L’Espagne voit le bout du tunnel

, par Alexandre Duporte

L'Espagne voit le bout du tunnel
Élu avec 167 voix, Pedro Sanchez (ici au Parlement européen à Strasbourg) obtient l’investiture la plus serrée depuis le retour de la démocratie en 1978. Source : Flickr

Sur fond de crise catalane, Pedro Sánchez vient enfin de mettre un terme à 9 mois de blocage. Le 7 janvier dernier, le leader socialiste a été investi chef de gouvernement et permet à l’Espagne d’avoir un exécutif en état de marche. Sa stratégie de coalition, qui lui avait fait défaut jusqu’alors, a finalement payé.

Investi de justesse

9 mois, 2 élections anticipées et 2 votes. Après avoir dissout les Cortes Generales en avril 2019 et convoqué deux élections anticipées (avril et novembre 2019), le leader socialiste a finalement obtenu l’investiture par deux voix. Le Congrès des députés a approuvé Pedro Sánchez en tant que chef de gouvernement par 167 votes ‘pour’, 165 votes ‘contre’ et 18 abstentions.

Vainqueur des élections générales de novembre dernier, le Parti socialiste et ouvrier espagnol (PSOE) avait néanmoins besoin de se trouver des alliés. Comptant 120 députés sur 350, Pedro Sánchez devait rassembler les votes d’autres formations politiques pour parvenir à la majorité absolue de 176 voix, ou bien s’imposer à la majorité relative. Face à la montée de l’extrême-droite et l’effondrement des Libéraux, la seule solution se trouvait à gauche et en Catalogne.

Alliance avec Podemos et accord avec les indépendantistes catalans

Dès le lendemain des élections du 10 novembre, le PSOE et Unidas Podemos ont signé un pré-accord de coalition. Comptant 35 députés, le parti de l’ancien universitaire Pablo Iglesias est un soutien de poids. Jusqu’ici, les deux leaders ne s’étaient pas entendus sur la place allouée à Podemos dans le gouvernement de coalition. Mais la progression fulgurante de Vox (extrême-droite) dans les urnes – passé de 24 à 52 députés en 6 mois –, et la perspective d’un nouveau blocage ont fait fi de leurs désaccords. Cependant, cette alliance n’était pas suffisante pour remporter l’investiture.

Pedro Sánchez réussit alors à rallier quelques députés régionalistes et à obtenir l’abstention des élus de Esquerra Republicana de Catalunya (ERC). En échange, l’accord avec les indépendantistes catalans prévoit l’ouverture des négociations entre l’exécutif et le gouvernement régional catalan. Une commission de négociation va être instaurée ; elle aura la possibilité de soumettre ses décisions par référendum. Fort de ses soutiens, Pedro Sánchez a alors été investi avec le score le plus serré depuis l’entrée en vigueur de la Constitution en 1978.

Réformes ambitieuses mais gouvernement minoritaire

Désormais investi, le gouvernement de coalition ne dispose cependant pas d’une majorité absolue et va devoir batailler pour faire passer ses projets de loi. Les dirigeants du PSOE et de Podemos se sont d’ailleurs accordés sur un programme très à gauche. Ils prévoient notamment d’augmenter les impôts des plus riches et des grandes entreprises, de détricoter la réforme controversée du marché du travail de 2012, d’augmenter le salaire minimum, de revaloriser les retraites et d’encadrer le prix des loyers.

Du côté des organisations patronales, la douche est froide. L’organisation CEOE (Confederación Española de Organizaciones Empresariales) dénonce des mesures « plus proches du populisme que de l’orthodoxie économique » et met en garde contre ses effets « très négatifs sur la création d’emplois ».

Face à l’urgence de la crise catalane et la pression nationaliste de la droite, il reste maintenant à observer si ce nouveau gouvernement de coalition parviendra à perdurer dans un climat politique espagnol plutôt tendu.

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