Gauche et droite au coude-à-coude en Albanie

, par Alexis Vannier

Gauche et droite au coude-à-coude en Albanie
Drapeau albanais Source Pixabay

Dimanche 24 avril, c’était au tour des Albanais de renouveler leur Parlement, le Kuvendi. Trois semaines après les élections législatives en Bulgarie qui a vu s’effriter le système bipartisan, dans le Pays de l’aigle, deux forces politiques continuent de diriger l’action publique. Beaucoup de choses les divisent dans un climat national tendu. L’intégration européenne constitue certainement leur seul point d’accord.

Hé oh, la gauche !

En Albanie, gauche et droite sont encore des blocs imposants qui arrivent encore à gagner des élections, épargnés par de nouvelles formations libérales, écologistes ou de droite radicale. En 2017, le PSSh (Parti socialiste d’Albanie) a triomphalement remporté le scrutin législatif engrangeant plus de 48% des voix (soit 7% de plus qu’en 2013) et s’adjugeant 74 des 140 strapontins du Kuvendi. Son opposant, le Parti démocrate (PDSh), peine à se maintenir et recueille 28,8% des voix et 43 sièges, 7 de moins qu’à la législature précédente. Le Mouvement socialiste pour l’intégration (LSI) remporte 19 sièges, le Parti de la justice, de l’intégration et de l’unité, nationaliste perd l’un de ses quatre sièges alors q’une formation social-démocrate obtient un siège de justesse. Malgré un seuil électoral à 1%, seuls cinq partis entrent au Parlement. À la faveur de l’obtention de la majorité absolue par son parti, le Premier ministre sortant, Edi Rama se débarrasse de son partenaire de coalition, le LSI, qui a néanmoins envoyé son patron, Ilir Meta, à la présidence du pays, en mars 2017. Ancien maire de la capitale albanaise Tirana, Edi Rama était très apprécié pour ses politiques urbaines ambitieuses. Ses talents d’artiste peintre ont certainement joué dans le critiques de ses opposants sur les transformations de façade qu’il a engagé dans la ville. Depuis son accession au pouvoir, Edi Rama s’efforce d’appliquer des politiques libérales, sensées le rapprocher de l’Europe. Des privatisations et libéralisations qui ont fait augmenter la croissance et baisser le chômage mais pas reculer la pauvreté. Le Fonds monétaire international (FMI) a d’ailleurs mis en garde Tirana sur le rythme trop rapide des réformes ! Quand un gouvernement socialiste est jugé trop libéral par le FMI, c’est que quelque chose ne tourne pas rond. Les réformes libérales à marche forcée ont favorisé les cercles proches du pouvoir, faisant reculer la lutte contre la corruption et la mafia. C’est ce que rejetaient les milliers de manifestants de l’été 2019, manifestations violentes rejointes par l’opposition qui avait boycotté les municipales de juin de la même année. Depuis 2019, Edi Rama cumule par ailleurs le poste de chef du gouvernement et de ministre des Affaires étrangères et européennes, nouveau signe de la concentration des pouvoirs, décriée par l’opposition.

Une campagne électorale violente

Les tensions entre les deux principaux partis sont vives. Non contents d’attiser la colère envers son rival, les deux partis ont carrément fait le choix de lancer leur campagne dans la même ville, Elbasan, dans le centre du pays. L’Union européenne a ainsi appelé au dialogue et au respect mutuel, enjoignant le parti victorieux à pousser davantage les réformes électorales afin d’interdire notamment l’accès aux candidats avec un passé criminel lourd. Edi Rama a d’ailleurs accusé la Commission européenne d’interférer dans la campagne au profit de son challenger de droite : la commissaire à l’Éducation et à la Recherche Mariya Gabriel a participé à un colloque à Vienne sur l’éducation en Albanie où le PD albanais a pu présenter son programme en la matière. Signe de cette violence exacerbée, un homme a été [tué par balles dans un bureau de campagne de l’opposition. Le Premier ministre a d’ailleurs reçu le soutien de son homologue et allié politique macédonien, Zoran Zaev, ce dernier ayant appelé la diaspora à voter pour les socialistes. Principal thème de campagne, la relance de l’économie après la crise sanitaire. Les deux candidats ont axé leur campagne sur des projets d’augmentation des salaires ou de développement de l’infrastructure, notamment à Durrës, port sur la côte est du pays, gravement touché par le séisme de 2019. Les deux rivaux souhaitent également poursuivre le lent processus d’adhésion albanais à l’Union européenne, qui passe notamment par la clarification des relations avec le Kosovo et la Serbie. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a envoyé, comme chaque année depuis 1991, des observateurs pour tenter d’enrayer les nombreuses irrégularités qui émaillent tous les scrutins depuis ces années-là.

Au terme donc de cette campagne sous haute tension, ce sont une nouvelle fois les socialistes d’Edi Rama qui arrivent en tête du scrutin avec environ la moitié des voix, à l’issue d’un dépouillement très serré. Devançant le PD, allié à douze petits partis d’opposition, qui progresse de 10 points avec 38% des voix, ils sont toutefois assurés de poursuivre leur mandat avec une courte majorité absolue, sans s’appuyer sur LSI qui voit son score divisé par deux. La participation quant à elle, a légèrement augmenté, s’établissant autour de 48%.

Gageons que le vainqueur poursuive les efforts en matière de lutte contre la corruption et la criminalité organisée, condition essentielle à l’entrée dans l’UE mais surtout à la démocratisation, la stabilisation et la pacification de la forteresse des Balkans.

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