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Quelles alternatives pour le Bélarus en dehors du pourtour euro-russe ?

Semaine thématique sur le Bélarus 2/5

, par Maryia Shumava

Pour se désenclaver du cadre euro-russe, chaque partenaire a ses conditions et ses sanctions, le Bélarus développe depuis des années des relations avec des pays tiers. Parmi les plus importants, on retrouve la Chine et le Venezuela, le printemps arabe ayant produit des changements dans les contacts du Bélarus avec le Nord de l’Afrique. Dans une optique très optimiste de développement de leurs échanges commerciaux, la question de l’impact sur l’évolution de la situation interne se pose toutefois.

Rencontre entre Alexander Lukashenko et Hu Jintaohttp://www.belarus.by/en © BELARUS.BY, 2009 - 2012

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Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis les dernières élections au Bélarus. D’après les résultats, le président est resté le même. Cependant, crise économique oblige, ce quatrième mandat commence sous de mauvais auspices, puisque des problèmes économiques très graves menacent le régime. Ainsi l’un des deux piliers sur lesquels le régime est fondé, c’est-à-dire le contrat social, l’autre étant la répression, est en train de s’effondrer. Ce qui explique, d’une part, un renforcement de la répression à l’intérieur du pays. D’autre part, l’optimisme du chef de l’État ne diminue pas - inversement proportionnel au soutien populaire, car il compte aussi vivement sur l’aide de ses amis.

Les dirigeants des pays tiers (appelés ainsi puisqu’ils ne sont pas considérés comme partis au jeu traditionnel qui oppose le monde post soviétique) sont ainsi qualifiés car les liens avec le Bélarus sont principalement économiques. Parmi ces États tiers, le Venezuela et la Chine sont les plus importants. Et cela n’est pas en vain.

Dans un premier temps, la Chine a déjà accordé au Bélarus, huit millions d’euros de subventions gratuites et un crédit privilégié d’un milliard de dollars destiné aux financements de projets conjoints. Parmi ces projets on trouve la construction d’une usine de cellulose qui pourra exporter par la suite ses produits vers la Chine. Ou encore, un projet de coopération qui consiste à créer un Parc industriel pour la reconstruction d’usines dans la région de Minsk. Il occuperait 80 km². Cependant, de nombreux habitants de la région protestent depuis un moment contre la réalisation de ce projet.

En outre, à part l’aide et les crédits au tarif réduit de la part de la Chine, Minsk compte également sur les investissements directs des Chinois au Bélarus. Pékin souligne que le renforcement des investissements mutuels pourrait faciliter les relations commerciales bilatérales. Neufs accords ont été signés dans les domaines de la coopération économique et technique ainsi que la construction de parcs industriels. Pour cela le Bélarus s’engage à créer des conditions favorables jusqu’à penser aux moindres détails. En effet, il est possible de voir dans les rues de Minsk une affiche publicitaire rédigée d’abord en chinois et ensuite en russe - les langues officielles du Bélarus étant le bélarusse et le russe.

L’importance de la Chine...

Ces derniers temps, le Bélarus et la Chine ont fait le point sur leur coopération et ont constaté le côté dynamique et positif de son développement. Les experts économiques sont plutôt optimistes par rapport à ces investissements, qui sont si peu nombreux au Bélarus. Dans cette situation, le Bélarus assurera une position un peu plus stable, améliora éventuellement les négociations avec les pays étrangers et prendra des forces afin de mieux résister à la pression de l’Ouest et de l’Est – la Russie prétendant à un monopole dans le processus de privatisation.

Mais dans ces relations il faut savoir que la Chine n’est pas généreuse sans raisons – d’ailleurs de 34 millions de dollars en 1990, le commerce devrait atteindre cette année les trois milliards. D’abord il est à noter qu’officiellement Minsk partage la position chinoise sur le respect des droits de l’Homme en Chine et apporte son soutien au regard des questions épineuses concernant les populations taïwanaise et tibétaine. Le deuxième point important est que la Chine, suite aux accords économiques et commerciaux établis entre les deux pays, aura un droit de participation à la privatisation du patrimoine bélarusse, pour pallier la présence excessive du capital russe. Bien que ce soit Moscou qui ait joué un rôle important dans l’augmentation de l’intérêt de la Chine envers le Bélarus, il représente toutefois pour Loukachenka un danger potentiel non seulement à l’indépendance mais aussi un danger personnel.

Aujourd’hui, le président a laissé ses craintes de côté. De plus, pour les Chinois, le Bélarus s’avère n’être qu’un tremplin pour, d’une part accéder à la Russie par l’Union douanière, puisqu’ils n’ont qu’un accès limité au marché russe et, d’autre part, pour acheminer leurs produits depuis et vers l’Europe.

...et du Venezuela

En deuxième lieu, les relations avec le Venezuela sont nées non seulement du fait que les deux présidents sont communément qualifiés de dictateurs et isolés, mais aussi de l’atout pétrolier dont le pays sud-américain bénéficie. Si Loukachenka menaçait l’Union européenne, pour avoir adopté des sanctions à son encontre, il pourrait alors entreprendre à son tour des mesures de rétorsion « y compris les plus dures ». Aujourd’hui le Bélarus pourrait être privé du gaz suite au gazoduc Nord Stream qui est déjà mis en exploitation. Si Minsk procédait à la coupure d’une partie du transit du gaz russe vers l’Europe, il serait impliqué dans un conflit dur et dangereux.

Mais encore une fois Loukachenka pense à l’aide de ses amis et affirme que cela ne posera aucun problème à son pays car il a déjà signé un contrat de trois ans avec le Venezuela qui approvisionne le Bélarus de dix tonnes de pétrole par an. Ce n’est pas pour autant que les prix de l’électricité vont baisser pour les habitants du Bélarus a souligné leur président.

L’attitude du Venezuela est ambiguë puisque Chavez avait d’une part construit des « liens solidaires » avec les russes et, de l’autre, « souhaité du courage » au président bélarusse en lui vendant du pétrole. Cela pouvait garantir au Bélarus une certaine indépendance en la matière par rapport aux russes. A l’époque aussi bien la Lituanie que l’Ukraine avaient été critiquées pour l’accord conclu avec le Bélarus d’acheminer par leurs ports de Klaïpeda le pétrole vénézuélien.

Dans le cadre de l’amitié entre le président vénézuélien et son homologue bélarusse, plusieurs accords pour le renforcement de la coopération sur le territoire des deux pays dans le domaine énergétique, militaire, technique et économique ont été signés depuis quelques années. Par ailleurs, les deux présidents se sont entendus sur la création d’entreprises conjointes pour l’extraction et la vente du pétrole et du gaz vénézuéliens. Un mémorandum qui a été rédigé par les deux parties a fait naître une commission bélarusso-vénézuélienne.

En échange des ressources fournis au Bélarus, Minsk s’est engagé à construire des logements pour les pauvres au Venezuela et d’ouvrir une joint-venture construisant des tracteurs dans une province vénézuélienne. Aujourd’hui, les journaux indépendants vénézuéliens accusent les compagnies bélarusses spécialisées dans la construction d’immeubles, de corruption et de ne pas réaliser les constructions en conformité avec la demande et la règlementation.

Depuis 2006, ces collaborations rentrent dans les priorités de la politique extérieure du Bélarus. Après six ans, les relations amicales et de confiance entre les deux pays sont à leur apogée. Cette amitié est à tel point importante qu’en 2009 Chavez avait proposé à Loukachenka de créer une nouvelle union des républiques libres. En 2011, un forum sur « les accomplissements et les perspectives des relations bilatérales » a été organisé au Venezuela et la partie bélarusse y a annoncé la volonté d’accroître la production de pétrole brute jusqu’à 1.5 millions tonnes.

Ainsi, devant ces relations fausses et fondées sur des intérêts économiques et sur aucune conditionnalité, l’efficacité des sanctions européennes semble extrêmement faible – bien que l’Europe ne fasse pas de son côté beaucoup d’efforts pour s’en assurer. Et, comme le déclare Loukachenka , « même si nous restons seuls, sans la Russie, la Chine, sans aucun autre de nos amis, alors croyez moi, nous nous maintiendrons ici jusqu’à la mort, comme en 1941-1945, pour vous protéger, pour protéger notre indépendance et notre souveraineté ». Il peut être utile de se demander si ses « amis » ne lui font pas en réalité une défaveur.

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