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Le populisme, défi de l’Union européenne

, par Pierre-Adrien Hanania

Lorsque l´on se penche sur l´histoire institutionnelle de l´Union européenne, un constat clair s´impose très rapidement. La communauté européenne n´a jamais été aussi démocratique, dans un système qu´elle a construit et perfectionné peu à peu, revers après victoire et victoire après revers, au terme d´une harmonisation des nations insolite dans l´histoire de l´humanité.

Geert Wildershttp://www.flickr.com

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Le parlement n´a cessé d´obtenir plus de pouvoirs, le citoyen a obtenu le droit de vote direct pour élire ses parlementaires européens, il peut aller porter plainte devant la Cour de justice de l´UE et il possède le droit d´une initiative citoyenne. Et ceci, dans une communauté de 500 millions de personnes régie par ailleurs par les nations que sont les 27 États membres.

Pourtant, l´UE fait face à une réalité qui se pose en paradoxe à toutes ses avancées : L´UE n´a jamais été autant décriée. Elle serait lointaine, bruxelloise et manquerait de transparence. Elle serait technocrate, au service des banques et responsable de la crise ainsi que de la disparition de la croissance. Alors aujourd’hui, l´on voit déjà des citoyens, à l´abri d´une guerre et d´un régime autoritaire depuis des décennies, qui brûlent le drapeau européen. L´UE prend feu parce que c´est la plus vulnérable station du système, de par son aspect facultatif et supplémentaire. C´est une grosse erreur.

Dans ce feu, un déclencheur… qui s´avère aussi être le profiteur  : Le populisme, avatar politique dressé par différents courants tels que les mouvements xénophobes et/ou nationalistes, est en fait du point de vue populaire et électoral le grand bénéficiaire du combat qu´il mène lui-même depuis plusieurs années face à l´Union européenne. Tout y est ! La haine des minorités, d´une part contre les étrangers, d´autre part contre la classe politique de Bruxelles. Et bien sûr, l´euroscepticisme, sur lequel les partis populistes comme ceux de Geert Wilders en Hollande basent leur idéologie. A défaut d´avoir créer soi-même une identité sur le territoire européen, alors qu´il n´y avait qu´un pas à faire, ce sont les extrêmes qui ont commencé à le faire.

L´Union européenne, dont le choix tactique de l´intégration fonctionnaliste a quelque peu négligé la dimension identitaire et politique de l´Union, doit désormais réagir face à la montée de courants politiques qui travaillent aujourd’hui ensemble pour un jour ne plus se voir. Pour ce faire, il lui faudra parvenir à montrer aux populations qu´elle ne travaille pas seulement pour le peuple, mais qu´elle veut aussi travailler avec le peuple. Que l´immigration ne prend pas les postes aux populations, et que l´UE peut en donner. Que les entreprises délocalisent certes, mais qu´elles peuvent aussi bien facilement exporter au sein de l´Europe et ainsi créer des postes. Qu´il y a une identité européenne, imprégnée de décennies de paix et de tolérance, et que celle-ci et à défendre, à Bruxelles comme de Lisbonne à Budapest.

Avant de mettre en avant l´idée d´une Constitution, donc, il faut que l´Union rappelle aux concitoyens pourquoi ils sont aujourd’hui unis, de par l´Histoire et les perspectives d´avenir. Pourquoi le lien si fort qui pose les jalons de l´État-Nation s´est transféré sur cet immense Empire que pourrait être culturellement tout comme économiquement l´Union européenne.

Il faut que les personnalités de l´Union, enfants des Pères Fondateurs, transcendent la barrière qui sépare aujourd’hui technocrates d´apparence et sceptiques à tord. Qu´ils s´invitent à la radio, qu´ils aillent au chevet du chômage national, qu´ils parcourent les terres dont ils ont les clés sans toujours en avoir la légitimité. En somme, qu´ils compensent l´irrémédiable impossibilité d´une élection directe et unanime par le contact direct. Pour obtenir la confiance ainsi que la compréhension qui nourrit ensuite les compétences de représentation : C´est cela, finalement,qui leur fournira légitimité et soutien. C´est aussi cela qui leur permettra de faire de la politique plus que de la bureaucratie, et c´est à cet endroit précisément, à l´échelle nationale, qu´ils combattront le mieux le populisme.

Car actuellement le populisme est bien heureux, seul, au contact des peuples, à montrer du doigt l´absence de l´UE. En somme, il ne faut pas que l´Union européenne agresse le populisme tel qu´il est porté par les peuples du continent. Il faut bien plus reprendre le noyau et la recette qui ont fait son succès et sa légitimité : Entamer une réflexion au sujet de la place à donner au peuple dans le processus démocratique.

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P.-S.

Article originalement paru dans l’Ingénu. Pour le recevoir gratuitement vous pouvez les contacter à l’adresse suivante : ingenumag@googlemail.com

Vos commentaires

  • Le 4 juin 2012 à 15:46, par Laurent Leylekian En réponse à : Le populisme, défi de l’Union européenne

    En clair, vous proposez que l’Union adopte - ou plutôt se façonne - un projet identitaire propre, celui de l’identité européenne, pour ne pas être submergée par les divers nationalismes européens.

    Quoique conscient de la difficulté théorique du problème (sans même parler de sa difficulté pratique !), je suis parfaitement d’accord avec cette position. Mais ceci implique de stopper un élargissement sans fin aussi agressif qu’absurde (et désormais totalement irréaliste) et de restaurer une fierté identitaire européenne (aïe aïe aïe les gros mots !!).

    Bonne chance avec un personnel européen dont la grille de lecture habituelle est majoritairement faite de références libérales et pour lequel la notion de référence identitaire ou culturelle vaut quasiment déclaration de guerre.

  • Le 5 juin 2012 à 12:20, par Bernard Giroud En réponse à : Le populisme, défi de l’Union européenne

    Ce n’est pas qu’un hasard si au début de ce troisième millénaire, ce continent européen, multilinguiste, multiculturel, pourrait être comparé à un creuset.

    Nous pouvons, à juste titre être fiers, et humbles à la fois. En effet, les tragédies qui nous y ont emmenée ont été terribles, dévastatrices, presque suicidaires, encore dernièrement ; Mais nous pouvons être fiers aussi de l’héritage spirituel et moral fondamental que ce continent a contribué à développer et même à ancrer.

    Ce n’est ni plus ni moins que le virage, le fondement, ou la révolution suivante dans le développement de la vie ; Et cela se passe chez nous ; Probablement pas par hasard, comme je le disais, mais justement parce que c’est le moment, juste le moment qu’il faut, pour que cette dynamique se répande sur la planète, pour en améliorer le sort.

    Donc, la suite de l’histoire, c’est la participation, la démocratie, l’adhésion la plus large possible de la communauté humaine à la préhension, à la conduite de son histoire-aventure.

    En effet en changeant d’état, en changeant de valeur, et en introduisant dans la poursuite de la constitution de la vie, la notion de la liberté, c’est-à-dire pour le vivant, celle du choix, il parait salvateur d’établir une notion supplémentaire qui incline au développement et au progrès ; Ainsi l’on peut agir sur la loi précédente de la domination de la logique sélective mécanique, rouleau compresseur aveugle. De plus, ce faisant, ce sont les multiples forces individuelles que nous sommes que l’on appelle à s’introduire dans le projet.

    Ce n’est pas l’effet d’un hasard, que quelque part, dans les plaines de l’Iran, de la Mésopotamie, les bords de la méditerranée, pour arriver enfin à l’empire de Rome, se soit stabilisé, dans les millénaires précédents, la notion du lien universel, la notion du respect, de la considération, la notion de l’amour, comme base de relation entre l’espèce humaine, plutôt que celle des oppositions.

    Tout ceci est bien relatif, bien sur, et dépend aujourd’hui de nous.

    Dans ce creuset que nous sommes aujourd’hui en Europe, nous avons les bases spirituelles indispensables à la poursuite du développement de la vie.

    Il ne peut guère en effet, y avoir d’autres alternatives à la poursuite du développement de la vie que l’association, c’est-à-dire la volonté affirmée de comprendre que c’est ensemble, en associant chacun nos petites forces, notre continuité, que nous pourrons faire mieux, et serons à la hauteur de la tache ; L’autre choix consiste à nous opposer les uns aux autres.

    La loi qui doit donc s’établir est donc celle-là : créer les conditions physiques suffisantes et nécessaires, ce qui est exigeant, mais à chacun son « petit bout », pour que le grand navire de la vie marche dans la bonne direction.

    Tout concorde, aujourd’hui, pour rendre le pari possible, et surtout la vitesse de la communication, cette communication élargie, celle qui permet à l’épine dorsale de l’opinion de se structurer solidement et d’éliminer les leurres.

    Ce creuset que nous sommes en Europe est un champ d’expérience ; Il a de merveilleux atouts ; Atouts spirituels, moraux techniques, plus qu’une source, un fleuve, c’est, peut-être même, une corne d’abondance, pourvu que nous reprenions confiance en nous, donc dans le meilleur de nos valeurs.

    Nous avons tous, grands ou petits, tous autant les uns que les autres , à n’en pas douter, à faire partie de la famille, sans laxisme, avec le sens de nos droits , bien sur, mais aussi et surtout avec le sens de nos devoirs, cols blancs, ou les mains dans le cambouis des engrenages.

    Nous devrions donc être très fiers de la construction que nous sommes en train de faire ; Non seulement le défendre, mais le promouvoir haut et fort.

    Ce n’est pas bien facile, bien sur, mais c’est à ce prix que l’on monte la marche supérieure de l’état du vivant ;

    Le comprendre et le vivre détermine le temps qu’il faut pour y arriver.

    A nous l’air de la liberté, loin des marais du populisme.

  • Le 6 juin 2012 à 21:54, par Un Citoyen En réponse à : Le populisme, défi de l’Union européenne

    Assez d’accord avec ce qu’a dit Mr Leylekian. Pour construire une identité européenne, il faudrait en quelque sorte écrire un « roman national européen ». Et dans le cas d’un super Etat Européen, quelle serait la langue commune de ses citoyens ?

    Parce que bon, à l’heure d’aujourd’hui, la seule identité commune des européens est celle consistant à ce que les gens soient réduits au stade de simples consommateurs poussant leurs caddies en voulant acheter toujours plus, comme on le leur dit dans les pubs.

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