Bien plus que la femme de Max Braun - Portrait d’Angela Braun-Stratmann (1892-1966)

Féministe, antifasciste, fédéraliste : Une pionnière européenne de la Sarre

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Bien plus que la femme de Max Braun - Portrait d'Angela Braun-Stratmann (1892-1966)
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Féministe, antifasciste, fédéraliste : Une pionnière européenne de la Sarre

« Nous devons tous apprendre l’esprit européen. L’idée d’être « au-dessus de tout » n’est pas européenne. Cette idée n’est pas propice à la paix, à la compréhension et à l’unité. (...) Aucune nation, aucun pays, aucune ethnie, aucun être humain n’est « au-dessus des autres ». Et c’est une bonne chose ». Source : Braun, Angela : Was ich noch sagen wollte, in : Charme 1948, Nr. 17.

Par sa lutte courageuse et constante, Angela Braun-Stratmann a été l’une des avocates sarroises les plus importantes en matière de justice sociale, d’égalité des sexes et d’intégration européenne au XXe siècle. En tant que journaliste, social-démocrate et parlementaire, elle s’est battue pour une Europe pacifique au-delà des étiquettes nationalistes, en mettant clairement l’accent sur le fédéralisme comme réponse à la guerre, à la dictature et au pouvoir patriarcal.

Un engagement pionnier pour la justice sociale et l’intégration européenne

Née en 1892 à Neuss, Angela est issue d’une famille catholique et politiquement engagée. Elle a enseigné l’allemand et l’histoire avant de s’engager politiquement dans la région de la Sarre aux côtés de son mari, Max Braun, mais elle n’est jamais restée dans l’ombre de ce dernier puisqu’elle a joué un rôle décisif dans la construction de la culture politique de la région, en tant que publiciste indépendante, commentatrice et activiste.

À partir de 1924, elle a contribué à la création de l’Association pour le bien-être des travailleurs (l’AWO) en Sarre et l’a dirigée avant et après l’ère nazie. C’est par des ateliers de couture, des soupes populaires, des camps de jeunes et des groupes de femmes qu’elle a pu créer des espaces concrets de participation sociale, en particulier pour les femmes défavorisées. Elle a également marqué la presse de son empreinte. En tant que rédactrice du Volksstimme social-démocrate, elle était chargée de la section féminine « Für unsere Frauen » et encourageait les femmes à s’engager activement dans les processus politiques.

Résistante en exil : une voix pour la Sarre et l’Europe

Pendant la période nazie, elle s’est exilée, d’abord en France, puis à Londres. À partir de là, elle a poursuivi son combat en paroles et en actes en travaillant pour la BBC, pour l’Office français pour les réfugiés et au sein du réseau antifasciste des exilés européens. Elle s’est fermement engagée en faveur d’une Sarre indépendante et tournée vers l’Europe, une idée qui ne l’a jamais quittée, même après 1945.

Angela Braun-Stratmann a été l’une des rares femmes à participer activement à la reconstruction des structures démocratiques lorsqu’elle est retournée dans la Sarre dévastée en 1946. Elle est devenue membre de la commission constitutionnelle et a rédigé des articles clés sur le mariage et la famille. De 1947 à 1952, elle a été membre du premier parlement de la Sarre, où elle a défendu la réconciliation internationale, une solution fédéraliste à la question de la Sarre et l’égalité des sexes.

Pour elle, le fédéralisme n’a jamais été un terme technique, mais un contre-concept démocratique radical contre la concentration du pouvoir, contre l’isolement national, contre le pouvoir patriarcal. Sa pensée politique, fondée sur la conviction que la paix et la justice sociale ne pouvaient être obtenues qu’au-delà des frontières, était profondément européenne. Lors des premiers projets européens de reconstruction, elle a plaidé en faveur d’un statut européen de la Sarre, une proposition qui n’attribuerait pas la région à un seul État-nation mais la placerait sous administration européenne, en faisant de celle-ci un modèle pour l’Europe fédérale. Cette idée visionnaire a toutefois échoué en raison de la résistance des forces nationalistes.

Parallèlement à son travail parlementaire, elle a fondé en 1947 le magazine féminin Charme, l’un des premiers de l’après-guerre. Entre la mode et la culture, le magazine offrait un espace pour un contenu politique engagé en faveur de l’égalité, de l’autodétermination et de la sécurité sociale. En tant que rédactrice en chef, elle a considéré Charme comme un outil permettant de s’adresser aux femmes en tant que sujets politiques afin de les informer et de susciter leur intérêt pour la politique. Elle exhorte inlassablement ses lectrices à revendiquer leurs droits et à jouer un rôle actif dans la vie politique. Avec un tirage de 70 000 exemplaires, le magazine est devenu une voix puissante dans une période de bouleversements.

En 1955, après le rejet du statut européen par référendum, Angela Braun-Stratmann s’est retirée en France. Elle a vécu à Bois-Colombes près de Paris jusqu’à sa mort en 1966. En 1997, son nom a été donné à une rue de Sarrebruck. Aujourd’hui, son nom reste peu connu, même en Sarre.

Son héritage féministe et fédéraliste : une inspiration pour notre génération

Pour nous, fédéralistes européens, Angela Braun-Stratmann est une alliée historique. Elle envisageait les bases de l’Europe, considérait les structures fédérales comme un projet de paix et concevait la participation politique comme une tâche incombant à l’ensemble de la société, en particulier aux femmes. Sa vie montre que les visions fédéralistes exigent du courage, de la persévérance et parfois de la résistance. C’est précisément pour ces pionniers et pour ces idées que nous continuons à défendre cette politique aujourd’hui.

Cet article fait partie du « Feminist Federalist Project », une série lancée par des militants fédéralistes dans le but d’explorer les relations intersectionnelles entre la pensée féministe et la pensée fédéraliste.

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