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Législatives 2012 : ces eurodéputés qui aimeraient quitter leur mandat

, par Magali Pernin

Le 7 juin 2009, les électeurs français étaient chargés d’élire 72 députés européens. L’enjeu était fondamental : confier aux vainqueurs la charge pour 5 ans de voter les textes – règlements et directives - qui viendraient s’appliquer ensuite à l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne. Aujourd’hui, sur ces 72 sièges, 11 se sont déjà trouvés vacants, les parlementaires leur ayant préféré une fonction plus à la hauteur de leur ambition.

Le parlement européen – Services audiovisuels du Parlement européen

Auteurs

"La France fait encore parti des Etats qui perçoivent le Parlement comme un lieu de passage, soit en récompense de services rendus si l’élu débute sa carrière, soit en tant que salle d’attente pour les hommes politiques de plus grande envergure"

Charles de Marcilly, représentant de la Fondation Robert Schuman à Bruxelles

En février 2010, Michel Barnier quitte son mandat pour un poste de commissaire européen en charge du commerce.

Un mois plus tard, Christophe Béchu quitte également l’hémicycle, lui préférant le Conseil régional du Pays de la Loire (mandat qu’il abandonne lui aussi quelques mois plus tard pour un poste de sénateur).

Décembre 2010, Pascale Gruny, suppléante de Xavier Bertrand laisse son siège d’eurodéputé pour prendre la place de ce dernier à l’Assemblée nationale, lorsque celui-ci entre au gouvernement.

En juin 2011, Dominique Baudis quitte également Bruxelles pour exercer la fonction de défenseur des droits.

Ce candidat qui « n’avait pas pris l’engagement d’être sur les listes pour être élu »

En juin 2009, Brice Hortefeux, alors ministre de l’immigration, démissionne aussitôt élu à son poste de parlementaire européen. En effet, Monsieur Hortefeux était persuadé de ne pas être élu (car occupant la troisième position sur la liste UMP de la circonscription Massif central-Centre, qui n’avait que cinq sièges à offrir) et préfère en réalité rester au gouvernement. L’Elysée indiquera alors qu’il « n’avait pas pris l’engagement d’être sur les listes pour être élu »...

Cela ne l’empêchera pas de venir réclamer son siège en mars 2011 auprès de Madame Soulie qui l’occupe pourtant depuis plusieurs mois.

Pareillement, Madame Nora Berra n’exercera jamais son mandat de députée européenne, elle préfère un poste de secrétaire d’Etat en charge des Aînés.

Les candidats UMP s’étaient pourtant engagés à « être présents au Parlement européen à Strasbourg et à Bruxelles ».

Mais ces abandons de postes ne sont pas l’apanage des élus de droite.

En janvier 2012, Elie Hoarau, chef de liste « Alliance des outre-mers », démissionne de son poste de « mieux se consacrer aux problématiques de La Réunion », à son rôle de conseiller régional d’opposition.

Plus récemment, la composition du nouveau gouvernement socialiste a occasionné le départ de quatre eurodéputés : Vincent Peillon, nommé ministre de l’Education, Stéphane le Foll, ministre de l’Agriculture, Kader Arif, en charge des anciens combattants, et Pascal Canfin, ministre délégué au Développement.

Même s’il s’agit d’un scrutin de liste qui rend aisé la faculté de remplacer les députés quittant leur siège, ces départs anticipés remettent en question la qualité des mandats français exercés au Parlement européen, d’autant que les électeurs donnent leur confiance aux candidats pour un mandat de cinq ans. Le sérieux dans le traitement des dossiers et l’influence politique des parlementaires ne saurait n’en être entachés.

Les Français ne s’intéressent pas aux élections européennes ? Les candidats non plus.

40,63%. C’est le taux de participation des français aux élections du 7 juin 2009.

Pourtant, le scrutin, organisée à la proportionnelle à un tour, fait de cette élection la plus ouverte de toute.

La mobilisation des électeurs peut ainsi permettre l’élection de candidats n’ayant aucune chance dans le cadre d’un scrutin uninominal.

Prenons l’exemple de la circonscription du sud-est, chargée d’élire 13 eurodéputés.

  • Majorité présidentielle 29,34% : 5 sièges
  • Europe Écologie 18,27% : 3 sièges
  • Parti socialiste 14,49% : 2 siège
  • Front national 8,49% : 1 siège
  • Mouvement démocrate 7,37% : 1 siège
  • Front de gauche 5,90% : 1 siège

Rendons hommage aux Traités européens qui imposent le scrutin proportionnel, car si la France avait été découpée en 72 circonscriptions élisant chacune un eurodéputé, le Parti socialiste et l’UMP se seraient partagés tous les sièges.

Malgré tout, les électeurs de Lyon, Marseille ou Grenoble ne connaissent certainement pas le nom de leurs eurodéputés. Votant pour un parti plutôt que pour les personnalités composant la liste, ils ne verront donc aucun dérangement à ce que Monsieur untel laisse sa place à Madame untel, placée juste derrière lui dans la liste trucmuch. Pire, les électeurs ne s’apercevront même pas de ce jeu des chaises musicales.

Pourtant, depuis le Traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009, les eurodéputés ont acquis des pouvoirs fondamentaux. Ils participent désormais directement à l’adoption des textes européens. Sans l’accord d’une majorité des 754 députés, une directive ou un règlement n’a aucune chance d’être adopté.

Malgré tout, les électeurs continuent de considérer cette fonction comme loin de leurs préoccupations quotidiennes alors même que l’on estime à plus de 70% le nombre de lois françaises qui sont uniquement adoptées à des fins de transposition du droit européen.

« Etre député européen c’est bien, mais être député à l’Assemblée nationale c’est mieux »

Ils sont onze eurodéputés à souhaiter quitter Bruxelles et Strasbourg pour rejoindre Paris. Onze à préférer discuter des modalités de transposition des textes qu’ils ont pourtant actuellement l’honneur de voter.

De quoi donc s’interroger sur les réelles motivations de ces personnalités politiques qui avaient pourtant fait campagne en 2009 pour « Changer l’Europe ».

-* Franck Proust

Eurodéputé UMP de la circonscription Sud-Ouest depuis le 23 juin 2011, il a pris la place laissée vacante par Dominique Daudis. Pour ce faire, il a du quitter son mandat de conseiller général, le mandat de représentant au Parlement européen étant incompatible avec l’exercice de plus d’un mandat électoral au niveau local.

A l’époque, lorsque le journal MidiLibre, lui demande s’il avait envisagé la possibilité de siéger à Strasbourg, il répond : "Franchement non. De plus, je n’étais pas très chaud pour être candidat, car cela demandait pas mal d’investissement durant la campagne pour un résultat hypothétique". Aujourd’hui, il est candidat à la députation dans le Gard.

-* Agnès Le Brun

Eurodéputée UMP de la circonscription Ouest depuis le 1er janvier 2011. Elle a pris la place laissée vacante par Christophe Béchu. Pour cela, elle démissionne également de son poste de conseillère générale. Aujourd’hui, elle est candidate à la députation dans le Finistère. Elle se justifie en indiquant que : « dès 2008, j’avais dit que je me présenterais aux législatives ».

-* Arnaud Danjean

Il devient eurodéputé UMP en juin 2009. Aujourd’hui, ils se présentent aux élections législatives dans la nouvelle 4e circonscription de Saône-et-Loire.

-* Damien Abad

Député européen du Nouveau Centre de la circonscription grand Sud-Est depuis juin 2009, il est désormais candidat UMP pour les législatives dans l’Ain. Pourtant, en 2009, il présentait sa candidature comme « un symbole : celui de réconcilier les jeunes avec l’idéal européen, celui de rajeunir l’imaginaire européen. »

-* Estelle Grelier

Le 7 juin 2009, elle est élue députée européenne du Groupe socialiste au Parlement européen. Elle est aujourd’hui candidate aux législatives en Seine-Maritime. Sur son site de campagne, Madame Grelier explique son choix. « Bien sûr, je demeure convaincue que « l’avenir, c’est l’Europe ». Mais il faut pour cela qu’elle devienne sociale, protectrice des salariés et des services publics. Malheureusement la Gauche est minoritaire au Parlement européen, et l’Europe actuelle se résume pour l’essentiel à un Directoire franco-allemand profondément néolibéral et conservateur.

Paradoxalement, le destin de l’Europe est donc aujourd’hui suspendu aux changements politiques qui devront intervenir au plan national, en France dès 2012, puis en Allemagne en 2013. L’Europe a d’abord et avant tout besoin d’un moteur franco-allemand de Gauche et progressiste pour avancer dans le bon sens. »

-* Isabelle Thomas

Madame Thomas vient de devenir députée européenne, en prenant la place jusqu’alors occupée par Stéphane Le Foll, désormais ministre français. Pour autant, la socialiste a décidé de continuer sa campagne pour les élections législatives.

"On n’a jamais envisagé qu’elle puisse devenir député européenne", avoue son directeur de campagne Martin Meyrier. En campagne depuis des mois, "son envie c’est de devenir députée" à Paris.

Or, EurActiv.fr nous apprend également que l’ancien eurodéputé Yannick Vaugrenard, qui suit Isabelle Thomas sur la liste de l’Ouest a quant à lui fait le choix d’une carrière politique nationale. Depuis 2011, il est sénateur de la Loire-Atlantique.

Ainsi, si Madame Thomas gagne les élections législatives, il faudra donc compter sur la candidat inscrit suite à Yannick Vaugrenard pour occuper le siège d’eurodéputé.

-* Karim Zéribi

Candidat aux élections européennes de juin 2009 en troisième position de la liste « Sud-Est » présentée par le Parti socialiste, il est le premier non-élu. La nomination de Vincent Peillon fait de lui aujourd’hui un nouveau député européen issu de la liste socialiste.

Pourtant, cet élu local marseillais est depuis 2010 membre du Parti Europe Ecologie Les Verts. Il tient donc aujourd’hui une position d’équilibriste puisque le Parti socialiste français est membre du groupe Socialiste et Démocrate, tandis que les Verts sont positionnés dans le groupe de l’Alliance Libre européenne.

Par sa candidature aux élections législatives sur la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, Monsieur Zéribi, qui « n’envisage pas d’être député européen », espère sans doute régler ce positionnement délicat. Selon EurActiv.fr, Farida Boudaoud, quatrième sur la liste des élus socialistes derrière M. Zéribi, est également candidate aux élections législatives et n’a pas évoqué la possibilité de remplacer M. Peillon.

-* Patrick Le Hyaric

Tête de liste du Front de gauche en Île-de-France aux élections européennes de juin 2009, il est élu député européen le 7 juin 2009. Aujourd’hui il est candidat aux législatives pour le Front de Gauche.

-* Jean-Luc Mélenchon

En septembre 2004, Jean-Luc Mélenchon, alors membre du Parti socialiste, est élu sénateur. Il quitte le Parti socialiste à la fin de l’année 2008 pour fonder son propre mouvement : le Parti de Gauche. En juin 2009, il est élu député européen de la circonscription Sud-Ouest sur la liste Front de Gauche.

Aujourd’hui il est candidat aux législatives pour le Front de Gauche. Il explique cette candidature par la volonté de promouvoir le Parti de Gauche, qui fait face cette année, à ses premières élections nationales : « Il y a d’abord eu discussion sur le fait que je sois, ou pas, candidat. Car mon mandat de député européen est important pour ce que nous faisons au Front de gauche, pour construire une autre Europe. Mais ma candidature aux législatives pouvait jouer un rôle de locomotive alors qu’il y a eu une tendance à nous effacer du tableau. »

-* Marine Le Pen

C’est sans doute le même ambition qui explique la candidature de Madame Le Pen aux élections législatives de 2012. Celle qui est élue au parlement européen depuis 2004 trouverait sans aucun doute à l’Assemblée nationale une tribune bien plus adaptée aux attentes de son électorat.

-* Bruno Gollnisch

Bruno Gollnisch est élu au Parlement européen depuis juin 1989. Il est aujourd’hui candidat aux élections législatives dans la 3e circonscription du Var.

Ces différentes candidatures mettent ainsi en lumière des motivations bien distinctes de la part des candidats :

- échapper à un mandat européen en se présentant dans une circonscription où ils ont toutes les chances de gagner ?
- effectuer une simple opération de communication en laissant de coté pour un temps leur responsabilité de député européen ?

En tout cas, elle démontre, pour les personnalités ayant accédé au poste d’eurodéputé grace à la démission des premiers de liste, leur manque d’enthousiasme à occuper la fonction. Surtout, elle conduit à s’interroger sur le sérieux de la composition des listes lorsque l’on entend que certains n’ont jamais eu l’envie de devenir député européen.

Sur 99 eurodéputés allemands, aucun n’ont quitté leur mandat depuis juin 2009.

Et si « Changer l’Europe » commençait par « changer notre façon d’élire nos députés » ?

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P.-S.

Article initialement paru sur le blog de Magali Pernin, Contre la Cour

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