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Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

, par Le Bureau national des Jeunes Européens - France

Tout le monde s’en souvient, M.Fabius était l’un des ténors du « Non » au traité constitutionnel européen de 2005 qui a été rejeté par 55% des Français. Les Jeunes Européens-France avaient ardemment défendu le « Oui ». Dès lors, quelle vision de l’Europe défendra-t-il ?

Laurent Fabius – © philippe grangeaud

Qui est Laurent Fabius ?

Laurent Fabius est le nouveau chef de la diplomatie française. Il aura en particulier sous son autorité directe Bernard Cazeneuve, ministre délégué en charge des Affaires européennes. C’est par conséquent Monsieur Fabius qui représentera la France auprès de nos partenaires européens. Pour ces derniers, les associations pro-européennes et l’ensemble des personnes qui souhaitent la poursuite de l’intégration au sein de l’Union, le signal envoyé est loin d’être le meilleur.

La conviction européenne de Monsieur Fabius était pourtant très forte. Tout dans son début de carrière laissait présager en lui un grand bâtisseur de l’Union. Premier Ministre de François Mitterrand dans les années 80, il a été l’un des instigateurs de l’Acte unique européen de 1986 qui prépare le virage décisif du début des années 90 incarné par le Traité de Maastricht et la progression vers la monnaie unique.

Tout s’est pourtant effondré en 2004 lorsqu’il prend explicitement position contre le Traité constitutionnel qui devait donner à l’Europe les cadres nécessaires pour être plus efficace et proche de ses citoyens. Que les partis d’extrême gauche ou d’extrême droite fassent alors campagne pour le Non en utilisant des arguments populistes bien connus, rien de plus normal. Que l’ancien Premier Ministre qui connaissait parfaitement les tenants et les aboutissants du Traité, dont le parti (et Monsieur Hollande le premier) s’était exprimé explicitement pour le « Oui » porte un tel coup d’arrêt à la construction européenne qu’il a toujours soutenue, il n’y a plus aucune cohérence ! Les Jeunes Européens-France ne comprennent toujours pas. Monsieur Fabius a légitimé un type d’euroscepticisme qui a prospéré depuis, l’euroscepticisme du « Je suis pour l’Europe mais pas cette Europe là ! ». Cette posture intellectuelle qui fait de l’Union européenne le cheval de Troie de l’ultra-libéralisme économique menée par une batterie d’eurocrates irresponsables. Ce sentiment soutenu alors par Monsieur Fabius n’est pas étranger aux bons résultats enregistrés récemment en France par les partis eurosceptiques. Nous le rencontrons tous les jours et il est particulièrement difficile à combattre.

Ajoutons à cela, la crise institutionnelle que traverse l’Europe depuis 2005 et dont elle n’est pas encore sortie. Cette absence d’institutions efficaces a été l’un des facteurs aggravants de la période extrêmement difficile que nous vivons actuellement. Une Europe avec un traité constitutionnel aurait été indéniablement plus apte à protéger ses citoyens et à mieux les incarner.

Une occasion manquée

A l’heure où la crise dans la zone euro connait un nouvel essor et où la Grèce a plus que jamais besoin de l’aide des autres pays européens pour s’en sortir, la nomination d’un ancien ténor du « Non » peut être mal perçue par nos partenaires.

Ce nouveau gouvernement ne manque pourtant pas de personnalités dont l’attachement à l’Europe est indiscutable, Pierre Moscovici en tête, ancien président du Mouvement Européen-France. Pourquoi ne pas avoir créé un ministère des affaires européennes de plein exercice ? Les affaires européennes ne sont plus depuis longtemps des affaires étrangères.

Les Jeunes Européens-France soutiennent les initiatives du Président de la République en faveur de la résolution de la crise

Les Jeunes Européens-France resteront très attentifs aux propos et aux actes du ministre des Affaires étrangères et du ministre délégué en charge des Affaires européennes qui prennent leurs fonctions dans une situation particulièrement périlleuse.

En tant qu’association pro-européenne et fédéraliste nous ferons tout pour soutenir les Ministres dans leurs efforts pour une résolution européenne de la crise, respectueuse de tous les peuples européens.

Nous leur apportons tous nos vœux de réussite pour que les propositions du Président de la République de créer des eurobonds, de renforcer les fonds structurels européens et la Banque européenne d’investissement qui aboutiront à une gouvernance économique de la zone euro soient mis en place le plus vite possible.

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Vos commentaires

  • Le 18 mai 2012 à 19:18, par Loinvoyant En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    Je me sens profondément européen, mais je n’accepte toujours pas cet argument qu’au prétexte que quelques uns sont eurosceptique il faudrait faire une Europe ultra-libérale dont la doctrine est l’absence d’État. C’est comme vous le disiez l’absence d’institutions (mais à mon sens plus encore l’absence de démocratie dans celles déjà existantes) qui plombent l’Europe.

    Enfin, n’oubliez pas non plus que 55% des français on voté contre, ne pas prendre en compte ceci dans la composition du gouvernement serait à mon sens assez peu politique, comment construire une Europe sans le peuple français ?

  • Le 18 mai 2012 à 22:13, par Estager En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    La démocratie c’est la parole au(x) peuple(s).

    En 2005 le peuple français a rejeté la constitution ultra-libérale européenne à 55 %.

    L’acte condamnable c’est d’avoir ratifié 2 ans plus tard Lisbonne qui était une simple réécriture du traité de 2005 au lieu de remettre les textes sur le tapis et renégocier.

    Depuis le résultat est là, comme prévu par les « nonistes » l’Europe va très mal faute à l’orientation ultra libérale instituée par le traité de Lisbonne.

    Alors un « noniste » à Orsay c’est plutôt intéressant car, enfin, le débat sur quelle Europe construire peut être relancé.

  • Le 19 mai 2012 à 18:39, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    Soyons sérieux un instant : il n’y a ni au niveau de l’Union ni au niveau des États-membres de partisans de l’ultra-libéralisme (un mot qui d’ailleurs ne se réfère à aucune doctrine précise). En France notamment toute la classe politique est favorable à une économie mixte largement étatisée. Même un Nicolas Sarkozy n’a pas beaucoup pris d’initiatives en vue d’assouplir l’existant.

    Cette parenthèse fermée il semble aussi qu’il vous a échappé que le traité de Lisbonne a été ratifié par les parlementaires élus démocratiquement en 2007. Il est donc parfaitement légitime d’un point de vue démocratique d’autant plus que ce que vous dites à son sujet est parfaitement faux puisqu’il ne s’agit pas d’une simple « réécriture » mais plutôt d’une version amputée de son élément essentiel : sa vocation constitutionnelle. Notons aussi que toute « la troisième partie » tant critiquée en 2005 en avait été retirée (et pour cause, elle n’était que la reprise de l’existant).

    Il est regrettable de voir dans ces deux commentaires le retour de ces polémiques stériles alors que précisément la question est aujourd’hui de savoir comment sortir de l’ornière dans laquelle le « non » français de 2005 — dont ce Fabius est le premier responsable — a plongé l’Europe en cassant sa dynamique politique et en la privant donc de moyens de prendre les initiatives ambitieuses qui seraient nécessaires pour agir face à la crise.

    Notons toutefois que les nonistes de 2005 ne sont pas seuls responsables de cette situation : la plupart des responsables de l’establishment politique ont refusés de faire avancer l’Europe, y compris à l’époque ou les gouvernements allemands faisaient des propositions en ce sens. Ce aveuglement durable, commun à la droite conservatrice et à la gauche mitterrandienne puis jospiniste, cumulé à la consternante campagne de 2005, ont contribués à la situation présente.

  • Le 19 mai 2012 à 19:30, par Loinvoyant En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    Par ultra-libéralisme j’entendais partisans de la doctrine orthodoxe de l’économie disant que l’État ne sert qu’a assurer les fonctions régaliennes (et encore quand on voit ce qui se passe aux Royaume-Uni) et le respect de la concurrence.

    L’argument de la parfaite légitimité du traité sous prétexte de l’accord du Parlement est spécieux, la question ici posé est celle de la représentativité des élites politiques quant aux questions européennes.

    Le traité de Lisbonne comme les autres traités est en droit français supérieur à la loi (et doit être en accord avec la Constitution), les directives européennes elles ont valeurs constitutionnelles.

    Je ne pense pas que le débat soit stérile, peut-être le juger vous ainsi parce que vous ne partager pas mes opinions, mais c’est au contraire tout l’intérêt du débat (en effet pourquoi débattre avec des gens d’accord avec vous).

    Enfin, je vous accorde que le pouvoir politique allemand a été beaucoup plus cohérent dans sa volonté européenne, ils demandent une fédéralisation ET des élections démocratiques de nos représentants (parfois même au suffrage universel direct !).

  • Le 20 mai 2012 à 10:23, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    « la doctrine orthodoxe de l’économie disant que l’État ne sert qu’a assurer les fonctions régaliennes » : sauf qu’en réalité une telle doctrine n’est de facto en vigueur dans aucun pays européen no professée par les gouvernements de droite conservatrice au pouvoir dans la plupart des États membres.

    Je note que vous contestez la légitimité de la démocratie représentative. Pourquoi pas mais c’est le système en vigueur dans tous les États démocratiques existant. À vous écouter la démocratie n’existerait en réalité nulle part.

    Les directives n’ont en rien valeur constitutionnelle. Ce sont de simples lois-cadres communes. Heureusement qu’elles sont supérieures au droit national sinon elles n’auraient aucun sens. Avec le traité de Lisbonne elles sont désormais systématiquement adoptée par nos élus au Parlement européen et ont donc la même légitimité qu’une loi nationale.

    Le débat est stérile car il est clos : le problème est à présent de savoir comment l’Europe doit évoluer à présent. Notre position est qu’elle doit devenir fédérale car trop de décisions sont encore aujourd’hui prises uniquement de manière intergouvernementale, malgré les progrès que je viens d’évoquer. C’est notamment le cas de tout ce qui concerne la gouvernance de la zone euro.

  • Le 20 mai 2012 à 12:40, par Loinvoyant En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    Vous avez raison de dire que la doctrine orthodoxe n’est appliquée au sens strict nul pars en Europe. Néanmoins, on constate que c’est bien l’idéologie dominante, que l’on nous propose comme solution pour sortir de la crise de flexibiliser le marché du travail et de réduire la dépense de l’État (le nombre de fonctionnaire, de dépenses sociales...) c’est donc l’objectif des politiques menées (avec dans certains pays comme au Royaume-Uni des baisses des impôts des plus fortunés pour « dynamiser l’économie »).

    Je ne prétends pas qu’un pays de la taille de la France puisse être géré autrement qu’avec une certaine représentation, néanmoins, dès lors que l’on élit des représentants, vous conviendrez, je crois, qu’il peut exister une décalage entre la volonté du peuple souverain et de ses représentant, c’est inévitable (nous sommes tous différents, et ça n’est pas parce qu’une majorité absolue s’accorde sur un représentant que tous ou même une majorité soient d’accord pour une mesure spécifique de son programme). Le problème ici est que de toute évidence, les Français ont tranché (à 55% !) et que leurs représentants ont acceptés au nom de l’attitude que vous adoptez (pour évitez de réouvrir le débat stérile sur l’Europe).

    Les directives européennes, en raison de la jurisprudence du Conseil Constitutionnel depuis sont célèbre arrêt du 10 Juin 2004 sur la Loi de confiance sur l’économie numérique sont intégrés directement et ne sont pas révisable par la constitution excepté par disposition expresse « qu’ainsi, la transposition en droit interne d’une directive communautaire résulte d’une exigence constitutionnelle à laquelle il ne pourrait être fait obstacle qu’en raison d’une disposition expresse contraire de la Constitution ».

    Le débat est stérile car il est clos, dîtes vous ? Mais les français ont jugé le contraire en votant non à une majorité absolue et n’ont jamais démenti. Je suis d’accord avec vous sur la nécessaire fédéralisation de l’Europe, néanmoins, la question de son évolution est évidemment la question de sa nature.

    J’ajouterai que l’argument selon lequel avoir un ministre soutenant le non est une initiative regrettable est un non sens démocratique. 55 % de la population a voté non et vous voudriez que pas un seul ministre n’ait fait de même ? Vous avez une singulière notion de la représentativité.

    Vous m’accorderez enfin, que pour que les transferts de souverainetés se fassent il faut un développement d’institution démocratiques en Europe : la commission n’est pas élue que je sache.

  • Le 21 mai 2012 à 10:52, par Emmanuel En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    Quelques réactions : « Mais les français ont jugé le contraire en votant non à une majorité absolue et n’ont jamais démenti ». Il me semble au contraire que les Français sont très clairement revenus sur leur position de 2005. En 2005 ils ont voté non au traité constitutionnel. En 2007 ils ont majoritairement élu un candidat à la présidence (Sarkozy) dont l’un des éléments du programme était 1. de renégocier un traité, dit « simplifié » (ce qu’il a fait, avec le traité de Lisbonne qui n’intègre que des modifications très marginales aux traités antérieurs) 2. de le ratifier par la voie parlementaire, sans référendum, ce qu’il a également fait.

    La Commission est tout autant élue que le gouvernement français, et vous ne semblez pas vous offusquer du manque de démocratie en France... Elle est investie par le Parlement européen, suite aux élections européennes, et avec des auditions individuelles des candidats au poste de commissaire (chose qui n’arrive pas en France). Et il n’est plus exceptionnel qu’un candidat soit retoqué et que les Etats membres doivent en proposer un autre pour que l’ensemble du collège soit investi. Alors, pas démocratique, la Commission ?

    Quant à l’ultra-libéralisme, je ne peux que souscrire à ce qu’écrit Valéry-Xavier : vous manquez me semble-t-il, beaucoup de recul. Car il faut voir les arguments anti-européens en Grande-Bretagne, au sein des libéraux allemand, aux Pays-Bas ou en Finlande : l’UE y est souvent critiquée car elle ne serait qu’un repère de gauchistes (et il est vrai qu’une grande partie des droits sociaux des travailleurs, des règles de protection des consommateurs, du contrôle des pratiques anticoncurrentielles des entreprises, etc. provient de la législation européenne, même si les médias nationaux ne commencent à y porter un intérêt que 3 à 5 ans après les débats législatifs au Parlement et au Conseil, quand vient le temps de la transposition en droit national...). Cela montre bien que la réalité doit se situer quelque part entre ces deux visions extrêmistes et biaisées.

  • Le 21 mai 2012 à 20:50, par Loinvoyant En réponse à : Que penser de la nomination d’un noniste aux Affaires étrangères ?

    Encore une fois, il me semble que vous confondez obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés à une élection et soutien direct d’une des propositions du candidat. François Hollande a été élu à la majorité absolue, cependant il existe certainement des mesures de son programme qui ne recueillent pas la majorité... et puis il faut également voir l’alternative (Beaucoup n’ont voté pour l’ex-Président Sarkozy que parce qu’ils n’avaient le choix qu’entre lui et Ségolène Royal).

    Il faut voir le fonctionnement de cette commission (je vous reporte à la création d’ACTA).

    En ce qui concerne l’ultra-libéralisme : Le Royaume-Uni est de toute manière a priori hostile à tous ce qui vient de l’Europe, ils en détestent la bureaucratie (ce qui est une des critiques récurrentes). En ce qui concerne les droits sociaux des travailleurs, j’attends toujours l’avènement de cette Europe social dont on nous rabat les oreilles depuis tant d’années. J’admets l’argument sur la protection des consommateurs (tout simplement parce que je n’ai pas étudié la question) encore que le respect de certaines normes de sécurité est un moyen artificiel de relancer l’industrie (tel truc n’est plus aux normes... on doit le refaire).

    Le contrôle des pratiques anticoncurrentielles des entreprises est typiquement l’apport de la théorie néo-classique par rapport à la doctrine classique qui avait échoué en 1929.

    Enfin, je partage votre critique des media.

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