Présidence estonienne : numérique et sécurité au programme

, par Elena Blum, Eurosorbonne

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Présidence estonienne : numérique et sécurité au programme
CC Flickr / EU2017EE Estonian Presidency

L’Estonie prend la présidence tournante de l’Union européenne à partir du 1er juillet. Les priorités avancées par ce petit pays balte sont principalement tournées vers le numérique, l’un des points forts de cette jeune démocratie.

Depuis le Traité de Rome, les États membres de l’Union européenne assurent une présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Tous les six mois, la définition des priorités de l’Union européenne et l’organisation des conseils de l’UE échoient à l’un des États membres. Le poste ne revient pas à une personne, mais à un gouvernement dans son ensemble.

Depuis 2007, les pays travaillent en « triplet », c’est-à-dire que trois États ayant la présidence sur 18 mois définissent un programme commun, afin d’assurer une continuité dans le travail de l’Union européenne. Jusqu’en 2009, les États qui avaient la présidence de l’UE étaient également en charge du Conseil européen, mais le Traité de Lisbonne a donné cette prérogative à une personne unique, détachée des intérêts nationaux.

Une première présidence estonienne un peu précipitée

Jusqu’au 31 décembre, c’est l’Estonie qui endosse – pour la première fois – le costume du chef, au sein d’un nouveau triplet Estonie-Bulgarie-Autriche. Une mission de dernière minute, puisque c’était le Royaume-Uni qui devait assurer la présidence tournante du second semestre 2017, mais il y a moins d’un an, Theresa May a déclaré que Londres passait son tour, trop occupé par les négociations du Brexit.

L’Estonie a dû s’adapter pour assurer la relève, après la présidence de Malte (une première également), et juste avant celle de la Bulgarie (encore une première), alors qu’elle ne prévoyait de prendre les rênes qu’en janvier 2018. Mais le timing est bon, et le hasard fait bien les choses : l’Estonie fête son centenaire, depuis avril (l’anniversaire de l’instauration d’un gouvernement autonome), jusqu’en 2020 (un siècle après la signature du Traité de Tartu). Une occasion pour ce jeune pays anciennement soviétique de faire ses preuves à l’échelle européenne.

L’Estonie, pays modèle du numérique

Après la chute de l’URSS, l’Estonie, plus grande que la Suisse mais six fois moins peuplée, a dû s’adapter au capitalisme et à la mondialisation. Plutôt que de développer des banques, des bureaux de poste et de services d’État, l’Estonie a fait le pari très tôt du numérique, développant des hotspots, proposant des formations à ses habitants, et, en 2002, mettant en place une carte à puce, obligatoire à partir de 15 ans, et qui centralise toutes les actions de la vie courante (pièce d’identité, carte vitale, billets de train, cartes de fidélité, possibilité de voter, d’immatriculer sa voiture, de signer un contrat, de payer ses impôts, d’enregistrer un nouveau-né…).

La consécration vient l’année d’après, quand trois Estoniens développent le logiciel Skype. Le petit pays balte est alors catapulté dans la cour des grands de l’informatique. Après la revente du logiciel d’appel par internet, les développeurs, qui ne peuvent plus travailler dans le privé, se mettent au service de gouvernement estonien et développent un e-gouvernement très performant. Édouard Philippe, le nouveau Premier ministre français a d’ailleurs fait son premier déplacement officiel en Estonie, mercredi et jeudi, pour s’inspirer de la dématérialisation administrative, gage d’importantes économies.

Les priorités de l’Estonie

Rien d’étonnant, dès lors, que l’une des priorités de l’Estonie soit le développement d’un marché unique du numérique. Lorsqu’un pays accède à la présidence tournante de l’Union européenne, il doit définir entre trois et cinq priorités sur lesquelles les États membres travailleront durant les six mois à venir. Ces priorités doivent s’appuyer sur les orientations données par le Conseil européen, ou sur les débats qui agitent l’Europe, mais également être en adéquation avec les compétences du pays et son implication dans ces questions.

L’Estonie a pour but de mettre des technologies numériques de pointe à destination des citoyens, de développer l’e-commerce transfrontalier et l’innovation numérique, mais aussi créer des réseaux de communications sécurisés dans toute l’Europe. En effet, en 2007, l’Estonie a vécu la première cyberattaque de l’histoire du web. La Russie a infecté des centaines de millions d’ordinateurs dans le monde pour saturer les serveurs estoniens, qui ont dû être arrêtés pendant plusieurs semaines. Depuis, l’Estonie est à la pointe de la sécurité sur internet et de la protection des données.

La sécurité en général est une autre priorité de la présidence estonienne : entre les tensions avec la Russie voisine, et les crises internes concernant ses minorités, l’Estonie est en position critique. Elle souhaite renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne, prévenir le crime organisé et le terrorisme en consolidant la coopération entre États, en augmentant le budget de la Défense et en améliorant les outils les systèmes d’informations numériques, qui permettraient de rouvrir les frontières internes. En effet, l’Estonie est très attachée à la libre circulation dans l’espace Schengen, puisque comme troisième priorité, elle défend une économie « ouverte et innovante ». Cette dernière s’appuierait sur une facilitation de la création d’entreprises et de l’obtention de financements professionnels, ainsi que sur une lutte commune contre l’évasion fiscale et pour un marché commun de l’électricité. Ce point rejoint également la dernière priorité de la présidence estonienne : une Europe « durable et ouverte à tous », à l’image de ce petit pays qui a enregistré de grands progrès en termes sociaux et environnementaux, ces 26 dernières années.

Cet article a été publié initialement sur Eurosorbonne, association étudiante de l’Institut d’Etudes européennes de l’Université Sorbonne Nouvelle

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