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Arnaud Huc
Étudiant en Master 1 Science Politique à l’Université de Montpellier. Membre du Comité de rédaction du Taurillon.
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On se souvient du fiasco de la communauté européenne de défense en 1954. Certes il existe aujourd’hui un « eurocorps » fort de 60,000 personnels piochés dans les armées européennes (en fait notamment partie la brigade franco-allemande, la 10e division blindée allemande et la 1ere brigade medium belge), mais il s’agit bien d’un bout de chiffon, d’un ballon d’essai n’ayant débouché sur rien.
L’Union européenne, pourtant, c’est 16,000 milliards de dollars de PIB, c’est 27 budgets militaires qui s’ils étaient mis en commun feraient de l’Union une puissance militaire équivalente aux États-Unis pour seulement 2% de son PIB la où les USA mettent 4,7% de PIB dans leur armée. Il est donc clair que les 27 états de l’Union ont les moyens économiques de leur puissance militaire, mieux, ils pourraient réduire leurs couts militaires individualisés en unifiant leurs armées (ce qui permettrait de supprimer tous les services doublons propre à chaque armée). Ainsi dans une logique de réduction des couts de l’armée, la fédéralisation de la défense semble être une réponse adéquate permettant à la fois d’accroitre la capacité militaire européenne tout en réduisant son cout.
Les États européens, en plus de disposer de la plus grande économie, disposent également d’une industrie de l’armement particulièrement développée. En effet, cette industrie est à la fois « fédéralisée » et concurrentielle, la plupart des groupes industriels s’étant alliés, ce qui a mené notamment à la formation d’EADS. D’autre part il existe en Europe une réelle capacité d’innovation technologique puisque des sociétés comme Nexter, FN Herstal et BAE ont une part substantielle de leurs budgets consacrée à la recherche.
Ainsi si l’Union européenne a les moyens économiques et industriels de sa défense, elle ne s’est pourtant jamais donné les moyens politiques de la mettre en œuvre. Il semblerait que toute une série d’États européens, les derniers à avoir intégrer l’Union, préfèrent se placer sous une vassalisation Otanienne. Chaque État préférant un tyran loin d’ici plutôt qu’une perte de souveraineté au sein d’une entité européenne. Le seul frein à la création d’une armée européenne s’appelle donc l’OTAN. C’est l’OTAN qui apporte à chaque État de petite taille le sentiment d’être protégé sans avoir à investir dans son armée et sans avoir à unir sa défense avec celle de ses voisins. L’OTAN a d’ailleurs été pensé comme tel, comme un remède à l’absence de défense européenne mais aussi comme un inhibiteur à toute volonté de fédéralisation des défenses européennes.
En 1991, l’OTAN aurait du disparaître et laisser place à une défense européenne qui n’aurait certes pas été totalement fédérale mais qui aurait été une coopération accrue entre les armées et les états majors européens. Au lieu de cela, l’OTAN continue aujourd’hui à vivre sans réel objectif, se cherchant et s’inventer des adversaires, cette organisation est d’ailleurs la seule épine dans le pied de la construction européenne s’agissant de la défense. Il apparaît donc clair que si les Européens veulent un jour unir leurs défenses, ce qui est incontournable si ils veulent atteindre la fédération, alors les États européens devront dénoncer le traité OTAN.
Si l’OTAN peut apparaître un frein pour la construction de l’Union européenne, il s’agit également d’une excuse de la part des dirigeants européens pour ne pas aller plus loin dans la voie de l’armée européenne, en effet ceux ci, se cachant derrière l’OTAN, clament qu’une armée européenne n’est pas nécessaire. Cette excuse vient d’ailleurs s’ajouter à toute une série de justifications qui peuvent être facilement éludées.
Ainsi, on entend souvent dire que, chaque État disposant de son propre matériel (tant en blindés, pièces de rechange pour l’aviation ou simples fusils d’assauts…) le cout de l’uniformisation des armées européennes serait énorme. Sans rejeter une telle critique il faut en réduire sa portée. Certes les matériels des différentes armées européennes sont différents, (on compte plus d’une cinquantaine de type de chars parmi les 27) néanmoins les standards OTAN (STANAG) ont permis depuis le début des années 2000 d’uniformiser progressivement tous les armements des pays à l’Ouest de l’Oder et donc de réduire les couts d’une interopérabilité de ces systèmes d’armes, les pays étant à l’est disposant quant à eux de matériels ex-soviétiques en fin de vie, qui pourront tout simplement être mis à la casse.
La dernière justification des gouvernants européens pour ne pas aller plus loin dans l’armée européenne concerne l’absence de diplomatie européenne solide. À vrai dire, on ne peut pas donner tort à ceux qui considèrent que tant que l’Union européenne n’aura pas un vrai ministre des affaires étrangères alors la création d’une défense européenne sera impossible. Il est vrai qu’il ne faut jamais mettre la charrue avant les bœufs, de même il ne faut pas mettre l’armée avant la diplomatie.


Vos commentaires
1. 1er juin 2012 09:11, par Xavier
Bravo, bravo et bravo ! :)
Question : serait-il envisageable d’avoir UNE armée européenne, remplaçant LES armées européennes, mais que celle-ci intègre l’OTAN ? Car l’OTAN permet de former une sorte de « bloc » face à la Chine et à la Russie.
Remarque : en supprimant 27 ministères des affaires étrangères et 27 réseaux diplomatiques, au profit d’un seul ministère et d’un seul réseau, on économiserait aussi quelques dizaines (centaines ?) de millions.
Autre point, je pense qu’il vaudrait mieux considérer cette possibilité au sein des 17 pays ayant adopté l’euro, plutôt qu’avec les 27.
2. 3 juin 2012 19:09, par Malika
@ Xavier
« Autre point, je pense qu’il vaudrait mieux considérer cette possibilité au sein des 17 pays ayant adopté l’euro, plutôt qu’avec les 27. »
Pourquoi ?
3. 4 juin 2012 23:56, par Xavier
Parce qu’adopter l’euro c’est un acte concret vers l’intégration.
Ceux qui ont refusé l’euro sont plus susceptibles de refuser une armée commune (et unique).
On peut plus facilement avancer à 17 (ayant une même monnaie) qu’à 27.
4. 5 juin 2012 11:57, par Arnaud Huc
Pour les lecteurs qui seraient intéressés par cette question un débat a été lancé sur le site Newsring. Il est intitulé « Pour ou contre une armée européenne ? » http://www.newsring.fr/monde/952-po…
5. 22 avril 2013 00:18, par Giacometti
Je rajoute encore une question : quid de l’arme nucléaire ?
Les problèmes dans ce cas sont si flagrants et évidents qu’il n’y a même pas besoin d’apporter davantage de précisions.
6. 22 avril 2013 09:50, par Jonathan Leveugle
@Giacometti : La suppression de l’arme nucléaire est effectivement un débat intéressant qui mérite d’être posé
7. 26 avril 2013 21:23, par Civis Europaeum sum
@Giacometti : Dans l’hypothèse où l’Union Européenne disposerait d’une armée unique (qui remplacerait toutes les autres), il me semblerait logique que l’arme nucléaire française et britannique soit tout simplement placé sous l’autorité de l’UE comme le reste des forces militaires.
Surtout il ne faut pas oublier que l’arme nucléaire, bien qu’effrayante, n’en est pas moins un outil politique de premier plan pour la dissuasion. J’ajouterais aussi que les principales puissances du monde (USA, Russie, Chine) sont des puissances nucléaires. Donc vouloir démanteler notre arsenal nucléaire n’est sans doute pas une bonne idée. Mais ce n’est là que mon avis.
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