Quarante ans après, l’élargissement ibérique continue de façonner l’Union européenne

, par Jade Hestroffer

Quarante ans après, l'élargissement ibérique continue de façonner l'Union européenne
Session plénière du Parlement européen le 21 janvier 2026 - 40e anniversaire de l’adhésion de l’Espagne et du Portugal à l’Union européenne © European Union - 2026

Il y a quarante ans, l’Espagne et le Portugal laissaient la dictature derrière eux pour l’Europe. De la modernisation économique à la construction d’une autonomie stratégique, leur entrée dans la Communauté économique européenne a changé le destin de ces nations… et celui de toute l’Union. Une trajectoire célébrée lors de la séance solennelle tenue en session plénière du Parlement européen le 21 janvier 2026, mais surtout toujours riche d’enseignements pour l’Europe d’aujourd’hui.

1986 : le tournant ibérique

1er janvier 1986 : deux nations au passé dictatorial, l’Espagne et le Portugal, faisaient leur entrée dans la Communauté économique européenne, changeant à jamais le visage de l’Europe du Sud. Quarante ans plus tard, cet élargissement n’était pas seulement géographique : il a consolidé la démocratie, modernisé les économies et enrichi la vie politique et culturelle de l’Union. Lors de cette séance solennelle, Roberta Metsola, présidente du Parlement européen, Felipe VI, roi d’Espagne, et Marcelo Rebelo de Sousa, président du Portugal, ont rappelé l’ampleur et la durabilité de ces transformations.

Quand la démocratie s’ancre

Pour l’Espagne et le Portugal, rejoindre l’Union européenne signifiait plus qu’un simple élargissement géographique : c’était encourager un ancrage durable de la démocratie après des décennies de dictature. La Révolution des Œillets au Portugal en 1974 et la transition espagnole entre 1975 et 1982 avaient ouvert la voie, mais c’est l’adhésion à la Communauté économique européenne qui a offert un cadre solide pour que ces jeunes démocraties prospèrent. Les institutions européennes ont garanti stabilité et coopération, empêchant tout retour à l’instabilité du passé. Quarante ans plus tard, cet engagement démocratique reste au cœur de l’identité ibérique au sein de l’Union.

De la PAC aux emplois : le décollage économique

L’adhésion à l’Union européenne a propulsé l’Espagne et le Portugal sur la scène économique européenne. Le changement le plus significatif a probablement été guidé par la Politique Agricole Commune, qui a transformé les campagnes, modernisant routes, énergie et systèmes d’assainissement, tout en renforçant la sécurité alimentaire.

L’accès au marché unique et à la zone euro a ouvert de nouvelles perspectives commerciales et financières, tandis que les fonds européens ont permis un rattrapage relatif des niveaux de vie. Aujourd’hui, l’économie espagnole représente environ 8,7 % du PIB total de l’Union européenne, tandis que celle du Portugal pèse environ 1,6 %. Des millions d’emplois ont été créés et la mobilité des étudiants et des travailleurs a renforcé les liens entre citoyens. Quarante ans après, cet élargissement illustre combien l’intégration européenne peut soutenir prospérité et stabilité.

Un élargissement bénéfique pour toute l’Union

L’adhésion ibérique n’a pas seulement transformé leurs économies nationales : elle a renforcé l’ensemble de l’Union européenne. Le commerce intérieur et extérieur s’est développé, l’interconnexion des régions s’est améliorée et la sécurité alimentaire européenne est devenue plus stable et diversifiée. Au-delà de ces avancées économiques, la péninsule Ibérique a joué un rôle moteur dans l’approfondissement politique de l’Union. Comme l’a rappelé le roi Felipe VI, « l’Espagne a également contribué, et même dirigé, la construction européenne dans de nombreux domaines : la citoyenneté, la politique de cohésion, le développement du pilier social, l’espace de liberté, sécurité et justice, le recours récent aux mécanismes de dette commune, la politique de voisinage sud, ou encore, avec le Portugal, l’importance stratégique de l’Amérique latine et des Caraïbes ». Les opportunités de recherche, d’innovation et d’études ont explosé, portées par les échanges universitaires et les projets scientifiques transfrontaliers. L’UE a également gagné en capacité à répondre aux crises, qu’elles soient sanitaires, économiques ou humanitaires. Selon Roberta Metsola, ces quarante années prouvent que « l’Europe est une œuvre en devenir », et que chaque élargissement renforce sa résilience et son influence sur la scène internationale.

L’Europe du Sud, une ouverture stratégique

L’adhésion de l’Espagne et du Portugal a offert à l’Union européenne une ouverture stratégique vers le Sud. À l’extrémité du continent, ces deux pays ont renforcé les liens avec l’Amérique latine, l’Afrique et la Méditerranée, enrichissant l’influence européenne et multipliant les partenariats internationaux. Leur histoire et leur culture communes avec ces régions ont permis de tisser des relations commerciales, éducatives et culturelles uniques. Les régions ultrapériphériques : les Açores et Madère pour le Portugal ; les Canaries pour l’Espagne, offrent à l’UE une présence dans des zones clés et un potentiel considérable en recherche, biodiversité, énergie renouvelable et aérospatial. Ces territoires rappellent que l’Europe ne se limite pas au continent : sa force réside dans sa diversité et sa capacité à rayonner au-delà de ses frontières.

Un message politique toujours actuel

Le roi Felipe VI a souligné dans son intervention l’importance de l’autonomie stratégique européenne et du renforcement du lien transatlantique, affirmant que « notre force réside dans notre unité ». Il a également mis en garde contre la montée des discours eurosceptiques : « Nous, Européens, avons souvent été très critiques envers les institutions européennes. Il n’est pas rare d’entendre des commentaires sur la faiblesse de l’Europe unie, son idéalisme dépassé, sa déconnexion avec la réalité. La critique est un signe que la démocratie fonctionne et peut être positive si elle nous fait progresser. Mais certaines critiques mettent en danger nos principes et valeurs, sans lesquels l’Europe redeviendrait une simple notion géographique. Et là, dans l’oubli de ce que représente la construction européenne, se trouve notre plus grande menace ». De son côté, Marcelo Rebelo de Sousa a rappelé que les Portugais restent profondément « européens de par leur langue, leur culture et l’histoire » partagée. Quarante ans après, ces discours illustrent que l’Europe continue de se nourrir des parcours de ses membres et que chaque étape de l’intégration européenne façonne ses choix présents et futurs.

Quarante ans après leur adhésion, l’Espagne et le Portugal continuent de rappeler à l’Europe que son unité et sa prospérité reposent sur la coopération, le respect et le courage politique. Leur histoire commune avec l’Union européenne illustre que chaque élargissement renforce non seulement les économies et les institutions, mais aussi les liens entre citoyens et nations. L’Union européenne, l’Espagne et le Portugal ont grandi ensemble, et cet héritage reste un guide précieux pour bâtir les quarante prochaines années d’une Europe plus forte, plus unie et plus ouverte sur le monde.

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