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Autriche : le populisme, vrai vainqueur des élections

, par Guillaume Amigues

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Malgré leur récente victoire électorale, les sociaux démocrates autrichiens (SPÖ) n’avaient pas vraiment le cœur à la fête le 28 septembre.

Auteurs

  • Étudiant en sciences politiques à Sciences Po Paris et à la Freie Universität de Berlin. Ancien rédacteur en chef de Taurin, Magazin der jungen Europäer

Mots-clés

Les élections fédérales ont en effet donné lieu à un violent vote-sanction contre la SPÖ et son partenaire de coalition conservateur, la ÖVP. Les deux soi-disant « grands partis » enregistrent les plus mauvais résultats électoraux de leur histoire.

À l’inverse, les partis d’extrême droite FPÖ et la BZÖ ont profité du mécontentement populaire pour atteindre des sommets.

Victoire amère pour la SPÖ

Tout d’abord, il est important de souligner la victoire de la SPÖ, qui était loin d’être acquise lorsque les conservateurs ont mis fin à la grande coalition en juillet dernier. Les sociaux démocrates, « partis de 21% » d’après un stratège du parti, sont restés la première force politique autrichienne avec 29,7% des voix. Ce tour de force a cependant été accompli par Werner Faymann à grand renfort de populisme et ne témoigne pas de la bonne santé du système politique autrichien. Le candidat SPÖ n’a en effet pas hésité à surfer sur la vague eurosceptique en affichant sa proximité avec le tabloïd europhobe Neue Kronen Zeitung et en promettant la soumission de tous les futurs traités européens à un référendum.

C’est toutefois principalement la hausse des prix qui a permis cette victoire selon Joseph Cap, le chef de la fraction SPÖ. Sur ce sujet, les sociaux-démocrates se sont appuyés sur l’extrême droite pour faire passer un ensemble de mesures populistes durant la semaine précédant l’élection. Le financement de ces cadeaux électoralistes devrait constituer un casse-tête pour le prochain gouvernement autrichien.

L’extrême droite au plus haut

Si les militants sociaux-démocrates ont aujourd’hui « un œil qui rit, un œil qui pleure », c’est parce que les vrais gagnants de l’élection sont la FPÖ et la BZÖ. Les deux partis d’extrême droite obtiennent ensemble 29% des voix, soit davantage que le score de la FPÖ en 1999, quand Jörg Haider était entré au gouvernement autrichien, déclenchant une crise entre celui-ci et l’UE. La situation est aujourd’hui différente puisque l’extrême droite est divisée entre la FPÖ de Heinz-Christian Strache (18% des voix) et la BZÖ (11%) de Jörg Haider. Les deux hommes ont des relations tendues depuis que Haider a quitté la FPÖ en 2005, et ne seraient pas prêts à travailler ensemble au niveau national.

Le fait que 3 Autrichiens sur 10 aient voté pour des hommes politiques europhobes, xénophobes, populistes et accusés de liens avec les néo-nazis ne peut être attribué simplement à une sanction passagère des citoyens autrichiens, comme le souligne un excellent éditorial du Guardian.

Et maintenant ?

La SPÖ a déjà revendiqué le poste de chancelier pour et exclu toute alliance avec les « néo-fascistes ». La seule solution pour obtenir une majorité serait alors une nouvelle alliance avec la ÖVP qui n’a obtenu que 25,6%. Afin de ne pas reproduire l’immobilisme de la dernière grande coalition, la SPÖ souhaitait toutefois un changement de personnel à la tête du parti conservateur. Ce fut chose faite avec la démission du candidat ÖVP Wilhelm Molterer, remplacé par Josef Pröll au lendemain des élections.

Ce passage de témoin semble ouvrir la voie à une nouvelle alliance SPÖ-ÖVP, même si les conservateurs disent n’avoir pas encore arrêté leur stratégie. En dépit du revers historique enregistré le 28 septembre, certains responsables du parti souhaiteraient conquérir la chancellerie en s’appuyant sur les deux partis d’extrême droite.

Du souci pour l’avenir

A l’heure actuelle, c’est un retour à une grande coalition qui semble le plus probable. Une option qui semble logique mais également risquée : les dix-huit derniers mois de coalition furent une succession de combats et crises entre les deux partenaires. L’extrême droite a su profiter de l’immobilisme et du mécontentement pour doubler son électorat durant cette période. Une nouvelle grande coalition n’aurait cette fois pas le droit à l’erreur, sous peine de se retrouver à nouveau dans le même camp, mais cette fois dans l’opposition à une majorité d’extrême droite après les prochaines élections.

Victoire mathématique des eurosceptiques de la SPÖ, victoire psychologique de l’extrême droite europhobe… Alors que l’opinion est grossièrement influencée par la « presse de boulevard » europhobe, les amis de l’Europe ont de quoi se faire du souci pour l’Autriche dans la perspective des élections européennes de 2009…

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P.-S.

Illustration : partie d’une affiche de campagne de l’extrême-droite qui marque bien son rejet de l’Europe. Source : Wikipedia.

Vos commentaires

  • Le 4 octobre 2008 à 11:14, par Ronan Blaise En réponse à : Autriche : le populisme, vrai vainqueur des élections

    Analyse de Jean-Marie Le Pen (Front National) ce matin (sur Europe 1) à propos du vote autrichien du week-end dernier (et du succès des partis nationalistes, ayant ensemble obtenu près de 30%) : un succès "normal" - juge-t-il - puiqu’il s’avère - nous dit-il - que les Nations sont le cadre structurel le plus pertinent qui soit, plutôt que l’Union (et les "nationaux" plébiscités, donc...) pour règler des problèmes tels que l’actuelle crise économique, par exemple.

    Comme on le voit d’ailleurs depuis peu en Irlande, par exemple, avec un plan de protection bancaire rédigé en solitaire et en catimini, en absence totale de solidarité et dans le dos de ses autres partenaires de l’Union, suscitant ainsi la colère et la défiance de ceux-ci. Voilà où mène l’égoïsme national, le "chacun pour soi" souverainiste et le manque d’empathie pour les voisins : à la catastrophe.

    Sans même parler des actuels atermoiements des pays européens du G8 - faute de véritable gouvernance économique européenne - pour essayer d’adopter des mesures de protection du système bancaire ou élaborer collectivement une stratégie de relance des activités économiques. (Et, soudainement, plus du tout de critiques à l’égard ni de l’Eurogroupe, ni de la Banque centrale...).

    Pour le reste, on conviendra - bien entendu - que l’Alabama ou le Mississippi (ou l’historique grand « Dixieland » identitaire, xénophobe, culturellement homogène, ethniquement cohérent et raciste d’autrefois...) ont effectivement beaucoup plus de chances de s’en sortir tous seuls que de s’en remettre aux politiques fédérales...

    Faire du sentiment d’appartenance l’alpha et l’oméga de la vie politique (et économique ?!), voilà bien l’une des âneries politiques les plus communément répandues, sinon admises...

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