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La pensée européenne de Raymond Barre (2ème partie)

Sur la période 1950 - 1988

, par Michel Pierpaoli

Le Taurillon rend hommage à Raymond Barre, homme politique français décédé ce samedi 25 août 2007. Nous utilisons à cette triste occasion une partie du travail de Michel Pierpaoli, membre des Jeunes Européens France, qui avait fait un mémoire sur « La Pensée européenne » de Raymond Barre sur la période allant de 1950 à 1988. Dans cette deuxième partie, abordons désormais la « méthode Barre ».

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Il faut à présent tenter de dégager de cette pensée la « méthode d’approche » de Raymond Barre envers la construction européenne. Il est incontestable que, malgré toute la dimension subjective qu’implique une telle appréciation, celui-ci mérite son qualificatif d’homme du bon sens. Il est toujours resté un politicien atypique, jaloux de son indépendance d’esprit et de choix.

Il est vrai que Raymond Barre n’avait pas prévu d’entamer une carrière politique et que celle-ci est venue à lui sans aucun calcul de sa part. C’est avant tout un universitaire qui aime son métier, un métier qui nécessite rigueur, objectivité, longueur de temps et souci de la justesse dans le jugement. Rien d’étonnant que cet universitaire n’est jamais apprécié le monde « quelque peu différent » de la politique et se soit toujours tenu à l’écart du « microcosme », comme il aimait lui-même le qualifier.

Il est fortement marqué par la pensée gaullienne et se réclamera souvent de son héritage. Il est d’ailleurs le plus souvent en concordance de vu avec les concepts et les positions défendus à l’époque par le Général. Il se réclame sans conteste de son héritage et demeure attaché avant tout à « l’intérêt suprême » de la France. De là tient également sa volonté de se tenir, tout comme de Gaulle, en dehors des luttes partisanes et du jeu politique. Il est donc, de ce point de vu, tout à fait compréhensible que cet homme brigue le mandat de Président de la République en 1988 puisque son attitude général et ses conceptions de la politique le porte assez naturellement à l’exercice de ce poste.

Un homme entier dans la ligne gaullienne

Lorsque Raymond Barre aborde la construction européenne il est donc dénué de toute idéologie politique. Le professeur est un homme de méthode. Lorsqu’il enseigne l’économie à ces étudiants, à Tunis, il leur explique : « Vous n’êtes pas ici pour apprendre, vous êtes ici pour acquérir une méthode » [1]. Cette méthode semble s’incarner dans une appréciation toute particulière des mérites et de la nécessité du temps, de la patience, de la continuité dans l’action entreprise afin de mener celle-ci à bien. Il cite plusieurs fois le personnage de Koutousov, célèbre maréchal russe qui avait finalement vaincu Napoléon après de nombreuses défaites et retraites, et qui avait coutume de dire « la patience et le temps, voilà mes deux vaillants guerriers ». Enfin, rien ne sert de se précipiter dans l’application d’une politique si celle-ci ne tient pas rigoureusement compte de l’ensemble des réalités qui pèsent sur elle et sur lesquelles elle doit peser.

En définitif, « la vraie politique, c’est l’appréciation exacte des réalités, c’est une action continue, c’est le souci de l’efficacité pour la cause qu’on entend servir ». N’est-il pas de meilleur exemple que les trente ans nécessaires à la mise en place de l’union économique et monétaire au sein de l’Union Européenne ? Jugée maintes fois comme irréaliste, voir utopique, la ténacité de quelques hommes a transformé les rêveurs en réalistes. Ainsi se comprennent mieux l’antienne et l’optimisme avec lesquels Raymond Barre expose ses arguments en faveur de la poursuite de la construction européenne, depuis son poste de Vice-président de la Commission des Communautés Européennes, en passant par son mandat de Premier ministre, jusqu’à aujourd’hui encore.

Un homme qui ne fait que préconiser ce qu’il juge nécessaire et possible aux vues de son analyse approfondie et complète du contexte national, européen et mondial. D’ailleurs il est intéressant de constater, lorsque celui-ci est Premier ministre, que ses adversaires politiques l’attaqueront toujours sur ces certitudes et son refus de changer de politique économique en l’accusant de ne pas savoir s’adapter à la situation.

L’Europe et Raymond Barre : la construction dans la patience

C’est néanmoins cette politique qui rend possible la mise en place du SME en 1979 et c’est ce même SME qui va permettre d’éviter que les politiciens, dans les années 1980, ne « détricotent » le travail accomplit jusque là, pour finalement aboutir à la naissance de l’euro en 1999. Ainsi se dégage la « méthode d’approche » de Raymond Barre vis-à-vis de la construction européenne. Celui-ci le résume particulièrement bien à l’auteur lorsqu’il lui dira « patience et longueur de temps, je crois que c’est cela qui est la devise de l’Union Européenne ».

Il est indéniable que la pensée européenne de Raymond Barre, fruit de sa « méthode d’approche » de la construction européenne, apporte une contribution certaine à qui s’intéresse, de près ou de loin, à l’évolution d’une réalisation politique qui demande à coup sûr encore beaucoup de patience et de longueur de temps. Mais c’est bien de cette certitude que se dégage l’optimisme nécessaire à la poursuite de l’aventure européenne.

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P.-S.

Illustration : photographie tirée du livre de Hervé Amouroux, Monsieur Barre , pour l’acheter : Amazon.

Pour un portrait de Raymond Barre : Politique.net

Notes

[1Henri Amouroux, Monsieur Barre , page 78

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