Arménie/Union européenne : un partenariat renforcé

Le Courrier d’Europe

, par Le Courrier d’Europe, Lucía Montenero-Nebot

Arménie/Union européenne : un partenariat renforcé
Drapeau arménien ©Pixabay (licence gratuite PIxabay)

Le 3 février 2026 à Erevan, capitale de l’Arménie, s’est tenu le troisième dialogue politique et sécuritaire de haut niveau entre l’Union européenne et l’Arménie.

Ce dialogue a réaffirmé l’ambition stratégique du partenariat UE-Arménie et son engagement commun à faire progresser la coopération et l’alignement en matière de politique étrangère, de sécurité et de défense. Le dialogue a également souligné l’importance de la poursuite d’échanges réguliers et structurés sur les questions politiques et de sécurité ; pilier de l’accord de partenariat global et renforcé entre les deux parties. Ce rendez-vous entre les deux pays, co-présidé par le vice-Ministre des Affaires étrangères d’Arménie Vahan Kostanyan et le secrétaire général adjoint et directeur politique du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) Olof Skoog, a précédé le futur premier sommet UE-Arménie prévu en mai 2026 à Erevan.

Le partenariat UE-Arménie

Avant de détailler le contenu du rendez-vous du 3 février, il est important de remettre en contexte les relations diplomatiques, économiques et géopolitiques existant entre l’Union européenne et l’Arménie. L’UE coopère avec l’Arménie dans le cadre de la politique européenne de voisinage et de son volet régional : le “Partenariat oriental”. Mais les relations UE-Arménie sont précisément fondées sur l’accord de partenariat global et renforcé, signé en novembre 2017, en marge du cinquième sommet du Partenariat oriental. C’est seulement quatre ans après sa signature que cet accord est entré en vigueur ; en mars 2021, après ratification par l’ensemble des États membres de l’Union européenne, le Parlement européen et la République d’Arménie. Cet accord permet à l’UE et à l’Arménie de continuer à travailler ensemble dans l’intérêt des citoyens arméniens.

Dans ce contexte, le troisième dialogue du 3 février 2026 s’inscrit dans la dynamique positive observée depuis le sixième Conseil de partenariat entre l’UE et l’Arménie tenu à Bruxelles en décembre 2025, et dans l’adoption de l’Agenda stratégique du partenariat qui fixe une feuille de route ambitieuse pour l’approfondissement des relations. Le Conseil de partenariat est aujourd’hui la plus haute institution officielle établie en vertu de l’accord de partenariat entre les deux parties et contrôle avec assiduité sa mise en œuvre.

Vers une intégration stratégique progressive

Concernant les affaires de sécurité et de défense, les deux parties ont examiné la mise en œuvre de la dimension correspondante de l’Agenda stratégique. L’UE et l’Arménie ont notamment pris acte de l’entrée en vigueur de l’accord-cadre permettant la participation de l’Arménie aux missions et opérations de gestion de crises de l’UE. L’Union s’est félicitée de l’alignement continu et régulier de l’Arménie sur les positions de l’UE en matière de politique étrangère et de sécurité commune, ainsi que son engagement constant sur les questions de sécurité internationale. Elle a également encouragé un renforcement de cet alignement.

Le dialogue politique tenu à Erevan a aussi été l’occasion pour les deux parties de réaffirmer leur dévouement pour la démocratie, les droits de l’Homme, l’État de droit, et pour leur coopération, qui se traduit notamment par l’exercice de missions civiles militaires en Arménie mais aussi par une plus grande implication politique de la part du gouvernement arménien. Ce rappel a laissé l’opportunité pour l’Union européenne de réitérer son soutien aux réformes démocratiques arméniennes : transition d’une justice corrompue vers une institution indépendante, la régularisation fiscale des salaires arméniens, droit du peuple arménien à saisir la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH)…Cette mention aux droits de l’Homme s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe, notamment de par la proximité géographique et le lien historique unissant l’Arménie à la Russie, condamnée par le Conseil de l’Europe et l’Union européenne pour ses trop nombreuses violations des droits de l’Homme.

Toujours à une échelle régionale, lors du dialogue à Erevan, il a donc été également question d’étudier de nouveau les développements régionaux et géopolitiques opérés par l’Arménie et la Turquie, mais également entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, dans un processus d’institutionnalisation de la paix entre les deux pays, c’est à dire la légitimité des institutions et leur capacité d’action dans un processus de pérennisation des relations de paix entre les deux pays. Le 8 août 2025 sous la gouvernance du président états-unien Donald Trump, l’Azerbaïdjan et l’Arménie ont signé une déclaration conjointe en vue de signer un accord de paix mettant fin aux hostilités et prévoyant des relations commerciales et diplomatiques entre les deux voisins. C’était donc l’occasion pour l’Union européenne de réaffirmer son engagement à promouvoir la paix et la stabilité à l’échelle de la région du Caucase du Sud. L’UE a pu rappeler qu’elle soutient massivement ces processus de stabilisation des relations géopolitiques et diplomatiques entre l’Arménie et ses voisins, conformément aux principes de souveraineté, mais aussi d’intégrité territoriale et d’inviolabilité des frontières de tous les pays de la région.

Il était également pertinent de discuter du soutien économique apporté par l’UE à l’Arménie depuis 2024. La présence de la mission de l’UE en Arménie (EUMA) s’ajoute au soutien au titre de la facilité européenne pour la paix d’une valeur de 30 millions d’euros. La contribution précieuse de l’UE représente une aide financière dont l’Arménie ne pourrait se passer, notamment dans le secteur du développement économique mais également des relations entre la République arménienne et ses voisins régionaux.

Un partenariat sécuritaire sous pression russe

Malheureusement, la menace russe persiste et continue de sévir, notamment à travers le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui a rappelé fin janvier 2026, lors de la conférence annuelle de bilan de l’activité diplomatique russe tenue à Moscou, la position de l’Arménie dans la région eurasiatique, et son implication dans l’Union économique eurasiatique. Sergueï Lavrov a affirmé qu’il serait impossible pour l’Arménie de poursuivre son rapprochement de l’Union européenne tout en restant membre de cette union économique créée en 2014. Ce dilemme stratégique de l’Arménie entraîne le pays à consolider ses relations diplomatiques et économiques avec l’Union européenne, sans pour autant négliger, voire annuler, ses relations avec la Russie. Effectivement, pour l’Arménie, l’Union européenne est d’une grande aide notamment dans les secteurs de l’énergie ou même du commerce, ce qui permet l’ouverture progressive du pays à son voisinage européen. Cet éloignement progressif de l’Arménie avec la Russie se traduit par exemple par la rupture de 2023 entre les deux pays lorsque Moscou a décidé de rester silencieux et inactif face à l’offensive azerbaïdjanaise contre l’Arménie, mais également par la participation arménienne gelée à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) et le potentiel projet du pays à quitter ladite l’organisation.

Avec ce troisième dialogue politique et sécuritaire de haut niveau entre l’UE et l’Arménie, les relations entre les deux parties s’intensifient, même si la menace russe (pression diplomatique, dépendances sécuritaires, désinformation etc.) pèse au-dessus des prises de décisions arméniennes. L’adoption d’un Agenda stratégique et le lancement des dialogues sur les visas démontrent parfaitement la volonté commune d’approfondir le partenariat. Du point de vue arménien, ces dialogues représentent des opportunités pour moderniser et diversifier leurs capacités stratégiques et politiques dans une région influencée par la menace russe. De l’autre côté, pour l’UE, ces rendez-vous sont l’occasion de démontrer qu’elle peut jouer un rôle de stabilisateur crédible dans son voisinage élargi à travers l’utilisation du diplomatie d’influence.

Grâce à ces dialogues politiques et sécuritaires entre l’Arménie et l’Union, le processus d’intégration du pays d’Eurasie se clarifie, même s’il ne se finalise pas encore. Ces dialogues sont également l’occasion pour l’UE de développer sa “géopolitique européenne”, prouvant à son voisinage qu’elle est un acteur stratégique important et qu’elle pourrait devenir un acteur politique et sécuritaire à part entière.

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