Board of Peace de Donald Trump : quel défi pour l’Union européenne ?

Le Courrier d’Europe

, par Eva Hirtz, Le Courrier d’Europe

Board of Peace de Donald Trump : quel défi pour l'Union européenne ?
Image d’illustration ©Pexels

Le 19 février 2026 s’est tenue la première réunion du Conseil de la Paix, ou Board of Peace, de Donald Trump à Washington D.C. Cette nouvelle initiative diplomatique de la part du président américain soulève des interrogations quant à son rôle en lien avec les institutions multilatérales préexistantes, d’autant plus dans un contexte géopolitique marqué par des tensions croissantes. L’Unité diplomatique de l’Union européenne est ainsi mise à l’épreuve : les États membres parviennent difficilement à apporter une seule réponse face à ce nouveau cadre diplomatique.

Un conseil initialement créé pour s’occuper de la situation à Gaza

Le 17 novembre 2025, Le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 2803, dans laquelle figurait la création d’un Comité national pour l’administration de Gaza, autorisant ainsi la mise en place d’une force internationale de stabilisation, le Board of Peace.

Le Conseil de la Paix devait donc limiter son rôle à Gaza et se terminer en 2027. Mais il semblerait que les plans de Trump aient changé car le but de l’instance serait désormais de « promouvoir la stabilité (...) et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits » et qu’aucun passage de sa charte, bien qu’elle demeure encore privée, ne mentionne d’échéance.

Quant au fonctionnement du conseil, ce dernier sera largement centré autour des États-Unis : son siège est actuellement établi au sein du Donald J. Trump Institute of Peace à Washington D.C et il sera présidé par Donald Trump, membre à vie. Les États-Unis seront le seul pays à bénéficier d’un droit de veto, tandis que tout État souhaitant devenir membre permanent devra verser une contribution financière d’un milliard de dollars.

À noter que le conseil exécutif du Board of Peace est composé majoritairement de proches du président américain, parmi lesquels le Secrétaire d’État américain Marco Rubio, mais également Tony Blair, ancien Premier ministre du Royaume-Uni.

Le conseil compte à ce jour une trentaine de participants. Parmi les États ayant accepté de rejoindre le Board of Peace figurent notamment les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, l’Argentine et la Hongrie. Israël figure également parmi les États membres, bien qu’aucun représentant palestinien ne siège au conseil. De nombreuses invitations ont été envoyées, y compris à la Russie, qui s’est pour l’instant gardée d’apporter une réponse officielle à Donald Trump.

La première réunion du Board of Peace avait pour objectif d’annoncer des engagements financiers et sécuritaires destinés à soutenir la reconstruction et la stabilisation de la bande de Gaza. À l’issue des discussions, une promesse d’aide financière a été annoncée. Celle-ci s’élèverait au moins à [sept milliards de dollars _> https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/7-milliards-de-dollars-pour-gaza-aucun-pays-europeen-trump-inaugure-son-conseil-de-paix-2216979] et serait destinée à financer la reconstruction des infrastructures civiles et le redéploiement administratif du territoire.

Une Union européenne divisée face au Board of Peace

Parmi les 27 États membres, seuls deux ont répondu favorablement à l’invitation de Donald Trump pour siéger au Board of Peace : la Hongrie et la Bulgarie.

Le Premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orbán, est un soutien incontestable au gouvernement de Trump au sein de l’Union européenne. Lors du forum de Davos en janvier, il avait affirmé que la Hongrie allait rejoindre le Board of Peace car elle a « besoin de la paix pour continuer à croître et à se développer ».

La Bulgarie a quant à elle accepté l’invitation le 22 janvier. Le Premier ministre démissionnaire, Rossen Jeliazkov, est apparu au côté du président américain au forum de Davos pour signer la charte du Conseil de la paix. Sa décision est motivée par la présence du diplomate bulgare Nikolaï Mladenov au comité de direction du Conseil de la Paix. Ce dernier a en effet été nommé par l’administration américaine comme haut représentant pour Gaza. La présence de la Bulgarie au conseil devra cependant être à l’avenir ratifiée par le parlement.

D’autres pays ont pour leur part décidé d’être présents lors de la première réunion du Conseil de la Paix, en y siégeant en tant que membre observateur. C’est le cas de l’Italie, de la Roumanie, de la Grèce, de la République Tchèque et de Chypre. Siéger en tant que membre observateur permet à ces États de rester proches des discussions sans pour autant pouvoir prendre part au processus décisionnel ni même aux débats.

Une tentative de réponse européenne unie

Bien que de nombreux États membres appellent au boycott du conseil, la Commission européenne a tout de même décidé d’envoyer la Commissaire à la Méditerranée, Dubravka Šuica, à Washington D.C pour qu’elle assiste à la première réunion du Board of Peace. Cette décision, bien qu’elle témoigne d’une présence européenne, a tout de même été contestée par certains : c’est notamment le président français Emmanuel Macron qui demande des comptes vis-à-vis de cette décision, estimant que la commissaire ne disposait pas « de mandat du Conseil européen ». Un porte-parole de la commission a pourtant insisté qu’il ne « s’agit pas pour autant d’en devenir membre ».

Au Parlement européen, le groupe des Socialistes et Démocrates a demandé à la Commission européenne de préciser la nature et les limites de son mandat dans le cadre du Board of Peace, estimant qu’une implication insuffisamment encadrée « pourrait miner l’engagement européen pour le multilatéralisme et le droit international ».

Lors de la Conférence sur la sécurité de Munich qui s’est tenue en février dernier, Kaja Kallas, Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré que le Conseil de la Paix ne reflétait pas la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Board of Peace comme révélateur des fragilités européennes et internationales

À l’échelle internationale, certaines déclarations de Donald Trump mènent à penser que le Conseil de la Paix a pour but de contourner les Nations Unies (ONU). Bien que Trump ait été critique de l’ONU lors de son discours de présentation du Board of Peace au forum de Davos du mois de janvier dernier, il a affirmé « vouloir travailler en conjonction » avec l’organisation.

Parallèlement, l’ONU tire la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois en raison de difficultés financières croissantes. L’organisation fait en effet face à des retards de paiement importants de la part de plusieurs États contributeurs, comme les États Unis, la Chine et la Russie, certains ayant réduit leurs cotisations, tandis que d’autres tels que le Venezuela, ont même suspendu une partie de leurs financements, fragilisant ses capacités opérationnelles.

L’exécutif européen a souligné lors d’une conférence de presse « avoir toujours un certain nombre de questions » à propos du Conseil de la Paix, notamment concernant « sa compatibilité avec la charte des Nations unies ».

Cette nouvelle initiative diplomatique portée par Donald Trump pourrait ainsi remettre en question l’équilibre des institutions multilatérales existantes, porté notamment par l’ONU. En outre, ce Board of Peace pourrait être révélateur de certaines divisions européennes, mais il pourrait également contraindre l’Union européenne à définir une position diplomatique plus affirmée et véritablement unifiée sur la scène internationale.

Reste désormais à déterminer si cette initiative s’inscrit dans une ambition personnelle du président américain dans sa course au Prix Nobel de la paix, ou s’il s’agit d’une véritable redéfinition plus profonde de l’équilibre multilatéral, dans lequel l’Union européenne devra trouver sa place.

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