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La restructuration de la dette grecque

, par Pascal Malosse

La dette grecque représente 340 milliards d’euros. Une aide de 110 milliards a déjà été conclue par l’Union européenne et le FMI pour éviter la faillite. La vente de plages, de toutes les entreprises publiques, les coupes budgétaires, les réductions de salaires ne suffisent pas à empêcher une plongée dans les abysses de la mer Egée.

Gustave Courbet, Le Désespéré (détail), 1843-45

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Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemand, souhaite un allongement des maturités de la dette grecque de 7 ans. Les dettes seraient remboursées dans leur totalité, mais dans le cadre d’un rééchelonnement. Il préconise une participation des créanciers privés pour que ces mesures soient politiquement plus acceptables.

Soutenir la Grèce pour sauver l’Europe

Repousser le paiement d’une dette constitue néanmoins une véritable restructuration, car l’allongement du temps et la variabilité des taux provoquent forcément un manque à gagner. Le ministre est persuadé qu’un retour sur les marchés de la Grèce en 2012 est irréaliste. Il faudrait dès maintenant convenir d’une nouvelle aide de plusieurs milliards pour les couvrir les 7 prochaines années. Schäuble est probablement le premier dirigeant à reconnaître que la méthode employée jusqu’aujourd’hui ne fonctionne pas (source Sueddeutsche Zeitung).

La Banque des règlements internationaux (BRI) a publié les chiffres concernant l’exposition des banques européennes à la dette grecque. C’est la France qui est la plus exposée avec 56,7 milliards de dollars (sur un total pour les trois grands de 104,8 milliards), suivie par l’Allemagne (34 milliards de dollars) et le Royaume-Uni (14,1 milliards de dollars) (source Jean Quatremer). En soutenant la Grèce, on soutient en réalité tout le système bancaire européen.

Un risque systémique en cas de faillite n’est pas à exclure, plongeant l’économie dans une seconde crise, beaucoup plus violente que celle de 2008 car un nouveau sauvetage serait impossible. La visite d’Angela Merkel aux Etats-Unis, venue rassurer Barack Obama, et la panique de la Banque Centrale Européenne qui ne cesse de répéter « qu’une restructuration serait une catastrophe » témoigne de la grande inquiétude qui règne.

Restructuration : que pensent les différents camps ?

Les divisions sur le sujet de la restructuration apparaissent au grand jour. Plusieurs camps s’opposent dans une guerre politique et financière :

  • Le camp de ceux qui souhaitent une restructuration ordonnée : Le gouvernement allemand est le premier à avoir ouvertement proposé cette solution. Pressés par l’opinion publique et de nombreux députés, Merkel et Schauble estiment qu’il n’est pas « moral » de sauver tous les créanciers en utilisant les deniers publics. De nombreux économistes estiment que cette restructuration périlleuse sera de toute façon inévitable. Autant le faire de la manière la plus délicate possible en evitant une crise systémique.
  • Le camp de ceux qui rêvent de la restructuration pour faire la fête : Les marchés parient sur la faillite grâce aux Credit Default Swaps en position nue, qui permettent de s’assurer face à un risque qui ne les concernent pas. La chute de la Grèce rapporterait beaucoup d’argent. Ce camp là ne réfléchit pas à des solutions mais espère juste vider les caisses et en jouir avant la fin.
  • Le camp de ceux qui souhaitent à tout prix éviter une restructuration pour sauver le système. Dans le cas de la zone euro, un grand saut fédéral serait absolument nécessaire, afin de mutualiser la dette de tous les Etats. Un vrai numéro d’équilibriste, car mutualiser la dette implique qu’une majorité d’Etats sains puisse soutenir la minorité malade. Si l’Espagne, puis l’Italie, puis la France plongent à leur tour, il n’y aura plus grand monde pour redresser la barre... Cependant, si l’Europe retrouve la croissance avec une relance ambitieuse et une forte intégration économique, un tel plan pourrait fonctionner. Il faudrait pour cela surmonter les divisions et les lenteurs de l’UE qui fonctionne désormais de manière intergouvernementale. La conjonction des plans d’austérité et la réaction des peuples resteront une source d’incertitude.

Les indignados, quatrième camp utopiste ?

Autrement dit, Il n’y a que des solutions douloureuses. Nous sommes face à une veritable impasse. Pour cette raison, il existe un quatrième camp, utopiste. Celui dont rêvent les jeunes espagnols qui occupaient la Puerta del Sol a Madrid : Une remise à plat du système, un retour brutal à la réalité. La finance serait réduite de 80% et ne servirait plus que l’économie réelle (assurances, prêts pour créer une entreprise).

La valeur du travail serait repensée. Les écarts de richesses réduits. La dépendance au crédit serait moindre voire inexistante pour la consommation. Les effets les plus pervers de la mondialisation seraient contrôlés. Une monnaie mondiale mettrait fin à la domination du dollar et esquisserait un nouvel équilibre entre les nations.

Comment procéder ? Personne ne le sait. La nationalisation de toutes les banques serait un début. Encore faudrait-il redéfinir entièrement leur rôle dans la société. Un gouvernement mondial serait absolument nécessaire car les interconnections sont infinies. Il n’existe aucune idéologie, aucun plan, aucune théorie scientifique permettant d’y parvenir rapidement. Face à ce trou noir, nous allons sans doute continuer à nous débattre dans un quotidien difficile encore longtemps.

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P.-S.

Gustave Courbet, le Désespéré, 1843-1845.

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