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La situation Hongroise est un test pour l’Union européenne

, par Vladimir Pecheu

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Depuis la mise en vigueur de la nouvelle constitution hongroise s’attaquant aux libertés individuelles et renforçant les pouvoirs du premier ministre Viktor Orban, les institutions européennes ont manqué d’agir fermement. Pourtant les enjeux de la réponse à un dirigeant qui bafoue les valeurs démocratiques qui fondent le projet commun sont des plus importants pour la crédibilité future de l’Union européenne et la stabilité du continent.

Jörg Haider, ancien leader du FPÖ, au moment de son entrée au gouvernement en Autriche, en 2000http://www.flickr.com

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens Universités de Paris Étudiant en master Économie et politique publique à SciencesPo

Mots-clés

Les critères de Copenhague instaurés lors du sommet éponyme de 1993 régissent un ensemble de conditions nécessaires à l’adhésion à l’Union européenne, fondées sur l’Etat de droit, une économie de marché, ainsi que la capacité d’intégrer l’acquis communautaire de l’Union européenne et ses valeurs. Alors qu’un pays aspirant ne peut se permettre de les négliger, il est bien plus difficile pour les instances européennes de sanctionner un Etat qui manquerait aux mêmes règles après qu’il fut intégré à l’Union.

Aujourd’hui, en s’attaquant à la liberté des minorités, des médias, des juges, et en centralisant le pouvoir, les réformes de Mr. Orban touchent directement aux idéaux européens. Déclenchant une consternation étendue à l’ensemble du continent, elles n’ont rencontré de réponse politique que tardivement puisque le projet de constitution avait été lancé il y a plus d’un an déjà. Il y a quelques jours, la Commission européenne a pu faire pression sur le gouvernement hongrois concernant certaines mesures, mais cette négociation a eu lieu surtout parce que la Hongrie, étant en situation économique précaire, a besoin d’un soutien financier du FMI qui n’a promis un prêt qu’à condition que Mr. Orban règle ses différents avec les autorités européennes.

L’article 7 du Traité de l’Union européenne, qui permettrait à une des instances européennes de démettre un Etat de ses droits de vote en cas de « violation grave », a été porté à l’ordre du jour lors des débats au Parlement européen, mais n’a pas été saisi encore.

La situation parait inédite dans le contenu des mesures, mais si Mr. Orban peut se permettre de bafouer les valeurs européennes c’est parce qu’il a pu être réconforté par les pratiques de la même tenue d’autres dirigeants européens, et notamment occidentaux. Les épisodes récents de violation des droits des Roms en France et en Italie, ou alors le non-respect des critères de Maastricht sont des exemples lors desquels l’UE n’a pas su se montrer ferme et a manqué d’établir un précédent pour dissuader les infractions à ses valeurs. Aujourd’hui, elle peut saisir l’occasion pour envoyer un message fort et marquer le coup, pour qu’à l’avenir les dirigeants ne se permettent pas d’enfreindre les règles sans souffrir des réponses des institutions de l’Union.

Eviter une rupture

La situation hongroise peut paraitre isolée, mais elle peut aussi se transformer en modèle pour d’autres pays de la région, qui présentent les mêmes caractéristiques que la Hongrie. Les mesures de Viktor Orban n’auraient pas vu le jour aussi facilement, sans que celui-ci n’ait pu bénéficier dans sa conduite au pouvoir, d’une population dépitée par le déclin de son pays.

Frappés par une crise économique qui dure, une démographie déclinante et vieillissante, les Hongrois ne sont pas prompts à clairement exprimer leur mécontentement des dirigeants, et ce malgré des sondages plaçant la côte de popularité de leur dirigeant en dessous des 30%. Or ce tableau cadre aussi avec bien d’autres pays d’Europe de l’Est, ex-satellites soviétiques, rongés par de piètres politiciens, dont la reconversion idéologique n’a pas porté les fruits promis à la population.

Si M. Orban réussit son coup, il pourrait inspirer d’autres dirigeants et mener à d’autres ruptures au sein de l’Union, et même si ce scenario parait quelque peu lointain, il n’est pas à exclure. D’une manière plus générale, l’Europe doit montrer au reste du monde, et notamment aux pays qu’elle critique pour leur autoritarisme, que ses idéaux ne sont pas négociables, et bien aux fondements mêmes de son existence.

Pour cela, le Parlement a une carte à jouer. Alors que la Commission européenne est souvent mal perçue par les citoyens pour son manque de légitimité démocratique, les députés européens peuvent se lancer dans une mesure de sanction contre Viktor Orban et lui seul. Ils doivent en ce sens éviter de donner l’impression d’une attaque contre le pays et sa population, comme une suppression du fonds d’aide proposée par la Commission pourrait le faire. S’ils y parviennent, l’événement pourrait marquer une nouvelle impulsion politique pour l’Union européenne.

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