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23 mai 1986 / 23 mai 2011 :

Vingt-cinq ans de la mort d’Altiero Spinelli

Un héritage vivant.

, par David Soldini

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Auteurs

« Non c’è avvenire (...) se non nel rifiuto di ogni stanca tentazione di ripiegamento su illusorie e meschine rivendicazioni dell’interesse nazionale e su sterili abbandoni allo scetticismo verso il progetto europeo. »

« Il n’y a pas d’avenir (...) sinon dans le refus de toute pénible tentation de repli sur des revendications mesquines et illusoires de l’intérêt national et sur des abandons stériles au scepticisme envers le projet européen. »

(Giorgio Napolitano, président de la République italienne, ce 21 mai 2006, Ile de Ventotene - Lazio - lors de la commémoration de l’anniversaire du décès d’Altiero Spinelli).

Ventotene...

Le premier déplacement du nouveau président de la République italienne, Giorgio Napolitano, a été l’île de Ventotene. Un nom bien mystérieux pour la plupart des lecteurs français.

Sur cette île, durant les vingt ans du fascisme, furent « confinés » des anti-fascistes. Loin de tout, perdu au milieu de la mer Méditerranée, ce rocher a abrité pendant quelques années des intellectuels venus de toute l’Italie et parfois au delà. Le régime fasciste, ne pouvant se convaincre de mettre tout le monde en prison, avait décidé de réintroduire cette pratique barbare du confinement.

Et sur cette île, au beau milieu de la guerre, quelques jeunes gens, issus de différentes familles politiques, réunis autour de la figure d’Altiero Spinelli, rédigèrent un manifeste pour une Europe libre et unie. La première pierre d’une aventure politique qui durera soixante ans et qui continue encore aujourd’hui, comme en témoigne l’hommage du président italien.

L’héritage spinellien, pensée fédéraliste

Il y a vingt ans s’éteignait ce grand européen. Le Parlement européen, après avoir appuyé son projet de traité de réforme pour l’Europe, finalement ignoré par les chef d’Etats et de gouvernement en 1985, décida de consacrer un de ces bâtiments bruxellois à celui qui avait consacré sa vie à l’unification du continent et à la construction d’un pouvoir démocratique européen.

Souvent ignoré par l’histoire officielle, l’héritage de Spinelli est pourtant fondamental pour comprendre ce qu’est l’Europe, ce qui a poussé tant d’hommes à consacrer leurs vies à l’unification du continent, et ce vers quoi il faut continuer, inexorablement, à tendre.

La division de l’Europe et du monde en Etats nationaux souverains signifie condamner les hommes à survivre dans un état de guerre. La seule voie à parcourir pour sauver l’humanité d’une lente autodestruction est la construction d’un système de gouvernement mondial qui mette fin au mythe de la souveraineté nationale et qui remplace la tyrannie de la loi du plus fort par le règne du droit.

Le véritable obstacle aux progrès de l’humanité réside dans cette division, artificielle et dangereuse. Dés lors, la ligne de division entre progressistes et conservateurs n’est plus entre ceux qui veulent plus ou moins d’Etats, mais entre ceux qui militent en faveur du dépassement de la souveraineté nationale et ceux qui veulent conserver tout le pouvoir au sein des Etats nationaux.

La souveraineté nationale correspond alors à l’abandon de la véritable souveraineté populaire car sa défense aboutit à nier aux individus la capacité de réaliser leur principale aspiration : la paix. Si la paix correspond à un idéal vers lequel tendent naturellement les hommes, alors l’Etat national est un obstacle à la pleine réalisation de la volonté générale car il maintient les hommes dans un état de guerre ou de trêve.

« Pacifism is not enough » [1]

Pour autant, la leçon de Spinelli n’est pas une simple prédication pacifiste. Le réalisme et la nécessité de l’action politique concrète sont au coeur de sa pensée. Le réalisme d’abord, qui consiste à ne pas céder aux tentations de replis nationalistes, aux opinions commodes mais fausses de ceux qui prêchent le chacun chez soi ou le maintien de l’Etat national comme la condition sine qua non de tout développement démocratique.

Un réalisme qui renverse la perspective habituelle et qui fait comprendre que l’utopiste est celui qui pense qu’il est possible de garantir une coexistence pacifique en maintenant l’humanité divisée en Etats souverains. Un réalisme qui pousse Spinelli à imaginer un modèle susceptible d’être mis en place rapidement et efficacement à l’échelle européenne et qui le conduit à créer le fer de lance de ce projet : le mouvement fédéraliste européen (MFE).

La création du MFE, en 1943, illustre la nécessité de l’action politique qui guidera la vie d’homme libre de Spinelli. Vingt ans passés dans les geôles fascistes et sur les îles de Ponza et Ventotene ; vingt ans à réfléchir sur les remèdes à apporter au mal européen et à son caractère universel. Une fois libre, Spinelli n’aura de cesse de réaliser son projet, imaginant et adaptant ses stratégies à la situation politique du moment.

D’abord mouvement de libération, puis conseiller du prince dés la fin de la guerre, s’employant à influencer De Gasperi, Monnet ou Spaak, puis mouvement populaire, témoignant d’une véritable aspiration des peuples européens à l’unification alors que les gouvernements temporisent, enfin force d’appui externe aux initiatives toujours plus institutionnelles de Spinelli, et qui aboutiront au projet de traité de 1983, le MFE s’adaptera aux circonstances politiques et évoluera. Son existence témoigne de cette volonté de placer la construction européenne au coeur de la politique.

Aujourd’hui le MFE est devenu l’UEF (Union européenne de fédéralistes). Il existe dans toute l’Europe. Il s’est doté d’une branche jeune, envers laquelle le président italien a témoigné toute sa sympathie lors de son récent discours à Ventotene. Il organise tous les ans, sur l’île, un séminaire de formation sur l’Europe et le fédéralisme. Et témoigne, chaque jour, de la nécessité de poursuivre, inlassablement, l’unification fédérale de l’humanité.

Voir en ligne : Altiero Spinelli sur wikipédia.

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P.-S.

Illustration :

Photographie d’Altiero Spinelli, rapporteur du projet de traité instituant l’Union européenne, dans les bancs du Parlement européen à Strasbourg le 14 février 1984. (Photothèque du Parlement européen). Sources : www.ena.lu

Notes

[1Où l’on retrouve la fameuse formule titre du non moins fameux livre (paru dans l’entre-deux-guerres, en 1935) de Lord Lothian, célèbre prédécesseur d’Altiero Spinelli dans le cadre des développements de la pensée fédéraliste. Une formule sciemment reprise (« Le Pacifisme ne suffit pas » / « Pacifism is not enough »), et un héritage politique ouvertement revendiqué par Altiero Spinelli tout au long de son oeuvre militante et politique, éditoriale comme littéraire.

Vos commentaires

  • Le 27 mai 2011 à 11:04, par HERBINET En réponse à : Vingt-cinq ans de la mort d’Altiero Spinelli

    Vingt-cinq ans après le décès de Spinelli, l’Europe bégaie malgré la quintessence de l’idée originelle. A l’image de l’idée fédérale, telle que les Pères fondateurs la conçurent, l’expérimentation est au centre de l’unicité et de l’universalité de la construction européenne. Oscillant entre détresses et incertitudes, les eurosceptiques s’engouffrent là où les faillent gisent. A l’encre de la nostalgie, les eurosceptiques instrumentalisent avec un vice inégalé les couches populaires, bloquant ainsi l’impact vertueux du fédéralisme débouchant sur l’accord parfait entre les citoyens et les États. L’économie bégaie. Les dettes publiques sont des plaies béantes, la sûreté nucléaire patine, les pertes d’emploi sont considérables. Dans ce contexte incandescent, Pierre-Franck Herbinet, Secrétaire Départemental (39) du Mouvement Démocrate, estime que les réponses devraient s’orienter sur une présence accrue des technologies de l’information et de la communication, sur le développement des libertés et de la démocratie ainsi que sur l’innovation et les mutations techniques. Partir de l’héritage de Spinelli pour mieux se saisir de l’émotion en devenir de l’acception fédérale de la construction fédérale.

    Pierre-Franck Herbinet

  • Le 28 mai 2011 à 13:16, par HERBINET En réponse à : Vingt-cinq ans de la mort d’Altiero Spinelli

    La guerre économique fait rage, le peuple souffre, les équilibres internationaux mutent, les écosystèmes sont en danger, le choc de la mondialisation fait des ravages, les grilles de lecture sont dépassées. L’Union européenne est inapte à impulser un sursaut, la digue est rompue ! L’idéologie nationaliste et populiste se déploie sur le terreau malodorant de l’abandon des classes moyennes et de l’incurie des élites cupides accusées de spolier les classes moyennes. Selon les dires mensongers, entre nationalisme et fascisme, la politique est souillée honteusement par les acteurs de lobbying international intervenant dans le microcosme bruxellois du « TRIANGLE ». En adéquation avec le réseau citoyen ETAL - www.Reseau-etal.org - Pierre-Franck Herbinet, Secrétaire Départemental (39) du Mouvement Démocrate, membre de commissions dans l’enceinte du Mouvement Européen, soutient l’appel citoyen au sujet de l’encadrement et de la transparence des actions de lobbying en direction des pouvoirs publics. Pour en finir avec la politique du court terme aussi dévastatrice que les propos eurosceptiques, de nouvelles normes d’anticipation des crises sont à concevoir sans occulter le déblocage des situations tendues par la concertation.

    Cette citation de Giorgio Napolitano (21 Mai 2006/Ventotene-Lazio) avons-nous le devoir de la disséminer sur la Toile : « Il n’y a pas d’avenir (...) sinon dans le refus de toute pénible tentation de repli sur des revendications mesquines et illusoires de l’intérêt national et sur des abandons stériles au scepticisme envers le projet européen. »

    Pierre-Franck Herbinet

  • Le 30 mai 2011 à 09:08, par HERBINET En réponse à : Vingt-cinq ans de la mort d’Altiero Spinelli

    Sans hésitation aucune, Messieurs SPINELLI et MITTERAND furent deux artisans de la construction européenne. A l’heure à laquelle les accents populistes grondent dans les bureaux de vote, les fédéralistes appellent de leurs voeux à sauver notre créature unique, aussi inapte soit-elle sur la scène internationale ! Courage, ne fuyons pas ! Notre héritage européen est riche et nous en sommes si fiers. Riche de grands événements historiques - l’euro, la charte des droits fondamentaux, la citoyenneté européenne, la réunification du continent européen, la zone Schengen et le Parlement européen - riche en symboles - l’euro, notre monnaie unique, « Unie dans la diversité », notre devise, notre drapeau européen, notre journée de l’Europe en date de chaque 9 Mai, l’Ode à la joie de Ludwig van Beethoven, notre hymne. Tout est dit, sauf ... l’indicible. En adéquation avec le réseau citoyen ETAL - www.Reseau-etal.org - Pierre-Franck Herbinet, Secrétaire Départemental (39) du Mouvement Démocrate demande à ne plus s’émouvoir de cette confusion, puisque l’exercice salutaire demande à faire vivre un courant libéral et social, réformiste et européen, tout en approfondissant le processus démocratique européen. Au sein de ce territoire réunifié, la préservation des vies humaines, animales et végétales sont assurées, puisque l’ordre mondial se fonde aussi bien sur l’équilibre des Puissances que sur l’obligation commune de développement. Outre l’implication des citoyens dans la construction européenne, l’autre immense défi consiste à protéger chaque société européenne tout en conciliant les impératifs sociaux et écologiques avec l’efficacité économique des marchés. Rendons hommage à Messieurs SPINELLI et MITTERAND de nous avoir choisi un destin. A nous de continuer notre odyssée étoilée en maximisant l’acception fédérale de la construction européenne.

    Pierre-Franck HERBINET

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