12, par Pierre-Antoine KLETHI En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    Quelques remarques :
    - S’imagine-t-il que pendant que nous ciblons clairement les importations par des taxes, les pays hors UE nous laisseront tranquillement agir et ne prendront pas de mesures de rétorsion ? Ils vont s’attaquer à nos exportations, et on entrera dans un cercle de protectionnisme qui appauvrira tout le monde, surtout nous, en Europe, puisque l’on ne peut pas vraiment prétendre que nous soyons un marché en expansion... (Je n’irai pas jusqu’à faire un parallèle avec la réaction post-crise de 1929.) Bref, nos entreprises qui exportent à l’étranger souffriront énormément. En même temps, la compétitivité n’étant pas le fort de la France, par rapport à d’autres pays, semble-t-il, un tel discours n’est guère surprenant.
    - « Les normes sociales et écologiques internationales ». Beaux mots, mais que met-il derrière ? Les normes françaises aux prétentions universelles ? Parce que pour l’instant, en termes de normes sociales et écologiques internationales, le bilan doit être assez famélique...
    - Il n’y a que la France (notamment la gauche française) qui a autant développé cette vision de l’économie et de l’UE. D’autres pays ont des avis diamétralement opposés. Bref, un accord sur un tel programme n’est (heureusement) pas pour demain.
    - Il se fait des illusions, en ce qui concerne la SPD allemande. Les socialistes outre-Rhin ne sont pas fous : ils ne vont pas détruire ce qui fait la réussite économique allemande. Je souligne, de plus, que les Allemands sont capables de trouver des débouchés à l’étranger, quand ça va moins bien en Europe. D’ailleurs, les espoirs de rapprochement avec la SPD sont déjà douchés en matière d’Eurobonds ; c’est le PS qui a dû faire marche arrière. Quant à « la gauche allemande qui devrait bientôt arriver au pouvoir », ne mettons pas la charrue avant les boeufs...

    Ce qui, à mon sens, serait nettement plus pertinent, si l’on veut s’attaquer à la question des déséquilibres commerciaux au sein du marché unique, serait de mettre en place une véritable fédération européenne, avec un important budget européen. Et par le biais de ce budget commun, une partie des excédents allemands pourraient éventuellement compenser un peu les déficits commerciaux des autres pays vis-à-vis de l’Allemagne (je dis bien, « une partie » !).

    Pour finir, je soulignerai qu’une fois de plus, Montebourg montre que l’on cherche les problèmes ailleurs, pour éviter de s’attaquer à nos propres faiblesses, à savoir l’absence de courage politique et de réformes structurelles depuis bien trop longtemps.

  • Le 25 juin 2012 à 13:08, par Emmanuel En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    dommage, quand même, que son propore directeur de cabinet dise tout le contraire...

  • Le 25 juin 2012 à 17:51, par Loinvoyant En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    A Pierre-Antoine KLETHI,

    L’union Européenne représente en terme de marché une zone plus importante économiquement que les États-Unis, pour cette raison, ne pas commercer avec l’UE serait contre-productif. J’ajouterai également que les mesures protectionnistes sont déjà partout (Chine, Russie, Argentine...) mais que l’UE de par l’idéologie libérale qui la gouverne est fortement désavantagé.

    Les normes sociales et environnementales française ? Ben non justement, à priori on voudrait des normes environnementales européennes, quant aux normes sociales il est précisé dans l’article que l’on doit parvenir à une sorte d’accord, dans un premier temps a minima avec les autres pays européens.

    "Il n’y a que la gauche française..." Pour une fois que la France est en avance (parce ce qu’elle n’a jamais pu se faire à la mondialisation aussi il faut bien l’avouer), ne boudons pas notre plaisir, si on n’aborde pas ce sujet sur la scène national, on ne va pas y arriver au niveau européen.

    Sur le SPD... vous avez mille fois raison, mais je cite : "l’Allemagne « construit son propre cercueil économique » car elle mène l’Europe à la désintégration ce qui couterait cher à l’Allemagne", dans l’intérêt de l’Allemagne et de l’Europe, peut-être pourrions nous en discuter avec eux.

    Enfin, votre solution de fédéralisme économique avec important transferts budgétaires marche techniquement (je la trouve même personnellement élégante dans son concept), mais elle souffre à mon sens de deux tares rédhibitoires.

    La première est d’ordre politique : Ce genre de solution n’est possible que dans une Europe véritablement unifiée quasi centrale plutôt que fédérale ; on voit bien ce genre de thématique en Belgique quand la Flandres accuse la Wallonie de bénéficier à leur détriment du système, i.e. Comment faire avaler cette idée à l’Allemagne ? "Vous travaillez dur avec un marché flexible et de bas salaires pour pouvoir prendre toutes les richesses d’Europe, et en échange vous les redistribuez"... La solution de Montebourg aurait cette avantage de faire bénéficier à tous de la même compétitivité (où en tout cas de faire disparaitre les écarts de compétitivité lié au dumping social ou environnementales car nous serions liés aux règles européennes), et donc d’attirer moins d’antipathie de la par des populations (de toute manière un État européen ne peut pas être que punitif, sinon il ne tiendra pas).

    La seconde critique est le manque de réponse au dumping mondial (chinois par exemple). L’Allemagne seul arriverait-elle avec votre système à dégager suffisamment d’excédents pour toute l’Europe ? Non bien sûr !

  • Le 26 juin 2012 à 08:31, par pecqueur En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    La démondialisation pour une économie équitables, ou la réciprocité doit être respectée.

    Des échanges commerciaux sans concurrences déloyales. Pour relocaliser les entreprises nous devrions créer des zones de reindustrialisation spécialisées pour les secteurs industrielles sinistrés. Textile, chaussure,

    Pourquoi n’utiliserions nous pas la taxe sociale Sarkozy à venir pour prendre en charge la création de ces nouvelles zones d’activité pour payer les salaires.

    L’U.E subventionne les salaires des chinois qui fabriquent les AIRBUS délocalisés en CHINE Pourquoi nous ne subventionnerions pas des salaires Francais avec une taxe à l’importation.

  • Le 26 juin 2012 à 10:13, par Pierre-Antoine KLETHI En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    A Loinvoyant :

    Je n’ai pas dit que l’Allemangne n’allait plus commercer avec l’UE ; j’ai simplement indiqué que les entreprises allemandes étaient capables d’aller chercher des parts de marché à l’étranger (notamment sur des marchés en expansion : Chine, Russie, ...) si ça va moins bien en Europe. Evidemment que le commerce intracommunautaire continuera ; d’ailleurs, les règles européennes interdisent le protectionnisme au sein de la zone Euro, donc les produits allemands continueront de circuler. Ce graphique (http://www.lesechos.fr/chiffres-economie/edeexp-.htm) montre bien la reprise des exportations allemandes à partir de 2010, alors même que la zone Euro s’enfonçait dans la crise de la dette... Ce qui a pour conséquence que la balance commerciale (http://www.lesechos.fr/chiffres-economie/edebal-.htm) reste très largement excédentaire (à l’inverse de celle de la France, qui, exactement dans le même environnement économique international, a une balance commerciale largement déficitaire).

    En ce qui concerne le protectionnisme à l’échelle internationale, il existe les règles de l’OMC. Alors bien sûr, il y a des violations... y compris, voire surtout de la part des pays développés (UE et USA en premier lieu). Une solution est de violer les règles aussi, c’est vrai, mais alors, à quoi bon avoir l’OMC et des règles internationales ? Autant se refermer sur soi-même et pratiquer une concurrence déloyale... A ce jeu là, je vous assure que c’est nous qui seront perdants, avec notre déclin démographique, notre crise des dettes souveraines, etc., pas la Chine ! Sans compter les risques de conflits...

    Je sais bien que la France souhaite des normes sociales et environnementales plus protectrices en Europe, et même à l’échelle mondiale. Je soulignais simplement qu’à l’heure actuelle, ces normes n’existe pas, donc je me demandais comment on parviendrait à favoriser les pays qui s’y adaptent plus vite...

    Il est intéressant d’accuser l’Allemagne de mener l’Europe à sa désintégration, alors que c’est elle qui propose, depuis des semaines, voire des mois, une intégration approfondie de l’UE comme contrepartie d’une solidarité européenne renforcée. C’est la France qui bloque et qui « pose problème », pas l’Allemagne ! D’ailleurs, malgré l’autosatisfaction de François Hollande et les illusions de plusieurs médias, l’Italie de Monti est tout autant en faveur d’une intégration européenne approfondie et favorise des réformes structurelles (mots absents - ou presque - du langage du gouvernement socialiste) pour relancer la croissance. Le seul point sur lequel Hollande et Monti se rejoignent vraiment est la volonté de mutualiser un peu plus rapidement une partie de la dette des Etats membres...

    Enfin, quand vous dites que « la solution aurait cette (sic) avantage de faire bénéficier à tous de la même compétitivité », je dirais plutôt qu’elle réduirait la compétitivité de ceux qui sont aujourd’hui compétitifs. Bref, du nivellement vers le bas... Je suis tout à fait d’accord pour des normes sociales et environnementales garantissant une bonne qualité de vie, mais je ne pense pas que l’on puisse accuser l’Allemagne de dumping. Les Allemands ont su s’adapter à et profiter de la mondialisation des échanges ; la France préfère faire l’autruche.

  • Le 26 juin 2012 à 12:30, par Xavier En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    Après le crise de 29, le protectionnisme, c’est ce qui a été fait. Quel fut le résultat ?
    - > Prolongation de la crise
    - > Aggravation de la crise
    - > Un argument de plus en faveur de la guerre.

    Le commerce c’est la meilleure chose pour la paix. S’il veut augmenter les risques de conflits armés, M. Montebourg peut continuer ainsi. La paix n’est pas un acquis inébranlable.

  • Le 26 juin 2012 à 14:35, par Loinvoyant En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    À Pierre-Antoine KLETHI,

    Il est tout a fait vrai que les Allemands, contrairement aux français, ont su s’adapter à la mondialisation, cependant je parle de dumping car la politique de l’Allemagne est une politique de désinflation compétitive qui se sert des instruments européens pour accumuler des excédents commerciaux (qui sont en réalité la dette des pays du Sud) : grâce à la monnaie forte, on peu acheter des matières premières pour pas cher (je parle relativement évidement) et grâce à une compétitivité prix marginalement supérieur (qui ne joue en rien contre la Chine par exemple, mais qui est très efficace sur les pays européens), permet la vente aux pays de la zone euro, donc cher (encore une fois relativement).

    Ce que je critique dans ce modèle est multiple : Tout d’abord il est n’est pas exportable (c’est le cas de le dire), tout le monde ne peut pas avoir une balance commerciale excédentaire (c’est l’évidence même).

    Il crée des conditions de dumping dans la zone euro, entrainant les salaires européens vers le bas (à la recherche de « la compétitivité »).

    Enfin, si les excédents commerciaux dégagé profitent bien évidemment à l’Allemagne (en temps qu’État), la répartition de ces richesses pose davantage de problème comme le montre la progression, ou plutôt l’absence de progression du pouvoir d’achat des ménages allemands depuis les années 2000 ainsi que le creusement des inégalités (phénomène il est vrai généralisé).

    Concernant les règles interdisant le protectionnisme dans la zone UE, vous avez une fois encore raison, ce n’est d’ailleurs ni ce que je propose ne ce que propose Montebourg. En réalité, la compétitivité des pays européens devrait se faire non en tirant les salaires et les protections sociales (sécurité de l’emploi, allocations sociales, congé parental) vers le bas, mais devrait se faire sur une compétitivité hors coût (la fameuse Deutsche Qualität par exemple).

    En établissant des standards sociaux et environnementaux européens, la compétition doit se faire sur d’autres éléments (design, durabilité, efficacité...) bref en faisant de meilleur produit.

    Cela répond je l’entend bien uniquement à la question intra-européenne, et aggrave le déficit de compétitivité face au monde extérieur, ce qui rend nécessaire les mesures protectionnistes.

    En ce qui concerne vos objections sur ce dernier sujet, je vous répondrais plusieurs choses : d’abord, le peuple est souverain. Ça parait bête comme ça, mais si la démocratie à encore un sens, ce qui prime sur tout ça, c’est la volonté du peuple. Ensuite, mon modèle est exportable, c’est à dire qu’il n’empêche ni aux libéraux de continuer leur politique, ni n’entravent ceux qui préfèrent des politiques plus sociales.

    Enfin, les règles sont la pour assurer le bon fonctionnement de l’économie mondiale, elles ont clairement échoué (d’autant que personne ne les respecte) par conséquent nous serions à la fois naif et sourds aux intérêts du peuple si nous n’appliquions pas (en temps qu’européens) ces mesures protectionnistes.

    Si l’Allemagne propose en ce moment un rapprochement européen, c’est parce qu’elle est en position de force et veut imposer son modèle à l’UE or nous avons vu plus haut que son modèle n’est pas exportable. La France « pose des problèmes » parce qu’elle sait que son intérêt stratégique est ailleurs.

  • Le 27 juin 2012 à 09:38, par Pierre-Antoine KLETHI En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    Si la compétitivité-prix de l’Allemagne est marginalement supérieure, alors on ne devrait pas avoir trop d’efforts à faire pour l’égaler... Le problème, en France, c’est qu’avec un Etat qui veut être le premier acteur économique du pays et avec des prélèvements obligatoires d’un niveau horriblement élevé, l’on étouffe le travail et l’initiative privée. L’avantage compétitif allemand n’est pas seulement au niveau des salaires nets, mais aussi au niveau fiscal. (Va-t-on accuser l’Allemagne de dumping fiscal ?) De plus, l’Allemagne a aussi su valoriser le « made in Germany » et la qualité de ses produits, autre facteur de compétitivité qui entraîne, par exemple, que beaucoup de personnes préfèrent acheter une BMW ou une VW plutôt qu’une Renault ou une Peugeot. Là encore, la France aurait beaucoup à apprendre...

    Effectivement, tout le monde ne peut pas avoir des excédents commerciaux. Cela est vrai à l’échelle mondiale ; à l’échelle européenne, on pourrait faire quelques efforts, dans les pays qui exportent le moins. Surtout que les marchés en expansion ne sont plus en Europe. Par ailleurs, c’est pour cette raison que je proposais un budget fédéral qui permette de procéder à une compensation partielle des déséquilibres au sein de l’UE.

    Encore une fois, l’on peut très bien lancer un cycle de protectionnisme international. Mais nous en souffrirons au moins autant que plusieurs pays en développement. Le résultat sera un appauvrissement général, belle réussite ! Parce qu’une fois que nos entreprises exporteront encore moins, le chômage augmentera, les Etats continueront de s’endetter (ou plutôt, feront faillite, à ce rythme... ce qui ferait plonger les prestations sociales, à moins de plonger temporairement dans le communisme, qui ne tiendrait de toute façon qu epeu de temps), etc. Il faut quand même se rendre compte que l’Etat n’est pas au-dessus des lois de l’économie, malgré ce que l’on croit en France, et que vient un moment où il faut rembourser les créanciers, à moins de les exproprier en violation pure et simple du droit de propriété. Bref, l’on aurait une descente aux enfers, et adieu les intérêts du peuple...

    Quand on a des règles du jeu, on s’arrange pour que les autres les respecte, on ne commence pas à se dire « puisque les autres font ce qu’ils veulent, moi aussi ».

    Pour finir, ce n’est pas la première fois que l’Allemagne propose un rapprochement européen. Et ce n’est pas la première fois que le gouvernement français, plein d’illusion sur sa psuedo-souveraineté et sa pseudo-puissance, refuse d’aller en avant...

  • Le 27 juin 2012 à 15:14, par Loinvoyant En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    À Xavier, après la crise de 29 on a surtout eu des politiques d’austérités (Brüning par exemple) qui ont tué l’économie, et on a vu ce que ça à donné après. Par ailleurs, le redressement de l’économie s’est fait par un investissement massif de l’État en Allemagne comme aux États-Uni.

    À Pierre-Antoine KLETHI,

    "Si la compétitivité-prix de l’Allemagne est marginalement supérieure, alors on ne devrait pas avoir trop d’efforts à faire pour l’égaler… ", vous jouez sur les mots, si je m’exprimait ainsi, c’est évidemment comparativement à la compétitivité d’un pays comme la Chine. Alors, certes, nous pourrions partout en Europe obtenir au prix d’importantes reculées sociales, une compétitivité comparable à celle de l’Allemagne, mais pour quel résultat ? Une insuffisance de la Demande global, un effondrement des excédent commerciaux de l’Allemagne, une politique toujours aussi protectionniste de la par de la Chine, mais cette fois-ci avec développement de son marché intérieur et marginalisation de l’Europe en temps que zone économique.

    Quant au ’problème de la France’, vous semblez oublier que dans un système protectionniste, si la compétitivité hors prix est équivalente à celle des autres pays, l’argent reste dans l’économie, on n’étouffe donc pas le travail puisque parallèlement on augment la demande et donc la production (ce qui je l’admet ne fonctionnerait pas en économie ouverte avec dumping).

    Vous parliez de dumping fiscal, et demandiez si nous allions accuser l’Allemagne de cela aussi ; je vous répondrai que nous pouvons accuser l’Irlande de dumping fiscal et donc que le phénomène existe, et que je compte le régler avec une harmonisation européenne de la fiscalité (relative bien sur, chaque état aurait des marges de manœuvres, mais limités et qui limiterait donc toute forme de dumping).

    Vous ajoutez que l’Allemagne a su valoriser le ’made in Germany’, je n’ai pas dis autre chose, au contraire et je reconnais tout à fait que la France devrait s’en inspirer (ce genre de compétitivité hors prix est à mon sens un des moteurs essentiels du progrès).

    Vous admettez que les excédents commerciaux ne peuvent être généralisés au niveau mondial, mais vous rappelez (à juste titre) qu’ils peuvent l’être au niveau européen. Cependant, qu’arrivera-t-il au niveau mondial si l’Europe devient une zone purement exportatrice ? Déjà à court terme nous mettons l’économie chinoise à genoux et les forçons à adopter une politique de demande interne, ou de nous acheter des produits jusqu’à que ce soit créé une dette tel qu’elle ne pourra pas être remboursé (ça vous rappelle quelque chose ?). Où alors, tout simplement (et plus probablement, nous n’écoulerions pas notre production).

    Je suis néanmoins d’accord avec vous sur le fait qu’une balance commerciale structurellement en déficit important (comme aux États-Uni) n’est pas tenable (d’où les mesures protectionnistes).

    Je vous ai déjà donné mon sentiment sur la solution que vous proposez (qui ne me semble pas mauvaise en soi).

    Quand je parle de protectionnisme, je parle évidemment pas de la création immédiate et unilatérale de frontières commerciales absolues sans discussions préalable. C’est évidemment un processus qui devra se faire en accord avec des discussion entre partenaires économiques. Vous semblez croire que dès l’instauration du protectionnisme, les exportation allant en diminuant, la production chutera créant ainsi du chômage. Cependant vous semblez oublier que la demande interne, elle, augmenterait fortement, et donc par là même la production pour le marché interne et donc à terme créerait des emplois (et chose encore plus rare, la population dans son ensemble en bénéficiera sans perte de compétitivité).

    Les lois de l’économie dont vous parlez ne sont à mon sens pas des loi générales et universelles, mais la déduction logique de présupposés. Alors évidemment elles sont vrai quand leur présupposé le sont, mais si l’on change les conditions de base (par exemple en instaurant un protectionnisme), alors les conséquences sont différentes (exemple : En économie ouverte, la relance par la consommation ne fait que creuser la dette car tout cette argent quitte le pays, en économie fermé, il développe la production et donc réduit le chômage et améliore la santé de l’économie).

    "Quand on a des règles du jeu, on s’arrange pour que les autres les respecte, on ne commence pas à se dire « puisque les autres font ce qu’ils veulent, moi aussi »." C’esten réalité exactement la position de la France dans l’écrasante majorité de ses traité internationaux (avec quelques exception comme la convention européenne des droits de l’homme), et j’ajouterai qu’il est beaucoup plus facile d’admettre qu’un traité est devenu obsolète plutôt que de forcer des nations souveraines à obéir à ce que vous jugez être la bonne politique (c’est accessoirement également beaucoup moins dangereux).

    En ce qui concerne la France et sont refus européen, je suppose (et je ne prétends en rien détenir la vérité la dessus), je suppose disais-je donc que les Français considère que l’Europe ne peut être que si c’est un véritable État et qu’il serait dangereux d’effectuer des transferts de souverainetés à des entités non-souveraines (voir non-démocratiques). Et il est vrai qu’il y a également une partie de nationalisme.

  • Le 28 juin 2012 à 10:52, par Xavier En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    « Par ailleurs, le redressement de l’économie s’est fait par un investissement massif de l’État en Allemagne comme aux États-Uni. » Ce que l’État dépense, il l’a bien pris quelque part ! ;)

    Le New Deal, j’en suis désolé, n’est pas un succès.

  • Le 28 juin 2012 à 14:31, par Loinvoyant En réponse à : La Démondialisation d’Arnaud Montebourg : un programme pour l’UE ?

    « Ce que l’État dépense, il l’a bien pris quelque part ! ;) » C’est l’évidence même, soit par des recettes fiancées par des impôts éventuellement progressifs, soit par le « rongement » de la dette par l’inflation (qui est un moyen détourné de prendre au patrimoine). Ces deux solutions ont l’avantage de mobiliser des fonts pour l’économie dans une periode où ils restaient inutilisés, et de limiter les inégalités.

    « Le New Deal, j’en suis désolé, n’est pas un succès. » Veuillez développer s’il vous plait.

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom