Sommet franco-allemand, lundi 23 janvier 2006

Un Sommet de relance pour un moteur grippé ?

Le couple franco-allemand peut-il encore relancer l’Union ? ...

, par Ronan Blaise

Un Sommet de relance pour un moteur grippé ?

Comme on ne le sait que trop bien au niveau européen : quand le « couple franco-allemand » se met d’accord, alors tout est possible... Cela fait de lui -alors- le pivot central, l’élément incontournable et le moteur de la construction européenne. Mais quand les divergences sont trop fortes entre les deux partenaires, cela conduit très souvent le processus d’intégration européenne à la stagnation.

Huit mois après la ratification du TCE par l’Allemagne, les 12 et 27 mai 2005 (mais huit mois après le rejet de ce même TCE par 55% du corps électoral français, le 29 mai dernier...), et trois mois après l’entrée en fonction récente du gouvernement allemand dit de « grande coalition » CDU-SPD de la « Chancelière » Angela Merkel, où en est-on -aujourd’hui- dans les relations entre ces deux partenaires privilégiés ?

Et, alors que la nouvelle chancelière allemande rencontre -ce lundi 23 janvier- le président de la République française, que peut-on donc attendre d’un tel sommet ?

Ce lundi 23 janvier, le Président de la République -Jacques Chirac- et la Chancelière fédérale allemande -Mme Angéla Merkel- doivent se retrouver à Versailles dans le cadre du fameux processus (« dit processus de Blaesheim ») de rencontres bilatérales franco-allemandes sur les problématiques européennes (et à l’occasion du traditionnel « sommet franco-allemand » du 23 janvier...).

À ce titre, les rencontres bilatérales de ce 23 janvier ont pour but de préparer le prochain « Conseil des ministres franco-allemand » qui se tiendra, le 25 mars prochain, à Berlin.

Des rencontres bilatérales pour construire des convergences fortes...

Au départ, en 2001, lorsque fut mis en place ce programme de « rencontres officielles franco-allemandes régulières sur les problématiques européennes », l’objectif de telles rencontres régulières était de bâtir des convergences « franco-allemandes » fortes sur des questions européennes essentielles (comme, par exemple : l’élargissement et les conditions d’adhésion à l’Union, la politique agricole commune, l’UEM, la sécurité alimentaire, etc.).

Aujourd’hui, alors que l’Union européenne marque le pas et que le couple franco-allemand paraît singulièrement en panne, ces rencontres au sommet sont l’occasion inespérée d’essayer d’y voir plus clair.

En tout cas, ce sommet franco-allemand aura été précédé, cette dernière semaine, par toute une série de déclarations officielles et autres rencontres au sommet à divers niveaux (chefs de gouvernements, ministres des affaires étrangères et ministres délégués aux affaires européennes, ministres des finances, etc.).

Néanmoins, alors même qu’il se dit que les deux partenaires souhaitent « développer ensemble une méthode et une feuille de route sur les politiques européennes communes pour les prochains mois » (et en préparation du prochain sommet européen de mars 2006...), les divergences franco-allemandes (notamment sur le dossier de l’avenir du TCE...) ne sont -néanmoins- pas sans poser quelques sérieux problèmes...

Diagnostics contradictoires et divergences d’appréciation.

En effet, si le président Jacques Chirac a effectivement annoncé (en décembre dernier et à de très nombreuses reprises en ce mois de janvier...) qu’il ferait des « propositions ambitieuses » pour relancer les institutions européennes, il n’en n’a pas moins assez clairement exprimé l’opinion qu’à ses yeux le projet constitutionnel actuel était mort, depuis au moins le « Non » français du 29 mai dernier.

Tout au contraire de Mme Merkel qui veut certes, elle aussi, sortir de l’impasse institutionnelle actuelle mais se montre cependant très réservée devant toutes nouvelles initiatives qui reviendraient, à ses yeux, à « destructurer » et à remettre en cause l’actuel texte de Constitution.

Et, à partir de là, les méthodes divergent singulièrement entre les deux partenaires :

En effet, l’actuel gouvernement français n’ose plus vraiment ouvertement parler de réforme des institutions communautaires et -classique « stratégie » de « relance sectorielle »- propose que l’Union se concentre désormais sur des questions plus « techniques » : comme la mise en place de quelque « Europe de l’énergie », de quelque « Europe de la recherche scientifique », « Europe de l’innovation », « Europe sanitaire » -face aux risques de pandémies virales- ou encore de quelque autre « Europe de l’Éducation » (s’appuyant sur une plus large démocratisation des dispositifs déjà existant...).

De même, la position française -plus ou moins clairement exprimée (notamment par Jacques Chirac, lors du dernier sommet européen, en décembre 2005...) est que le TCE devrait être « segmenté » et, par la suite, adopté « par petits bouts » (en privilégiant les réformes institutionnelles « adoptables » sans traité formel...). Et, dans ce seul cadre : priorité à l’institutionnalisation de l’Eurogroupe...

En revanche, le nouveau gouvernement fédéral allemand (avec le soutien de l’Autriche et de la Finlande...) propose -lui- que le TCE soit conservé intégralement en l’état actuel mais qu’il soit, prochainement, complété par une « Déclaration sociale » juridiquement contraignante. Et ce, pour que le TCE puisse donc -à terme- être plus « présentable » pour pouvoir être -sous cette nouvelle forme (complétée et amendée...)- représentée à l’appréciation du peuple français.

Entre les deux visions du problème, l’incompréhension et la divergence d’appréciation semblent -pour l’instant, en tout cas- être totales. A moins que ce nouveau sommet franco-allemand de janvier 2006 ne se termine par quelque annonce inattendue et spectaculaire à laquelle apparemment personne ne semble plus vraiment croire...

Qu’attendre, donc, d’un tel sommet ?

Pourtant, ce ne sont pas les sujets d’importance qui mériteraient d’être soigneusement examiné par les deux partenaires.

À ce titre, on ne se souviendra que des seules déclarations de Karl Lammers (Député chrétien-démocrate allemand, spécialiste des questions européennes et ancien porte-parole de la CDU au temps d’Helmuth Kohl...), en mai dernier, quelque semaines avant le référendum français...

Des déclarations dans lesquelles (in « Die Zeit » : l’hebdomadaire libéral de Hambourg...) Karl Lammers se prononçait -alors et à nouveau- en faveur de la mise en place d’un véritable « noyau dur » franco-allemand construit sur un modèle fédéral.

Et ce, par l’intermédiaire d’une mise en commun des politiques de sécurité et de défense et par la mise en place d’une armée européenne à base franco-allemande (mais ouverte aux autres États de l’Union...) : une armée européenne pouvant alors servir de « catalyseur » à l’Union et rendant ainsi enfin possible la mise en place d’une « politique étrangère commune » européenne enfin digne de ce nom...

Une idée qui trouve un écho assez étonnant dans les récentes déclarations du Président français -ce 19 janvier dernier- qui a ainsi proposé que tous nos partenaires de l’Union européenne soient désormais officiellement placés sous la protection du parapluie nucléaire français (même si ces déclarations quelque peu martiales ont, visiblement, suscité un certain émoi bien compréhensible dans une opinion allemande que l’on sait attachée au pacifisme...).

Ce sommet franco-allemand du 23 janvier 2006 permettra t-il donc de faire émerger une vision franco-allemande commune sur tant de questions cruciales pourtant encore laissées en suspend ? Comme -par exemple- à propos de la fameuse baisse de la TVA tant promise à nos restaurateurs français ou -autre exemple- sur le difficile dossier de cette tant épineuse question constitutionnelle...

Là encore, tout est certes possible, mais rien n’est vraiment sûr...

Photographie : Jacques Chirac et Angela Merkel (15/12/2005) ; © Communauté européenne, 2006

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