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Multilinguisme

Multilinguisme dans les institutions européennes :

Un pas en avant ou un obstacle à l’efficacité ?

, par Benoît Courtin

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Le multilinguisme dans les institutions de l’UE est le reflet corrigé de ce qu’il se passe dans la vie des « Européens d’en bas » ! Les institutions européennes ont donc un rôle précurseur. A nous de faire comprendre aux Européens les bienfaits de ce système de communication lourd et contraignant d’abord, riche et utile ensuite.

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Le multilinguisme est la voie par laquelle les européens pourront correspondre.

Le multilinguisme est le fait de parler plusieurs langues vivantes, de les comprendre et d’en maîtriser les nuances. Son apprentissage est long, fastidieux, mais très utile.

En effet, les relations diplomatiques, politiques et économiques entre les Etats ne peuvent pas se faire sans un moyen de communication commun.

Imaginons un instant un vendeur d’olives grec, parlant exclusivement le grec, voulant vendre sa production à un supermarché danois dont les employés parlent uniquement le danois ! La transaction est impossible ou trop onéreuse puisqu’un traducteur sera sollicité.

Au lieu de ce genre de difficultés, l’Union Européenne, creuset d’une culture riche et variée, peut permettre, via l’Education Nationale de chaque EM, de surmonter cette fameuse barrière de la langue.

Autant le système linguistique finlandais est développé, autant les systèmes des pays latins souffrent de lacunes importantes.

Les relations entre les pays de l’UE devront se faire par deux medias : dans un premier temps, le rêve de la langue commune, dans un second temps par le multilinguisme, clé de la réussite européenne quant à la maîtrise des différences culturelles.

L’impossible langue commune

On a parlé de langue commune à tous les européens, pour cela, des experts linguistes ont créé l’esperanto. Cette langue, composée de différentes bases grammaticales, était née pour mettre les européens d’accord relativement à un grand débat : quelle langue doit-on utiliser dans nos relations ? L’anglais, l’allemand, le français ?

Ces trois langues reviennent toujours sur le devant de la scène lorsque la question est abordée. Mais pourquoi une langue devrait-elle s’imposer aux autres pays que ceux dans lesquels elle est parlée ? Le français au nom de la coutume diplomatique, l’anglais au nom de la mondialisation et l’allemand au nom du plus grand nombre.

Et pourquoi pas l’italien ? C’est une langue simple à apprendre, belle à écouter et riche historiquement, proche du latin… Et pourquoi pas l’espagnol ? Bref, la question d’une langue dominante est un long débat qui déchaînera toujours les passions, et qui peut réveiller les nationalismes somnolents. Evitons donc cette solution néfaste pour l’avenir de l’Union Européenne.

Le multilinguisme : la solution la plus logique

La langue commune étant impossible dans un premier temps pour les raisons indiquées, il faudra nous contenter de la deuxième solution, le multilinguisme. Cette solution est celle déjà utilisée dans les institutions de l’UE. Chacun parle sa langue, les traducteurs font en sorte que le récepteur du message comprenne ce qui a été dit, et chacun voit sa langue respectée par les autres.

Pour travailler dans les institutions de l’UE en tant que fonctionnaire, il faut d’ailleurs maîtriser trois langues officielles couramment. Cette obligation statutaire marque la volonté politique des dirigeants de l’UE de ne pas privilégier une langue au détriment d’une autre. Ainsi, le Polonais maîtrisant le lituanien et le hongrois peut tout à fait entrer dans les institutions de l’UE.

En fait, la langue utilisée importe peu, l’important est que de l’émetteur au récepteur, le message soit compris.Sur la question de l’efficacité de ce multilinguisme, il s’agit en fait d’une question de temps. A force de brasser des langues différentes, arrivera bien un jour où le langage communautaire sera le même. Aujourd’hui, l’UE perd du temps et de l’argent en traduisant les traités dans la vingtaine de langues officielles.

Aujourd’hui, lorsqu’un député européen s’exprime dans l’hémicycle et fait un mot d’esprit, les rires mettent du temps à se répandre dans les rangs du Parlement. Demain, cette perte de temps portera ses fruits et aboutira sûrement à la création d’une nouvelle langue. Le monde sera bien obligé de la maîtriser pour pouvoir commercer avec la plus importe économie mondiale derrière la Chine. On ne sera plus dans le cas du vendeur d’olives grec vendant au danois, mais dans le cas du vendeur de produits manufacturés chinois commerçant avec un européen.

Il faut bien reconnaître que l’apprentissage d’une langue est fastidieux, mais qu’il est sérieusement utile dans le monde globalisé d’aujourd’hui. Qui fait des études supérieures apprend l’anglais. Pourquoi l’anglais, parce que c’est la langue de l’économie mondialisée. Lorsque demain la langue de l’économie sera le chinois, cette langue sera enseignée dans les classes primaires.

Imposer un nouveau mode de communication

L’Union Européenne fait face à un défi de la plus grande importance en conservant l’usage du multilinguisme. Et il est du ressort de la JEF de soutenir cet usage. Toi qui lis le TNF à l’heure qu’il est, tu lis l’anglais. Mais moi qui écris cet article, je l’écris en français. Mon rêve serait que la traduction ne soit plus une étape nécessaire à la compréhension de mon message. C’est-à-dire que tu comprennes ma langue quand je la parle ou l’écris et que je comprenne la tienne quand tu la parles et que tu l’écris.

Ce mode de communication existe déjà. La chaîne de télévision culturelle Arte qui émet en France et en Allemagne utilise déjà ce système. Les réunions de la rédaction se font dans les deux langues. Chacun utilise sa langue maternelle et les autres employés de la chaîne doivent comprendre ce qui est dit sans traduction.

Moyennant un apprentissage scolaire de « multilinguisme européen », ce mode de communication serait une révolution dans la maîtrise des langues. L’inconvénient est que l’interlocuteur doit avoir suivi les mêmes cours. Il est donc du ressort de l’Union Européenne de mettre en place dans les établissements scolaires des 25 pays membres un système de ce type.

Peut-être qu’aujourd’hui le multilinguisme dans les institutions s’avère être un obstacle à l’efficacité et à la rapidité des prises de décisions (encore que…), mais il est nécessaire d’en passer par là. L’utilisation exclusive d’une langue au détriment des autres serait un facteur de rejet de l’Union Européenne. Déjà qu’elle n’est plus guère appréciée de nos (con)citoyens, évitons de tendre le bâton pour nous faire battre.

C’est pourquoi il faut considérer cet entêtement à utiliser toutes les langues, à perdre du temps en traduction, comme un pas en avant. Il faut remercier les dirigeants européens de ne pas avoir succomber aux chants des sirènes américano-britanniques poussant de toutes leurs voix pour l’utilisation de l’anglais.

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P.-S.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est une photographie du Parlement européen (Strasbourg), tirée du site www.yanous.com.

Vos commentaires

  • Le 23 octobre 2006 à 18:08, par skirlet En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    L’article soulève une question importante, à savoir : comment communiquer en UE ? Cependant la présentation est décousue, et les solutions pas claires.

    « On a parlé de langue commune à tous les européens, pour cela, des experts linguistes ont créé l’esperanto. Cette langue, composée de différentes bases grammaticales, était née pour mettre les européens d’accord relativement à un grand débat : quelle langue doit-on utiliser dans nos relations ? »

    Tout d’abord, l’espéranto est antérieur à la création de l’UE. Ensuite, il a été créé par un ophtalmologue polonais (polyglotte, doté de l’esprit de synthèse remarquable, mais pas un linguiste) dans le but de faciliter la communication entre les gens des différentes cultures.

    Oui, la solution d’une langue nationale dominante est non seulement néfaste pour l’UE, mais ne fera jamais l’unanimité. Pourquoi pas celle-ci, plutôt que celle-là ?

    « Il faut bien reconnaître que l’apprentissage d’une langue est fastidieux »

    Là, vous voyez juste. Mais s’il est long et fastidieux d’apprendre une langue, quid du multilinguisme ? Les citoyens ordinaires ne peuvent pas se promener accompagnés d’une flopée de traducteurs...

    « Pourquoi l’anglais, parce que c’est la langue de l’économie mondialisée. Lorsque demain la langue de l’économie sera le chinois, cette langue sera enseignée dans les classes primaires. »

    On parle de l’UE ici ! Alors quel rapport avec l’économie mondialisée ? Et pourquoi il faut imposer une langue à l’école primaire à tous, si vous venez de dire que « Qui fait des études supérieures apprend l’anglais » ?

    « Ce mode de communication existe déjà. La chaîne de télévision culturelle Arte qui émet en France et en Allemagne utilise déjà ce système »

    Je ne sais pas si les présentateurs se comprennent (sinon pourquoi les oreillettes ?), mais sûrement pas les téléspectateurs, sauf peut-être une tout petit pourcentage.

    « Il est donc du ressort de l’Union Européenne de mettre en place dans les établissements scolaires des 25 pays membres un système de ce type. »

    Pensez-vous sérieusement que tout un chacun puisse comprendre et lire les 20 langues officielles ?..

    Je ne sais pas s’il faut vraiment remercier les dirigeants européens uniquement parce qu’ils maintiennent l’égalité de langues sur papier (c’est mieux que rien), mais en pratique on propose les postes aux « native english speakers », l’offre linguistique dans les établissements scolaires se réduit de plus en plus vers le seul anglais, dont l’apprentissage commence de plus en plus tôt. Autrement dit, ce multilinguisme, mot magique répété comme une incantation, n’est rien d’autre que la promotion déguisée de l’anglais.

    La question se pose : pourquoi ne pas utiliser une langue neutre, accessible à tous et ne créant pas de privilégiés linguistiques ? Elle permettra une large communication entre les citoyens, en laissant le temps d’apprendre une ou plusieurs langues ethniques, choisies par goût. Au lieu de balayer cette solution d’un revers de la main, il serait temps de comparer l’efficacité et la faisabilité de plusieurs modèles de communication de façon impartiale.

  • Le 23 octobre 2006 à 19:17, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Je crois qu’il y a quelque peu maldonne quant au sens général à donner à cet article où il s’agit sans doute moins de parler de ’’Comment communiquer dans l’UE ?’’ (en général) que, surtout (plus particulièrement) ’’Comment communiquer dans (et avec) les Institutions de l’UE ?’’

    En l’occurrence, je crois qu’il ne faut pas non plus surestimer les besoins linguistiques de nos contemporains qui (sauf une extrême minorité d’entre eux...) ne manifeste ni l’envie ni n’exprime l’intérêt quant à la maîtrise simultanée de plusieurs langues vivantes (fusse, même, pour raisons professionnelles...).

    En revanche, je crois qu’il y a un certain nombre d’exigences politiques à respecter absolument (et auxquelles nos institutions communautaires ont l’obligation morale et politique de répondre concrètement et positivement...).

    D’abord, faire en sorte que les citoyens et (collectivement) les peuples de l’Union continuent - s’ils en manifestent l’intérêt, bien entendu - de s’exprimer dans leur langue maternelle (sans qu’ils se sentent matériellement ’’obligés’’ de l’abandonner pour quelque autre ’’lingua franca’’ ouvrant ’’mécaniquement’’ plus de débouchés professionnels...).

    Là, ’’multilinguisme dans l’Union’’ signifierait surtout préservation des cultures nationales, régionales et personnelles d’une UE plus que jamais ’’unie dans la diversité’’.

    Ensuite, il y a une autre exigence politique à respecter absolument (qui plus est dans un cadre de gouvernance supranational...) : c’est que nos contemporains puissent surtout librement interpeller nos dirigeants locaux, nationaux et européens dans leur langue d’usage quotidien habituelle, se voir répondre à leurs requêtes et éventuelles doléances dans cette même langue, lire (dans une presse d’exacte même langue...) des comptes-rendus politiques transparents des décisions prises à tous niveaux (et consulter, dans cette même langue, tous les documents de droit en rapport avec leurs doléances).

    Là, le ’’multilinguisme communautaire’’ officiel se verrait être surtout un indispensable outil de transparence politique sans lequel la démocratie transnationale européenne à venir ne serait décidément pas possible.

    Mais une fois toutes ces légitimes exigences politiques remplies, rien n’oblige et rien ne devrait obliger (pas même le ’’bon sens’’ utilitariste strictement professionnel...) qui que ce soit à maîtriser quelques autres langues que la sienne ’’usuelle’’. Et le reste n’est jamais que du ressort d’un choix de vie strictement personnel (linguistique, en l’occurrence...) que je qualifierais de strictement privé...

  • Le 23 octobre 2006 à 20:54, par Valéry En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Toujours est-il que l’article passe en effet un peu vite sur le concept de « langue commune ».

    Comment la qualifier d’impossible alors qu’elle existe déjà : il s’agit de l’anglais.

    Refuser d’étudier d’hypothèse du choix d’une autre langue commune ce n’est pas défendre le multilinguisme c’est admettre la suprématie de l’anglais.

    En ce qui me concerne je me débrouille correctement et je suis plutôt anglophile, donc ça ne me dérange pas. Mais que ceux que ça dérange examinent des alternatives plus efficace que la simple promotion du multilinguisme (même si bien sur il faut le faire - notamment dans les pays anglophones).

  • Le 23 octobre 2006 à 21:21, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    L’Europe a-t-elle vraiment besoin d’une langue commune ?! (Vraie question ou faux problème ?!) Et, cette langue commune : l’Espéranto peut-il vraiment être celle-là ?!

    Projet pacifique et généreux de langue ’’neutre’’ ou bricolage linguistique idéologique et artificiel sans véritable adhésion populaire ni profondeur culturelle ?! Alternative à l’anglicisation ’’rampante’’ que dénoncent certains ou nouvelle ’’lingua franca’’ de substitution et autre négation tout aussi ’’rampante’’ de la diversité linguistique européenne ?!

    Toutes questions ambivalentes et complexes (mais non sans intérêt...) qui seront effectivement abordées très bientôt dans ce webzine - sans a priori négatif ni idée positive préconçue - lors d’une parution spécifique : dès ce vendredi...

    Ronan Blaise (Rédacteur en chef)

  • Le 24 octobre 2006 à 15:05, par skirlet En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    J’espère que cette question sera effectivement traitée de façon objective.

    « Alternative à l’anglicisation ’’rampante’’ que dénoncent certains ou nouvelle ’’lingua franca’’ de substitution et autre négation tout aussi ’’rampante’’ de la diversité linguistique européenne ?! »

    Je tiens à apporter une précision : les défenseurs de l’espéranto comme langue pont ne sont en aucun cas les adversaires de la diversité linguistique. Ce sont les gens très sensibles aux discriminations linguistiques et très attachés à leurs cultures qu’ils voient de plus en plus laminées par le rouleau compresseur culturel. S’il vous plaît, évitez aux espérantistes ce cliché aussi faux qu’injuste.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Manifeste_de_Prague_(espéranto)

  • Le 24 octobre 2006 à 17:56, par krokodilo En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Je vous félicite d’aborder ce sujet de la barrière des langues si souvent niée par les grands médias, et bravo également pour l’annonce d’un prochain article. je souhaiterais pourtant plus de rigueur et de faits, d’enquête journalistique dans un domaine où le dogmatisme et les opinions passionnées dominent :
    - Un bilan de la pénétration des institutions par l’anglais depuis l’adhésion de la GB, les petites annonces d’emploi illégales réclamant des « native », les états-majors militaires qui ont choisi l’anglais, quelle est la langue de la force d’intervention rapide ?, les documents qui parviennent à la France en anglais, etc...
    - Rappeler que les « enquêtes » d’Eurobaromètre ne sont que des sondages, par auto-questionnaires sans valeur scientifique.
    - Partout dans le monde un nouvel échelon politique, une nouvelle nation, a dû se choisir une langue.
    - La Suisse et la Belgique, naguère présentées comme les modèles du multilinguisme heureux, font face à de grosses tensions linguistiques, jusqu’à envisager l’anglais pour tous (Suisse) ou une partition (un des partis belges.)
    - L’intercompréhension passive est une fumisterie : depuis quand un italien comprend-t-il un espagnol ? Au mieux, il déchiffrera de l’écrit.
    - L’usage excessif de l’anglais dans l’enseignement risque d’appauvrir une langue, c’est la commission européenne qui l’a écrit (brièvement...), allusion au suédois et au norvégien qui perdent leur vocabulaire technique, médical, scientifique.
    - L’espéranto est à peine plus artificiel que les langues naturelles car son vocabulaire a été pioché dans les langues européennes. Seule sa grammaire a été conçue (pour être facile)
    - L’espéranto n’est pas un projet, il existe, vit et se développe comme toute langue. Pas de profondeur culturelle = cliché : qui a lu les classiques en VO ? La plupart d’entre nous lisons des traductions.
    - Publiez des extraits du rapport officiel commandé par la France au Pf François Grin, mis au placard car non conforme au dogme.
    - Aucune étude scientifique n’a pu montrer d’avantage à l’apprentissage précoce des langues (= en fait l’anglais), et le dernier rapport officiel d’Europa est plus que réservé. Vous voyez que si vous acceptez de faire un vrai travail de fond, de journaliste, un vrai dossier, en séparant les faits de l’idéologie, avec les points de vue contradictoires, par exemple de kersaudy ou Claude Piron, ou Albert Jacquard et beaucoup d’autres. certains souhaitent que l’Europe reste le pays de la traduction, mais le besoin d’une langue de communication n’est pas seulement un problème européen : économie, sciences, ONG, ce besoin est mondial et retentit sur l’UE.

    Au fond le problème est simple, nous avons le choix entre l’anglais, le multilinguisme (qui jusque là n’a fait progresser que l’anglais), ou une langue auxiliaire facile et neutre. Or il n’ y a qu’un seul candidat sérieux : l’espéranto. il y a de quoi remplir un dossier complet !

  • Le 25 octobre 2006 à 00:41, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    @ Skirlet, pour ce qui est de l’objectivité, il n’y a pas de raison a priori de ne pas l’être et on fera au mieux et - au besoin- on vous fera part d’un éventuel scepticisme si nos rédacteurs ont estimé que c’était nécessaire. Mais ne nous faites svp pas de procès d’intention par avance à ce sujet.

    Pour ce qui est de l’autre point soulevé par vortre ’’post’’, juste souligner néanmoins que quand on voit la ’’passion’’ avec laquelle les espérantistes militants défendent leur langue et ses mérites, cela fait là aussi un peu ’’rouleau compresseur’’ et il y a de quoi, tout de même, se sentir parfois un petit peu écrasé...

    Ah, si seulement les ’’Européens’’ étaient le dizième du quart de la moitiée aussi ’’dynamiques’’, ’’accrocheurs’’, ’’incisifs’’ voire ’’agressifs’’ (au bon sens du terme) que les Espérantistes dans la défense de leur projet politique, il n’y aurait alors pas de souci à se faire pour l’avenir de la construction européenne...

    Nb : Dans ma bouche, c’est plutôt un compliment admiratif ; - )).

  • Le 25 octobre 2006 à 01:01, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    > Partout dans le monde un nouvel échelon politique, une nouvelle nation, a dû se choisir une langue.

    Re : L’Europe communautaire et supranationale, multiculturelle et multinationale, aux identités multiples et se proclamant ’’unie dans la diversité’’ : cette Europe ’’moderne’’ et ’’contemporaine’’ (aujourd’hui en construction) ne peut-elle donc pas déroger à cette ’’règle’’ ?!

    > La Suisse et la Belgique, naguère présentées comme les modèles du multilinguisme heureux, font face à de grosses tensions linguistiques, jusqu’à envisager l’anglais pour tous (Suisse) ou une partition (un des partis belges).

    Re : Les tensions politiques que traverse actuellement (et depuis au moins un demi-siècle) la Belgique sont-elles seulement de nature linguistique ?! Le projet suisse ici mentionné (i. e : d’alignement sur l’anglais) est-il vraiment un projet fédéral recueillant véritablement l’assentiment des populations concernées ?!

    > Pas de profondeur culturelle = cliché : qui a lu les classiques en VO ? La plupart d’entre nous lisons des traductions.

    Re : Il s’agit peut-être là de traductions, mais ces oeuvres originales sont construites néanmoins sur des ’’terreaux’’ et/ou dans le cadre de ’’courants’’ culturels (voire de cultures nationales ou, parfois, de courants culturels transnationaux) bien spécifiques que l’on ne peut tout de même pas nier et qui - par delà l’évidente nécessité de leur traduction (pour un accès du plus grand nombre) - donnent néanmoins une profondeur et une authenticité bien spécifique à ces oeuvres, non ?!.

  • Le 25 octobre 2006 à 14:03, par krokodilo En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    M. Blaise Sur le rouleau compresseur des espérantistes qui répondent à vos articles (par des « post » !) : Le sujet nous intéresse et nous paraît important. C’est du militantisme si vous voulez, et je rappelle que le lobbying est légal à Bruxelles, et que le lobbying du monde anglo-saxon est un Himalaya à côté de nos misérables messages, et des quelques pétitions d’eurodéputés convaincus. C’est une paille à côté du rouleau compresseur de l’anglais, 95% des élèves en première langue étrangère, imposé à ma fille au primaire sans choix possible, puis en 6e toujours sans choix possible (l’autre étant une filière bilingue angl/allemand, l’allemand étant artificiellement soutenu par la France, même près de l’Italie ou de l’Espagne, en contradiction avec les recommandations européennes d’étudier la langue des voisins...) Sur la profondeur culturelle : L’espéranto se proposant comme une langue auxiliaire inter/nationale, il n’y a aucune raison pour qu’il ait déjà son Molière ou son Shakespeare, c’est une langue de communication entre les cultures (ne parle-t-on pas d’un anglais de communication, comme ce ridicule Globish). De plus, il existe une culture, des auteurs, j’en ai lu quelques uns, pas tous loin de là, et rien n’empêche qu’il y ait un jour des auteurs de cette stature en Eo, mais je vous rappelle que de nombreuses langues minoritaires n’ont pas de Cervantès ou de Dante, et vous ne les critiquez pas sur leur absence de profondeur culturelle.

  • Le 25 octobre 2006 à 21:39, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    (1) ’’Post’’ :

    C’est là le terme consacré par l’usage, rien de plus. Personnellement, je ne le trouve effectivement pas très joli (mais bon...), et je serais fort content si on me proposait prochainement un terme plus élégant pour désigner ce même objet.

    En attendant, je l’utilise : faute de mieux. Et je me vois mal inventer un terme spécifique pour désigner cet ’’objet, dès ce soir, tout seul, dans mon coin...

    (2) Militantisme, Lobbying, etc... :

    Vous en avez parfaitement le droit. Surtout si vous avez le sentiment que ce sujet est trop négligé par les décideurs politiques en charge du dossier. Mais, de grâce, ne vous trompez pas de cible. Les décideurs en la matière ne sont certes pas les rédacteurs ni les auteurs des articles de ce webzine...

    (3) Enseignement des langues en primaire :

    Bien que j’entends souvent dire que c’est dans le jeune âge que s’apprennent le plus facilement les langues, je ne suis franchement pas sûr que de soit en ’’chargeant’’ la barque du Primaire (par l’apprentissage de langues vivantes...) qu’on réglera certains problèmes qui me semblent être à traîter de façon prioritaire cer bien plus urgentissimes (comme le problème de l’illettrisme).

    D’ailleurs je connais bien des Collègues de Primaire - non formés pour ce faire - qui sont littéralement débordés par l’empilement de toutes les nouvelles sollicitations de plus en plus nombreuses dont ils sont régulièrement l’objet (ex : Apprentissage du Code de la route, des règles élémentaires du secourisme, d’une LV1, et puis quoi encore ?!) sans recevoir pour autant la moindre formation spécifique préalable.

    (4) De l’apprentissage de l’Anglais et de l’Allemand :

    Je crois qu’il serait effectivement bon de s’interroger - très sérieusement - pourquoi certains de nos contemporains éprouvent, à l’évidence, une telle séduction à l’égard de l’Anglais (fut-il ’’Globish’’) et préférent aujourd’hui visiblement encore parler un très mauvais anglais plutôt qu’un bon espéranto...

    Quant à l’enseignement de l’Allemand : s’il peut - par ailleurs - permettre le contact, l’amitié et la réconciliation réciproque et la pérénisation de celles-ci (notamment par l’organisation de jumelages et autres voyages scolaires entre nos deux pays), il me semble qu’on ne peut que politiquement l’encourager... (Vu le passé existant entre les deux Etats / peuples / pays, voilà une ’’relation spéciale’’ qu’on ne guère peut qu’encourager...).

    (5) De la profondeur culturelle des ’’langues minoritaires’’ :

    Ne comptez pas sur moi pour dire du mal des ’’langues minoritaires’’ somme toute ’’peu parlées’’ en Europe (lesquelles n’auraient - prétenduement - pas de ’’grands auteurs’’).

    En effet, comme l’indique mon prénom, je suis breton (même si - malheureusement - je ne le parle pas...) et je sais fort bien que rien n’est plus faux que d’affirmer que cette ’’langue’’ effectivement peu parlée n’aurait pour autant pas de profondeur culturelle et ne refléterait pas là une sensibilité culturelle spécifique, lesquelles s’inscrit dans une histoire et dans un patrimoine culturel et littéraire millénaire (vu qu’il y a effectivement de fort bons auteurs bretons, contemporains ou d’autrefois ; et ce, en langue bretonne comme en langue française, d’ailleurs...).

    D’ailleurs je n’ai absolument rien contre le libre choix de l’enseignement de cette langue (pourvu que cela soit un choix ’’non imposé’’), bien au contraire ; lequel enseignement existe effectivement à différents niveaux de la scolarité (primaire, secondaire, supérieur), mais - curieusement - surtout en Bretagne... (enfin, dans son ’’traditionnel’’ tiers occidental, bien entendu...).

    Donc (pour les mêmes raisons) ne comptez pas sur moi pour dire du mal du Norvégien (la langue d’Henrik Ibsen, Knut Hamsun, Bjonstjerne Bjornson), du Lituanien (la langue de Jonas Basanavicius) ou du Slovène (la langue de Jernej Kopitar et France Preseren), par exemple : toutes ’’petites langues’’ néanmoins aujourd’hui plus parlées que l’espéranto... même si, également, je ne les parle pas.

    Quant à l’émergence d’un patrimoine littéraire original et vraiment spécifique à l’espéranto, pourquoi pas, mais (sauf erreur de ma part) j’ai aujourd’hui le sentiment qu’il n’existe pas (encore). Alors, en attendant : attendons....

  • Le 26 octobre 2006 à 07:30, par Valéry En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Je crois qu’il serait effectivement bon de s’interroger - très sérieusement - pourquoi certains de nos contemporains éprouvent, à l’évidence, une telle séduction à l’égard de l’Anglais (fut-il ’’Globish’’) et préférent aujourd’hui visiblement encore parler un très mauvais anglais plutôt qu’un bon espéranto...

    En ce qui me concerne l’anglais me permet de regarder mes séies télé préférées en VO - ce que ne me permettra jamais ni l’esperento ni le français d’ailleurs.

  • Le 26 octobre 2006 à 10:22, par krokodilo En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Je ferai court cette fois, promis :
    - Comme vous je compatis avec les instits obligés d’appliquer ces nouveautés irréfléchies. Je crois que j’ai cité ce rapport sur l’enseignement précoce des langues qui est soi-disant favorable mais contient tellement de mises en garde qu’il peut aussi bien être considéré comme défavorable : http://europa.eu.int/comm/education/policies/lang/key/foreign_fr.html

    - Le débat sur le nombre de locuteurs de l’Eo est difficile de même qu’on ne peut dire combien jouent aux échecs (à quel niveau, en club, jouer à domicile, ou seulement connaître les règles ?) on ne peut que faire une estimation, qui varie de 2 à 10 millions ! fait plus précis, sur Wikipedia, le nombre d’articles en Eo place cette langue dans les 10 premières, soit devant bien des langues ethniques. (je ne pensais pas au Slovène mais au gaélique)
    - Effectivement, la Bretagne est une région très dynamique, aussi bien pour le breton que pour l’espéranto ou des systèmes pilotes d’autres domaines.
    - Pour la littérature originale, j’ai lu des nouvelles écrites originellement en Eo, d’excellente qualité, mais faudra me croire sur parole.
    - Ce que j’ai oublié de dire, c’est que l’Europe manque d’unité politique, qu’elle est en panne, de l’avis général, et qu’un projet de langue auxiliaire commune comme l’Eo, européen, serait un formidable ciment. Georges Kersaudy a écrit que l’Eo sera le ciment de l’Europe, il en est convaincu, reste à savoir sur quel long terme.général.
    - Je ne me trompe pas de cible : décideurs et fonctionnaires européens reçoivent aussi pétitions ou demandes de députés ou de militants espérantophones, mais le rôle des journalistes, des éditorialistes est loin d’être négligeable, vous êtes des faiseurs d’opinion, et il est bon que vous présentiez les différents aspects de la question, les avis divergents surtout que nous avons quelques arguments solides à mon avis.

  • Le 26 octobre 2006 à 12:12, par skirlet En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Je ne fais aucun procès d’intention... La phrase « nouvelle ’’lingua franca’’ de substitution et autre négation tout aussi ’’rampante’’ de la diversité linguistique européenne » laisse entendre que les espérantistes nient la diversité linguistique. Il est possible que je l’ai mal comprise, le français n’est pas ma langue maternelle. Mais le cliché « espéranto = absence de diversité » est tellement fréquent que j’ai cru utile de souligner son entière fausseté.

    Le scepticisme est le droit inaliénable de chacun ; je le suis moi-même devant une chose inconnue et j’essaie de me documenter pour forger mon propre avis. Vous utilisez le mot « passion » ; en ce qui me concerne, l’espéranto n’est pas ma passion (il y a une vingtaine d’années peut-être :-)) mais une conviction. La défense de la diversité linguistique et culturelle me préoccupe, et après avoir testé plusieurs solutions (anglais, multilinguisle, espéranto) j’arrive à la conclusion qu’à ce jour, la seule solution véritablement démocratique dans le domaine de la communication internationale est l’espéranto. C’est également le meilleur allié de la diversité linguistique. Quel rouleau compresseur ? L’espéranto n’a JAMAIS été imposé à quiconque ! Quand les espérantistes se taisent, on nous dit « vous êtes trop insignifiants pour vous écouter », et quand ils défendent leurs convictions, on nous reproche de faire peur...

    Est-ce que l’UE peut exister sans que les citoyens puissent se comprendre ? Je pense que non. Comment faire un projet commun sans pouvoir communiquer ? Et pour une véritable cohésion, ces projets doivent se situer également au niveau citoyen. Imaginer un groupe de jeunes Européens ensemble : communiquer par gestes est ridicule et inefficace, donc tout le monde glisse, avec plus ou moins de succès, vers un anglais tronqué - sauf les natifs, bien sûr. Si vous pouviez observer, à quel point la communication est efficace en espéranto, combien facilement ces jeunes peuvent discuter, plaisanter, créer ensemble, sans que personne soit discriminée dans ses droits et sa dignité linguistique... D’ailleurs un DVD présentant l’espéranto, créé par les jeunes espérantistes de diverses origines, a été distribué aux députés européens, je peux vous faire parvenir un exemplaire :-)

    J’ai vécu dans un pays où officiellement on glorifiait l’amitié de peuples, la diversité culturelle, tout en imposant la langue du grand frère. Dans la situation actuelle de l’UE, je perçois des similitudes inquiétantes. L’Europe commune est une belle idée, encore faut-il ne pas la saboter.

    Merci pour votre compliment :-)

  • Le 26 octobre 2006 à 13:52, par skirlet En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Le russe me donne accès à la production culturelle (livres, films, musique etc.), ce que ne permettra pas l’anglais, ni le français, ni l’espéranto (quoique celui-ci possède quelques excellentes traductions du russe ;-), ni une autre langue :-))) Pareil pour l’ukrainien, le polonais etc.

    L’objectif n’est pas d’interdire l’accès à l’anglais à ceux qui le souhaitent. L’objectif est de permettre aux gens qui ne veulent pas voir les séries américaines en VO (ou pas du tout), ou veulent voir d’autres séries dans d’autres langues, ne pas perdre des années pour l’anglais obligatoire et étudier une ou plusieurs langue(s) de son choix.

  • Le 26 octobre 2006 à 15:32, par valery En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Ils devront passer des années à étudier l’espéranto, ce qui ne change pas grand chose sauf que ça ne leur donne accès à aucun univers culturel existant : ils devront pour cela apprendre encore une langue supplémentaire. L’anglais permet non seulement de communiquer avec tout le monde mais aussi d’accéder à un univers culturel riche et varié.

  • Le 26 octobre 2006 à 15:35, par krokodilo En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Valery, moi aussi j’aime bien nombre de séries anglo-saxonnes, Ally mac beal, Femmes au foyer désespérées, Stargate, mais doublées en français surtout les deux premières où les dialogues sont savoureux.
    - Mais où est la diversité culturelle s’il faut des années de scolarité, plus un perfectionnement très poussé pour ne regarder que les séries anglophones ? En les comprenant imparfaitement.
    - Il faut rappeler que si les américains ont une diversité ethnique sur leur territoire, ils ne doublent jamais les films étrangers, témoignant ainsi d’un souverain mépris des autres, et préfèrent acheter les droits pour tourner des remakes adaptés à leur public (pas de chicots dentaires dans « Les Visiteurs » USA.) Si Hollywood est un creuset de créativité, il fonctionne comme un phare attirant les talents du monde pour les utiliser, produisant effectivement de superbes films (disons souvent), mais en appauvrissant les pays d’origine. Le même phénomène se produit en science avec les étudiants de haut niveau, qui obtiennent facilement des stages, mais signent des engagements pour que les droits de leurs éventuelles innovations restent au labo d’accueil... C’est une sorte de phagocytose au profit de l’ogre mondial !

  • Le 27 octobre 2006 à 01:50, par skirlet En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Justement : nul besoin de passer des années à étudier l’espéranto. Il s’apprend très vite : en un an, on atteint le niveau équivalent de celui de l’anglais au bac, et même plus.

    Passer des années pour avoir accès à un seul univers, même riche ? Et encore, qui arrive à lire Shakespeare en VO, même après des années. Mais ce qui est sûr : l’anglais est si exigeant en temps et en mémoire qu’il ne laisse guère de forces pour apprendre d’autres langues. D’où une vision très réduite sur d’autres cultures.

  • Le 27 octobre 2006 à 04:25, par Eliz B En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Si vous mettez « des années » pour apprendre l’espéranto, alors vous mettrez des décénnies à apprendre une autre langue. Bon courage quand même !

    Personnellement, après moins d’un an d’espéranto, j’étais en mesure de l’enseigner. Pour comparaison, mes 7 ans d’anglais me permettent tout juste de déchiffrer un texte simple et de ne piger qu’1 mot sur 10 à la radio.

    En espéranto, c’est moi (parfois) qui cause dans le poste.

    L’espéranto, c’est un jeu d’enfant, j’vous dis !

    Eliz B

  • Le 27 octobre 2006 à 08:24, par Henri Masson En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    A propos de « l’impossible langue commune », il serait bon d’étudier attentivement le rapport commandé au professeur François Grin par le Haut Conseil de l’évaluation de l’école et publié voici un ans sous le titre « L’enseignement des langues étrangères comme politique publique ».

    L’auteur de ce rapport examine trois scénarios possibles dont l’un prend l’espéranto en considération. Pour faire un choix, il faut être informé. Or, quel est le pourcentage d’Européens qui peuvent se considérer comme étant réellement informés sur l’espéranto ? Le professeur Grin a lui-même précisé : « Le but de ce rapport n’est pas de défendre cette option [l’espéranto] dans l’absolu, car on sait qu’elle suscite bien souvent des réactions passionnelles ou qu’elle est immédiatement rejetée sans aucun argument, ou sur la base d’arguments d’une assez étonnante ignorance. »

    Il y a donc lieu de combattre l’ignorance et de donner non seulement à l’UE, mais à toute l’humanité, la possibilité d’un choix réel. N’oublions pas que le pourcentage de natifs anglophones est inférieur à 5% de la population mondiale (statistique de la CIA).

    Le professeur Albert Jacquard a lui aussi traité cette question dans une série d’émissions de France Culture.

  • Le 27 octobre 2006 à 10:11, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Un rapport, rédigé par l’expert en linguistique suisse François Grin, à la demande du Haut Conseil d’Evaluation de l’Ecole, a été publié en septembre 2005 sous le titre « L’enseignement des langues étrangères comme politique publique ». (voir URL ci-après)

    Au fil des 127 pages, il explique d’abord pourquoi le « choix » de l’anglais comme langue commune de l’UE est la plus mauvaise solution : D’un point de vue économique, il fait porter tout l’effort financier, chiffrable en milliards d’euros chaque année (enseignement, traduction, investissement en stages linguistiques...) sur les 23 pays non-anglophones. D’autre part, il crée un déséquilibre injuste en plaçant en position de superiorité permanente, ceux dont la langue maternelle est l’anglais. Est-il tolérable, par exemple, qu’un scientifique « native english speaker » travaille, publie ses travaux, consulte la ducumentation... dans sa langue maternelle, tandis que son homologue Français (ou Allemand, Italien, Lituanien...) passe par 10 ou 12 ans d’apprentissage de l’anglais et se voit condamné à des frais de traduction exorbitants ?

    Entre parentèses, ce n’est certainement pas en adoptant la langue des Etats-Unis, que l’Europe se soustrairerait à l’influence de cette super-puissance, bien au contraire !

    Le rapport Grin présente le multilinguisme (le vrai, qui prend en compte sur un pied d’égalité, toutes les langues officielles) comme la solution la plus équitable, mais aussi la plus difficile à instaurer et à maintenir.

    Pour parvenir à ce multilinguisme idéal, François Grin en arrive à la conclusion qu’une langue auxillaire commune est nécessaire, et après observation « in vivo » du milieu espérantophone, il préconise le choix de l’espéranto pour jouer ce rôle.

    Pour nous qui utilisons quotidiennement l’espéranto, ce choix semble aussi le plus pertinent. Et l’été dernier, lors du congrès mondial à Florence (Italie) parmi les 2200 participants de 62 pays, nous ne rêvions pas : la « barrière linguistique » n’existait plus ! Que nos interlocuteurs soit Brésiliens, Hongrois, Ukrainiens ou Chinois, nous n’avions nul besoin d’oreillettes ou d’interprètes et nous étions tous sur la même longueur d’onde, prèts à applaudir aux jeux de mots facétieux de cet acteur « Etas-unien » ou à poser une question épineuse à ce conférencier Japonais.

    Pendant ce temps, en marge du congrès des adultes, une cinquantaine de gamins s’éclataient aussi en espérantie. Si vous leur dîtes, à ces enfants-là, que l’espéranto « ça n’a pas marché » ou que « c’est artificiel », ils vous riront au nez, tout simplement.

    Qu’est-ce que ça coûte, de se renseigner ? Il suffit de tapper « espéranto » dans google pour consulter une multitude de sites bien informés. On peut même apprendre l’espéranto gratuitement par Internet, avec un correecteur attitré, s’il vous plait ! Des cours d’anglais gratuits, vous en connaissez beaucoup, vous ?

    Eliz B

  • Le 27 octobre 2006 à 10:55, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Sans tomber dans le discours anecdotique concernant les seules séries télévisées américo-étasuniennes, il me semble que Valery met néanmoins le doigt sur un point précis qui explique peut-être l’attitude a priori négative (ou sceptique...) que certains de nos contemporains éprouvent et/ou expriment face à l’espéranto.

    Tout aussi difficile que puisse être l’apprentissage de l’anglais (ou du slovène, ou du lituanien, ou du gaélique, ou...), toutes ces langues ’’naturelles’’ n’en renvoient pas moins à des cultures nationales construites sur des histoires millénaires, un patrimoine littéraire et un vécu identitaire d’une authenticité (d’une ’’autorité’’ ?) indéniable et incontestable.

    Ce qui n’est pas le cas (pour l’instant tout du moins encore...) de l’espéranto, langue ’’construite’’ (plutôt que synthétique) et prototype (ovni ?) linguistique peut-être percu par nombre d’entre nos contemporains comme étant apatride, sans profondeur propre et sans attache véritable (et donc idiome par essence ’’suspect’’...).

    Il en va peut-être même de l’idée européenne, me direz-vous : car justement et précisément idée supranationale et transnationale, car dépassement des identités nationales et des seules allégeances politiques et culturelles traditionnelles dites ’’naturelles’’, car construction politique et cheminement philosophique (plutôt qu’identitaire, au sens traditionnel et strict du terme...).

    C’est pourquoi on ne peut que conseiller aux espérantistes de ne pas tomber (à leur tour non plus...) dans une logique strictement comptable et de ne pas seulement mettre en valeur le caractère pratique de l’apprentissage facile de leur langue (ou du ’’moindre coût’’ financier évoqué par le rapport ’’Grin’’...), mais d’en revenir peut-être un petit peu plus souvent à l’essentiel et au projet initial du Dr Zamenhof : une langue commune, complémentaire, pour la paix.

    Car il s’agit là d’un projet philosophique, politique, pacifique partagé qui fait qu’entre Européens et Espérantistes, malgré le scepticisme qui s’est souvent exprimé ici, dans nos colonnes, nous ne pouvons qu’exprimer une sympathie mutuelle et une attention réciproque pour nos deux projets politiques, lesquels sont on ne peut plus convergents...

    En tout cas, soyez très sincèrement remerciés pour votre participation à ce débat et pour les complèments d’information essentiels et autres nombreux éclaircissements que vous y avez apporté.

    Cordialement.

    Rona Blaise (Rédacteur en chef)

  • Le 27 octobre 2006 à 11:46, par johan valano En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Le problème de l’intercompréhension entre personnes de langues différentes n’est pas une bagatelle. Mais d’après mes recherches, pour être opérationnel dans une langue étrangère, il faut lui avoir consacré plus de 2000 heures. En dessous de ce seuil, on se débrouille tant bien que mal, mais on n’a pas l’aisance ni le sentiment de sécurité qui permettent un échange précis et agréable. Et à ce stade-là on est encore loin de l’égalité avec un locuteur dont c’est la langue maternelle : il y a donc un supérieur et un inférieur. Pour être sur le même pied, il faut au moins 12.000 heures d’étude et de pratique. Pour une seule langue, c’est déjà pas mal. Alors pour trois ou quatre ?

    Il ressort des recherches faites par le Prof. Helmar Frank à l’Université de Paderborn qu’il faut environ 150 heures pour atteindre avec l’espéranto le niveau de maîtrise qui se manifeste par l’aisance, l’exactitude et la sentiment de sécurité dans l’expression.

    Si nos autorités voulaient vraiment permettre aux Européens de se comprendre quelle que soit leur langue maternelle, elles leur recommanderaient de se mettre à l’espéranto. Cela ne coûterait rien aux États, ni à l’Union, donc aux contribuables, sinon les faibles montants à prévoir pour vérifier les faits, afin de garantir aux populations qu’il s’agit de quelque chose de sérieux, et pour répéter la recommandation. Les qualités intrinsèques de l’espéranto - et notamment sa facilité — feraient le reste : les Européens ne tarderaient pas à disposer d’un excellent moyen de communiquer avec des personnes d’origines différentes, moyen précis, riche, rigolo, stimulant la créativité langagière et psychologiquement très satisfaisant.

    Bien sûr, une bonne partie de la population continuerait à apprendre d’autres langues, soit par intérêt culturel, soit pour le plaisir de s’adresser dans leur langue aux personnes rencontrées en voyage ou à d’autres occasions. Mais l’horrible « broken English » qui sert actuellement à tant de gens à mal se comprendre serait remplacé par une langue née de la communication mondiale et de ce fait mieux adaptée qu’aucune autre aux échanges entre personnes d’origines différentes.

    Personnellement, je suis polyglotte, j’ai même été traducteur professionnel. Mais je garderai une reconnaissance éternelle à l’espéranto, ma première langue étrangère, celle que j’utilise avec le plus de plaisir. Si vous saviez comme c’est reposant de ne pas avoir à se demander si le mot est à la bonne place, où placer l’accent tonique, si on dit « dans le bus » ou « sur le bus » (les langues varient beaucoup dans ce genre d’expressions), quelle est la forme de tel verbe à tel temps et à telle personne, si « souteneur » est le mot exact pour « un membre qui paie une cotisation plus chère pour soutenir l’association » et mille autres détails qui font, certes, le charme des langues, mais qui enquiquinent drôlement celui qui essaie péniblement d’obtenir ce dont il a besoin dans un magasin ou qui s’efforce de se faire entendre dans une discussion.

  • Le 27 octobre 2006 à 14:02, par krokodilo En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Encore un message ! Pourquoi ne pas faire une enquête sur la force militaire européenne d’intervention : en quelle langue les ordres seront-ils transmis aux soldats ? Surtout sachant qu’ils pourront même venir d’en-dehors de l’UE. Les officiers parleront-ils chacun dans leur langue, les soldats pratiquant ainsi l’intercompréhension passive ? Chaque soldat maîtrisera-t-il trois langues étrangères ? Ou chacun aura-t-il une escouade d’interprètes ? A moins que l’anglais... mais je ne voudrais pas calomnier. Voilà un bon sujet, zéro théorie, rien que des faits, un scoop même, sachant qu’ aucun journal n’en parle.

  • Le 27 octobre 2006 à 15:48, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    >Cela ne coûterait rien aux États, ni à l’Union, donc aux contribuables, sinon les faibles montants à prévoir pour vérifier les faits, afin de garantir aux populations qu’il s’agit de quelque chose de sérieux, et pour répéter la recommandation.

    Sauf une très probable (et très souhaitable en France, d’ailleurs...) refonte en règle de nos systèmes scolaires respectifs (i. e : structures, classes, niveaux scolaires, examens, méthodes d’enseignements, concours et méthodes d’évaluation et de recrutement des personnels, etc) : une bagatelle, en somme...

    Puisque telle est la situation actuelle : si on veut absolument introduire l’enseignement de l’espéranto - selon les principes même des espérantistes - dans l’actuel système scolaire français (en Primaire, en Collège et/ou en Lycée ; en système général ou en filières spécifiques ; en enseignement obligatoire ou optionnel), ce n’est pas compliqué, il faut absolument tout réorganiser...

  • Le 27 octobre 2006 à 19:17, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Excellente question !

    Mais n’oubliez pas que dans un dispositif militaire comme la future FAR européenne (de l’OTAN ?!) et aussi ’’large’’ que celle-ci, ce n’est pas prioritairement aux soldats de base d’unités différentes (de nationalités effectivement différentes et, sans doute, de langues différentes) étalés sur un front ou dans le cadre d’un dispositif militaire ’’large’’ (avec des secteurs d’opérations et de front délimités...) qu’on demandera de se comprendre entre eux (dans la mesure où, même, il y a vraiment fort peu de chance qu’ils se croisent même sur le terrain et aient vraiment - incidemment - à se rencontrer...) mais davantage à leurs officiers et officiers supérieurs.

    D’autant plus qu’il n’est pas prévu (hors unités d’élite spécifiques composées de spécialistes techniques et/ou aux effectifs assez peu nombreux...) de créer des unités armées multinationales composées de soldats venus de toute l’Europe et dont les sous-officiers seraient d’autres nationalités et dont les officiers seraient encore d’autres nationalités... Le ’’brassage culturel’’ au sein des armées ne se faisant là qu’au niveau des Etats-majors, mais pas au niveau des unités tactiques (au delà des régiments et autres bataillons) et certainement pas au niveau des unités de base (i. e : régiments, bataillons, compagnies, escouades) où il n’y aura certainement pas de ’’melting pot’’ linguistique.

    Mais il est vrai (puisque - parlant de cette fameuse FAR qui va effectivement être officiellement lancée en ce mois de novembre à venir...), comme nous sommes là dans le cadre de l’OTAN (dont les Etats-Unis sont la principale puissance composante, tant au niveau des hommes que des financements immédiats, matériels et fournitures de guerre...), il est effectivement fort possible que ces ’’cadres supérieurs’’ de cette même force armée s’expriment entre eux en... anglais ; comme cela se fait déjà d’ailleurs actuellement - en pratique - dans les structures opérationnelles et de commandement de l’Alliance depuis sa fondation, en 1949 (sauf, peut-être, au niveau de certains bataillons ou groupements tactiques construits sur des affinités culturelles ou autour de proximités géographiques : genre bataillon balte ou groupe d’armée germano-polonais...). Et il n’y a guère aujourd’hui que les français, membres de l’Alliance atlantique mais pas de sa structure militaire intégrée OTAN (quoi que, les choses étant, à ce sujet, de plus en plus complexes, de plus en plus fluides... et de plus en plus floues) pour ’’chipoter’’ au sujet du respect dû à la langue française dans les structures de commandement interralliées...

    Pour le reste, il n’est pas besoin de se faire tant de souci sur le bon fonctionnement d’une armée multinationale et plurilinguistique (à sa base...) puisque c’est pourtant néanmoins ainsi qu’on déjà très bien ’’fonctionnées’’ des alliances militaires et armées du passé certes ’’multilingues’’ mais néanmoins relativement ’’performantes’’ ; commes celles du Roi des rois d’Iran (multinationales, s’il en est...), celle d’Alexandre le grand (où il y avait plus de barbares thraces et illyriens que de grecs et de macédoniens...), les légions romaines de l’apogée impériale (déjà truffées de mercenaires ’’barbares’’, de soldats venants des peuples soumis - sommairement ’’latinisés’’ - et autres forces ’’fédérées’’).

    Sans parler de la ’’Grande Armée’’ napolénienne ainsi des très larges et très multinationales coalitions à laquelle celle-ci dut faire face (Cf. Bataille de Leipzig, bataille des Nations, 1813), sans même parler des grandes coalitions militaires du XXe siècle ou de l’armée ’’austro-hongroise’’ : terriblement efficace malgré son caractère multinational et multilingue (puisque structurée en unités nationales autonomes). Pour preuve, demandez le donc aux Serbes (écrasés en octobre-novembre 1915) et aux Italiens (écrasés à Caporetto, le 24 octobre 1917, par les forces austro-allemandes et les bataillons d’élite croates - mais fidèles à l’Empereur Habsbourg - et bavarois).

    Nb : n’oubliez pas que dans l’histoire des armées françaises - à l’époque aujourd’hui révolue des ’’unités territoriales’’ - les unités de recrutement ’’breton’’ qui ont servies sur les fronts des armées de la République, notamment lors de la guerre de 1870 puis en 1914, bien peu de soldats (placés sous commandement linguistique français) ne parlaient vraiment cette langue. Cela n’a pourtant entravé leur (souvent) excellent comportement au front (bien au contraire...). Et du ’’chaos linguistique’’ des tranchées la langue française a même hérité d’un mot : baraguin (i. e : bara : le pain ; gwin : le vin ; baraguiner : le verbe correspondant) pour qualifier un discours incompréhensible ou son utilisation (en l’occurrence, celle du breton : incompréhensible aux oreilles exclusivement francophones...).

    Bref, outre le fait que l’art militaire ne demande sans doute pas (à la base...) une débauche de vocabulaire de nature ’’académique’’, ce qui fait la victoire d’une armée, ce n’est - par ailleurs - sans doute pas le caractère multiple (linguistiquement parlant, en tout cas...) de sa base ’’soldatesque’’, c’est plutôt (paramètres - liste non exhaustive - s’entrecroisant...) : la formation et la qualité de son commandement, ses plans d’opérations mûrement préparés en amont, ses fournitures logistiques (i. e : matériel, munitions, ravitaillement), ses moyens techniques de projection et de (re)déploiement, sa supériorité technique, technologique et matérielle (plus que numérique), sa connaissance et maîtrise du terrain où elle se déploie, ses services de renseignements, ses relations avec les populations civiles du dit terrain, son moral et sa motivation, etc. Tous paramètres qui ne sont pas nécessairement en rapport très étroit ni avec la(les) langue(s) du Haut-commandement, ni avec les(la) langue(s) parlée(s) à la base.

  • Le 28 octobre 2006 à 11:00, par krokodilo En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Effectivement, cette future (proche) Force d’Action rapide européenne dépendra-t-elle de l’OTAN ou de l’UE directement ? Ca promet une belle bagarre politique, symbole du problème européen. Mais je retiens votre confirmation de ce que les Etats-majors militaires européens ont parlé, parlent et parleront anglais, ce que tous les médias cachent (sauf l’émission d’Arte cet hiver « L’Europe de la défense », mais je crois que ce n’était pas le but principal de l’émission... Les militaires sont des gens pragmatiques, ils veulent des trucs qui marchent et n’ont pas choisi le multilinguisme ni l’intercompréhension passive, ni la traduction, faute de pouvoir faire suivre chaque officier d’une escouade de traducteurs ! (Encore bravo pour votre article de ce samedi 28)

  • Le 28 octobre 2006 à 16:00, par Ronan Blaise En réponse à : Multilinguisme dans les institutions européennes :

    Les 28 et 29 novembre prochains se tiendra à Riga (Lettonie) le prochain sommet de l’Alliance atlantique (structure politique) et de l’OTAN (i. e : sa structure militaire opérationnelle). Un sommet politique et militaire durant lequel devrait normalement d’ailleurs être validée l’entrée dans l’Alliance et dans sa structure militaire ’’Nato’’ de certains pays des Balkans occidentaux, du Caucase, voire l’Ukraine... (encore que, dans ce tout dernier cas, la confirmation de cette adhésion devrait normalement être confirmée - ou pas - par la tenue ultérieure en Ukraine d’un référendum officiel pour validation de ce choix politique...).

    A cette occasion, la rédaction du « Taurillon » a déjà préparé un certain nombre d’articles susceptibles d’être alors diffusés dans nos colonnes afin d’éclaircir nos lecteurs sur des problématiques politiques, militaires et géopolitiques complexes et parfois fort méconnues.

    Effectivement, il y a aujourd’hui un certain flou ’’artistique’’ qui se développe actuellement quant aux relations complexes qui existent aujourd’hui et existeront à l’avenir entre UE (Union européenne), OTAN et UEO (Union de l’Europe Occidentale, bras armé de l’UE).

    Et ce, dans la mesure où dans le cadre théorique et politique de la PESD (i. e : Politique européenne de sécurité et de défense) il s’avère effectivement que l’UEO (i. e : structure militaire et bras armé de l’UE) est conçue comme devant devenir - à terme - le ’’pilier’’ européen d’une alliance atlantique rééquilibrée (par dédoublement) entre d’une part les Etats-Unis et d’autre part leurs partenaires européens.

    Alors, à qui reviendra la gestion politique et militaire de cette FAR européenne ?! (A l’UE et aux USA ?! A l’UEO dans le cadre militaire de l’OTAN et sous un contrôle à triple clef des USA, de l’UE et de l’OTAN ?!).

    Rien n’est très clair à cet égard aujourd’hui encore dans la mesure où l’OTAN profitera de son sommet de Riga pour lancer sa propre initiative en la matière, déjà opérationnelle d’ailleurs. Et dans la mesure où bon nombre de nos partenaires dans le cadre de l’UE (ainsi qu’une majorité aujourd’hui plus qu’évidente de leurs opinions publiques) ne conçoivent pas leur sécurité internationale collective dans un autre cadre que celui de la protection du parapluie nucléaire américain ou dans un autre cadre que celui de l’Alliance atlantique (et de son bras armé : OTAN). Lesquels partenaires n’envisageant aujourd’hui qu’avec d’ ’’extrêmes précautions’’ tout début de constitution d’une force militaire européenne complètement autonome de ces cadres là.

    Bref, effectivement, dans les Etats-majors interalliés, on parle aujourd’hui sans nul doute effectivement l’anglais, voire éventuellement d’autres langues dans la mesure où ces hauts-gradés sont aussi des cadres supérieurs de haut niveau intellectuels ayant passé une bonne partie de leur carrière militaire en expatriation (en Belgique, en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni...) et pour lesquels la maîtrise au quotidien de certaines des langues vivantes parlées au sein de l’Alliance ne pose sans doute guère problème.

    Par ailleurs, il ne faut décidément pas se tromper de débat : la FAR à venir ne sera pas une armée constituée de la fusion d’unités nationales en de vastes unités européennes. Il s’agira là (comme, d’ailleurs, pour les forces multinationales déployées par l’Organisation des nations unies) d’un regroupement ponctuel sous commandement ponctuel (effectivement multinational) d’unités autonomes existant déjà par ailleurs dans leurs propres cadres nationaux spécifiques.

    A ce titre, la communication entre soldats de ces divers corps ne se fera sans doute pas autrement que par l’intermédiaire de leurs hiérarchies respectives (ou par l’intermédaire d’officiers ’’invités’’ en que conseillers militaires et/ou observateurs dans ces divers corps d’armée autonomes). Nul besoin, donc, pour les soldats du rang de maîtriser toutes les langues de leurs camarades (et il n’est pas même besoin qu’ils maîtrisent là quelque langue auxiliaire intermédiaire...).

    Par ailleurs, pour bien montrer la faisabilité et l’efficacité opérationnelle d’une telle structure militaire, j’en reviens à l’exemple austro-hongrois d’autrefois :

    Un Etat impérial bicéphale (entre Empire d’Autriche et Royaume de Hongrie) avec des statuts d’autonomies divers et variés (ex : pour le Royaume de Croatie dans le cadre du Royaume de Hongrie ; pour le Royaume de Bohême ou la Galicie-Lodomérie dans le cadre des ’’pays autrichiens’’), avec 14 langues officielles (dont le latin) et tout autant de ’’nationalités majeures’’ (et de multiples autres...)...

    Avec trois forces militaires (i. e : l’armée impériale et royale austro-hongroise, la Landwehr autrichienne et la Honved hongroise...) (et de nombreux régiments constitués sur des bases de recrutements territoriales, locales et/ou nationales), avec une ou deux seules langues officielles de commandement militaire (i.e : l’allemand et/ou le hongrois) mais avec l’obligation réglementaire stricte pour tout officier ou sous-officier nommé à la tête d’une unité de base de maîtriser la pratique (courante et sans ambiguïté) de la langue des soldats placés sous sa responsabilité directe.

    Effectivement les militaires sont des gens pragmatiques, pratiques, efficaces et concrets mais - de ce fait - ils ne sont pas non plus sans esprit d’initiative et d’organisation (ni sans imagination...).

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