La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

, par Ferghane Azihari

La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

État-nation, État-civilisation, même combat. Les deux se rejoignent en ce qu’ils laissent penser que les Cités ne sont viables que si elles partagent un fond culturel et historique commun. Ils s’inscrivent donc dans une démarche nationaliste. Pourtant la réalité dément ces affirmations qui ont tendance à conférer aux différentes cultures et civilisations une certaine immanence alors qu’elles sont toujours le fruit d’une construction culturelle pourvue d’une certaine historicité. La civilisation européenne est en effet tout aussi artificielle que les nations qui la composent.

Le patrimoine historique européen, un simple artifice idéologique

Les euro-nationalistes (ceux qui légitiment le projet européen en se fondant sur une identité européenne) ont tendance à plébisciter deux éléments pour fonder les origines du patrimoine identitaire européen. Il s’agit généralement de l’Antiquité gréco-romaine et le judéo-christianisme. Mais rappelons simplement que ni le christianisme, ni le judaïsme ne sont nés en Europe. Tous deux sont importés du Proche-Orient. L’Europe n’a fait qu’intérioriser une culture originellement étrangère.

Quant à la civilisation gréco-romaine, l’instrumentaliser pour nous affirmer afin de mieux nous différencier des autres cultures est un exercice tout aussi acrobatique en ce que celle-ci n’a jamais vécu en autarcie et qu’elle s’est au contraire construite en nouant d’intenses liens d’interdépendances culturelles, politiques, scientifiques et économiques avec notamment la Perse, l’Égypte et plus généralement les civilisations mésopotamiennes.

De plus la plupart des peuples germaniques et slaves en Europe n’ont jamais connu la domination romaine, même si la christianisation du continent a contribué à propager la culture latine en ce que l’Église catholique en était fortement imprégnée. Mais cela ne dément pas l’existence de liens d’interdépendances culturelles entre l’Orient et l’Occident. Alexandre le Grand a pu le constater lors de son avancée vers l’Est, avancée qui a accéléré l’absorption des connaissances orientales par les Grecs, les plus significatives étant celles relatives à l’astronomie par exemple.

D’autres figures historiques comme Antiochos Ier, un des successeurs d’Alexandre, Roi de Syrie né en -325 et mort en-261 ou encore Cléopâtre VII, Reine d’Égypte née vers -69 et morte en – 30, par leurs origines grecques, confirment le métissage des civilisations et rendent leur « typologie naturelle » impossible. D’ailleurs Antiochos n’a pas manqué de faire un geste rendant hommage à sa double filiation gréco-persane. Il se fit construire sur le Mont Nemruk (Turquie) un tombeau accompagné de statues qui représentent des divinités grecques et persanes, les premières regardant vers l’Ouest et les secondes vers l’Est. On pourrait multiplier les anecdotes par centaines. Celles-ci ne font qu’attester le caractère fictif de l’immanence occidentale.

L’immanence occidentale, une fiction à abattre

Croire en une civilisation européenne qui se suffirait à elle-même est une profonde erreur quand celle-ci s’est construite en intériorisant les flux étrangers. La mondialisation est trop souvent observée à travers le seul prisme de l’économie de marché capitaliste alors que l’accroissement des liens d’interdépendances entre les peuples est un phénomène au moins aussi vieux que la révolution néolithique partie du Proche-Orient pour se diffuser notamment en Europe. C’est à ce moment là que l’Homme découvre l’agriculture et se sédentarise. L’écriture naît aussi au Proche-Orient qui a toujours constitué un carrefour vital entre l’Est et l’Ouest.

On oublie souvent que c’est en premier lieu la civilisation arabo-musulmane qui pendant son âge d’or s’est appropriée l’héritage de l’Antiquité gréco-romaine pour la travailler et la rediffuser, permettant à l’Europe de sortir de l’obscurantisme médiéval afin d’amorcer ce qu’elle appellera plus tard sa Renaissance. Le peintre italien Raphaël rend d’ailleurs hommage au philosophe arabe Averroès, « le commentateur », en le peignant dans sa célèbre École d’Athènes. Il n’est plus nécessaire de présenter les joyaux architecturaux européens hérités de la civilisation arabo-musulmane comme le centre historique de Cordoue en Espagne.

L’orientalisme et l’exotisme aux 18 et 19èmes siècles sont d’autres exemples de l’appropriation de la culture orientale par les Européens. La Mort de Sardanapale et Les Femmes d’Alger d’Eugène Delacroix symbolisent l’orientalisme pictural tandis que Les Orientales de Victor Hugo, les Lettres Persanes de Montesquieu ou encore le Voyage en Orient de Gérard de Nerval consacrent son triomphe en littérature. Loin d’être immanentes et auto-suffisantes, les civilisations sont par essence cosmopolites.

L’étude de la linguistique sur le continent eurasiatique est à cet égard très révélatrice. Elle fait voler en éclat l’hypothèse de cultures immanentes, fussent-elles nationales ou continentales. Les Européens ont tous une origine linguistique commune. Leurs langues sont classées dans la familles des langues dites « indo-européennes ». Toutes les langues européennes ? Non ! Le maltais ne fait pas partie de celles-ci. C’ est une langue sémitique très proche de l’arabe même si elle comporte des influences françaises, italiennes et anglaises. Le hongrois et le finnois ne sont pas non plus des langues indo-européennes mais dites « ouraliennes ». En ce sens les Iraniens et les Indiens ont bien plus de racines linguistiques communes avec les Français que n’en ont les Finlandais et les Hongrois en ce que le persan et l’hindi sont des langues indo-européennes, ce que le finnois et le hongrois ne sont pas.

Identité et Politique n’ont rien à faire ensemble

Ni l’Europe, ni les Nations qui la composent ne peuvent revendiquer une exclusivité culturelle et historique. Le« patrimoine historique commun » est entièrement élastique. Il relève de considérations exclusivement idéologiques. Pour peu que l’on s’attache à citer les faits adéquats, un peuple aura toujours une histoire commune avec un autre. La route de la soie reliant l’Europe et la Chine, la colonisation du nouveau Monde et de l’Afrique par l’Europe, l’évangélisation des peuples, les guerres etc.

Ce n’est pas notre génération qui vit à l’heure des médias dont internet et les réseaux sociaux qui démentira l’existence d’interdépendances culturelles planétaires. Dans ces conditions que fait-on ? Comment s’en sortir face à un tel récit qui brouille un peu plus les frontières identitaires telles que l’on nous les a toujours présentées ? On s’en sort en séparant une bonne fois pour toute l’identité et la politique au même titre que l’on a dissocié démocratie et religion.

Le fondement de la sécularisation et de la laïcisation du politique réside dans l’universalité de la démocratie. Celle-ci doit permettre l’émancipation et l’humanisation des individus indépendamment des considérations religieuses. C’est ainsi que les régimes dits démocratiques, s’ils ne sont pas forcément laïcs, ne fondent pas pour autant la citoyenneté sur un quelconque culte, ce qui permet au citoyen de ne pas partager l’identité religieuse officielle (lorsqu’il y en a une) tout en participant à la vie politique de la Cité dans laquelle il réside. Il est grand temps d’appliquer un raisonnement analogue pour tous les particularismes, pour toutes les identités, qu’elles soient religieuses, nationales ou continentales.

Si rien n’empêche une collectivité de promouvoir une certaine culture (ou plusieurs), fonder la citoyenneté sur celle-ci revient à l’assujettir à des considérations identitaires, ce qui bride l’universalité de la démocratie et par conséquent la dénature. Personne n’envisage aujourd’hui d’assujettir l’obtention de la citoyenneté à l’allégeance à une identité religieuse. Cette hypothèse serait immédiatement considérée comme relevant d’une autre époque et liberticide. Il est pourtant tout aussi anormal de l’assujettir à une identité nationale ou continentale.

Tout comme nous laissons les individus jouir de leurs identités religieuses, laissons les également jouir de leurs autres identités culturelles au sens large. C’est pourquoi l’Europe politique ne doit pas se fonder sur un patrimoine historique mais uniquement sur des principes universels tels que la démocratie, l’État-de-droit et les droits de l’Homme. Il en résulte que la question des limites de l’élargissement de l’UE et de la définition de ses frontières extérieures est un faux problème.

Cette question a en plus tendance à marginaliser voire insulter nos concitoyens issus des régions ultrapériphériques (RUP), et des pays et territoires d’outre-mer (PTOM) dont l’assimilation à l’Europe est la conséquence directe du passé colonial de celle-ci, ce qui au passage dilue encore un peu plus l’hypothèse d’une civilisation européenne aux contours bien définis. Doit-on en effet rappeler que l’Union européenne est aussi en Afrique, dans les Amériques et en Asie -Pacifique ?

L’irrédentisme n’a pas sa place en politique tant que la Cité se doit de considérer la raison humaine avant toute chose. C’est valable pour nos États tout comme pour l’Europe. Elle n’a pas vocation à se fonder sur d’autres valeurs que la démocratie, l’État-de-droit et les droits de l’Homme qui demeurent les seuls principes universels. En ce sens, faire de l’essentialisme culturel en fondant notre projet politique sur une prétendue identité exclusive est impertinent et répréhensible tant que cela n’est pas conforme à la vérité.

Vos commentaires

  • Le 4 avril 2014 à 10:52, par tnemessiacne En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    La culture est artificielle...

  • Le 4 avril 2014 à 10:55, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Cet article me laisse perplexe et suscite en moi des sentiments contrastés.

    Sans doute, son auteur a-t-il raison quand il refuse d’ancrer une quelconque « identité » civilisationnelle dans d’improbables « racines » ; quand il affirme le métissage des cultures, depuis toujours, quand il crie que la civilisation européenne ne peut se suffire à elle-même dès l’instant où c’est une éponge...!

    D’un autre côté, sa perspective me paraît réductrice, très réductrice, débouchant même sur une réelle contradiction performative.

    Si l’on ne peut se suffire à soi - même, parce que façonné par d’autres, sur quoi repose cette primauté des droits de l’homme et de la démocratie, sinon cette même prétention dénoncée par ailleurs de supériorité culturelle ? L’approche de F. AZIHARI privilégie la seule praxis dans la définition d’une nation par RENAN pour mieux éreinter sa conception du patrimoine culturel. Quand il affirme que l’identité n’a rien à voir avec la politique, c’est parce qu’il réduit l’identité aux seules différences entre cultures, alors que l’identité se conjugue aussi en termes de ressemblances. Sa conception de l’identité me paraît donc très étriquée. Je m’en étonne d’autant plus, seconde contradiction, qu’il sait plaider en faveur des cultures métissées !

    Plus fondamentalement, dans sa démarche, il est amené à passer son silence deux caractères communs aux Européens. Le premier, qu’il ne retrouvera dans aucune civilisation, c’est la capacité de transgresser la loi, de dépasser les dogmes et les églises. Le second : si les métissages sont la règle, force est d’admettre que dans l’histoire du monde, seule l’Europe est allée à la rencontre de l’autre, pour le meilleur et le pire, sans connaître d’éclipse, sans, à un moment ou un autre, se replier sous sa tente comme d’autres civilisations. COSANDEY a tout dit à ce sujet !

    Des métissages, donc, parce que l’européen a toujours dépassé ses limites - physiques et morales -, et F. AZIHARI a raison, qui fondent notre identité à tous, mais qu’il convient d’expliquer : surgira alors, en termes de ressemblances toujours, entre citoyens du petit cap de l’Asie, une autre identité qu’il n’est ni criminel ni immoral de rappeler.

  • Le 4 avril 2014 à 10:56, par tnemessiacne En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Si même les européistes deviennent eurospetiques... Ces derniers sont sacrément fort, les premiers ont perdus

  • Le 4 avril 2014 à 11:14, par Shaft En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Cher Ferghane

    La citoyenneté européenne n’est pas assujettie à l’appartenance religieuse, elle l’est à une appartenance politique et économique. L’Europe tel qu’elle est prône une uniformisation forcée par l’application d’un libéralisme dogmatique et un fédéralisme à l’allemande.

    Alors vos beaux sentiments sur les valeurs démocratiques communes ne peuvent que sonner creux compte tenu de la réalité présente et à venir après les élections

  • Le 4 avril 2014 à 11:14, par Ferghane Azihari En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @tcnemessiacne

    Avec une réaction aussi lapidaire, je ne peux pas vous répondre. Si vous voulez que l’on discute, il est sans doute opportun de développer une réelle argumentation ;)

    @ Jean - Luc Lefèvre

    Sur quoi repose la démocratie ? Simplement sur la liberté de s’appartenir qui est un corollaire de la raison humaine.

    Ce que je m’attache à dire c’est que les particularismes ne doivent pas être le fondement du vivre - ensemble en ce que la Cité est supposée réaliser l’humanité de l’individu indépendamment des particularismes de chacun.

    Mon approche relève simplement l’universalisme post-national sans pour autant nier l’existence d’une culture européenne.

    Ensuite je n’ai pas bien compris en quoi les Européens avaient le monopole de la capacité de dépasser les dogmes.

  • Le 4 avril 2014 à 11:19, par Alexandre Marin En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Cet article me semble avoir été écrit par Don Quichotte ! Il se bat contre des démons qui n’existent pas.

    Comme si quelqu’un niait que la civilisation européenne ne s’était pas construite en autarcie, et qu’elle avait considérablement emprunté aux civilisations méditerranéennes, asiatiques, et africaines.

    Le terme « européen » était désigné pour qualifier les peuples du proche orient, des régions qui appartiennent aujourd’hui à la Syrie ou au Liban, la princesse Europe étant de Tyr. Personne ne dit le contraire.

    C’est une chose de dire qu’il y a une civilisation européenne, c’en est une autre de faire reposer le projet européen entièrement sur des considérations « blanches » et « judéo-chrétiennes », ce que certains font pour empêcher la Turquie d’adhérer à l’U.E, et qui est tout aussi absurde que de faire reposer le projet européen uniquement sur des questions économiques.

    C’est enfoncer à grands coups de béliers une porte déjà grande ouverte que de dire que la civilisation européenne est artificielle. Soit ! Le continent européen l’est tout autant, vu qu’il s’arrête à la Chine. L’Oural comme prétendue frontière obéit à des considérations géo-stratégiques datant de Pierre le Grand.

    Pour autant, il y a une civilisation européenne, qui ne se limite pas au continent européen. Cette civilisation est la structure (et non la somme) des cultures nationales, régionales, qui se rencontrent pour construire un projet commun, et qui participent à construire l’Europe, dans le passé, dans le présent et dans le futur. Elle ne se base pas sur une unité culturelle (sinon on l’appellerait culture et pas civilisation ! ), mais sur une unité politique, juridique, etc. La seule base culturelle de la civilisation européenne, c’est la diversité, c’est une base inclusive, et non une base exclusive qui rejetterait ceux qui ne partageraient pas la « culture européenne », culture fictive qui n’existe pas. La civilisation européenne inclut tous ceux qui participent au projet européen, quels qu’ils soient.

    Contrairement, à ce que laisserait entendre l’article, la civilisation européenne n’est ni quelque chose de figé dans le marbre ni quelque chose de refermé sur lui-même. La civilisation européenne du Moyen-Âge n’est pas celle des lumières, ni celle du XXI° siècle, même si les plus récentes ont hérité des plus anciennes comme des autres civilisations du monde. La base de cette civilisation européenne, qui nous vient directement du Moyen-Âge, c’est la diversité, même si nos anciens ne l’entendaient pas comme nous l’entendons aujourd’hui. La base de notre civilisation européenne, c’est une diversité politique, culturelle, religieuse, linguistique, etc.

    L’idée même de civilisation européenne, c’est l’ouverture sur l’autre, qu’il soit ou non européen.

  • Le 4 avril 2014 à 11:22, par Alexandre Marin En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    La civilisation européenne, ce n’est pas l’idéalisation de Charlemagne ou des lumières comme une pseudo-histoire glorieuse, mais c’est l’héritage de ce qui nous a été apporté par eux. Ainsi, Charlemagne avait compris que le savoir est une arme indispensable pour bien gouverner un empire, et assurer sa prospérité, et les lumières nous ont amené l’idée de liberté, d’Egalité des êtres humains, etc.

    L’Etat-civilisation européen (le terme vient de l’Inde, en référence à ce qui a été dit plus haut), c’est donc la promotion et la défense de valeurs communes comme la démocratie, le libéralisme politique, les droits de l’Homme, la diversité, série de valeurs et d’idéaux que nous avons hérité de la civilisation européenne, civilisation qui s’est formée, non pas toute seule, mais avec les autres civilisations du monde, et avec les peuples qui en font partie, comme avec ceux qui n’en font pas (encore ?!) partie.

    Enfin, la question des frontières de l’Europe n’a pas de sens, mais celle des frontières de l’Union en a une. Cette question est d’ordre purement politique, elle concerne les frontières d’un Etat. Elle dépend de considérations politiques, et pas de considérations culturelles, comme ce pouvait être le cas au temps de l’Etat-Nation, quand on mélangeait « politique » ou « géo-politique » et « culturel ».

  • Le 4 avril 2014 à 11:34, par Ferghane Azihari En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @Alexandre Marin

    Tu fais bien de rappeler les arguments absurdes qui dénoncent l’éventuelle entrée de la Turquie en Europe. En ce sens, cet article combat des démons qui existent bel et bien.

    Ensuite, tu énonces ici une définition universaliste de la civilisation alors que celle-ci renvoie nécessairement à un particularisme pourvu d’une taille suffisamment critique (comme l’a rappelé Mme Nalini BALBIR sur l’Inde). Ce n’est pas Samuel Huntington qui va me contredire sur ce point.

    En ce sens, il est sans doute opportun de rappeler que la construction européenne doit être dissociée de toute considération liée à un patrimoine culturel propre à certains individus par opposition au reste de l’humanité.

    Et je suis très sceptique à l’idée d’une « base » qui fonderait la civilisation européenne ? Au nom de quoi allons-nous décréter qu’il s’agisse du Moyen-Age ? Pourquoi pas la Renaissance ? Ou le néolithique ? Là aussi, c’est un choix idéologique totalement arbitraire. Or l’article s’attache justement à rappeler cela.

  • Le 4 avril 2014 à 11:37, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @ Ferghane,

    La capacité de dépasser les dogmes ? Tout simplement parce qu’un texte, en Europe, même sacré, même prophétique, n’a pas de valeur définitive et irrévocable, d’où l’idée de « renaissances » inconnues en d’autre contrées : les textes prennent un sens différent selon les époques et les cultures. En d’autres sphères culturelles, c’est plus simple encore : il n’y a jamais eu de dogme, parce qu’il n’y a pas d’église !!!

    Pas de particularisme pour fonder le vivre - ensemble, on est bien d’accord, mais pas davantage de confusions indues ! Et cet aspect du dogme me paraît être un marqueur du vivre - ensemble fondamental aujourd’hui !

  • Le 4 avril 2014 à 11:51, par Ferghane Azihari En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @ Schaft,

    Là aussi, cher ami, vous semblez ne pas déceler que cet article s’attache simplement à dénoncer la tentation nationaliste qui anime certains Européens.

    Pour ce qui est du libéralisme dogmatique, je ne cesse de vous rappeler que les traités laissent des marges de manoeuvre pour le tempérer et qu’il n’appartient qu’aux peuples de décider de ce qu’ils veulent faire de l’idée européenne. Or en ce moment c’est bien la France qui bloque les velléités régulatrices de la Commission européenne.

    Relire : http://www.taurillon.org/regulation-financiere-quand-la-commission-europeenne-depasse-le

    Vous voulez une Europe qui soit autre chose que néolibérale (à supposer qu’elle le soit) ? Aidons-nous mutuellement. Je vous aide à vous rendre-compte qu’on peut demander une autre Europe qui s’implique davantage dans les sujets clefs comme la transition énergétique, l’écologie, la recherche, le développement et l’éducation.

    Et en contrepartie, vous m’aidez à faire avancer cette pétition européenne qui va dans le sens d’un plan de relance de type néo-keynésien jugé conforme aux traités par la Commission :

    http://www.newdeal4europe.eu/fr/

    @Jean-Luc Lefèvre,

    La capacité de progresser et d’aller au-delà des dogmes n’est pas propre aux Européens me semble t-il. Prenez par exemple la Tunisie qui s’est dotée d’une Constitution laïque après des processus révolutionnaires mouvementés...

  • Le 4 avril 2014 à 12:04, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @ Ferghane,

    Rien de plus anecdotique, et donc exceptionnel, que cette hirondelle tunisienne ! Je crois avoir lu dans Courrier international les distances que cette constitution « laïque » a conservées avec la thématique des droits de l’homme ! Plus fondamentalement, la « laïcité » authentique consiste aussi à oser remettre en question le sens littéral des textes sacrés sans faire l’objet d’une quelconque stigmatisation et moins encore de menaces sur sa personne. Sans l’Occident a-t-il mis du temps à l’accepter, mais il l’a fait et cela peut être porté à son compte sans fausse pudeur !

  • Le 4 avril 2014 à 12:05, par tnemessiacne En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Je veux bien argumenter mais ça finira avec une fin telle que je l’a connait.

    Par contre je suis contre l’idée que plus il y a de réponses quelque peu outrées plus c’est intéressant il peut également avoir des débats constructifs...

    Mais il me semble que c’est la journée de l’Europe au vu du nombre de sorties médiatiques.

    Tel le livre de De Sarnez l’Urgence européenne

  • Le 4 avril 2014 à 12:13, par Ferghane Azihari En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @Jean-Luc Lefèvre

    Oui l’Europe a été pionnière dans ce processus. Mais elle n’en détient pas pour autant le monopole. Et si elle a pu ouvrir la voie, c’est le fruit hasardeux de l’histoire, des facteurs historiques par définition aléatoires. Affirmer le contraire serait consacrer la supériorité intellectuelle de certains êtres humains par rapport à d’autres sous le seul critère culturel, ce qui serait bien-évidemment douteux. Mais j’ai bien compris que vous n’étiez pas dans cette approche.

    @Tnemessiacne

    Si vous refusez d’être plus précis, soit. Cependant il faut peut-être songer à cesser d’être impulsif et d’énoncer des absurdités en taxant d’eurosceptiscisme quelque chose qui ne l’est pas ;)

  • Le 4 avril 2014 à 13:36, par Valéry En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Excellent article. Merci !

  • Le 4 avril 2014 à 15:08, par Jonathan LEVEUGLE En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Excellent comme d’habitude.

    Bravo !

  • Le 4 avril 2014 à 16:51, par Alexandre Marin En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @Ferghane Azihari

    Particularisme pourvu d’une taille suffisamment critique n’empêche ne réduit pas l’Europe à une nation fermée sur elle-même.

    Pour reprendre l’exemple de l’Inde, elle a une frontière commune avec le Népal. Or, une partie importante des népalophones vivent du côté indien de la frontière, et il serait absurde de dire qu’une partie de peuple népalais appartient à la civilisation indienne et l’autre non. La frontière qui sépare le Népal de l’Etat-civilisation indien est une frontière étatique et non civilisationnelle, contrairement à ce qu’étaient à leurs constructions la muraille de chine ou les limes romains, l’idée d’Etat à cette époque n’existant pas. Pareil, le fait que l’actuel Myanmar faisait partie de l’empire britannique des Indes, et ne fait plus partie de l’Inde ne détermine en rien la mesure de son appartenance à la sphère de civilisation indienne.

    Et puis, de nombreuses civilisations ont eu des tailles fort réduites. Les Minoens ont développé une civilisation qui ne dépassait guère la Crète, même si son influence s’est largement répandue en Grèce continentale, au vu des références qui y sont faîtes par la mythologie.

    Et puis, le fait que l’universalisme ne vire pas à l’uniformité absolue comme le nationalisme, c’est bien le particulier. En ce sens, le particulier participe à l’universalisme, loin de s’y opposer. Les régionalistes et anti-jacobins te le diraient mieux que moi. C’est pourquoi le « particularisme suffisamment critique » ne remet guère en cause une conception universaliste de la civilisation et de l’Etat-civilisation. Huntigton parle de l’affrontement des civilisations, mais qui dit « affrontement » dit forcément « échange », et le Moyen-Orient, dit « carrefour des civilisations » en sait quelque chose.

    Car qui dit « civilisation » dit « échange », qu’il soit culturel, mais aussi économique, politique, juridique, philosophique, idéologique, religieux, etc...

    En ce sens, je pense que l’Etat-Civilisation épouse assez bien l’idée de patriotisme constitutionnel cher à Habermas, l’idée que le patriotisme s’harmonise, non pas autour d’une identité culturelle, mais autour de valeurs qui ne sont pas arrivées toutes seules, mais qui sont le fruit d’une Histoire qui n’est pas forcément une Histoire qui nous est propre. Le patriotisme constitutionnel pourrait être la base d’un Etat-civilisation européen.

  • Le 4 avril 2014 à 16:52, par Alexandre Marin En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Enfin, pour ce qui est du Moyen-Âge, beaucoup des questions qui se posent aux Européens à l’heure d’aujourd’hui se posaient au Moyen-Âge. L’exemple le plus révélateur est celle de l’unité dans la diversité, question qui existait déjà au Moyen-Âge, dont on retrouve des traces importantes dans la geste arthurienne. La deuxième raison est, selon Jacques le Goff, que le Moyen-Âge voit l’apparition d’une conscience européenne due à l’association entre un idéal d’unité des Chrétiens, et des Chrétiens d’occident en particulier, et un lieu géographique, même si l’idée était que la terre entière se convertisse au christianisme. Le passage de la fin de l’Antiquité au Moyen-Âge, c’est le passage d’un idéal d’unité lié du Mare Nostrum, à un idéal d’unité lié au continent européen.

  • Le 4 avril 2014 à 18:12, par Ferghane Azihari En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Si on n’est pas d’accord sur la définition des termes, on ne pourra pas être d’accord, ni se comprendre.

    La civilisation renvoie à un particularisme grande - échelle qui enveloppe une mosaïque de particularismes locaux.

    Je préfère de loin l’approche post-nationale qui vise à concilier tous les particularismes, ce que l’Etat civilisation ne permet pas visiblement, à en juger par la défiance exprimée par certains fédéralistes à l’égard de pays tiers et plus généralement à l’égard d’une éventuelle gouvernance mondiale analogue, le tout sur des fondements culturels comparables aux arguments nationalistes utilisés à l’encontre de l’Europe

    En ce sens, la communauté post-nationale est un concept préférable à la communauté - civilisation.

  • Le 4 avril 2014 à 18:18, par Ferghane Azihari En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Pour ce qui est de la conscience européenne, même question, au nom de quoi cette conscience (très controversée) devrait - elle servir de base pour fonder la civilisation européenne ?

    Après tout, on peut estimer que celle-ci est la conséquence de l’antiquité greco - romaine...?Qui elle même est issue de fondements plus anciens ?

    C’est encore arbitraire.

  • Le 4 avril 2014 à 19:33, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @ Ferghane,

    Vous ne répondez pas à deux de mes arguments plaidant en faveur d’une identité dans les et au-delà des métissages :

    - la conception plus ou moins sacralisée, et donc plus ou moins contestable par un laïc, plus ou moins...létale pour lui, des textes fondateurs d’essences mythique et/ou religieuse : la relation à la transgression, en quelque sorte ;

    - une histoire spécifique des civilisations dans la mesure où seule l’européenne s’est ouverte aux autres, le plus souvent par intérêt sans doute, par la force aussi, à TOUS les moments de l’histoire : une relation à l’autre ESSENTIELLEMENT pensée en termes d’enrichissements mutuels. L’Européen s’est servi, certes, mais il aussi « servi », ce qui fait sa singularité !

  • Le 4 avril 2014 à 22:33, par François Hublet En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    Un bon article à mon sens, déclencheur d’une controverse entre gens finalement assez largement d’accord entre eux. Il y a un patrimoine à défendre, il y a ces belles lettres (dans tous les sens que cette expression porte) gréco-latines, néo-classiques, romantiques et autres muses diverses qu’il nous faut faire prospérer aujourd’hui encore... Il y a une histoire, elle est notre passé, et celui de tous les autres hommes qui sont et seront. La culture est une comme l’humanité est une. Que l’idée européenne puisse être universelle autant qu’universaliste me semble une juste vision que je défends bien volontiers, avec tout l’idéalisme qu’elle comporte ; ceci suppose que l’Europe aussi, que les Européens en prennent soin. Mais sans en réclamer ni la paternité exclusive, ni un mérite quelconque (peut-on s’ennorgueillir des bienfaits d’ancêtres si lointains) ni en l’établissant comme une référence unique. Finalement c’est là histoire de morale et de culture plus que d’Europe, et il s’agit de faire cette dernière, si nous le pouvons, au service des deux premières.

  • Le 5 avril 2014 à 18:50, par Ferghane Azihari En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    @Jean-Luc Lefèvre

    Vous n’avez pas à plaider un convaincu. Je ne nie pas l’existence d’une identité européenne (vous aurez compris que je confonds identité et particularisme, ce qui n’est pas incompatible avec la notion de métissage). En revanche, il faut dissocier celle-ci du politique.

    Ensuite, quels sont les éléments de cette identité ? N’étant pas aussi érudit que vous qui êtes historien de formation et qui avez apparemment beaucoup travaillé dessus, je ne suis pas capable de vous répondre avec certitude sur quoi que ce soit.

    Cependant je me permets de vous poser la question suivante : l’Européen a t-il vraiment le monopole de la découverte et de l’exploration quand la Terre entière a été peuplée par une race de migrants apparue en premier lieu sur le continent africain ?

  • Le 6 avril 2014 à 17:41, par Alexandre Marin En réponse à : La civilisation européenne est tout aussi artificielle que les nations qui la composent

    « la conception plus ou moins sacralisée, et donc plus ou moins contestable par un laïc, plus ou moins...létale pour lui, des textes fondateurs d’essences mythique et/ou religieuse : la relation à la transgression, en quelque sorte ; »

    Je ne vois pas en quoi les Européens auraient le monopole de la capacité à dépasser la loi et les dogmes religieux. Les exemples d’Akhenaton en Egypte, ou de Confucius en Chine sont révélateurs, et même si Confucius a servi de référence durant près de 1500 ans, il n’en avait pas moins remis en cause le système établi à son époque. Il avait d’ailleurs, un temps, été critiqué par un courant de pensée appelé le légisme dont la doctrine était beaucoup plus autoritaire.

    Un tel type de remise en question est assez naturelle dans les sociétés où s’opèrent des changements démographiques ou technologiques qui entraînent des modifications de la vie politique, économique et des moeurs.

    « histoire spécifique des civilisations dans la mesure où seule l’européenne s’est ouverte aux autres »

    La non plus, le monopole n’appartient pas aux Occidentaux. Au XV° siècle , l’empereur chinois Yongle, désireux d’établir de nouvelles routes maritimes, fit construire une des flottes les plus imposantes de l’Histoire dans un but d’exploration.

    Avant de se fermer sur lui-même au XVI° siècle, le Japon a beaucoup emprunté à la civilisation chinoise. Un exemple bien connu est l’arrivée du Bouddhisme vers le VIII° siècle.

    Les savants arabes du Moyen-Âge se sont aussi ouverts sur les Européens, les Indiens, et les Chinois.

    Là aussi, c’est relativement naturel, car une société ne se développe jamais en autarcie, même quand elle est complètement repliée sur elle-même. Elle évolue en considérations des autres dans un contexte de relations internationales, politiques, économiques, culturelles, dans des rapports de force ou d’échanges particuliers, d’innovations technologiques, et en considérations des mutations internes.

    Le Moyen-Orient, en particulier, carrefour des trois continents, et foyers d’affrontements et d’échanges historiques majeurs, est un lieu où les civilisations qui s’installent sont contraintes de s’ouvrir aux autres, du fait des réalités géographiques qu’elles soient, ou non européennes.

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