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Les Jeunes Européens-Rennes veulent mettre l’Europe au coeur des présidentielles

, par Cédric Le Pohon

Notre organisation s’est lancée dans une série de rencontres avec des organisations politiques jeunes pour parler d’Europe. Ceci pour contribuer à remédier à une campagne présidentielle où l’europhobie est une manne à voix dans laquelle nombre de candidats de tous poils s’engouffrent. État des lieux.

Auteurs

L’Europe est-elle la grande oubliée des élections présidentielles ? En tant que militant europhile, se souciant toujours de son sujet de prédilection et obsédé par la pertinence de son argumentation, je pourrais être tenté de dire oui. Ce n’est pas tout à fait exact, si l’on se fie aux statistiques de Vigie2012. En effet, les deux grands favoris de cette élection, François Hollande et Nicolas Sarkozy, passent 13,6 et 17,6% de leur temps à évoquer les questions européennes. Voilà qui est tout à fait considérable ! Quant aux candidatures étiquetées « eurosceptiques », elles ne sont pas en reste. Marine Le Pen dépense plus de 9% de sa bile pour dénoncer la construction communautaire. Jean-Luc Mélenchon près de 10%. Et d’après le même site, Jean-Pierre Chevènement s’est livré à un véritable acharnement en la matière pendant le mois de décembre, ultime baroude d’honneur patriotique avant de jeter récemment l’éponge.

Donc non, cette fois-ci on parle d’Europe. Crise oblige, il est vrai (ce qui explique au passage pourquoi c’est plutôt l’écologie qui soit laissée aux oubliettes...). Mais l’Europe est tout de même bien écornée, instrumentalisée, diabolisée, caricaturée, piétinée et jetée aux orties au profit de basses œuvres électoralistes d’une élection présidentielle comme celle de 2012. En témoigne ne serait-ce que le florilège d’âneries que débitent les candidats dans leurs déclarations sur les questions européennes, et que Vigie2012 a méthodiquement et systématiquement relevées et corrigées. Et des âneries, on en a entendu, on en entend et on en entendra à la fois de la bouche des candidats dits eurosceptiques que europhiles à droite comme à gauche. Je n’en citerai pas, non, ne nous infligeons pas plus de mal.

Euroscepticismes naturels et acquis

Évidemment, en ces temps où tout va mal, on ne jette pas beaucoup de fleurs à l’Europe. Une armée d’eurosceptiques contribuent à la rendre responsable de tous les maux : chômage, augmentation des prix, délocalisations, perte d’identité et de souveraineté. Au premier rang de ceux-ci, bien-sûr, Marine Le Pen, qui prône, pêle-mêle, la suppression des drapeaux européens, la sortie de l’euro et même de l’Union européenne.

Et puis il y a d’autres candidats qui sont devenus, à défaut de l’être « naturellement », eurosceptiques. A gauche, il s’agit bien évidemment de Jean-Luc Mélenchon, opposé au traité de Lisbonne et qui lors du désormais fameux débat contre Marine Le Pen de l’année dernière, a affirmé qu’il a « cru au traité de Maastricht » et qu’il admet s’être trompé. Mais ce n’est malgré tout pas aussi simple, car si ces positions confirment la pente euro-méfiante qu’emprunte une bonne partie de la gauche radicale, il n’en défend pas moins l’euro et un Smic européen. On ne peut donc pas réduire l’euroscepticisme de Mélenchon de façon simpliste, car certaines de ses propositions sont véritablement européennes. De plus, la diversité des organisations composant le Front de Gauche (communistes, Parti de Gauche, FASE...) rend l’examen des positions plus complexe et pour bien faire, il faudrait les étudier une à une très attentivement.

Europhiles ou franco-franchouillards ?

Du côté de l’UMP, qu’en est-il du fédéralisme ? Le parti est traditionnellement europhile, c’est vrai, mais la conception dominante de l’Europe est une conception gaulliste et intergouvernementale plutôt que communautaire. C’est également la conception de Nicolas Sarkozy, en témoigne sa gestion de la crise économique actuelle avec Angela Merkel. L’UMP semble par ailleurs avoir du mal à accorder ses violons avec son homologue d’outre-rhin la CDU : si celle-ci semble vouloir avancer en termes d’intégration politique (élection du président de la Commission au suffrage universel), elle reste inflexible sur les questions d’intégration économique (refus des Eurobonds). En France, les positions de l’UMP sont inverses.

Il faut reconnaître malgré tout que les deux partis ont considérablement avancé quant à leur réflexion sur l’Europe. Faut-il cependant s’attendre à une évolution doctrinale en faveur du fédéralisme ? La tendance à la droitisation et le retour aux valeurs nationales du parti (« la France forte ») ne me donne guère ce sentiment, surtout si le Président va devoir « draguer » l’électeur du Front national et de Debout la République pour espérer sa réélection.

Au milieu de l’atmosphère euro-fétide de la campagne électorale, que peut-on alors encore attendre ? Faut-il se réfugier dans les bras d’un mesuré François Bayrou, dont la tradition démocrate-chrétienne est connue comme l’une des plus europhile de l’offre politique ? On peut le dire, François Bayrou est résolument intéressant, et l’idée européenne se retrouve jusqu’au coeur de ses propositions. Bien que n’assumant jamais de telles catégorisations, le MoDem est fédéraliste. L’engagement de Sylvie Goulard dans ce combat rendrait absurde l’affirmation du contraire.

Et pourtant, au sein de cette campagne de 2012, le MoDem joue un jeu curieux en annonçant comme thème majeur de campagne le « produire en France ». Certes, quand on regarde la proposition sur le fond, la mesure n’est pas méchante, elle se contente d’un étiquetage des produits et n’a rien d’un protectionnisme à la française contre les autres pays européens. Mais dans une élection présidentielle où tout se joue sur des slogans, je trouve pour le moins dangereux d’utiliser un slogan qui sonne comme du souverainisme et n’envoie pas un très bon signal vis-à-vis de l’Europe, qui au pire est vue comme une menace dont il faut se protéger, au mieux vue comme un vulgaire échelon dont la pertinence en matière économique et industrielle est ignorée. Je ne sais pas si c’est le cas de beaucoup de citoyens, mais c’est ainsi que j’ai ressenti personnellement la chose. Mais peut-être que mon interprétation est excessive.

Un « saut fédéral » prévu dans l’Accord EELV-PS

La gauche europhile peut-elle être une alternative crédible en matière de construction européenne ? La réponse n’est pas si évidente. Le programme du PS est particulièrement peu disert en la matière. On en reste à « 60 propositions pour la France » qui ne proposent guère plus que quelques initiatives en matière de PAC, de politique énergétique, industrielle, de budget européen et de la signature de la charte des langues régionales et minoritaires. C’est déjà ça, me direz-vous. Mais je n’ai rien vu sur la relance du projet européen, rien sur une éventuelle réforme des institutions, rien sur le rêve européen.

Peut-être dans ce cas faut-il aller chercher les euro-rêveurs du côté d’Europe-Écologie Les Verts, qui en la matière, en revanche, jouent un rôle positif et audacieux. Eva Joly, malgré ses immenses difficultés de communication et sa campagne déphasée, a choisi récemment de réorienter sa campagne sur le thème de l’Europe et assume pleinement l’idéal fédéraliste qu’elle a appelé de ses vœux lors de son dernier déplacement en Grèce. Elle a reçu en cela le soutien de Daniel Cohn-Bendit, qui espère une « double-alternance », en France en 2012 et en Allemagne en 2013, afin de réaliser le « saut fédéral ».

Cette vision politique a le mérite de sortir des débats et des calculs électoraux strictement franco-français, mais est-ce que cela a une chance de se réaliser concrètement ? Ce que peu de gens savent, c’est que dans l’accord si décrié EELV-PS, la mention de « saut fédéral » et de relance du projet européen figurent noir sur blanc (et en Allemagne le SPD et les Grünen semblent être sur les mêmes positions). Certes, c’est pour le moins peu précis, et un tel accord n’engage pas à grand chose, d’après les dires de François Hollande lui-même. L’accord a par ailleurs été très critiqué par Eva Joly à cause de la question du nucléaire, ce qui est mauvais signe pour un futur accord de gouvernement. Mais je crains surtout que l’Europe soit la grande sacrifiée d’une éventuelle union des gauches dans la perspective d’un grand accord de second tour de la présidentielle rassemblant les soutiens de Jean-Luc Mélenchon et de Jean-Pierre Chevènement. A gauche donc, il peut y avoir un espoir, mais une grande incertitude demeure !

Parlons d’Europe

Bref ! Je laisse à chacun se faire son opinion, sachant que la campagne n’est pas encore terminée et que tout peut arriver y compris dans le contexte de la crise des dettes souveraines qui se poursuit encore et toujours. Mais à travers ce bref tableau du paysage politique actuel en France vis-à-vis des questions européennes, qui est un bilan tout à fait personnel et j’en suis bien conscient, on peut tirer deux conclusions.

Premièrement, en 2012, on parle de l’Europe, et on en parle même beaucoup. Je dirais même que c’est finalement la principale toile de fond de ces présidentielles, puisque liée à la problématique de la dette, de la relance de l’économie, de la désindustrialisation, etc. On parle d’Europe, parce qu’on est bien obligé, et toujours en négatif, en terme de contrainte et de discipline budgétaire, et peu en terme de valeurs, de solidarité, de projet, de rêve.

Chaque candidat doit offrir la garantie de protections pour le peuple français en terme d’emplois, de dette, de compétitivité, d’identité, sacrifiant en général tout discours qui mettrait l’Europe comme échelon pertinent pour régler un certain nombre de problèmes (au moins économiques) concernant les Français. On ne parle pas ou peu de solidarité européenne en Grèce. Le nouvel autoritarisme hongrois indiffère. L’accord international Acta, un Hadopi version mondiale et en débat actuellement au Parlement européen, passe inaperçu dans le débat national au profit de considérations bêtement politiciennes.

D’où ma deuxième conclusion, plus positive, quand même, afin d’avoir à éviter par dépit de rendre ma carte de Jeune-Européen. Il nous est nécessaire, en tant qu’organisation de la société civile, de faire notre maximum pour clarifier les enjeux, poser les termes du débat, rétablir la vérité, et interroger et faire s’interroger les formations politiques sur leur doctrine européenne. Les Jeunes Européens - Rennes, que je préside, le font notamment à leur niveau, en rencontrant le plus de formations politiques jeunes possibles et pour parler d’Europe. De cette façon, nous les obligeons à s’extraire du brouhaha euro-méfiant ambiant et à se positionner clairement en faveur ou non de plus d’intégration européenne et du fédéralisme, et nous les forçons à développer une argumentation cohérente et centrée sur l’Europe. Pour nous, ces débats sont aussi très intéressants, car nous pouvons espérer apporter des éléments de réponse aux questions soulevées dans les premiers paragraphes de cet article.

Ces débats suscitent beaucoup d’intérêt, tant de la part de ces formations, des Jeunes Européens que du public. Nous avons rencontré pour l’instant les Jeunes Ecologistes et les Jeunes du MoDem, et d’autres rencontres approchent. Nous essaierons, dans la mesure du possible, de faire état de ces rencontres et de l’appréciation que nous en tirons vis-à-vis de l’idéal fédéraliste que nous portons à travers une série d’articles ici-même, dans Le Taurillon.

La campagne présidentielle sur les questions européennes ne fait que commencer...

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