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« Le renouveau industriel européen pour la croissance, c’est maintenant ! »

, par Lucas Buthion

Ce mercredi 6 juin, Philippe Herzog, Président fondateur de Confrontations Europe, et conseiller spécial de Michel Barnier, Commissaire européen au marché intérieur et services, tenait une conférence de presse à Paris pour présenter les grandes lignes d’une « stratégie industrielle européenne fondée sur la coopération ». Retour sur des propositions qui vont à rebours de beaucoup d’idées préconçues.

Philippe Herzog

Auteurs

  • Ancien Vice-président des Jeunes Européens-France

Mots-clés

Croissance et industrie, un couple à ne pas séparer

La crise économique que nous connaissons, singulièrement dans l’Eurozone a mis en lumière un certain nombre de problèmes structurels propres à l’Europe : une gouvernance économique à revoir, ou la nécessité d’un assainissement bancaire en sont quelques uns. Au delà, et c’est une cause plus profonde et plus méconnue de la crise, l’Europe perd son avantage comparatif sur le reste du monde. Elle subit en effet une vraie désindustrialisation ainsi qu’un phénomène de polarisation industrielle, traduisant des divergences de compétitivité entre les différents pays européens.

Dans un tel contexte, et alors que fusent de toute part les appels à la croissance, l’important est plutôt de se demander comment la concevoir. De ce point de vue, le nœud du problème est le renouveau industriel à l’échelle européenne. En effet, le moteur de la croissance réside encore principalement dans l’industrie et les services autour de celle-ci : ce sont bien ces secteurs qui concentrent aujourd’hui l’essentiel de la recherche-développement, et génèrent de forts gains de productivité.

La recherche de la croissance soulève deux types de problèmes, à avoir à l’esprit. D’abord du côté de la demande. Où se situe t-elle ? N’en déplaise aux hérauts de la démondialisation, le potentiel de demande se trouve à l’extérieur de l’Europe, dans les pays émergents, tandis que la crise et le surendettement des Etats brident fortement l’accroissement de la demande à l’intérieur de l’Union européenne, renforçant cet état de fait. Le second problème se trouve du côté de l’offre : quoi exporter ? La réponse est « simple » : des produits industriels et services connexes. On imagine en effet mal l’exportation massive de services à la personne, comme la coiffure par exemple. De ce constat résulte l’impératif de renouveler une offre industrielle européenne compétitive à l’échelle mondiale.

Réindustraliser, un choix de société et de capitalisme

Réindustrialisation rime donc avec croissance. A contrario, si ce processus n’est pas amorcé, c’est notre modèle social qui pourrait bien couler, car il existe un lien étroit et évident entre questions sociales et industrie. En effet, en économie politique, le « surplus social » lié au niveau de compétitivité, peut être utilisé à plusieurs fins, soit pour augmenter les salaires, baisser le temps de travail, ou mener des investissements.

L’industrie a toujours été un choix de société et de capitalisme, ce qui interroge directement les systèmes politiques. Bâtir l’industrie exige des écosystèmes, des gens formés, de la coopération et des systèmes de financement dévoués à l’industrie.

Par suite logique, la question cruciale qui se pose est de savoir qui va « piloter le navire », afin de ne pas réindustrialiser n’importe comment. Ainsi en France, on avait jadis des ingénieurs en position d’hommes d’Etat. Cela n’est plus le cas aujourd’hui, ce qui ne manque pas de poser problème. Il apparaît en effet bien difficile de faire de l’industrie si l’on n’a plus que des administrateurs aux commandes, sans motiver les jeunes, sans provoquer une « révolution de la formation continue » et sans prise de conscience sociétale de ces questions. C’est toute une « culture industrielle », aujourd’hui en déshérence, qu’il faut réinventer.

Pour une coopération à l’échelle européenne en matière industrielle

Alors que l’édification du marché intérieur a rendu les pays européens plus interdépendants que jamais, on assiste, de manière paradoxale, à un flagrant manque de coopération entre les pays de l’UE pour retrouver le chemin de la croissance. Or, si l’on n’arrive pas à accroître la productivité des pays les plus faibles et à réduire les dissymétries existantes, cela aboutira à l’explosion de l’Eurozone. Celle-ci ayant été conçue comme la clef de voûte du marché intérieur, c’est ce dernier qui se trouvera dès lors en péril, et partant, l’Europe toute entière comme projet politique.

Pour ce faire, trois actions doivent aller de pair : bâtir un système de relations industrielles et commerciales, bâtir une intégration industrielle et un espace d’innovation et, enfin, valoriser les investissements longs, de manière à pérenniser les financements.

Dans cette optique, Il conviendrait que des Etats membres volontaires planchent sur cette problématique, et lancent des pistes pour développer une « solidarité industrielle » à l’échelle européenne. Ce noyau d’Etats ne doit pas forcément se réduire à un dialogue franco-allemand-italien, ou même à l’Eurozone : certains pays appartenant à celle-ci sont susceptibles d’avoir des réticences à ce sujet, tandis que des Etats n’ayant pas l’Euro, à l’image de la Pologne, pourraient être partie prenante d’une telle initiative.

Si l’impulsion décisive doit venir d’Etats volontaires, cela ne signifie pas pour autant que la Commission européenne et le Parlement n’aient rien à faire, au contraire. Ces institutions ont ainsi à mener des tâches prioritaires, au premier rang desquelles la rénovation du marché intérieur, et le renforcement et la supervision du budget européen.

On comprend qu’il est temps de passer à un nouveau fédéralisme, budgétaire et bancaire qui consisterait, ensemble, à essayer de relancer l’intégration industrielle. C’est à cette condition que l’on parviendra à un renouveau économique européen, résolvant ainsi la périlleuse équation de la croissance à l’échelle européenne.

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Vos commentaires

  • Le 12 juin 2012 à 18:55, par Bal En réponse à : « Le renouveau industriel européen pour la croissance, c’est maintenant ! »

    L’avenir est aux peuples qui savent s’unir, dit-on. Réindustrialiser l’Europe, et la France en particulier, pour exporter de nouveaux produits. Bien. Mais, dans un système de compétition, il ne faut pas négliger que les pays émergents, et bien d’autres, vont aussi jouer le jeu industriel, sans état d’âme. Et rien ne prouve que l’Europe en sortira gagnante. Comme il n’a pas été créé de citoyen européen, comment voulez-vous qu’on réalise une union digne de ce nom ? Il faut ouvrir les yeux : l’Europe est uniquement affairiste, elle joue ce jeu. En conséquence, certains nouveaux maharadja européens s’en sortiront, les autres connaîtront misère, chômage, vente de leur force de travail à bas prix... Cela semble inéluctable.

  • Le 13 juin 2012 à 10:39, par Xavier En réponse à : « Le renouveau industriel européen pour la croissance, c’est maintenant ! »

    Ah... Pourtant on lit partout depuis la crise des subprimes que le capitalisme est mort. XD

    Plus sérieusement. Tant qu’on ne réduira pas le fardeau fiscal des entreprises, tant qu’on ne remettra pas en question toutes ces normes (il ne s’agit pas de les supprimer, mais bien de simplifier et réduire la chose), toutes ces idées de coopération seront totalement inutiles. Du moins elles ne profiteront qu’aux grosses entreprises et on perdra au passage les PME, source d’emploi, de croissance et d’innovation.

    C’est ça qui est bien triste en Europe, on ne conçoit des politiques économiques et fiscales qui ne font que favoriser les grosses boîtes au détriment des PME.

    Voyez avec la RSE, les normes, le droit du travail, la fiscalité, les subventions, les « bail out » (on sauve les grosses banques, mais pas les petites... ah ben oui des petites banques on n’en a plus...).

    Enfin le projet fédéraliste nous devrions l’orienter sur la politique étrangère (diplomatie, armée) plutôt que sur l’économie où, précisément, les administrateurs ne peuvent pas faire grande chose (à part arnaquer le contribuable et le petit entrepreneur au profit des cartels).

  • Le 13 juin 2012 à 22:51, par Julien-223 En réponse à : « Le renouveau industriel européen pour la croissance, c’est maintenant ! »

    Xavier, à verser dans la caricature, vous desservez votre cause.

    Ne pas avoir de politique économique au niveau européen est devenu impossible depuis qu’on a une banque centrale.

    Et depuis la loi antitrust de 1890, il est à peu près admis que le libéralisme sans règles n’a aucun sens.

    L’Europe est obligée de faire de la politique économique. Le marché intérieur est une politique économique. Les 300 directives Delors ouvrant l’Europe à la cconcurrence étaient des décisions de politique économique, préparées qui plus est par des administrateurs... Supprimer les obstacles pour les PME nécessite des décisions politiques, donc des bureaucrates qui y travaillent. Admettez quand même que vos propos sont un tantinet démago.

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