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Les Grecs ont voté !

, par Nicolas Delmas

« Silence, ils votent. Silence, ils ont voté. » Telle pourrait être la maxime de la situation dans la presse allemande qui semble écarter toute résolution de la crise par le haut. Pourtant, il est primordial d’analyser les enseignements de ce vote.

Manifestations en Grècehttp://www.flickr.com

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La montée des extrêmes, ici comme ailleurs

Ce constat est terrible. Mais, ce phénomène touche l’Europe dans son ensemble. Depuis la fin de la guerre froide, les extrêmes, de droite et dans une moindre mesure de gauche, n’ont cessé de proliférer sur le terreau de la peur de la mondialisation, et de la crainte de l’immigration. Or, les deux extrêmes, appuyés parfois par certains mouvements de droite ou de gauche, ont trouvé un même coupable à ces deux « maux » (sic) : l’Europe, qu’elle soit « passoire » face à l’immigration ou « complice » face à la mondialisation.

Toutefois, ce constat prend une importance particulière tant l’échéquier politique a été balayé par ces élections. En effet, les deux principaux partis jusqu’alors, le Pasok (Gauche) et la Nouvelle Démocratie (Droite) avaient l’habitude d’atteindre à eux deux 70% des voix (43,9% pour le premier et 33% pour le second en 2009). Cette fois, ils ont atteint respectivement 13% et 18,8% des voix. L’extrême droite et la gauche radicale sont les grands gagnants de ce scrutin.

D’une extrême droite à l’autre

En effet, un bilan poussé des résultats fait apparaître un phénomène a priori étrange : la disparition de l’extrême droite de 2009, le Laos au profit d’un autre mouvement d’extrême-droite, l’Aube dorée. Pourtant, ce basculement du vote résulte de la participation du parti Laos à la coalition au pouvoir et à l’acceptation des plans de sauvetage supervisés par la Troika (Banque centrale européenne - Commission européenne - Fonds monétaire international)

Bien que ces deux partis ont développé de nombreuses propositions semblables, le parti Laos paie son soutien au gouvernement qui a bénéficié pleinement à son vis-à-vis en dépit d’une xénophobie exacerbée et d’un racisme affiché. Comment un parti dont les idées sont en totale contradiction avec les droits de l’Homme de l’Union peut-il autant prospérer ? Deux raisons principales à cela :

L’absence d’histoire, toute une histoire !

Tout d’abord, la Grèce figure depuis toujours parmi les pays européens les plus « patriotiques », voire nationalistes. En effet, différents contentieux existent entre la Grèce et ses voisins frontaliers qui témoignent de l’absence de sérénité au niveau interne. Ainsi, la Grèce continue d’entretenir des relations détestables avec la Turquie, notamment à cause de la partition de Chypre en deux. Durant longtemps, la Grèce a cherché à tenir le rythme de la Turquie dans la course à l’armement et possède à ce titre l’un des plus gros budgets militaires en proportion.

Ensuite, la Grèce refuse toujours que la Macédoine puisse être reconnue au niveau international sous cette appellation, bloquant par ailleurs l’idée d’une adhésion de ce pays. Elle considère que le terme « Macédoine » fait par trop référence à son histoire et refuse qu’un autre pays puisse se prévaloir de ce qu’elle perçoit comme son patrimoine.

Or, depuis que la crise a frappé la Grèce, la population s’exaspère du traitement consacré à leur pays par une grande partie de la presse internationale, plus particulièrement les journaux allemands. Voir leur pays bafoué, pour ne pas dire parfois humilier (il suffit de repenser aux nombreuses propositions qui ont fleuri, comme la vente de leurs îles) a forcément eu une influence quant au sursaut nationaliste constaté. Le parti ayant le vent en poupe, on ne compte plus ses déclarations sur « la fierté » qu’il entend « rendre aux Grecs ».

Par ailleurs, de nombreux politologues mettent en lumière l’absence d’instruction au sujet des crimes commis par la Junte des Colonels qui dirigea le pays jusqu’au milieu des années 1970. L’extrême-droite n’exerce donc pas, comme sur une partie de beaucoup d’électorats européens, un repoussoir à cause d’un passé plus ou moins sulfureux, voire dictatorial.

Pour autant, l’histoire et les relations internationales de la Grèce ne sont pas les seuls facteurs en cause.

Sans moyens, c’est la fin !

La où prospère la misère, l’extrémisme prolifère. A en croire certains commentateurs, les Grecs seraient tranquillement au repos, profitant du climat et des milliards d’euros investis par les autres pays de la zone euro pour soutenir la Grèce dans sa lutte contre sa dette et ses déficits. Néanmoins, la réalité est évidemment tout autre. La population souffre des mesures en place. Les coupes massives dans les dépenses publiques, les baisses drastiques des salaires ont conduit une très importante partie de la population dans un dénuement soudain.

Or, non content d’offrir à la population monts et merveilles, l’extrême-droite assure un service après-vente de la politique qu’elle entend mener. En effet, depuis deux ans désormais, le parti Aube Dorée assiste la police dans la défense de l’ordre public (il suffit de repenser aux violentes manifestations qui ont agité le pays pour comprendre le gain qu’a eu le parti, en collaborant avec la police), met en place des comités d’auto-défense, notamment contre les immigrés et assure une aide aux plus démunis. La fin semble justifier les moyens.

L’austérité, unique politique, impossible solution

Pour autant, que faire ? Pour l’heure, seul le parti « Aube Dorée » appelle un abandon de l’euro. La gauche radicale souhaite poursuivre l’euro, mais refuse de collaborer dans une coalition qui accepterait les préconisations et le programme mis en place par la Troika. D’après les derniers sondages, la population grecque reste à une très large majorité attachée à l’euro (76%). Der Spielgel appelle depuis dimanche au départ de la Grèce de la zone euro. C’est, il me semble, le pire des signaux possibles. Ce serait donné crédit aux propos de Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan dans leur charge dans l’euro. Cet euro qui se serait fait « contre les peuples » (sic) abandonnerait un de ses membres au prétexte qu’il traverse une crise.

Est ce que la politique mise en place actuellement a un sens ? Aucun. Le pays est grevé par une dette qui atteint plus de 120% de son PIB et un déficit de plus de 5% aggravé par la chute de la consommation interne. Il faudrait faire un geste fort : reprendre une bonne partie de sa dette et la mettre pour un temps sur la charge des autres Etats ou opter pour un abandon pur et simple des remboursements afin que la Grèce puisse adopter une réelle politique. La situation actuelle est insoutenable et fait naître de plus en plus parmi les populations des sentiments eurosceptiques. La Grèce a été la premier témoin de cette vague de mécontentement. Combien de pays devront être dans la même situation pour que les politiques se rendent compte de la situation ?

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