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Le président Basescu, les États-Unis d’Europe, la Crise et le Conseil

, par Alina Girbau et Cristina Stanculescu, traduit par Adela Spulber

Le président Traian Basescu a affirmé à plusieurs reprises, au niveau national, la nécessité de réaliser les États-Unis d’Europe, en expliquant que l’Europe ne peut rester une puissance économique et militaire qu’à condition d’un transfert massif de souveraineté. Les déclarations du Président sont doublement les bienvenues. D’une part, elles peuvent mener à une prise de conscience quant à la nécessité de réfléchir à l’Europe de demain. D’autre part, la position fédéraliste du Président peut être une impulsion bénéfique dans les débats actuels au sein de l’Union européenne.

Photo: Services audiovisuels de la Commission européennehttp://ec.europa.eu/avservices/photo/photoDetails.cfm?sitelang=fr&ref=P-019760/00-03#0

Pourquoi maintenant et pourquoi la Roumanie ?

Rien de révolutionnaire dans le fait de dire que l’Union européenne traverse actuellement une période de crise. Celle-ci est principalement une crise de l’euro, mais aussi une crise du manque de confiance et de vision commune des États membres sur l’Europe de demain. Quelques jours avant le Conseil européen, plusieurs figures de proue de la politique européenne ont été promptes à souligner qu’il ne faudrait pas trop attendre des décisions prises durant le week-end et que l’hypothèse d’un accord politique à même de satisfaire les marchés perdait du terrain chaque jour.

Dans ce contexte, alors que les dirigeants des grands pays de l’UE ne parviennent plus à mettre sur la table un projet qui pourrait faire consensus et que tant de dirigeants hésitent ou cèdent devant les tendances populistes et eurosceptiques, Traian Basescu, en tant que représentant d’un État membre relativement récent — situé pour le moment hors de la zone euro — avait l’opportunité de fournir une impulsion nécessaire à la réponse tant attendue qui pourrait être apportée à la crise économique.

Ce geste aura sûrement pu être apprécié non seulement par les deux autres institutions du triangle de décision Bruxellois (la Commission et le Parlement européen), mais aussi par les capitales européennes qui souhaitent cette évolution (quoique peut-être sous une dénomination différente).

On pourrait nous opposer qu’il s’agit d’un problème de la zone euro. Néanmoins, tous les États membres sont promis à devenir membres de la zone euro dès qu’ils remplissent les critères d’adhésion (à l’exception de la Grande-Bretagne et du Danemark, qui ont obtenu une clause dérogatoire, dite d’opting-out). Par conséquent, la Roumanie doit faire preuve de fermeté dans son opposition aux tendances excluantes de ceux qui considèrent que seuls les pays membres de la zone euro ont voix au chapitre sur l’avenir de l’UE. En la matière, la Roumanie, notre pays, peut trouver du soutien chez d’autres États membres de l’UE, non membres de la zone euro, tels que la Pologne (qui d’ailleurs détient actuellement la présidence du Conseil de l’UE), la République tchèque ou la Bulgarie.

Du point de vue de la Roumanie, c’était une excellente occasion de s’affirmer sur la scène européenne en tant qu’acteur dynamique. Pour l’instant, la Roumanie est, à quelques exceptions près, l’un des pays qui n’a pas particulièrement brillé dans sa participation à l’établissement de l’agenda européen. Nous avons, au mieux réagi aux propositions mises sur la table ; dans le pire des scénarii, nous n’avons pas énoncé de position clairement définie et avons été réduits à suivre les positions de pays tiers.

En outre, une participation active au débat constituerait une manifestation évidente de notre engagement envers l’UE et de notre intérêt pour les enjeux actuels, promouvant ainsi l’image d’un partenaire fiable — image capitale en vue de l’adhésion roumaine à la zone Shengen et plus encore. C’était donc une opportunité sans précédent pour nous affirmer dans l’établissement de l’agenda européen. Il importait de la saisir.

Que peut proposer la Roumanie, et comment ?

Dans sa position, Traian Basescu devait faire valoir trois idées principales. La première est la création d’une union économique et financière, afin de compléter l’union monétaire. Voici un mois, cette idée fut déjà mentionnée par le Président, affirmant qu’une « politique monétaire unique est inenvisageable tant qu’il existera vingt-sept politiques budgétaires et vingt-sept politiques fiscales ». Il nous faut dépasser les déclarations générales, en désignant au niveau institutionnel un « euro-commissaire », sorte de ministre des Finances de la zone euro, chargé de l’exécution de la gouvernance économique et mandaté comme le seul représentant de la zone euro à l’extérieur (tel que requis à l’article 138 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). Cette idée, dans l’air depuis un moment, a déjà été officiellement lancée par le gouvernement néerlandais.

Une autre idée qui devait être promue afin de limiter la crise actuelle est la recapitalisation des banques européennes, bien que cela survienne relativement tard, et que sa mise en application effective ne soit pas encore claire. Dans ce domaine, l’Union européenne peut apprendre de l’exemple du plus récent candidat à l’adhésion, l’Islande. En 2008, les trois banques islandaises ont été recapitalisées par l’État islandais, qui depuis a réussi avec succès à dépasser la crise, à stabiliser sa monnaie, annonçant même un excédent budgétaire pour 2013.

Enfin, le président de la Roumanie devait soutenir un Plan européen pour la Croissance et la Convergence, idée présentée en mars par les défenseurs notoires de l’intégration européenne, à savoir les membres du Groupe Spinelli. Ce plan conférerait à la Commission le pouvoir de fixer certains objectifs dans des domaines tels que la recherche et, essentiellement, le pouvoir de veiller à leur mise en œuvre, sanctionnant au besoin les éventuels « derniers de la classe ».

Cette tâche figurerait parmi les compétences du nouveau ministre des finances européen. Les efforts pour s’approcher du modèle des États-Unis d’Europe ne doivent cependant pas s’arrêter en si bon chemin. Il est connu depuis longtemps et répété dans les milieux européens que l’union monétaire doit être complétée par une union économique et que, si elles sont adoptées, ces mesures iront dans la bonne direction. Elles ne sont pourtant pas suffisantes.

L’Union européenne n’aura une politique économique crédible que lorsqu’elle bénéficiera de ses propres ressources. Celles-ci ne doivent pas émaner d’une taxe sur les transactions financières - inefficace si imposée seulement à la zone euro et non adoptée par les grands acteurs internationaux. Comme cela a été dit dans un précédent article [1], elles peuvent très bien provenir d’autres sources (une TVA "modulée", une taxe européenne sur le revenu des sociétés ou une taxe sur les émissions de CO2). Ceci est cependant nécessaire pour de futurs projets d’intégration, comme la création d’une armée commune, qui placerait l’Europe sur la carte du monde comme un acteur de poids, muni d’un seul numéro de téléphone.

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P.-S.

Version originale sur Europuls.ro [2]

Vos commentaires

  • Le 22 novembre 2011 à 15:33, par Yves COLLIN En réponse à : Le président Basescu, les États-Unis d’Europe, la Crise et le Conseil

    Bonjour,

    J’aime le fond de votre article.

    L’utilisation de la terminologie d’Etats-Unis me paraît cependant inappropriée pour l’Europe dans la mesure où,bien que reflétant la réalité juridique,elle crée une confusion intellectuelle avec l’Amérique.

    L’Union est depuis l’origine une Communauté de Membres ayant créé le nouvel Etat déjà existant suivant la définition du droit international et les institutions politiques actuelles depuis le Traité de Rome du 25 mars 1957.

    Bonne réception de la précision.

    Cordialement,

    Yves COLLIN

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