Accueil > Opinions > L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont (...)

L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

, par Jonathan Leveugle

La campagne du président de Debout la république a fait beaucoup de bruit dans le paysage audiovisuel français, montrant un Nicolas Dupont Aignan défenseur d’une économie française moribonde avec comme unique cause l’euro, cette monnaie forte responsable de la vie chère et détruisant nos emplois. Mais qu’en est il réellement ?

Auteurs

Mots-clés

Première affabulation du leader souverainiste : L’euro a rendu la vie plus chère et a entrainé une baisse du pouvoir d’achat.

FAUX. Ce n’est pas la monnaie en tant que telle qui crée de l’inflation mais la façon dont elle est gérée. Personne ne disait que le franc était responsable de l’inflation auparavant. Depuis 1999, l’inflation est en moyenne de 2%, alors qu’elle atteignait les 13% au début des années 80.

Pourquoi alors une frange de la population a l’impression que la vie est plus chère ?

Tout d’abord, il est vrai que les produits de consommation quotidienne ont augmenté (pain, essence, légumes...). Ce ne sont pas des produits substituables et ils revêtent une dimension symbolique pour les français. Mais cette augmentation survient avant l’introduction de l’euro pour baisser en 2002 et remonter en 2007.

Néanmoins, la hausse des prix de ces produits n’est pas due à l’euro mais à une hausse des matières premières (pétrole) ou encore de l’attitude des grands distributeurs qui veulent conserver leurs marges. De plus, la faible augmentation des salaires durant cette période a renforcé ce sentiment inflationniste. Mais ce n’est pas la faute de l’euro !

Enfin, cette augmentation des prix des produits alimentaires ne touchent pas que la zone euro mais l’ensemble des pays européens.

Second mensonge de Nicolas Dupont Aignan : L’euro trop cher entraine une baisse de compétitivité et des exportations françaises.

FAUX. "Consécutivement à l’adoption de la monnaie unique, le nombre de flux de commerce à destination de la zone euro a augmenté de 3% [1], principalement du fait d’une hausse du nombre de produits exportés par firme ". En effet, l’introduction de l’euro a éliminé les risques de volatilité des changes avec notre principal partenaire économique.

Il est vrai qu’un euro fort pénalise les exportations vers des zones non euro et dans des secteurs où la compétitivité se fait par les prix. Mais ce phénomène n’est circonscrit que dans certains secteurs économiques qui revêtent une grande importance symbolique (Airbus, Eads).

Cet euro fort n’apparait d’ailleurs qu’à partir de 2007. Libre aux institutions européennes de mener une politique de dévaluation ou d’inonder les marchés de liquidités, mais on ne peut pas dire que la monnaie commune à eu un effet mécanique d’augmentation de la valeur des biens européens. Ce changement peut s’opérer si il y a une volonté politique.

Troisième fable du président de Debout la République : A cause de l’euro, les Etats n’ont plus de souveraineté monétaire et doivent emprunter sur les marchés financiers ce qui augmente leurs dettes.

FAUX. L’emprunt par les Etats sur les marchés financiers ne découlent pas de l’euro. En France, cette mesure date de 1973 et le Traité de Lisbonne l’a confirmée. Mais cela n’empêche en rien les membres de l’UE de changer leurs politiques économiques et d’autoriser les Etats de se financer auprès de la BCE.

La création du Fonds Monétaire Européen ne va d’ailleurs t il pas dans ce sens ? C’est un choix de politique économique antérieur à l’euro qui peut être modifié en gardant notre monnaie.

Quatrième invention de Nicolas Dupont Aignan : L’euro a aggravé la crise tandis que les autres pays européens ou les Etats Unis s’en sortent mieux.

FAUX. L’euro n’est pas responsable d’une crise mondiale dont les facteurs sont extra monétaires. La baisse de l’activité explique à 78% le creusement du déficit public en France, 71% au Royaume Uni, 73% en Allemagne et 93% en Espagne entre 2007 et 2010. Par ailleurs, le creusement du déficit public a été aussi fort au Royaume Uni (-10.6 points de PIB) qu’en Espagne (11.9) ou aux Etats Unis (8.3).

David Cameron, premier ministre anglais a même déclaré : "Ce pays [Royaume Uni] est dans une situation économique extrêmement difficile [...] Nous avons le pire déficit budgétaire en Europe".

Monsieur Dupont Aignan ne fait qu’avancer, sous des prétextes fallacieux, ses théories souverainistes. Des problèmes structurels existent dans notre zone monétaire et des réformes doivent être menées.

Mais ne nous trompons de cible, la solution se trouve bien dans une intégration monétaire et budgétaire plus poussée et non pas dans un retour au « chacun pour soi ».

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

P.-S.

photo : « pet rooster »

Crédits : Thomas Hawk, certains droits réservés

Article publié pour la première fois en février 2011.

Notes

[1Antoine Berthou, Lionel Fontagné ; Les effets de l’introduction de l’euro sur les exportateurs français : une analyse sur données individuelles, REP 120 (2) mars-avril 2010

Vos commentaires

  • Le 26 février 2011 à 18:15, par louchenkov En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Bonjour,

    Quel titre accrocheur (pour ne pas dire racoleur) ! Vous pourriez être plus mesuré dans vos propos. Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas d’accord avec les propos de Nicolas Dupont-Aignan qu’il faut jeter l’anathème sur lui.

    Tout d’abord Nicolas Dupont-Aignan, quand les journalistes lui en laissent le temps, ne présente pas la sortie de l’euro comme la panacée, mais comme une mesure préalable à la mise en place de toute politique industrielle pérenne.

    Ensuite, pour rentrer dans le cœur du sujet, je ne suis pas d’accord avec vos contre-arguments, et en particulier sur les points suivants :

    - Vous dites : "De plus, la faible augmentation des salaires durant cette période a renforcé ce sentiment inflationniste. Mais ce n’est pas la faute de l’euro !" Malheureusement si. La politique que soutient la Banque Centrale Européenne, par la voix de son président Jean-Claude Trichet, est une politique de déflation. En effet Jean-Claude Trichet a qualifié la tentation d’octroyer des hausses de salaires comme « la dernière bêtise à faire ». C’est par ailleurs cette politique qu’ont dû mettre en place la Grèce, l’Irlande, l’Espagne, et le Portugal, soit pour recevoir les aides européennes, soit pour essayer de sortir leurs finances du rouge. Or la mise en place de ces politiques est intimement liée à l’euro.

    - Vous dites ensuite : "Il est vrai qu’un euro fort pénalise les exportations vers des zones non euro et dans des secteurs où la compétitivité se fait par les prix. Mais ce phénomène n’est circonscrit que dans certains secteurs économiques qui revêtent une grande importance symbolique (Airbus, Eads)." Celle-là j’ai vraiment du mal à l’avaler. Je ne sais pas dans quel secteur vous travaillez, mais le mien, c’est l’industrie. J’ai d’abord été sous-traitant pour Airbus, et je suis maintenant dans le nucléaire, donc je connais un peu ce secteur qui ne revêt à vos yeux qu’une "grande importance symbolique" (sachant que ce qui est valable pour ce secteur est valable pour à peu près tous les secteurs de l’industrie française). Sans même parler des exportations, les délocalisations vers l’Inde ou la Chine (ou même vers les USA qui deviennent moins chers), d’usines ou de centres d’ingénierie (alors qu’on affirmait auparavant que cela n’arriverait jamais, les Chinois étant trop en retard) je les ai vues et je les vois encore. Et chez Airbus, l’argument avancé c’est bien l’euro (voir les déclarations des dirigeants d’EADS, peu soupçonnables d’être favorables à Nicolas Dupont-Aignan). Quant à la vente ratée des centrales nucléaires à Abou Dhabi, outre la gueguerre entre Areva et EDF (qui est un bon alibi pour masquer la véritable cause de l’échec), c’est bien évidemment la différence de prix entre les centrales coréennes et françaises qui a fait basculer la décision en faveur des Coréens. Et, en plus de l’offre agressive des Coréens (vente à perte c’est sûr, mais on a fait la même chose en Finlande pour le 1er EPR), c’est la parité dollar/euro qui a joué. Après, si pour vous un contrat d’environ 28 milliards d’euros (construction des centrales + exploitation + amélioration du réseau électrique obligatoire), c’est une vente symbolique, alors évidemment nous n’avons pas les mêmes valeurs. Je ne vais pas multiplier les exemples, ceux-là suffisent. Je ne sais pas avec quoi vous comptez payer les produits et matières premières qu’on importe de l’étranger, mais si c’est avec du vin et le tourisme (chose que j’ai déjà entendue plusieurs fois), et bien on est pas sorti de l’auberge. Parce qu’au moindre pépin ailleurs, nous dégusterons plus que les autres.

    - Sur le troisième paragraphe qui commence par "Troisième fable du président...", votre contre-argument est bancal car vous avez mal étudié les discours de Nicolas Dupont-Aignan. En effet il se bat également pour remettre en cause la loi que vous évoquez afin de pouvoir emprunter de l’argent à la Banque de France pour les dépenses d’investissement (et uniquement d’investissement et non pas de fonctionnement : il ne faut pas faire n’importe quoi non plus). Or ce principe a été renforcé lors de la mise en place de l’euro. Nicolas Dupont-Aignan est donc cohérent puisqu’il combat l’euro qui fonctionne sur le même principe.

    - Sur le dernier paragraphe, je ne suis ni d’accord avec vous, ni avec NDA (sur la manière dont il présente les choses en tout cas) (et oui, il m’arrive même de penser par moi-même, incroyable, non ?). Concernant le cas particulier du Royaume Uni, qui est un des chantre de la libéralisation à outrance (je pense aux chemins de fer et à la finance notamment), ce n’est pas une surprise qu’il soit durement touché par la crise. Cependant il ne s’est pas privé de dévaluer la livre sterling pour relancer son économie. Je constate que vous n’avez pas cité la Suède, peut-être un peu là-dessus ?

    Pour conclure vous dites : "La solution se trouve bien dans une intégration monétaire et budgétaire plus poussée." : en voilà une phrase bien floue, qui peut recouvrir bien des choses. Soyez plus précis, puisque vous critiquez sur la toile. Définissez les mesures que vous entendez mettre en place derrière cela. Parce que moi les utopies, j’aime bien, mais en général, ça se termine comme les livres de science fiction, c’est-à-dire, plutôt en "dystopie".

    Cordialement, un militant de Debout La République (comme vous vous en doutiez probablement ;)).

  • Le 28 février 2011 à 13:58, par Xavier En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Ses arguments, à Dupont-Aignan, il faut les retourner. L’argumentation de l’article est bonne, c’est une excellente défense de l’euro.

    Seulement notre Dupont-Aignan nous dit aussi, en gros, avec le franc on a la maîtrise de la monnaie pour notre économie, française, qui n’a pas les mêmes contraintes ni la même structure que l’économie allemande. Notamment vis-à-vis des exportations.

    Alors ok, moi je veux bien qu’on quitte l’euro pour ces raisons. Mais alors qu’on aille plus loin. Je veux une monnaie pour ma région, l’Alsace, parce que nous n’avons pas la même économie que la Lorraine, la Bretagne, la Provence, l’IdF, etc. À chaque région sa monnaie. Suivons donc sa logique jusqu’au bout.

    L’outil monétaire n’a jamais été un bon outil pour améliorer la compétitivité d’une économie.

    L’euro c’est le défenseur du pouvoir d’achat des citoyens, c’est une monnaie à la base anti-inflationniste (en théorie), une monnaie stable.

    Je vous invite à vous renseigner, dans les prochains mois, au sujet des entretiens de Strasbourg, fin novembre, qui auront pour thème l’euro ! Organisé par les JE-Strasbourg.

  • Le 6 mars 2011 à 20:15, par Laurent Pinsolle En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Bonjour,

    Voici une nouvelle réponse à vos critiques de nos positions :

    « L’euro a rendu la vie plus chère » : de nombreuses études INSEE ont montré qu’à l’occasion du passage à l’euro, un certain nombre de produits (pain, lait, fruits et légumes, prix des grandes marques…) et services (café, restaurants…) ont vu leur prix augmenter beaucoup plus vite que l’inflation du fait de la perte de repères des consommateurs. En ce sens, l’euro a donc directement eu un impact sur le prix de la vie.

    « L’euro trop cher a entraîné une baisse de la compétitivité et des exportations de notre pays » : la seule augmentation des exportations au sein de la zone euro est un chiffre beaucoup trop partiel pour mesurer la perte de compétitivité et la baisse de nos exportations. L’examen de la balance commerciale est plus significatif. A la fin des années 1990, nous avions un excédent commercial, et à peu près à l’équilibre au début des années 2000. Depuis l’arrivée de l’euro, la situation se détériore régulièrement et nous avons battu un record avec un déficit commercial de plus de 50 milliards d’euros l’an dernier. La surévaluation de l’euro est une des raisons majeures de ce déficit. Les économistes estiment qu’il devrait être proche de la parité avec le dollar, ce qui n’est plus le cas depuis de nombreuses années. L’appréciation de la monnaie unique a été concomitante à l’explosion de notre déficit. En outre, Louis Gallois, patron d’EADS a bien souligné les conséquences dramatiques de la surévaluation de l’euro pour un de nos fleurons industriels.

    « Perte de souveraineté monétaire, emprunt sur les marchés financiers » : de facto, l’adoption d’une monnaie unique entraîne la perte de souveraineté monétaire. Sur la capacité d’emprunt sur les marchés financiers, bien sûr, ce n’est pas nouveau et Nicolas Dupont-Aignan sait bien, pour l’avoir dénoncé plusieurs fois, que cela date de 1973, mais cela n’enlève rien au fait que les traités européens interdisent le financement des Etats par la BCE, même si cela pourrait être modifié. Du coup, ce qu’il dit est juste.

    « L’euro a aggravé la crise » : vos chiffres sont intéressants, mais ils ne démontrent en aucun cas le contraire. Un fait tout simple : le PIB a baissé de 4% dans la zone euro en 2009 puis a progressé de 1.6% en 2010, soit une contraction de l’activité de 2.4% en deux ans. Aux Etats-Unis, le PIB a baissé de 2.6% en 2009 et progressé de 2.6% en 2010 : le PIB y a été stable. Etant donné que le PIB a nettement plus reculé dans la zone euro qu’aux Etats-Unis, il est démontré que non seulement l’euro n’a pas protégé l’Europe, mais qu’au contraire, il a aggravé la crise. Pire, on voit que la Suède par exemple, qui a gardé sa monnaie, s’en tire beaucoup mieux que nous avec un fort rebond de son activité, du fait de la dépréciation de la couronne. Mieux, Paul Krugman, prix Nobel d’économie, vient d’expliquer que l’euro pénalise l’Irlande par rapport à l’Islande, contrairement à ce que l’on nous disait il y a deux ans…

    Le problème fondamental de l’euro est que la zone euro n’est pas une Zone Monétaire Optimale, une zone géographique apte à partager une même monnaie, selon les définitions de Robert Mundell. Nous n’avons ni budget commun, ni mobilité des travailleurs, ni convergence macroéconomique. Au contraire, l’introduction d’une monnaie unique a mis fin à la convergence des économies européennes, et a provoqué une divergence du fait d’imposer une politique unique à des pays si disparates. La mise en place d’un budget commun ne servirait pas à grand-chose car les autres facteurs ne seraient pas vérifiés. L’euro, c’est comme imposer à tout le monde de mettre une veste taille 52 : pour certains elle est trop petite, pour d’autres, elle est trop grande.

    L’exemple des régions (ou des Etats-Unis) ne sont donc pas pertinents car ils partagent un même budget commun important, il y a une mobilité des travailleurs, une même langue, une même structure économique (un Carrefour ou un Wal Mart avec les mêmes produits vendus au même prix), ce qui n’est pas du tout le cas à l’échelle de la zone euro.

    C’est ce que les opposants à la monnaie unique ont toujours dit et qui se trouve confirmé par ses partisans qui reconnaissent aujourd’hui que la situation n’est pas viable en l’état. Mais comment les croire quand il nous dise qu’elle le serait si on mettait en place ce qu’ils recommandent alors qu’ils disaient il y a dix ans que l’euro fonctionnerait bien ?

    Laurent Pinsolle Porte-parole de Debout la République

  • Le 7 mars 2011 à 14:30, par Laurent Pinsolle En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Bonjour,

    Voici une réponse à vos critiques de nos positions :

    « L’euro a rendu la vie plus chère » : de nombreuses études INSEE ont montré qu’à l’occasion du passage à l’euro, un certain nombre de produits (pain, lait, fruits et légumes, prix des grandes marques…) et services (café, restaurants…) ont vu leur prix augmenter beaucoup plus vite que l’inflation du fait de la perte de repères des consommateurs. En ce sens, l’euro a donc directement eu un impact sur le prix de la vie.

    « L’euro trop cher a entraîné une baisse de la compétitivité et des exportations de notre pays » : la seule augmentation des exportations au sein de la zone euro est un chiffre beaucoup trop partiel pour mesurer la perte de compétitivité et la baisse de nos exportations. L’examen de la balance commerciale est plus significatif. A la fin des années 1990, nous avions un excédent commercial, et à peu près à l’équilibre au début des années 2000. Depuis l’arrivée de l’euro, la situation se détériore régulièrement et nous avons battu un record avec un déficit commercial de plus de 50 milliards d’euros l’an dernier. La surévaluation de l’euro est une des raisons majeures de ce déficit. Les économistes estiment qu’il devrait être proche de la parité avec le dollar, ce qui n’est plus le cas depuis de nombreuses années. L’appréciation de la monnaie unique a été concomitante à l’explosion de notre déficit. En outre, Louis Gallois, patron d’EADS a bien souligné les conséquences dramatiques de la surévaluation de l’euro pour un de nos fleurons industriels.

    « Perte de souveraineté monétaire, emprunt sur les marchés financiers » : de facto, l’adoption d’une monnaie unique entraîne la perte de souveraineté monétaire. Sur la capacité d’emprunt sur les marchés financiers, bien sûr, ce n’est pas nouveau et Nicolas Dupont-Aignan sait bien, pour l’avoir dénoncé plusieurs fois, que cela date de 1973, mais cela n’enlève rien au fait que les traités européens interdisent le financement des Etats par la BCE, même si cela pourrait être modifié. Du coup, ce qu’il dit est juste.

    « L’euro a aggravé la crise » : vos chiffres sont intéressants, mais ils ne démontrent en aucun cas le contraire. Un fait tout simple : le PIB a baissé de 4% dans la zone euro en 2009 puis a progressé de 1.6% en 2010, soit une contraction de l’activité de 2.4% en deux ans. Aux Etats-Unis, le PIB a baissé de 2.6% en 2009 et progressé de 2.6% en 2010 : le PIB y a été stable. Etant donné que le PIB a nettement plus reculé dans la zone euro qu’aux Etats-Unis, il est démontré que non seulement l’euro n’a pas protégé l’Europe, mais qu’au contraire, il a aggravé la crise. Pire, on voit que la Suède par exemple, qui a gardé sa monnaie, s’en tire beaucoup mieux que nous avec un fort rebond de son activité, du fait de la dépréciation de la couronne. Mieux, Paul Krugman, prix Nobel d’économie, vient d’expliquer que l’euro pénalise l’Irlande par rapport à l’Islande, contrairement à ce que l’on nous disait il y a deux ans… Le problème fondamental de l’euro est que la zone euro n’est pas une Zone Monétaire Optimale, une zone géographique apte à partager une même monnaie, selon les définitions de Robert Mundell. Nous n’avons ni budget commun, ni mobilité des travailleurs, ni convergence macroéconomique. Au contraire, l’introduction d’une monnaie unique a mis fin à la convergence des économies européennes, et a provoqué une divergence du fait d’imposer une politique unique à des pays si disparates. La mise en place d’un budget commun ne servirait pas à grand-chose car les autres facteurs ne seraient pas vérifiés. L’euro, c’est comme imposer à tout le monde de mettre une veste taille 52 : pour certains elle est trop petite, pour d’autres, elle est trop grande.

    L’exemple des régions (ou des Etats-Unis) ne sont donc pas pertinents car ils partagent un même budget commun important, il y a une mobilité des travailleurs, une même langue, une même structure économique (un Carrefour ou un Wal Mart avec les mêmes produits vendus au même prix), ce qui n’est pas du tout le cas à l’échelle de la zone euro.

    C’est ce que les opposants à la monnaie unique ont toujours dit et qui se trouve confirmé par ses partisans qui reconnaissent aujourd’hui que la situation n’est pas viable en l’état. Mais comment les croire quand il nous dise qu’elle le serait si on mettait en place ce qu’ils recommandent alors qu’ils disaient il y a dix ans que l’euro fonctionnerait bien ?

    Laurent Pinsolle Porte-parole de Debout la République

  • Le 14 mars 2011 à 20:07, par ? En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Bel article en provenance d’une euro-béattitude... Comment certains peuvent-ils avoir le toupet de prétendre que l’euro a été positif pour les pays de l’UE ?... 1) Il faut ne pas faire ses courses soi-même pour ne pas se rendre compte que l’introduction de la monnaie unique en 2002 a généré une explosion des prix en France, mais aussi en Allemagne et en Italie. 2) Il est évident que l’euro cher plombe notre commerce extérieur. 3) Oui les pays de l’UE n’ont plus de souveraineté monétaire de par la folle indépendance de la BCE. Lorsqu’on prétend mener une politique économique digne de ce nom, il faut avoir le levier monétaire entre les mains. Or à l’inverse des Etats-Unis avec la FED, ce n’est pas le cas pour les nations de l’UE. 4) Il n’y a pas que Dupont-Aignan qui critique la monnaie unique. Il y e a aussi à l’UMP (Myard, Luca, etc. et au PS). De plus de grands économistes tels que Maurice Allais et Alain Cotta ont largement démontré les méfaits de l’euro.

  • Le 14 mars 2011 à 20:55, par edgar En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Xavier : sauf qu’entre l’Alsace, la Lorraine etc., il y a une forte redistribution budgétaire qui n’existe pas au niveau européen. Il y a donc d’autres moyens de compenser un choc exogène que le taux de change.

  • Le 15 mars 2011 à 11:32, par Marc-Antoine Coursaget En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Avant de répondre, mes excuses pour le retard avec lequel ce commentaire est publié. Il s’agit d’une erreur, et votre sentiment d’être censuré est parfaitement compréhensible. Les insultes qui ont fusé sans même un email de précaution le sont moins. Enfin, merci pour votre commentaire

  • Le 15 mars 2011 à 15:03, par KPM En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Ce que je remarque, c’est que vous dite que l’euro a entraîné ceci, cela, mais que vous n’expliquez jamais en quoi le retour au franc corrigerait cela.

    Prenons par exemple votre premier argument : la hausse des prix du fait de la perte des repères et de l’abus des commerçants. Il y a tout à parier qu’un retour au franc entraîne exactement les mêmes phénomènes, pour exactement les mêmes raisons. Vous ne proposez donc pas une solution, vous aggravez le problème.

    Il en va de même avec tous vos autres arguments. Vous placez tous les torts sur le dos de l’euro, mais votre solution (le retour au franc) est encore pire.

  • Le 15 mars 2011 à 22:35, par edgar En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    KPM : la hausse du prix due à la conversion à l’euro ne jouerait pas en sens inverse, en cas de retour au Franc , surtout si l’on retient un taux de 1 pour 1. Il est possible que le Franc recréé perde un peu de terrain par rapport à l’euro au moment de sa cération : ça renchérira à court terme les importations, mais rapidement la hausse des exportations devrait compenser cette perte initiale de revenus. Surtout, la France sortirait de la trajectoire récessioniste imposée par le pacte de stabilité pour renouer avec une dynamique de croissance. C’est surtout cela qui compte.

  • Le 16 mars 2011 à 10:13, par Laurent Pinsolle En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    @ Marc-Antoine

    Désolé, mais en 4 ans de blog, ce n’était que la 2ème fois que mes commentaires n’apparaissaient pas. Qui plus est, je m’y étais repris à deux reprises. S’il n’y a pas eu de mail, c’est parce que je n’ai pas réussi à le trouver sur votre site (mais j’ai cherché) et j’ai évoqué « l’incident » dans un autre papier quelques jours avant pour essayer de provoquer une réaction. N’en ayant pas eu, j’ai donc réagi, sans doute un peu vivement.

    @ KPM

    Un retour au franc ne provoquera pas de hausse des prix du fait de la perte de repères si on choisit la parité 1 NF = 1 EUR, ce qui est notre proposition.

    Comme vous ne développez pas vos arguments, je me contenterai de mettre un lien vers un papier où je traite des objections au retour à l’euro de manière détaillée :

    http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/12/18/euro-le-jour-d-apres.html

  • Le 16 mars 2011 à 14:17, par alf En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    @Xavier : « Je veux une monnaie pour ma région, l’Alsace, parce que nous n’avons pas la même économie que la Lorraine, la Bretagne, la Provence, l’IdF, etc. À chaque région sa monnaie. Suivons donc sa logique jusqu’au bout. »

    Je ne vois pas pourquoi tout le monde veut lier une monnaie à un territoire. Depuis l’antiquité jusqu’au 20e l’or et l’argent ont été quasi hégémoniques à travers la planète.

    Cette idée d’imposer une monnaie territoriale est aussi fausse que rependue, du café du commerce à la buvette du parlement européen. L’abus de télévision et le manque de livres peut-être.

    Dupont-Aignan et Taurillon, même âneries, l’Euro est un échec comme toutes les autres fausses monnaie.

  • Le 16 mars 2011 à 17:30, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    La notion de zone monétaire optimale que nous pond l’extrême droite pour promouvoir un retour à la monnaie du bon vieux temps est naturellement une absurdité complète ou plus précisément une escroquerie intellectuelle. La formation des États en Europe est le fruit de mariages dynastiques, d’héritages, de conquêtes, et en aucun cas les frontières existantes de peuvent correspondre à une quelconque pertinence économique. On est tout simplement dans un ultra-nationalisme qui refuse d’imaginer toute forme d’organisation du pouvoir qui ne coïncide pas entièrement avec les machins étatiques hérités du passé.

  • Le 16 mars 2011 à 21:53, par edgar En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Ne dites pas à Valéry que la notion de Zone Monétaire Optimale a été définie par un prix nobel d’économie, il risquerait un choc psychologique.

  • Le 16 mars 2011 à 23:09, par Laurent Pinsolle En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Bonsoir,

    Puisque le débat a lieu, je vais donc faire des modifications sur mon papier, et notamment changer le titre.

    Valéry-Xavier,

    Entre arguments rationnels et anathèmes totalement exagérés, vous avez choisi …

    « En aucun cas, les frontières existantes ne peuvent correspondre à une quelconque pertinence économique » :

    -  Déjà, à l’échelle des nations en Europe, en moyenne 40% de la richesse produite va dans les caisses de l’Etat pour des dépenses collectives ou de la solidarité nationale. Pour mémoire, ce chiffre est d’environ 1% à l’échelle de l’Europe.

    -  Ensuite, les structures économiques privées sont également organisées à l’échelle de la nation. Les commerces sont essentiellement structurés à l’échelle nationale, avec un prix national. Même les multinationales se débrouillent pour s’assurer que les distributeurs achètent à la filiale nationale et non à d’autres filiales.

    Voici trois raisons pour lesquelles l’euro est un problème pour nos économies :

    1- Il est largement surévalué (les économistes estiment qu’il devrait valoir entre 1 et 1,1 dollar), ce qui pénalise de nombreux industriels, au point de pousser à des délocalisations d’Europe vers les Etats-Unis (la Chine, on peut comprendre, mais les Etats-Unis). C’est notamment le cas de l’industrie aéronautique :

    http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008/03/29/euro-contre-emploi.html

    2- L’euro pousse à la compression des salaires. Dans l’ancien SME, un pays dont les salaires augmentaient plus vite que ces voisins pouvait réajuster la valeur de sa monnaie en dévaluant. Dans un système de monnaie unique, celui dont les salaires évoluent le moins vite (voir baissent), gagne structurellement en compétitivité sur ses voisins, lui permettant d’améliorer son solde commercial (politique suivie par l’Allemagne depuis une quinzaine d’années, du fait qu’elle était rentrée dans l’euro avec des coûts salariaux supérieurs de 25% à la moyenne européenne). Du coup, l’euro risque de pousser à une compression sans fin des salaires, organisant une grande régression sociale à l’échelle du continent.

    3- L’euro, cela revient à imposer une veste taille 52 à des personnes qui auraient besoin d’une taille 46 ou d’une taille 58. Les économistes disent que pour partager une même monnaie, une zone géographique doit satisfaire trois critères :

    a. Un budget commun important b. Une mobilité des travailleurs c. Une convergence économique

    Ces trois conditions ont été formulées pour permettre la stabilité de la zone en cas de choc asymétrique (un choc qui frapperait une partie de la zone mais pas l’autre). Le budget commun assure une solidarité entre les régions qui vont bien et celles qui vont moins bien. La mobilité des travailleurs permet un transfert de la main d’œuvre en fonction des différences de marchés régionaux du travail (comme aux Etats-Unis) et la convergence économique permet de limiter ces chocs asymétriques.

    La zone euro ne vérifiait aucun de ces trois critères. Pire, alors que l’existence de monnaies nationales permettait d’adopter des politiques monétaires distinctes permettant une certaine convergence, l’unicité de la politique monétaire fait diverger les économies. En effet, prenons la situation de l’Allemagne et de l’Espagne un peu avant la crise. D’un côté, l’Allemagne, avec une croissance nominale de son PIB autour de 3% (croissance + inflation), de l’autre l’Espagne, avec une croissance nominale autour de 6%. Avec un taux d’intérêt unique à 4%, l’euro impose au pays dont la croissance est la plus faible des taux élevés qui ralentissent encore la croissance (quand les taux sont supérieurs à la croissance nominale de l’économie, la politique monétaire a tendance à ralentir la croissance) et au pays dont la croissance est la plus fort des taux bas qui accélèrent la croissance (quand ils sont inférieurs à la croissance nominale, la politique monétaire a tendance à accélérer la croissance). Bref, l’Allemagne aurait sans doute eu besoin de taux à 2 ou 3%, l’Espagne, plutôt à 6/7%. Du coup, l’euro, en imposant un coût de l’argent trop faible, a lourdement contribué aux bulles financières espagnoles et irlandaises.

    Bref, les économies européennes sont aujourd’hui beaucoup trop différentes pour partager une même monnaie. De manière intéressante, un rapport rédigé par le très europhile ZEI (Centre pour l’Intégration Européenne) montre que 7 décennies de vie commune n’ont pas permis à la République Tchèque et à la Slovaquie de converger économiquement, ce qui fait dire qu’une telle convergence apparaît totalement illusoire pour une zone euro aussi grande et diverse alors que la Tchécoslovaquie était toute petite :

    http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/12/08/fin-d-une-monnaie-unique-le-precedent-tchecoslovaque.html

    En effet, les pays sont trop différents, tant d’un point de vue des structures économiques (pays plus ou moins exportateurs, plus ou moins compétitifs) que de la démographie (qui impose un niveau d’investissement différent).

    Ce point de vue, déjà défendu par un certain nombre d’économistes sérieux au début des années 1990, plutôt des libéraux (Maurice Allais, Alain Cotta) ont été rejoint par des économistes plus progressistes comme Jacques Sapir. Mais les rangs des critiques de l’euro gonflent au fur et à mesure dans toutes les chapelles économiques (Todd, Gréau, Lafay, Krugman, Stiglitz…)

    Je laisse les lecteurs juges de la tonalité « extrémiste » de mes propos…

  • Le 17 mars 2011 à 02:01, par Jonathan Leveugle En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Bonjour,

    Je vais répondre à vos critiques. Mais tout d’abord je voudrais vous signaler que tous les chiffres cités dans cet article proviennent de recherches économiques ou des études de l’Insee. Je ne m’amuse pas à inventer ou manipuler des chiffres pour avancer mes thèses. Lorsque l’on fait des études approfondies on se rend compte de certains bénéfices de l’euro et de certains problèmes de la politique monétaire. Je soulignerai juste que dans toutes vos critiques vous faites appel à des lieux communs, des impressions, des on dit.

    J’admets tout à fait que je puisse me tromper, mais veuillez avancer des études et des chiffres pour me montrer à quel point j’ai tort. D’ailleurs je vais mettre en lien les sources pour que vous puissiez vérifier. Dernier point non moins important. Cet article n’est en aucun cas une défense de la politique monétaire actuelle. On peut la critiquer ou l’encenser, ce n’est point l’objet de cet article. Ce que je conteste formellement c’est le raccourcis qui est effectué par Monsieur Dupont Aignan entre, une critique de la politique monétaire et la volonté de mettre fin à l’euro. Que l’on fasse des critiques à la BCE, je trouve ça bien normal mais il est ridicule de jeter le bébé avec l’eau du bain. Les critiques contre la politique monétaire française ont toujours existé et pourtant personne ne voulait mettre fin au franc. La monnaie est un objet, à nous d’en faire ce que l’on veut.

    « L’euro a rendu la vie plus chère » : Je vous opposerai cette phrase tirée du site France-inflation « Depuis mi-2001, l’ inflation perçue par les Français est nettement supérieure ( environ le double ! ) à celle calculée par l’Insee. »( http://france-inflation.com/) et vous invite à regarder les chiffres de l’inflation (http://france-inflation.com/inflation-depuis-1901.php) depuis les années 80. Même si ces chiffres ne sont pas à prendre comme des vérités dogmatiques, ils reflètent bien le fait que l’inflation, donc la hausse des prix n’est pas ce que vous prétendez. Vous m’opposerez alors que ce sont les prix de l’électroménager qui ont baissé mais pas celui du pain et que l’on achète du pain tous les jours mais pas une télé. Ce à quoi je vous répondrai que ces données sont incluses et pondérées dans les études de l’Insee et que les statisticiens ont bien pris en compte que les gens achetaient leur baguette quotidiennement et pas leur chaine hifi. Maintenant, si on regarde plus en profondeur, et notamment les produits alimentaires que vous pointez du doigt :

    Tout d’abord, on voit que l’inflation des produits alimentaires a augmenté avant l’introduction de l’euro et qu’elle a chuté à partir de 2002 pour repartir en 2007 (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/pouvoir-achat/statistiques.shtml#graphiquepe1). Je ne prétends pas affirmer que l’inflation des produits alimentaires n’existe pas, elle n’est juste pas la résultante de l’introduction de l’euro. Si on regarde les explications qui sont fournies par les économistes, ceux-ci mettent en avant : l’inflation due aux fluctuations des marchés mondiaux (hausse du prix du pétrole pour le transport, hausse du prix des produits agricoles). (http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/pouvoir-achat/flambee-prix.shtml) Ensuite : Je soulignerai que la hausse des prix des produits alimentaires ne touchent pas que la zone euro mais bien l’ensemble des pays européens. (http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1191&page=graph#graphique1)

    « L’euro trop cher a entrainé une baisse de la compétitivité et des exportations de notre pays ». Je vous opposerez une étude qui a été faite par l’économiste Lionel Fontagné sur les exportations françaises entre 1995 et 2005, ayant pour objet de mesurer l’impact de l’euro sur les exportations françaises. Son étude montre, comme il est indiqué dans l’article, que l’introduction de l’euro a entrainé une hausse de 3% des exportations françaises vers la zone euro et que l’effet est négligeable pour l’ensemble des exportations françaises (Antoine Berthou, Lionel Fontagné ; Les effets de l’introduction de l’euro sur les exportateurs français : une analyse sur données individuelles, REP 120 (2) mars-avril 2010.). Mon propos n’est pas de dire que l’euro a été extrêmement bénéfique pour nos exportations, une hausse de 3% reste faible. Mais on ne peut dire que l’euro a plombé nos exportations, son effet a été nul, ni bon ni mauvais (à part sur certains secteurs).

    De plus, je ne prétends pas, que notre économie se porte bien et que notre balance commerciale est au beau fixe, pour cela je vous renvoie sur un de nos articles sur l’analyse du déficit commercial français (http://www.taurillon.org/Comment-ca-l-Eurozone-va-mal) (qui montre bien que l’euro n’est pas la source du déficit commercial)

    « Perte de souveraineté financière » : Nous sommes donc d’accord que cet état de fait n’est en rien le fait de l’adoption de l’euro. Si vous voulez changer cette disposition vous pouvez le faire dans le cadre européen, c’est d’ailleurs en train d’apparaitre, même timidement, avec le fonds européen. Ce n’est donc pas impossible et ne m’opposez pas le fait que nos voisins allemands ou autres n’en voudront pas, la création du fonds de secours européen, ne s’est pas fait sans l’Allemagne.

    « l’euro a aggravé la crise » : D’une manière générale vous confondez deux choses importantes en économie et en science en général, la corrélation et la causalité. Lorsqu’on remarque que deux faits sont concomitants on ne peut, de manière automatique, montrer que l’un a entrainé l’autre (ex : il pleut en Chine et au même moment je glisse dans ma douche). Il faut pour cela essayer de mesurer le coefficient de corrélation qui pourrait donner l’influence de l’un sur l’autre. Des pays s’en sont mieux sortis au sein de la zone euro que d’autres. Les crises grecques et irlandaises n’ont rien à voir avec l’euro. L’Irlande a fait le choix de sauver ses banques dans la crise financière ce qui a crevé son budget, rien à voir avec l’euro. La Grèce a une mauvaise gestion de ses comptes publics depuis des années, d’ailleurs pour pallier à cela, la Commission a voulu en 2005, contrôler plus en profondeur la gestion des comptes de l’Etat grec, ce qui a été refusé par les Etats. un peu moins de nationalisme aurait sans soute permis de sauver la Grèce. Vous m’opposez le Royaume-Uni alors qu’il connait un déficit public voisin de celui de l’Espagne. Il reste la Suède, mais dont la santé économique ne s’explique pas grâce à sa couronne (et oui il y a d’autres facteurs que la monnaie).

    « Zone Monétaire Optimale » Je vous le concède évidemment, nous ne sommes pas une ZMO optimale au sens de Mundell. Mais même si nous partageons le même constat, nous n’apportons pas les mêmes solutions. Bien sur, il n’y a pas de réelle mobilité des travailleurs, même si elle tend à augmenter. Mais c’est là que j’essaierai de faire changer les choses en créant un véritable espace européen ou chacun pourra travailler, vivre et voyager n’importe où dans l’UE. Ce sera long et difficile mais pas impossible. Je préfère me battre pour cet idéal plutôt que pour le votre qui consiste à un retour en arrière où nous retournerions bien au chaud derrière nos frontières. Nous prétendons justement arriver vers un budget européen, une meilleure connaissance des populations. Nous n’y sommes pas, mais c’est ce vers quoi nous voulons nous diriger. Nous refusons ce retour en arrière que vous nous proposez. Vous faites de la politique, vous savez donc ce que c’est que de se battre pour un idéal. Le votre n’est pas le mien.

    Pour terminer, nous ne sommes pas les euro-béats comme vous l’avez souligné. Nous avons conscience des limites de la politique monétaire actuelle. Notre propos n’est pas de défendre la politique monétaire de la BCE ou celle des Etats. Nous ne sommes pas ici pour dire que chaque proposition de la Commission est formidable ou que M Trichet est l’homme de la situation. Libre à vous de critiquer telle ou telle politique, je le comprends parfaitement, c’est votre rôle en tant que parti politique. Je condamne juste votre amalgame qui consiste à dire « telle politique sur l’euro ne marche pas alors il faut supprimer l’euro ». Est ce que vous dites qu’il faut supprimer l’Etat français quand vous n’êtes pas d’accord avec N.Sarkozy ?

    Jonathan Leveugle Jeune Européen et fier de l’être.

  • Le 17 mars 2011 à 19:44, par Marie THUREAU En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Bravo à Jonathan pour cet article ! Avec sa permission, j’aimerais réagir à ce que j’ai pu lire dans les commentaires.

    Tout d’abord, je suis surprise que l’on puisse faire un amalgame entre concomitance et rapport de cause à effet ! Si nous avions gardé le franc, la crise n’aurait-elle pas été la même, et la situation de la France bien pire sans la stabilité monétaire de l’euro et la maîtrise des taux d’intérêt ?

    Bien sûr, si nous avions le franc, nous aurions dû (« pu », diront certains) dévaluer pour essayer de sauver notre compétitivité... mais nous l’avons fait maintes et maintes fois, à l’époque « bénie » du franc, d’une inflation conséquente et des dévaluations à répétition : les résultats ont été à chaque fois très décevants ! Bien entendu, dans ces cas-là, on oublie de dire aux épargnants que leurs économies vont perdre de la valeur et que nos importations vont nous coûter très cher !

    Enfin, dernière remarque, l’économie allemande, avec une monnaie forte, le mark puis l’euro, se porte depuis longtemps nettement mieux que l’économie française ! Ainsi ce qui serait, si l’on en croit Dupont-Aignan, une entrave pour nous constituerait un atout pour nos voisins et amis !Il faudrait nous expliquer pourquoi ! Quant au Royaume-Uni, sa situation économique n’est pas aussi brillante que celle de la Suède bien qu’il ne soit pas dans la zone euro !

  • Le 18 mars 2011 à 13:33, par Laurent Pinsolle En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    A Marie et Jonathan,

    Je vous remercie de remonter le niveau car jusqu’à présent, ça ne volait pas très haut du côté des défenseurs de l’euro.

    A Marie,

    Oui, la crise aurait été comparable. Néanmoins, il est tout de même intéressant de noter que la crise a été plus forte dans la zone euro qu’aux Etats-Unis alors que cette crise venait des Etats-Unis et qu’ils ont subi un effondrement de leur marché immobilier (alors que dans les grands pays de la zone euro, seule l’Espagne a connu un tel krach). Théoriquement, la crise aurait du être plus forte aux Etats-Unis que dans la zone euro, mais la surévaluation dramatique de l’euro a provoqué l’inverse. A ce titre, je vous invite à consulter les chiffres de croissance du 2ème trimestre 2008 des Etats-Unis, au moment où le dollar était au plus bas : la croissance des exportations étasuniennes avait permis aux Etats-Unis de croître, alors que la zone euro rentrait avec un trimestre d’avance dans la crise, avant le krach financier. Il y a donc une part de responsabilité non négligeable de l’euro dans la crise.

    Je ne vois pas pourquoi la crise aurait été pire sans l’euro pour la France. L’a-t-elle été en Suède ou au Danemark ? Ce n’est pas tout de dire que cela aurait été pire, il faudrait un début d’explication rationnelle.

    Sur les dévaluations, il ne faut pas oublier une chose : la croissance était de 2.5% / an dans les années 1980. Certes, les dévaluations ont des inconvénients. Mais il n’est pas du tout démontré qu’elles handicapent la croissance. La croissance était beaucoup plus forte quand nous pouvions dévaluer car nous adaptions la valeur de notre monnaie à la réalité de notre économie, ce qui n’est plus possible aujourd’hui. C’est la rigidité de l’euro qui pénalise nos économies. Soit dit en passant, la baisse de la couronne suédoise a fait beaucoup de bien à la Suède. Ensuite, il faut relativiser car si la France quittait l’euro, l’Italie et l’Espagne le feraient également (ou l’Allemagne partirait) et donc comme la lire et la peseta baisseraient plus que le franc, au final, notre monnaie resterait à peu près à parité avec l’euro, le mark s’appréciant, la peseta et la lire se dépréciant.

    Du coup, certaines importations (Allemagne, Etats-Unis, Asie) verraient leur prix augmenter, mais d’autres (pays du Sud de l’Europe), baisser. Perte de valeur pour les épargnants ? Comment ? Sur l’Allemagne, petit rappel : la croissance Allemande sur la décennie 2000 est de 0.8% / an, la plus faible de la zone euro après l’Italie (la France est à 1.5%), donc le nettement mieux est très relatif, d’autant plus que le salaire moyen stagne, avec une baisse pour une grande majorité. Certes, l’Allemagne accumule les excédents commerciaux, mais son économie croît faiblement depuis 10 ans et sa population a tendance à s’appauvrir. Je sais, en 2010, la croissance a été de 3.5%, mais cela vient après une baisse de 4.5% en 2009, donc sur le cumul 2009-2010, la France a fait pareil que l’Allemagne.

    Sur le Royaume-Uni, il ne faut pas oublier que ce pays a subi une crise financière beaucoup plus dure que dans le reste de la zone euro avec de nombreuses banques nationalisées et un effondrement immobilier qui n’a pas eu lieu en France, en Allemagne ou en Italie.

    A Jonathan

    Je n’ai jamais dit que vos chiffres étaient inventés ou manipulés. Je laisse les lecteurs juges du fait que j’utiliserai des « on dit ». Pour mémoire, mes sources sur les chiffres de croissance sont l’OCDE ou The Economist pour les derniers chiffres. Je veux bien que vous m’indiquiez la partie de mon raisonnement que vous contestez pour y répondre.

    « L’euro a rendu la vie plus chère » : je n’ai jamais dit que l’inflation en général a augmenté du fait de l’euro mais que le prix d’un certain nombre de produits ont vu leur prix augmenter beaucoup plus vite que l’inflation du fait de la perte de repères des consommateurs. « Baisse de compétitivité » : Une étude portant de 1995 à 2005 n’est pas très intéressante car l’euro s’est beaucoup apprécié après. Par exemple, l’effondrement de la production automobile en France a débuté juste après : http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2010/05/30/quand-renault-et-psa-delocalisent-50-de-leur-production-fran.html Et puis, comme indiqué dans un précédent lien, je crois que les déclarations de Louis Gallois en 2008, patron d’EADS reflètent bien davantage la réalité économique. http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008/03/29/euro-contre-emploi.html Qu’Airbus décide de davantage produire en zone dollar pour se protéger contre la hausse de l’euro montre les effets délétères de la politique d’euro cher. Il ne parlait pas de délocalisations en Chine, mais aux Etats-Unis !

    « Perte de souveraineté financière » : non, nous ne sommes pas d’accord. A partir du moment où l’on adopte une monnaie unique partagée avec 16 autres pays, on perd de facto sa souveraineté financière. Avec le franc, nous aurions une latitude d’action beaucoup plus grande.

    « L’euro a aggravé la crise » : je vous renvoie à mon commentaire à Marie. La crise a été plus forte dans la zone euro qu’aux Etats-Unis, du fait de l’euro cher qui nous a pénalisés commercialement. Ce n’est pas tout de dire que corrélation ne signifie pas causalité (ce qui est juste d’ailleurs), mais je serais curieux d’avoir votre explication au fait que la crise a été plus sévère de ce côté ci de l’Atlantique. Je ne dis pas non plus que la monnaie explique tout, mais que la politique monétaire a un impact.

    ZMO : il y a une vraie question : est-ce que la zone euro peut devenir une ZMO. Je crois que c’est purement et simplement impossible. De facto, c’est la conclusion du Centre pour l’Intégration Européenne (pas vraiment des alter-européens) dans leur étude sur le cas tchécoslovaque. Non seulement, je crois que c’est inatteignable, mais que nous allons provoquer des souffrances inouïes pour essayer d’y arriver (cf Grèce ou Irlande qui auraient tout intérêt à quitter l’euro, restructurer leur dette et dévaluer plutôt que de mener une politique mortifère et sans fin d’austérité).

    Je ne dis pas que la politique monétaire européenne est mauvaise et que donc il faut supprimer l’euro. Je dis que l’euro ne peut pas marcher. Donc, je suis pour un retour aux monnaies nationales.

    Laurent Pinsolle

  • Le 6 avril 2011 à 20:59, par Laurent Bonsang En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    bonsoir,

    je voudrais juste citer le début de la réaction de notre contradicteur, porte-parole de Debout la République pour poser une question simple.

    je cite donc : « L’euro a rendu la vie plus chère » : de nombreuses études INSEE ont montré qu’à l’occasion du passage à l’euro, un certain nombre de produits (pain, lait, fruits et légumes, prix des grandes marques…) et services (café, restaurants…) ont vu leur prix augmenter beaucoup plus vite que l’inflation du fait de la perte de repères des consommateurs. En ce sens, l’euro a donc directement eu un impact sur le prix de la vie."

    ma question : qui fixe le prix des différents produits ?

    autre question : une monnaie a t’elle le pouvoir (magique !) de faire comme par enchantement augmenter les prix ?

    je me souviens que lors du passage à l’Euro, un accord avait été signé sous la houlette du Ministre de l’économie et des finances de l’époque, Laurent Fabius, qui engageait la grande distribution à ne pas profiter du passage à l’Euro fiduciaire pour augmenter les prix. de mémoire l’accord était pour 6 mois.

    reconnaissons qu’il y avait un risque mais faut il pour autant en incriminer l’Euro ?

    je me souviens de la règle de conversion : tout, au 1er janvier 2002, était divisé par 6,55957 ; c’est à dire qu’automatiquement la part de tel produit par rapport au salaire (imaginons qu’elle était de 1 pour 1000) restait la même.Ensuite les augmentations des prix n’ont été faites que d’une part par rapport aux évolutions des cours des denrées de base mais aussi par choix de politique commerciale à savoir décider d’augmenter les marges et de fait augmenter en douce les prix en profitant de la perte de repère et naturellement laisser réagir en disant que c’est à cause de l’Euro.

    je voudrais profiter pour faire un parrallèle entre le passage à l’Euro et... la baisse de la TVA sur la restauration.

    Tout le monde reconnait que les prix dans la restauration n’ont pas baissé ; j’irais jusqu’à dire que lorsqu’on été afficher des baisses de prix, si nous faisions le calcul : ancien prix avec une tva à 19,6% rapporté au prix HT puis ajouté à la TVA à 5,5% le prix total était... supérieur au prix avec une tva à 5,5%.

    alors pourquoi je fais le rapprochement entre l’Euro, source d’augmentation automatique des prix selon Dupont-Aignan (mais aussi Marine Le Pen) et la baisse de la tva sur la restauration dont chacun constate que la répercussion a été on ne peut plus limitée ?

    tout simplement pour reposer la question du début de mon commentaire ; une question simple : qui décide de fixer les prix ?

  • Le 12 janvier 2012 à 18:33, par Sylvain En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    « Bien sur, il n’y a pas de réelle mobilité des travailleurs, même si elle tend à augmenter. Mais c’est là que j’essaierai de faire changer les choses en créant un véritable espace européen ou chacun pourra travailler, vivre et voyager n’importe où dans l’UE. Ce sera long et difficile mais pas impossible. Je préfère me battre pour cet idéal plutôt que pour le votre qui consiste à un retour en arrière où nous retournerions bien au chaud derrière nos frontières. »

    Je préfère encore un européen qui me dira qu’on mettra plus tard en place l’euro, quand les points de convergence réels auront progressé. Imposer un idéal au réel, c’est bien connu, c’est le totalitarisme.

  • Le 15 janvier 2012 à 12:12, par Xavier En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    @Alf Tu auras bien compris évidemment que mon « idée » de monnaies régionales et ironique. C’est juste pour souligner la mauvaise logique de Dupont-Aignan. ;)

  • Le 16 janvier 2012 à 20:53, par Liior En réponse à : L’euro de tous les maux ou les affabulations de Nicolas Dupont Aignan

    Le pavé dans la marre :

    Heu, je viens un peu jeter un pavé dans la marre hein, mais je connais un sujet sur lequel ni Edgar, ni Laurent Pinsolle, ni même notre cher auteur pro-européen n’ont raison .. La loi de 1973 « qui empêche l’Etat de se financer auprès de la banque centrale ».

    Bien sur, par conséquent, j’égratigne aussi Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen, François Asselineau et Jean Luc Mélenchon.

    Il y a donc bel et bien une erreur dans cet article, et celle-ci ne porte ni sur l’euro ni même sur la difficile interprétation des données de l’INSEE ;-)

    Cordialement à tous ... ;-)

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom