Il est temps de mieux connaître nos voisins

Interview de Renaud de Chazournes, directeur de la rédaction du magazine L’Européen

, par Laurent Nicolas

Il est temps de mieux connaître nos voisins

En kiosque depuis le mois de juin 2009, le magazine L’Européen a pour ambition de nous emmener à la rencontre de nos voisins. Loin d’oublier Bruxelles et la politique européenne, ce magazine nous parle avant tout de Nous, les Européens. Pour découvrir ce mensuel prometteur, questions-réponses avec Renaud de Chazournes, directeur de la rédaction.

Le Taurillon : Le deuxième numéro de L’Européen est sorti pour juillet-août. Un magazine indépendant et entièrement consacré à l’Europe et aux européens, c’est une première. Racontez-nous comment est né ce projet.

Renaud de Chazournes : L’Européen est né d’un constat d’évidence. En 2009, notre vie quotidienne est intimement liée à celle de nos concitoyens européens. Mais que savons-nous d’eux ? Bien peu en réalité. Alors, oublions nos idées reçues et faisons connaissance ! Chaque mois, L’Européen fait découvrir leur quotidien, leurs aspirations, leurs enthousiasmes et leurs solutions pour faire face aux problèmes auxquels nous sommes tous confrontés. Comment nos voisins font face à la crise ? Quels choix font-ils face aux défis environnementaux ? Ou plus simplement comment font-ils pour résoudre des problèmes quotidiens qui sont les mêmes que les nôtres ? En allant voir ce qui se fait ailleurs, on trouve bien des solutions. C’est simple, évident, instructif sinon édifiant, c’est L’Européen, le magazine des habitants d’un Continent qui a aboli ses frontières.

Un site en français et en anglais (L’Europeen-web.eu) permet également aux non francophones de nous lire. Mais cette Europe de 500 millions d’Européens est aussi riche de controverses, de débats. L’actualité économique et sociale dans les différents pays et les politiques gouvernementales sont également décryptées et comparées. Nos 25 correspondants ont du grain à moudre.

Le Taurillon : Vous semblez satisfait de l’accueil qu’a reçu le premier numéro, paru en juin à l’occasion des élections européennes. L’Européen peut-il se faire une place durable dans les kiosques français ? Combien de temps vous donnez-vous pour pérenniser le magazine ?

Nous avons effectivement profité de la campagne électorale pour les élections européennes pour le lancement. Mais les résultats des ventes qui confirment notre ligne éditoriale et notre positionnement n’ont de valeur que si ces ventes se confirment et s’amplifient au fil des numéros. On a vu trop souvent des magazines lancés à grand renfort de publicité dont les ventes étaient bonnes au début, puis se sont effilochées par la suite. On ne peut pas, à moins d’être riche à millions, ce qui est loin d’être notre cas doper les ventes avec des campagnes de promotion permanentes.

Nous misons sur la qualité et le bouche à oreille. Or nous avons réalisé des sondages qui nous confirment que les personnes qui ont acheté le premier numéros sont majoritairement séduites. Ce sont des lecteurs qui rachèteront L’Européen et qui en parleront à leur entourage. C’est ainsi que nous allons bâtir notre notoriété et fidéliser notre lectorat. Mais cela demande du temps. Il faut au moins six numéros pour assurer la pérennité d’un titre comme le notre.

Le Taurillon : L’Européen nous incite à comparer les styles de vie de nos voisins, nous fait découvrir des villes, des cultures européennes. C’est finalement cette Europe-là dont on parle le moins. Comment expliquez vous le manque d’intérêt des médias pour cette Europe du quotidien ?

Pour ne parler que de la presse écrite généraliste, il est évident que la réalité de cet espace commun européen sans frontière avec, notamment, des nouvelles générations de concitoyens pour qui l’identité européenne est une évidence et une réalité vécue, leur pose un gros problème. Cette Europe concrète échappe à leurs codes d’analyse et, consciemment ou pas, dérange leurs habitudes. Plus on élargit la focale, plus la réalité devient complexe. Il est plus simple de se limiter au microcosme politique et à l’Hexagone.

ce qui se passe chez nos voisins européens est devenu, à l’heure de la mondialisation, une info de proximité.

Ce n’est pas uniquement par facilité, mais parce que les responsables des rédactions restent, pour la plupart, convaincu que seule l’information de proximité intéresse vraiment leurs lecteurs. Mais ils n’ont pas encore compris que ce qui se passe chez nos voisins européens est devenu, à l’heure de la mondialisation, une info de proximité. Londres est, pour un parisien plus proche que Clermont-Ferrand…

Le Taurillon : A l’inverse, l’Europe politique, Bruxelles, la vie des institutions, ces sujets n’occupent pas une place centrale dans votre magazine. Pourtant lorsque vous publiez dans le numéro de juillet-août un reportage intitulé "Istanbul l’européenne", qui nous fait découvrir une ville qui bouillonne et se métamorphose, vous faites aussi de la politique ?

Nous nous intéressons évidemment à l’actualité communautaire quand elle a une incidence concrète sur la vie des Européen. Pour le numéro de septembre, nous ouvrons ainsi nos pages d’actus sur le referendum Irlandais, début octobre. Car il est évident que son résultat de cette consultation concerne directement et indirectement tous les citoyens de l’Union. De même, nous avons dénoncé l’absence de mode de scrutin unique pour les élections des eurodéputés…Quant à l’identité européenne d’Istanbul, elle est, au moins pour partie, géographiquement incontestable. La plus grande partie de la ville qui est aussi la plus dynamique économiquement et culturellement est situé sur la rive européenne du Bosphore. Par ailleurs, nous avons pris le parti de ne pas nous limiter aux frontières de l’UE. La Suisse est pour nous, Européenne au même titre que la Norvège. Heureusement car nous vendons plus de 2000 exemplaires en Helvétie francophone !

Le Taurillon : Avec près de 80% d’abstention aux dernières élections européennes, paradoxalement, les jeunes s’éloignent du projet européen alors même qu’ils sont la première génération à vivre dans l’Europe de Schengen, de la zone euro et des vols low-cost. Comment votre rédaction interprète cette situation ?

Il ne s’éloignent pas de la citoyenneté Européenne, bien au contraire. Ils s’identifient comme étant Européens, notamment quand ils voyagent hors d’Europe. Cette Europe fait partie de leur identité. A l’inverse, ils ne se sentent pas vraiment concerné par l’Europe institutionnelle. Pour eux c’est, au mieux une nécessité politique, au pire, une bureaucratie inutile.

L’Europe des Européens, les jeunes y souscrivent totalement !

Comment expliquer cette perception globalement négative et cette non reconnaissance du travail accompli depuis le Traité de Rome ? Je pense que l’UE n’a pas su clairement expliquer que des institutions communes pour 27 pays nécessite un compromis permanent. Or le compromis est une notion généralement mal acceptée par les plus jeunes. Et bon nombre de responsables politiques nationaux ont joué trop longtemps avec le feu en faisant de « Bruxelles » un bouc émissaire bien commode. Ce manque de courage se paie cher. Mais, encore une fois, l’Europe des Européens, les jeunes y souscrivent totalement, j’en suis convaincu.

Illustration : Couverture du numéro juillet-août 2009

Source : Fournit par la rédaction de L’Européen

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Vos commentaires

  • Le 5 août 2009 à 13:01, par Titem En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    J’ai beaucoup aimé les premiers numéros, la ligne éditoriale m’a séduit et j’ai trouvé les articles intéressants. J’espère que ce magazine durera longtemps. On dit que l’on ne parle pas assez d’Europe, c’est un cercle vicieux, moins on en parle, moins les gens comprennent, moins ils s’y intéressent. Je pense surtout qu’on ne parle pas assez des différentes initiatives qui sont faites en ce sens. C’est pourquoi il faut saluer les médias qui s’y intéressent (L’Europeen, Le Taurillon, CafeBabel, Euranet, Presseurop...) et les émissions (Zoom Europa sur Arte, Transeuropeennes sur France Inter) et encourager les médias plus importants.

  • Le 5 août 2009 à 16:07, par judabricot En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    Moi aussi je salue l’initiative et je souhaite longue vie à l’Européen !!

    Je suis pas emballé à 100% par tous les articles : certains, comme le dossier sur « où conduire en Europe », sont pas vraiment fouillés, disons qu’on y apprend pas énormément. Mais bon en même temps c’est grand public, et c’est ça qui fait l’originalité de ce magazine, et qui fera, j’espère, son succès. Je suis d’accord avec M. de Chazournes, les jeunes adhèrent totalement à l’Europe des Européens, mais est-ce qu’ils adhèrent autant à la citoyenneté européenne...pas si évident ; ya un peu un comportement de consommateur vis à vis de ce que l’Europe apporte aux jeunes, et je serai pas surpris que ce soit lié à l’indifférence qui se manifeste pour les élections.

  • Le 6 août 2009 à 11:40, par Fabien En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    Le magazine L’Européen est très bien ! bravo à eux et longue vie !

  • Le 6 août 2009 à 17:11, par Manu En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    J’irai acheter un numéro, mais deux remarques :

    1. je ne ressens pas le besoin de connaître mes voisins (en tous cas, étant Alsacien, j’ai sans doute plus à apprendre d’un Catalan français que d’un Badois, et je comprends mieux les Britanniques que les Parisiens), mais surtout celui d’avoir une lecture européenne de l’actualité européenne.

    Par exemple, on persiste à regarder la vie politique européenne (élections européennes comme élections nationales) avec un prisme purement national, alors que ce sont des tendances européennes qu’on retrouve partout. Les médias ont tous cherchés des explications nationales au fait que la gauche se soit effondrée partout au même moment ! Vous semblez d’ailleurs vous satisfaire de l’idée selon laquelle les élections européennes sont une addition d’élections nationales (voir votre article), sans jamais questionner la réalité de ce fait. C’est donc sans doute par le plus grand des hasard qu’à l’époque de Schröder-Jospin, il y avait de manière concommittante une majorité de gouvernementd de gauche en Europe, et maintenant une majorité de droite. Je me souviens aussi que quand on parlait du « plombier polonais » en France, le même débat agitait l’Allemagne avec la loi sur le détachement des travailleurs (Entsendungsgesestz), avec exactement les mêmes craintes et les mêmes problématiques, sauf que chacun regardait cette question dans son coin, sans européaniser le débat.

    Et j’attends aussi que L’Européen parle de l’actualité législative européenne, en la rendant aussi sexy et people que la vie politique nationale dans les magazines nationaux (Le Point, Focus...).

    2. Vous dites « Un site en français et en anglais (L’Europeen-web.eu) permet également aux non francophones de nous lire. » Intéressant (au-delà du fait que les pages en anglais sont encore en construction). Car bien évidemment, cela va de soi, les non-francophones parlent tous anglais. Comme, sans doute, les non-germanophones et les non-lusophones parlent également tous anglais ? Du coup, pourquoi ne pas faire seulement un site et un magazine en anglais ? Ah, j’oubliais, vous vous adressez aux Français, aux Wallons aux Luxembourgeois et aux Romands, qui, eux, ont le droit à lire les articles dans leur propre langue, les autres n’ayant que le droit de se soumettre à la lingua franca dominante.

    Selon moi, de deux choses l’une :
    - soit on estime judicieux de faire un média francophone pour tous les Européens (et on le laisse seulement en français) : égalité pour tous ; c’est une belle manière de faire vivre la francophonie. Après tout, les médias européens anglophone (comme European Voice) n’essaient pas de faire semblant en créant une version française...
    - soit on veut donner un semblant de choix linguistique, et on donne au moins le choix entre les trois langues les plus parlées de l’UE (français, allemand, anglais, sachant qu’il y a beaucoup plus d’Européens qui ont l’allemand et le français que l’anglais comme langue maternelle)

    Là, l’entre-deux un peu bâtard choisi à au mieux comme résultat donner une dimension européenne à quelque chose qui sinon n’en aurait pas (???) et au pire celui d’aller à l’encontre des valeurs de diversité culturelle en Europe, en renforcant l’idée uniformisante que « hors l’anglais, point de salut », les autres langues comptant pour des clopinettes...

    J’espérais mieux...

  • Le 6 août 2009 à 17:28, par Manu En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    « Par ailleurs, nous avons pris le parti de ne pas nous limiter aux frontières de l’UE. »

    Très bien. Je suis impatient de lire votre couverture politique de l’action du Conseil de l’Europe qui, avec son budget ridicule, accomplit de très belles choses pour faire vivre la démocratie sur notre continent, et qui célèbre cette année ses soixante ans dans l’indifférence générale, alors que, outre notre hymne (l’Ode à la Joie) et notre drapeau (les douze étoiles d’or sur fond bleu), il nous a donné la Convention européenne des droits de l’Homme, nous remet à notre place quand le Commissaire aux droits de l’Homme constate l’état lamentable de nos prisons, enquête sur les tortures et les exactions en Moldavie, quand le Congrès des Pouvoirs Locaux et Régionaux condamne la Flandre pour non-respect du droit des minorités linguistiques ou organise la Semaine européenne de la démocratie locale pour améliorer l’implication des citoyens dans la vie publique...

    Bref, il y aura de quoi écrire sur les valeurs fondamentales de l’Europe, et je suis impatient de vous lire !

  • Le 8 août 2009 à 07:32, par Martina Latina En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    Je viens de découvrir à mon tour L’EUROPEEN grâce au TAURILLON : c’est dire s’il porte dignement le nom de l’animal qui porta et nous apporta EUROPE ! J’ai apprécié ce nouveau numéro pour sa variété qui nous fait aimer un peu plus L’EUROPE.

    Mais je me sens redevable au même TAURILLON de la mention d’un livre du Néerlandais paru en français en 2007 et dont j’ai terminé la lecture malgré le nombre et la gravité de son millier de pages : « Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle ». Voici, pour compléter le chatoiement riche et savoureux de L’EUROPEEN, quelques extraits de son Epilogue :

    Trop d’Européens, « sous l’effet d’une espèce de crainte, font fi des relations internationales et intra-européennes sur lesquelles repose désormais notre vie quotidienne. »

    « Il n’existe toujours pas d’espace de dialogue intra-européen. »

    « Nous avons encore beaucoup de choses à nous dire et à nous expliquer les uns aux autres, et il va falloir nous y mettre. »

  • Le 8 août 2009 à 20:30, par Ben En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    Excellent magazine ! Dossiers bien construits, intéressants. Un magazine résolument européen et SURTOUT à la portée de tous !!!! BRAVO L’EUROPEEN !

  • Le 9 août 2009 à 06:31, par Martina Latina En réponse à : Il est temps de mieux connaître nos voisins

    Il manquait malheureusement dans mon message figurant ci-dessus le nom de l’auteur du livre que je viens enfin de découvrir grâce au TAURILLON, et plusieurs d’entre vous l’auront eux-mêmes suppléé : Geert MAK nous explique en effet les nuances européennes de notre DIVERSITE comme la chance unique de notre UNION en marche dans le (vo)lumineux « Voyage d’un Européen à travers le XXe siècle » paru chez Gallimard en 2007.

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