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La liste Nous Te Ferons Bretagne face aux enjeux européens des élections régionales 2010

, par Les Jeunes Européens - Rennes

Emmenée par le maire divers-gauche de Carhaix Christian Troadec, union de sensibilités de gauche, écologiste et démocrate, la liste Nous te ferons Bretagne a pour ambition d’obtenir pour la Bretagne des institutions équivalentes à celles de l’Ecosse ou de la Catalogne. Elle bénéficie du soutien du Parti breton, de la gauche alternative et de l’Alliance Ecologiste Indépendante.

Nous te ferons Bretagne a pour spécificité de se présenter de façon unitaire sur les cinq départements bretons. En sus de la Bretagne administrative, elle présente donc officiellement une liste sur l’ensemble de la région Pays de la Loire mais ne fait campagne qu’en la Loire-Atlantique. Jacky Flippot, 63 ans, infirmier à la retraite, adjoint au maire de Blain jusqu’en 2008 est tête de liste dans le département. Tête de liste du Parti breton aux élections européennes de 2009 , Emile Granville emmène la liste Nous te ferons Bretagne du département d’Ille et Vilaine.

Kevin Jezequel : La répartition des compétences entre l’Union, les États et les régions pose un certain nombre de problèmes qui portent atteinte au principe fondamental de subsidiarité. Quel est votre sentiment sur la question ?

Jacky Flippot : Nous sommes fédéralistes, et à ce titre nous prônons une répartition claire et aussi simple que possible des compétences. Il faut que les Traités européens puissent à terme établir comme les constitutions de toute Fédération une séparation claire entre les compétences exclusives de chacun et les compétences partagées.

Notre analyse est que la confusion est entretenue par l’absence d’autonomie politique des décisions européennes : la Commission est encore trop soumise au bon vouloir du Conseil et n’écoute pas assez le Parlement Européen, qui ne prend pas assez d’initiatives pour étendre ses prérogatives. Ce sont les mêmes qui sont présents devant les caméras à Bruxelles pour négocier les grands textes et qui sont chargés de les transposer, sans se priver de trainer les pieds et de ne pas endosser leurs responsabilités quand des mesures se révèlent impopulaires. Nous concevons le principe de subsidiarité comme la nécessité d’agir à l’échelon le plus efficace.

Kevin Jezequel : Quels sont les atouts européens de la Bretagne ?

Jacky Flippot : Pour nous, la Bretagne est un pays résolument tourné vers l’international et c’est une excellente chose qu’il faut renforcer. La Bretagne a d’ailleurs déjà contribué à des impulsions importantes en Europe : ainsi la création de la conférence des régions périphériques maritimes (CRPM) en 1973, à laquelle a participé le Breton Joseph Martray. Ce fut pour l’un des points de départ de la politique régionale européenne, prenant en compte les écarts de développement à l’intérieur des Etats membres de l’UE, et non entre ces derniers. Et puis également le début des coopérations interrégionales, et du comité des régions (à la fondation duquel a également participé Martray). Tout cela montre que la Bretagne a une vision très ouverte de l’Europe, bien au-delà des simples négociations entre Etats.

Kevin Jezequel : La liste Nous te ferons Bretagne comprend des membres du Parti Breton, mouvement qui se présente comme fédéraliste européen. Quelle est votre propre vision du fédéralisme ?

Jacky Flippot : C’est effectivement en tant que membre du Parti Breton que je suis candidat Nous Te Ferons Bretagne, tête de liste en Loire-Atlantique. Notre vision de la Bretagne et de l’Europe sont liées. Nous nous considérons comme fédéralistes européens parce que nous voulons qu’à terme l’Europe devienne une Fédération, avec une constitution adoptée par l’ensemble des citoyens européens. Et à terme, nous souhaitons que la Bretagne soit un membre à part entière de cette Fédération. Pour nous le fédéralisme européen signifie l’égalité entre les identités, le respect des diversités, la tolérance et l’ouverture aux autres comme fondements d’une communauté politique. Nous entretenons d’ailleurs des liens étroits avec des partis très en avance sur les problématiques européennes, des partis clairement fédéralistes comme Convergencia i Unio en Catalogne, ou le Parti Nationaliste Basque, ou bien encore nos amis flamands de la N-VA.

Tous ces partis sont représentés au Parlement européens, avec les Verts/Alliance libre européenne (les Flamands) ou avec les libéraux et les démocrates (CiU et PNV). En collaborant, nous pourrons orienter le développement de l’UE vers une Europe fédérale. Nous pourrons peut-être un jour refuser le diktat des socialistes et des populaires sur la Commission européenne, par exemple.

Comme pour l’émancipation de la Bretagne, la construction d’une Europe fédérale ne se fait pas du jour au lendemain, mais en plusieurs étapes. Les prochaines doivent aller pour nous dans le sens d’une autonomie des institutions européennes. Nous voulons la fin progressive de l’unanimité au Conseil des ministres, du monopole d’initiative de la Commission, de sa possibilité de bloquer les amendements en forçant l’unanimité au conseil des ministres. Nous voulons que le Parlement Européen puisse être associé à la diplomatie européenne.

Kevin Jezequel : Comment, concrètement, concevez-vous la façon dont le Conseil Régional de Bretagne, pour lequel vous êtes candidat, apportera sa part et contribuera au développement de l’Union européenne ?

Emile Granville : Nous voulons rapprocher les citoyens de l’Union Européenne, en soutenant notamment le développement des Maisons de l’Europe en Bretagne. Nous souhaitons que le Conseil Régional intervienne directement au Conseil des Ministres lorsque le sujet concerne la Bretagne. Ceci se pratique déjà en Ecosse par exemple. Le Conseil Régional doit en avoir l’ambition. Nous souhaitons aussi défendre les intérêts de la Bretagne, et donc contribuer à la construction de l’Union Européenne, par une représentation permanente à Bruxelles.

L’Union Européenne est un projet inachevé, qui se construit au niveau politique mais également dans la vie quotidienne des gens. La question de la mobilité est de ce point de vue cruciale. Le Conseil Régional doit intervenir dans les lycées pour développer les échanges intereuropéens qui sont pour le moment limité à l’aspect linguistique.

Si les citoyens à l’heure actuelle sont un peu réticents vis-à-vis de l’Europe, c’est qu’ils ne la connaissent pas. Et s’ils ne la connaissent pas, c’est parce que les hommes politiques actuels ne font pas leur travail. Au lieu d’assumer leurs décisions, ils préfèrent invoquer l’Europe comme une contrainte extérieure. Cela doit cesser ! Nous souhaitons que la Bretagne soit exemplaire en terme de promotion du sentiment européen chez les Bretons. L’Europe, c’est d’abord la fraternité entre les citoyens et les peuples européens.

Kevin Jezequel : Pour préparer son avenir, la Bretagne et son Conseil régional ont besoin de l’Union européenne. Selon vous, en quels domaines avons-nous vraiment besoin de son aide, sur le plan financier mais aussi au niveau de nouvelles coordinations et politiques à créer ou à développer ?

Emile Granville : Cela peut prendre la forme de coopérations de fait sur certains sujets ponctuels avec des régions européennes qui sont sur le plan économique mais surtout institutionnel des exemples à suivre. Nous pensons en particulier à l’Ecosse ou au Pays de Galles. D’ailleurs, la Région Bretagne a signé avec le Pays de Galles un protocole d’accord. Il conviendrait d’aller beaucoup plus loin dans la coopération, par exemple sur le plan linguistique. Le gallois et le breton sont des langues très proches, et beaucoup de personnes parlent les deux langues.

Autre domaine : les énergies renouvelables. L’Ecosse devrait produire 100% de ce qu’elle consomme en énergie renouvelable. La Bretagne a tout intérêt à travailler avec l’Ecosse sur ce point, plutôt que d’attendre des réformes improbables du côté français. Notre potentiel est important, pour les éoliennes, pour la biomasse, pour les hydroliennes. Mais il est malheureusement sous-exploité, du fait d’une gestion d’EDF uniquement axée sur le nucléaire. Un domaine qui illustre bien la nécessité de traiter les problèmes à l’échelle européenne est la question de l’eau. L’inaction du gouvernement français qui sait pourtant depuis des années ce qu’il faut faire pour réduire le taux de nitrate est de ce point de vue symptomatique, puisque les gouvernements français successifs ont plusieurs fois été condamnés pour non respect des règles européennes.

Un autre exemple est celui des affaires maritimes : la sécurité maritime est un enjeu essentiel pour les Bretons, qui ont trop souvent été victimes des marées noires. Il est indispensable d’approfondir le système de surveillance européen en mettant en place un corps de garde côtes.

La Bretagne a besoin de l’Union Européenne pour retrouver la position centrale qu’elle a déjà occupée quand sa flotte égalait la flotte française. C’est grâce à l’Europe que nous avons des programmes de coopération avec l’Espagne, l’Irlande, et aussi la Cornouaille Britannique (programme Interreg Finistère-Cornouailles). C’est grâce à l’Europe et au lobbying breton, que nous sommes désormais reconnu comme région transfrontalière. La Manche faisant office de frontière. C’est un progrès indéniable par rapport à une vision parisianiste de « l’aménagement du territoire »

Kevin Jezequel : La politique régionale de l’Union européenne consacre des sommes importantes au co-financement de projets de développement en régions. Si vous êtes élu président de la région Bretagne, quelles seront vos priorités dans l’utilisation de ces financements européens ? Pourquoi ?

Emile Granville : Depuis 2002, le Conseil Régional d’Alsace gère les fonds européens. Ailleurs, ce sont les préfectures gouvernementales. Nous souhaitons en Bretagne pouvoir gérer l’argent du FEDER (Fonds Européen de Développement Régional), du FSE (Fonds Social Européen) ainsi que du FEP (Fonds Européen de la Pêche) et du FEADER (pour la PAC).A partir de là, nous pourrons réellement faire nos propres choix.

Nous pensons que l’équipe sortante du Conseil Régional n’a pas toujours utilisé les fonds européens à bon escient. Par exemple, sur les 300 millions d’euro FEDER, 100 millions d’euros ont été consacré à la Ligne à Grande Vitesse pour rapprocher encore plus Rennes de Paris, alors que nos réels besoins ferroviaire sont à l’intérieur même de la Bretagne.

Nous souhaitons mettre en avant dans la gestion des fonds européens l’innovation et la recherche, et l’agriculture. L’innovation tout d’abord, car elle conditionne le développement économique futur de la Bretagne. La Région Bretagne ne consacre que 1,64 % de son PIB à l’innovation, alors que les préconisations de l’Union Européenne sont dans ce domaine de 3 %. Il faut que la Bretagne puisse compter sur ses propres forces pour se développer. Elle a le taux le plus important de réussite au baccalauréat de l’Hexagone. Sachons utiliser cet énorme potentiel dans la recherche, l’innovation, la création d’entreprises. Nous avons déjà des atouts en termes de recherche et d’innovation : on peut citer la santé autour de Nantes, les télécommunications (TIC) dans le Tregor ou encore la recherche marine à Brest. Nous pouvons mieux faire, pour les prochaines années. Une première étape pourrait être le renforcement de l’université européenne de Bretagne avec l’intégration des établissements de Loire-Atlantique.

La Bretagne est concernée directement par l’agriculture et la pêche. Il convient que ces activités soient menées dans le respect des ressources et de l’environnement. Mais il faut le faire en développant les emplois des agriculteurs et des pêcheurs. L’apport de la PAC est important pour faciliter le passage d’un modèle à un autre.

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