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Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

, par Grégoire Henning

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Les juristes nous diront que l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique sont complètement différents. Ils ont sans doute raison. Mais du point de vue du citoyen lambda, les similarités dans la vie quotidienne sont nombreuses, même s’il reste encore quelques différences fondamentales.

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens Universités de Paris. Ancien étudiant à l’ENS de Cachan, doctorant en Physique nucléaire à l’Université Paris 11, guest-graduate au Laboratoire National d’Argonne (Chicago, Illinois, USA).

Similarités

Commençons par le plus évident : aux USA comme dans une bonne partie de l’Europe, les citoyens utilisent une seule et même monnaie, identique à celle des États voisins. Les frontières entre les États sont également complètement ouvertes à l’intérieur de l’Union [1]
.

Tout comme en Europe, aux USA, un certain nombre de domaines restent de la compétence des États : code de la route, certaines taxes, protection sociale, salaire minimum, certains domaines de justice (les législations sur les mariages, les drogues ou le port d’armes par exemple), etc.

 Des procédures d’opt-out existent également pour certaines législations au niveau fédéral (par exemple, des opt-out pourraient exister pour certaines parties de la réforme du système de santé voulu par Barack Obama). Au niveau politique, certaines formations réclament plus d’indépendance des États par rapport au gouvernement fédéral, au contraire, d’autres tendances souhaitent plus de contrôle par l’Union.
 Les gouverneurs, sénateurs, et autres élus locaux dans les États des USA gardent en effet une grande importance dans la vie quotidienne.

Différences

Les différences historiques sont évidentes : les États-Unis d’Amérique sont nés il y a plus de 200 ans, d’une volonté des colonies britanniques de se libérer de la Couronne. L’Europe quant à elle se construit depuis moins d’un siècle, petit à petit, bloc après bloc (d’abord par le charbon et l’acier, ensuite par un espace économique, etc.)


 Ce qu’il manque encore à l’Europe pour unir tous ses citoyens, c’est bien l’élection au suffrage universel d’un Président. On l’a vu en 2008, l’élection du Président américain a rassemblé tous les Américains – et ceci même si le pouvoir de celui-ci reste assez limité dans les faits.
 Dans l’Union européenne, par contre, les élections parlementaires sont marquées par un taux de participation en baisse. Les euroenthousiastes réclament d’ailleurs des partis politiques des listes transnationales, et la proposition d’un candidat à la présidence de la Commission lors de la campagne parlementaire, afin de mieux politiser le débat.



Une autre différence fondamentale entre les USA et l’UE est la langue : même si la pluralité des accents (parfois différents au point d’être quasi incompréhensibles l’un pour l’autre) est réelle, la langue anglaise est la norme aux USA. S’ensuit une présence des médias sur tous le territoire américain, chose qui n’existe pas en Europe où coexistent 23 langues officielles [2]. Le lien des citoyens en général et des politiques en particulier aux "Founding Fathers" est également très différent : aux USA, il est courant, dans les discussions politiques, d’y faire référence ; alors que dans l’UE, peu de citoyens connaissent même les noms des fondateurs de l’Europe, et encore moins les principes qui les ont guidé. 

Enfin, le citoyen américain se sent totalement américain, tandis qu’à l’opposé, l’Européen se réclamera d’abord (voire uniquement) de son État d’origine.

L’Europe doit-elle prendre modèle sur les États-Unis d’Amérique ?

Probablement pas : les similarités existent, mais ce n’est pas simplement en copiant les USA que nous ferons avancer l’Europe. Par contre, il est intéressant de regarder dans le détail ces différences ; et pourquoi pas y reprendre quelques idées.

 Comme mentionné ci-dessus, donner une dimension européenne aux élections des eurodéputés, avec des listes transnationales et un candidat désigné pour la présidence de la Commission, pourrait rassembler les électeurs autour de sujets réellement européens, et donner plus de substance politique à l’Europe.

 De même, l’histoire de la construction européenne et les principes qui l’ont guidée restent trop mal connus, ce qui nuit au sentiment européen.

 Une meilleure présence sur la scène internationale, avec des positions communes et des réponses coordonnées entre les États membres, pourrait également rassembler tous les Européens ; c’est cette idée qui a guidé la création du poste de Haut Représentant à la Politique Extérieure, occupé depuis décembre 2009 par Mme Catherine Ashton, mais nous sommes encore loin d’avoir réussi cela.

 Enfin, il est important, même primordial, de garder la diversité culturelle et linguistique de l’Europe. Cette richesse doit être conservée, mais nous devons pousser à une plus grande compréhension entre les États membres – pas seulement linguistique, mais aussi culturelle.

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P.-S.

Illustration : photographie d’un drapeau américain. Source : Wikimedia.

Notes

[1Le mot « État » désigne ici sous la même catégorie les États membres de l’UE et les États des USA. De même, « Union » se référera à l’UE ou aux USA.


[2Cette problématique des langues fait débat dans la sphère des euro-bloggers et a été discutée, par exemple, dans un épisode de Chasing Brussel (http://www.chasingbrussels.eu/2009/12/06/episode-009-the-euroblogosphere/).

Vos commentaires

  • Le 13 février 2010 à 10:11, par Fabien Cazenave En réponse à : Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

    Dans les différences citées, je ne suis pas sûr que l’élection présidentielle ait « rassemblé tous les Américains ». En effet, si je m’en réfère aux chiffes officiels dans wikipedia : « Le nombre total de votants s’élève à 131,2 millions, établissant un nouveau record absolu de participation après le précédent record établi en 2004 (122,3 millions). Ce total représente un pourcentage estimé entre 61,7 %[31] et 63 %[32] des électeurs potentiels, soit la plus forte participation relative depuis 1968, voire depuis 1960 dans le cas de la seconde estimation. Cette hausse de la participation est en particulier la conséquence de la hausse de participation perceptible parmi les minorités noire (13 % des électeurs contre 11,1 % en 2004) et latino (9 % des électeurs contre 8 % en 2004), et parmi les jeunes de 18 à 29 ans (participation de 52 % contre 48 % en 2004 et seulement 41 % en 2000)[33]. Une évolution décisive pour Barack Obama, ces électorats ayant tous voté majoritairement en sa faveur, à hauteur de 95 % pour la minorité noire et 67 % pour la minorité latino[34], et de 68 % pour les 18-25 ans[35]. Seulement 70% de participation (un »record« ) alors qu’en France, pour 2002 et 2007 c’était + de 80%... Tout ça pour dire que malgré la très forte mobilisation politique et médiatique, la démocratie américaine n’a jamais brillé par le taux de participation pour les votes nationaux. L’aspect local y est beaucoup plus fort qu’on nous le présente dans les médias francophones (qui ne sont pas la source de l’auteur, nous sommes bien d’accords). C’est pour cela que l’affirmation selon laquelle »le citoyen américain se sent totalement américain« doit subir un bémol. Suivant les Etats dans lequel il se trouve, voir le niveau socio-culturel dans lequel il baigne, le sentiment d’être américain s’efface derrière son »coin« et qu’on rejette l’Etat fédéral qui veut »nous prendre notre liberté« . C’est ce qui explique qu’un Timothy Mac Veigh ait fait exploser un bâtiment »fédéral" à Oklahoma City (alors qu’il avait été lui-même GI lors de la 1ère guerre en Irak). Mais difficile effectivement d’en tirer une leçon générale puisqu’un Texan et un Wasp du Massachusset n’ont pas le même rapport à l’Etat fédéral.

    Difficile dans un tel exercice de style (un article court et synthétique) de faire apparaître de tels nuances si complexes à vraiment faire ressortir.

    Je me permets de faire remarquer que ce ne sont pas les « euroenthousiastes [qui] réclament des partis politiques des listes transnationales, et la proposition d’un candidat à la présidence de la Commission lors de la campagne parlementaire, afin de mieux politiser le débat.

 » Ce sont les fédéralistes. La plupart des pro-européens réclamaient simplement une élection du président du Conseil européen, or ce n’est pas un président d’un conseil intergouvernemental qui pourra imposer son point de vue à des dirigeants démocratiquement élus et représentant les intérêts de leur pays. C’est bien le président de la Commission européenne issu d’un choix démocratique (les élections européennes) qui pourrait représenter et incarner les citoyens européens dans nos institutions. Certains fédéralistes demandent qu’on fusionne les deux présidents (du Conseil européen et de la Commission). Je ne suis pas convaincu pour ma part.

    Enfin, il me semble Grégoire que tu n’as pas souligné dans ton article, pourtant bien fourni en exemples, le fait qu’aux USA, on a 2 gros partis présents à tous les niveaux alors qu’en Europe, nous n’avons pas de réels partis européens (en dehors des Verts européens, et encore).

    C’est là où se trouve le point faible de notre construction européenne : un espace politique européen. Or nous n’avons que des espaces politiques nationaux qui s’additionnent. Malheureusement.

  • Le 13 février 2010 à 11:42, par Greg H En réponse à : Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

    J’ai en effet gardé un esprit très synthétique et général dans mes propos, ce qui m’a porté à écarté pas mal de spécificités pour mettre en avant la « big picture » qui montre des ressemblance et différences de surface au premier regard. J’avais notamment était marqué il y a quelque temps par le chemin suivit par la « Healthcare reform » qui rappelle parfois le traité de Lisbonne.

    Mais développons dans les commentaire, c’est fait pour ca.

    Je suis tout à fait d’accord qu’entre le texan et le New Yorkais, il y aura des différences assez fondamentales dans l’idée du gouvernement fédéral. Mais il n’en reste pas moins que même si certains Américains s’opposent fortement à un fédéralisme trop poussé, il y en a très peu qui seront indépendantistes (on en trouve quelques un en Californie, mais dans l’ensemble ca reste anecdotiques). C’est dans cet esprit que je parle des Americains qui se conçoivent comme Américains. Même les démocrates n’échappent pas régulièrement à un « God Bless the United States of America ! »

    Pour ce qui est de la confusion « euroenthousiastes » / fédéraliste, ’my bad’ j’ai effectivement mis tout le monde dans le même paniers pour suivre ma description très générale. Mais en effet, tous les pro européens ne réclament pas de partis non nationaux.

    Enfin, je tiens à préciser que si les élections américaines sont techniquement à un tour et opposent deux partis (essentiellement, en réalité, il y a une bonne demi-douzaine de partis ’indépendants’ qui n’ont que très peu de moyens financiers et donc très ne font pas parler d’eux), toutes les élections sont précédées de primaires ce qui donnent l’occasion à divers courants de ce développer dans les deux partis principaux (comme on peut le voir en France au PS ou à l’UMP). Cependant, l’organisation politique est probablement le niveau le plus différent avec l’UE et cela pour tout un tas de raisons qui mériteraient au moins tout un article pour être détaillées.

  • Le 13 février 2010 à 15:57, par Cédric En réponse à : Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

    Ha ! C’est pas moi qui ai prononcé le « P-word ».

    On ne peut pas affirmer honnêtement que les primaires sont sources de renforcement des courants intrapartisans en France.

    On a aujourd’hui un système quasi-bipartisan, avec certes des divisions internes aux deux partis (fortes qu PS, plus faibles à l’UMP). Mais la question n’est pas de savoir comment mettre fin aux divergences internes (il y en aura toujours), mais de s’assurer que le courant ou le candidat qui s’imposent dans le parti soient soutenus par tous. L’UMP y arrive un peu mieux que le PS.

    Depuis quand les partis français organisent-ils des primaires ? Depuis 1995. La vie politique française n’était pas plus paisible avant 1995. Elle était juste moins minable. Rappelez-vous le discours de Mitterrand hué par les militants socialistes, Mitterrand s’évertuant à faire croire au téléspectateur à une ovation générale. Rappelez-vous les assassinats politiques à droite. Et Chirac qui flingue Giscard, Léotard, Balladur. L’opposition Mitterrand-Rocard. Il y a toujours eu des courants forts dans les partis français.

    Les primaires sont juste un outil au service des partis pour les aider à élaborer une candidature ambitieuse soutenue par l’ensemble du parti, qui serait autre chose qu’une synthèse imbuvable.

    Conclusion, s’il y a des idées à reprendre d’Outre-atlantique :
    - une diplomatie européenne (unique) : oui...
    - une sorte d’élection présidentielle européenne, directe, ou par le biais de l’élection législative européenne : oui
    - un espace politique européen et des partis européens : oui, mais comment y parvenir concrètement ? -> des primaires européennes auprès des militants.

    PS : le parti vert européen est-il vraiment plus européen dans son fonctionnement que les autres partis européens ? J’en doute. Ils n’ont même pas d’adhésion individuelle. Le seul parti européen à ma connaissance à avoir l’adhésion individuelle est le Parti de la gauche européenne.

    PS2 : il est peu approprié de chercher à tirer des conclusions de la comparaison de taux de participation aux différentes élections de différents pays. Mille variables déterminent un taux de participation à une élection, notamment des variables culturelles. 60% de participation, c’est toujours mieux que 40%.

  • Le 13 février 2010 à 18:39, par Européen En réponse à : Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

    Si nous devrions construire un système fédéral européen, je pensais plutôt nous calquer sur le modèle des Land allemands, même si j’apprécie la forte décentralisation des états aux USA. Vu de l’extérieur, il n’y a qu’une seule culture, un seul pays, uni et fort politiquement, économiquement, militairement... A l’intérieur, on peut voir la richesse de chaque état.

    Les eurosceptiques reprochent souvent à l’UE d’effacer les cultures nationales pour faire une seule entité, les européens. Or, c’est faux, et c’est même le contraire, car l’UE sait très bien que c’est la diversité qui fait sa force, et elle soutient beaucoup chaque région... C’est pareil aux États-Unis.

  • Le 14 février 2010 à 07:12, par Martina Latina En réponse à : Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

    Merci pour cet article. En effet, si en Amérique des Etats sont Unis, en Europe l’Union est en marche, à travers une histoire trois fois millénaire, de transmissions techniques et de guerres, de divergences, d’alliances et de convergences, bref à l’image de son nom et de son symbole :

    car - il est nécessaire de le répéter pour en tirer toutes les conséquences fédératrices - l’enlèvement de la Phénicienne EUROPE par un TAURILLON mi grec, mi-divin, résume d’une part l’impulsion antique de la communication nautique, alphabétique et démocratique, mais restaure d’autre part dans la diversité européenne l’esprit d’harmonie, donc de reconnaissance des différences notamment culturelles comme matériaux de la construction commune, et met à portée de nos mains le projet, toujours à l’ordre du jour, de la justice ainsi que de la paix.

  • Le 18 septembre 2012 à 14:35, par Edgar En réponse à : Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

    Lorsque vous dites que les Etats en Europe partagent comme similarité avec leurs homologues américains la gestion de la protection sociale, celà est étonnant.

    En effet, en 2005, la sécurité sociale fédérale américaine s’élevait à 516 milliards de dollars, soit 60 % du montant total du budget fédéral. Health (249), Medicare (294), Income Security (342).

    La différence entre l’Union Européenne et les Etats-Unis est donc que l’Union Européenne n’a pas de compétences dans la protection sociale.

    Donner à l’Union Européenne une partie de cette compétence comme aux Etats-Unis (la majorité de son budget y est dédié) serait un énorme et efficace levier d’intégration européenne.

  • Le 9 novembre à 03:45, par european En réponse à : Quelles différences entre les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne ?

    VOUS AVEZ LOUPÉ L’UNE DES PLUS GROSSES DIFFÉRRENCES !!! L’ARMÉE !!! Les USA ont une armée qui n’obéit qu’au gouvernement fédéral, donc si un état des usa veut prendre une décision militaire pour agir à l’autre bout du monde il doit convaincre le gouvernement fédérale. Parcontre un état européen a son indépendance militaire et peut prendre les décisions qu’il veut sans l’accord du gouvernement européen et du moment qu’il respecte les droits de l’homme.

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