L’Écosse se séparera-t-elle de l’Angleterre en 2014 ?

, par David Grodzki, Traduit par Marie-Sixte Imbert

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L'Écosse se séparera-t-elle de l'Angleterre en 2014 ?
José Manuel Barroso, président de la CE et Alex Salmond, Premier ministre du gouvernement écossais. © Services audiovisuels de la Commission européenne

Alex Salmond, leader du Scottish National Party (parti national écossais) et actuel Premier ministre de l’Écosse, a souvent promis que les Écossais auraient l’occasion de voter pour une Écosse indépendante, en dehors du Royaume-Uni. D’aucuns considèrent cette promesse comme l’une des principales raisons de l’écrasante victoire du SNP lors des dernières élections. Jusqu’ici, les responsables politiques à Londres avaient rejeté toute discussion à propos d’un référendum ou d’une Écosse indépendante.

En effet, aucun Premier ministre britannique ne souhaiterait être associé à l’indépendance de l’Écosse. Face à la montée en puissance des appels à la séparation, Tony Blair s’était ainsi efforcé de contenir ces forces politiques, en développant la politique de « dévolution du pouvoir », qui accorde à chaque entité membre du Royaume-Uni un certain degré d’autonomie politique.

L’Irlande du Nord, le Pays de Galles et l’Écosse ont pu mettre en place des parlements et se sont vus confier la responsabilité d’un certain nombre de domaines politiques dans lesquels ils peuvent développer leur propre agenda et leurs propres propositions indépendamment de Londres. Les domaines les plus cruciaux, tels que les finances, la politique étrangère et la défense, sont néanmoins restés la chasse gardée du gouvernement de Londres. Si le gouvernement d’Irlande du Nord a connu des turbulences, entre interruptions et décisions politiques à court terme, les gouvernements du Pays de Galles et d’Écosse se sont montrés plus stables et actifs. Les responsables politiques écossais ont notamment pris goût à une politique menée sans interférences de la part de Londres. Pendant un certain temps, le processus de dévolution a permis d’apaiser les tensions séparatistes. Cependant, depuis 2007, le SNP connaît un regain de popularité, mettant régulièrement le vote sur l’indépendance à son ordre du jour et forçant le 10 Downing Street à prendre en compte ce scénario.

Bien qu’opposé à l’idée d’une séparation entre l’Angleterre et son voisin du nord, le Premier ministre David Cameron a scellé avec Alex Salmond un accord sur la tenue d’un référendum en 2014. L’objectif est simple : résoudre enfin le problème et faire taire les voix en faveur d’une Écosse indépendante. Pour déterminer l’avenir de leur pays, les Écossais devront répondre à une simple question (bien que cette simplicité soit relative) : oui ou non à l’indépendance de l’Écosse ?

Cette question nous amène à nous demander quelles sont les raisons qui ont poussé David Cameron à accepter ce référendum et quels seraient les avantages que l’Écosse tirerait d’une sortie de Royaume-Uni.

Considérations politiques

Cameron prétend ne pas pouvoir ignorer les résultats des dernières élections en Écosse, qui ont fait rentrer un parti séparatiste au gouvernement, même si l’interprétation des résultats suscite toujours le débat : les électeurs ont-ils choisi le SNP pour sa promesse d’un référendum ou parce qu’ils ont été déçu par les autres partis (Travaillistes, LibDem et Conservateurs) ? Après l’obtention de 69 des 129 sièges d’Holyrood par le SNP, le gouvernement de Londres a estimé que les tensions autour du Royaume-Uni allaient augmenter, et ce notamment après que les élections municipales de mai 2012 ont confirmé le large soutien dont bénéficie le SNP — ce dernier a remporté presque 60 sièges supplémentaires, soit 424 sur 1 200 élus.

Pour le SNP, il était essentiel d’obtenir un accord sur un référendum d’indépendance afin de tenir une de ses promesses phares. Un échec en la matière aurait sans doute désenchanté les électeurs d’Alex Salmond (ce qui n’aurait pas dérangé David Cameron) ; un peu comme ce qui s’est passé pour le leader des LibDem, Nick Clegg, qui s’est vu marginalisé par David Cameron au sein de l’actuelle coalition gouvernementale.

Les deux chefs de parti ont fait allusion à la possibilité de négociations sur un élargissement de la dévolution s’il n’y avait pas de majorité claire en faveur d’une Écosse indépendante. Ceci ne signifierait certes pas une souveraineté pleine et entière pour l’Écosse, mais permettrait, malgré tout, d’augmenter considérablement l’éventail de domaines dans lesquels les futurs gouvernements seraient en mesure de légiférer.

Considérations économiques écossaises

La richesse de l’Écosse, provenant entre autres de ses vastes gisements de pétrole et de gaz en Mer du Nord, joue certainement un rôle important dans le débat actuel sur l’indépendance. En effet, le gouvernement écossais entend s’assurer que la majorité des revenus générés par le pétrole et le gaz rentrent dans les caisses du gouvernement d’Édimbourg et non pas dans celles de Londres. En outre, Édimbourg constitue l’un des principaux centres financiers européens. Au cours de ces dernières années, l’Écosse est devenue l’un des principaux soutiens des sources d’énergies renouvelables en Europe.

L’Écosse est d’ores et déjà exportatrice nette d’électricité, et étant donné ses objectifs ambitieux de produire 80 % de son énergie à partir d’énergies renouvelables d’ici 2020, et 100 % d’ici 2025 (cet objectif a ensuite été fixé à 2020 !), les excédents d’exportation d’électricité devraient contribuer au budget du pays. Le gouvernement se montre très optimiste en la matière et les développements sont effectivement extrêmement prometteurs : en 2011, les énergies renouvelables couvraient 35 % des besoins énergétiques et plusieurs rapports indiquaient des progrès continus. Néanmoins, c’est l’objet d’une tout autre discussion de savoir si les objectifs fixés pour 2020 sont entièrement réalistes. Le soutien du parlement et du gouvernement écossais encouragent fortement les investisseurs à croire en l’Écosse verte d’Alex Salmond.

Les revenus du pétrole et du gaz sont extrêmement volatiles ; ils augmentent et diminuent par rapport à la demande des marchés mondiaux. Par conséquent, ces revenus ne peuvent constituer une source de revenus fiable. Le flux de trésorerie provenant de la vente de pétrole et de gaz constitue une source appréciable de revenus supplémentaires, mais ne doit pas constituer le principal pilier du budget gouvernemental — comme c’est le cas en Russie et au Venezuela, où les chutes du cours du pétrole conduisent souvent à des mesures gouvernementales, comme des coupes budgétaires dans les services sociaux ou dans les dépenses militaires. Des pressions supplémentaires proviendraient de la prise en charge des pensions et d’autres coûts sociaux qui peuvent facilement dépasser les revenus liés à l’exploitation du gaz et du pétrole.

Cependant, de nombreux secteurs pourraient fournir au gouvernement un revenu plus régulier : le secteur des services, l’exportation des solutions technologiques pour exploiter le potentiel des énergies renouvelables, le secteur manufacturier ou le tourisme.

Le statut d’État membre de l’UE

Qu’arrivera-t-il si l’Écosse obtient l’indépendance ? Bénéficierait-elle automatiquement du statut d’État membre de l’UE ou devrait-elle se porter candidate à l’adhésion ? Dans ce dernier cas, le processus pourrait-il être accéléré au vu de son appartenance antérieure à l’UE en tant que partie intégrante du Royaume-Uni ? Il semble qu’à l’heure actuelle, il n’y ait aucune réponse claire à ces questions. Bien que le gouvernement écossais soit persuadé que l’Écosse bénéficierait automatiquement du statut d’État membre, les déclarations de Bruxelles semblent plus prudentes et évoquent même la possibilité, dans un premier temps, d’une sortie de l’Écosse de l’UE. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, semble privilégier cette dernière option, indiquant que tout nouveau pays qui souhaite rejoindre l’UE doit (re)présenter une demande d’adhésion : « Si un nouvel État veut rejoindre l’Union européenne, il doit en faire la demande, comme tout autre État. En fait, je constate qu’aucun pays ne quitte l’UE et que beaucoup souhaitent la rejoindre ».

Reste à voir si le référendum sera approuvé, si David Cameron se sera montré plus futé qu’Alex Salmond et si ce désir d’indépendance augmentera (actuellement, un tiers de la population écossaise est en faveur de l’indépendance). Pour le moment, beaucoup de questions restent en suspens.

Article paru dans le cadre du partenariat avec l’European Student Think-Tank

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