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Le temps qui reste

, par Marian Schreier, traduit par Pauline Leroy

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Il reste deux jours aux Grecs avant les nouvelles élections législatives. Pas impossible que le scénario se répète. C’est peu de temps pour le reste de l’Europe, qui va devoir se faire à l’idée d’un gouvernement qui ne sera peut-être pas prêt à respecter les accords européens négociés. D’ailleurs, avec la confiance, le temps est la denrée la plus rare dans la crise de l’euro. Tout au plus ne semble-t-il pas réparti de manière égale, comme on a pu le constater au fil de ces derniers mois.

Le temps, une denrée rare? – photo by Setaou_ on Flickr

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« Le temps est d’une importance capitale », a souligné Angela Merkel durant les négociations autour du dernier plan de sauvetage de la Grèce en février 2012. Les négociateurs grecs, eux, semblent partager une toute autre vision du temps qu’ils laissent filer, jour après jour, délai après délai. Car le temps, contrairement à l’argent, est encore disponible en suffisance. Ce qui est loin d’être le cas dans les pays créanciers, pour qui le temps, c’est de l’argent. Chaque jour de retard inquiète les électeurs ainsi que les marchés financiers, et en fin de compte augmente le coût du sauvetage.

Peut-être est-ce là l’une des conséquences de différentes conceptions du temps, de différences culturelles liées au temps. Ainsi que nous l’explique la recherche ethnographique, les pays du sud de l’Europe ont une perception polychrone du temps, ce qui implique qu’ils considèrent le temps comme un élément exogène et peu influençable. Pour eux, il s’écoule de façon cyclique et il n’est pas nécessaire de mener à terme une tâche commencée avant de se consacrer à la prochaine activité. C’est à peu de choses près la conception estudiantine du temps. De l’autre côté de l’échelle, on trouve les cultures monochrones, dont font partie, par exemple, les pays du centre et du nord de l’Europe. Là-bas, le temps est une ressource qui se doit d’être bien organisée. Ce temps-là s’écoule de façon linéaire : on fait une chose après l’autre, selon l’ordre des choses. Jusqu’à présent, il est l’élément constitutif de l’administration et des universités allemandes.

Dès lors, il n’est pas étonnant que ces différentes conceptions du temps sèment le trouble, du moins par moments, dans les discussions traitant de la fin de la crise de l’euro, lorsqu’Angela Merkel, réglée sur le modèle monochrone, fait face à des représentants de la culture polychrone, tels que messieurs Papademos, Monti ou, plus récemment, Hollande. Cependant, des processus d’adaptation sont possibles. Bien que toujours fébrilement polychrone quand il est question de politique intérieure, M. Sarkozy, le prédécesseur de François Hollande, a rapidement été plongé dans la crise de l’euro, à l’aide d’un bon coup de tocsin teuton sonné par la chancelière allemande. C’est que pour Mme Merkel, il s’agit d’aller de l’avant progressivement. D’abord les efforts budgétaires, après l’argent provenant du fonds de sauvetage, et ensuite seulement on pourra s’occuper de la croissance. À l’inverse, ces messieurs polychrones préféreraient amorcer dès aujourd’hui les politiques de relance, afin de s’atteler aux économies et – en fin de compte – aux reformes institutionnelles.

Au programme, aucune solution simple à cette confusion temporelle d’une ampleur babylonienne. Que du contraire : les clés des différentes pendules de l’Europe sont détenues au Conseil européen par Herman van Rompuy. Un Belge. Et chez les Belges, c’est bien connu – l’auteur lui-même en a fait la douloureuse expérience lors de six mois passés à Bruxelles – le temps s’écoule d’une façon encore plus différente.

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