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Nicolas Sarkozy, futur président du conseil européen ?

, par Nessim Znaïen

Que l’on soit partisan ou opposant à Nicolas Sarkozy, chacun regarde, incrédule, depuis dimanche un animal politique, encore relativement jeune, sembler aller vers une tranquille retraite, après avoir tellement occupé (saturé ?) l’espace politique durant de si nombreuses années. On a souvent évoqué un retour vers les affaires ou le métier d’avocat, certains ont supputé un futur come-back en politique. Personne n’a officiellement émis l’hypothèse d’un autre objectif pour l’ancien président : la présidence du conseil européen, en 2015 ou 2017.

Nicolas Sarkozy et Herman van Rompuyhttp://ec.europa.eu/avservices/index.cfm?sitelang=fr

Auteurs

  • Ancien président des JE-Rennes. Ancien membre de la Commission politique des Jeunes Européens-France

Deux phrases en effet pourraient aller dans le sens de l’hypothèse d’une carrière européenne pour celui qui aura sans doute eu sa meilleure réussite du quinquennat sur des dossiers européens : « Ma place ne pourra plus être la même. Mon engagement dans la vie de mon pays sera désormais différent », et « Je ne serai plus jamais candidat aux mêmes fonctions ». Si l’on part du principe que dans la bouche d’un homme politique, « l’engagement dans la vie du pays » est un engagement politique (à moins qu’il ne s’agisse d’un engagement dans le domaine économique, comme dirigeant d’un grand groupe industriel français), et si l’on comprend que Nicolas Sarkozy est relativement précis sur une éventuelle nouvelle candidature à la présidence de la République, on peut alors se dire que la seule possible carrière politique pour l’ancien président, reste celle de l’échelle européenne, qu’il avait, un temps envisagé pour son ancien ministre des affaires étrangères, Alain Juppé.

Depuis le traité de Lisbonne, le Conseil européen connaît un président. Le poste, actuellement occupé par Herman Van Rompuy est renouvelé tous les deux ans et demi, par une majorité des deux tiers par les chefs d’État européens. Il l’a été en février 2012 ce qui veut dire qu’il y aura un nouveau président en 2015 et en 2017. Nicolas Sarkozy pourrait y voir un moyen de retrouver un espace médiatique et surtout laver l’affront des élections françaises, pour un homme passionné de politique, dans une fonction pour l’instant relativement honorifique.

Nicolas Sarkozy présente quelques avantages pour la fonction. Il est encore jeune, jouit d’une certaine notoriété en Europe (93% des Européens le connaissent, selon un sondage du 11 mars 2012), et est apprécié chez certains peuples européens, comme en Grèce. Il a le CV que requiert la fonction et trouverait sans doute de l’intérêt à côtoyer les chefs d’État et se placer au centre du jeu.

Les obstacles sont néanmoins nombreux pour lui. Le premier s’appelle sans doute François Hollande. On voit mal le nouveau président accepter de se faire voler la vedette du couple franco-allemand, et contredire sur la scène européenne. Nicolas Sarkozy, à la différence d’Herman Van Rompuy, vient peut-être d’un trop grand pays, qui a trop de poids, et est trop connu pour la fonction. Autant de caractéristiques qui n’avaient pas empêché le nom de Tony Blair de circuler avec insistance en 2009, durant la campagne de désignation du premier président du conseil européen. Tony Blair n’a cependant pas été élu, et ce ne sera pas faire injure à Nicolas Sarkozy que dire qu’il n’a pas la réputation de discrétion et de conciliation d’Herman Van Rompuy.

Nicolas Sarkozy a également montré ces dernières semaines une certaine hostilité à l’égard de certains socles de la construction européenne, comme l’espace Schengen. On peut néanmoins penser que son nationalisme affiché ne sera pas contradictoire avec la présidence d’une institution dont la première qualité n’est pas un fédéralisme à tout crin. Enfin, Nicolas Sarkozy est pour le moment le moins apprécié des grands dirigeants en Europe, puisqu’il jouit de 58% d’opinions défavorables, selon un sondage du 12 mars 2012, et s’il a quelques années pour se refaire une santé dans les sondages, nul doute qu’il aurait des concurrents sérieux en face de lui en 2015 ou en 2017.

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Vos commentaires

  • Le 15 mai 2012 à 21:38, par Craig Willy En réponse à : Nicolas Sarkozy, futur président du conseil européen ?

    Et cette vidéo en particulier ne pourrait être plus claire : http://www.lejdd.fr/Election-presidentielle-2012/Videos/Quand-Sarkozy-manie-l-ironie-face-a-un-journaliste-491179/

    Bien sûr il pourrait changer d’avis, mais je ne pense pas qu’un job européen serait vraiment compatible avec son tempérament..

  • Le 16 mai 2012 à 02:33, par Pierre-M Simon En réponse à : Nicolas Sarkozy, futur président du conseil européen ?

    Il souffre également d’une lacune très importante : son niveau lamentable d’anglais pour être un acteur sur la scène européenne. (ok le Français est une langue de travail, mais cela ne suffit pas...)

  • Le 18 mai 2012 à 16:17, par David En réponse à : Nicolas Sarkozy, futur président du conseil européen ?

    En effet, on voit mal Hollande soutenir Sarkozy à un tel poste... lequel sera certainement convoité par d’autres candidats qui , eux, seront soutenus par leur Etat national. Mais je ne trouve pas anormal qu’Hollande ne ne soutienne pas : on ne nomme pas quelqu’un à un poste pour lui faire plaisir, ou juste parce qu’il pourrait être compétent. Il y a aussi, et surtout, le feeling. D’ailleurs, je ne suis pas sûr qu’il est « apprécié » des Grecs. En tout cas, pas par ceux qui ont voté contre le plan de rigueur qu’ils imputent à « Merkozy », ni par la presse grecque, qui espère qu’Hollande pourra les défendre (face à Merkel justement) et ré-orienter l’Europe.

    Politiquement, l’Europe vire à gauche : Belgique, Slovaquie, Slovénie, France pour les récents changements de majorité gouvernementale. Et en Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, Grèce, Espagne, les enquêtes d’opinions, les résultats électoraux aux élections locales augurent des victoires électorales pour la gauche lors de futures élections. Si à l’heure actuelle, les deux tiers des chefs d’Etat ne sont plus de droite, dans un futur proche, la proportion diminuera encore. Dès lors, on n’imagine pas que la gauche soutiendra une personnalité politique qui a autant misé sur le clivage droite/gauche. Il faudra une personnalité qui fasse consensus.

    Enfin, Sarkozy a une vision inter-gouvernementale de l’Union européenne, qui ne correspond pas du tout à la mise en place d’un président de cette Union. ça serait même paradoxal qu’il s’y intéresse sérieusement.

  • Le 7 juin à 14:55, par Jeanmi934 En réponse à : Nicolas Sarkozy, futur président du conseil européen ?

    Il apparaît de plus en plus vraisemblable qu’à la fin de cette année 2014, Nicolas Sarkozy ait des chances d’être nommé Président du Conseil Européen à la « majorité des 2/3 » !!! Il a toutes les qualités requises pour le poste et pourrait relancer la machine Europe avec ses relations internationales (qu’il entretient régulièrement), notamment avec Angela Merkel... Dans ce cas, le candidat de la droite en 2017 sera, à l’évidence, François Fillon ....

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