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Weber ou Trichet, la BCE a besoin d’interlocuteurs politiques !

, par Fabien Cazenave

La Banque centrale européenne (BCE) doit faire face à des changements importants du point de vue externe et interne. Quelque soit son futur nouveau président, l’action de la BCE reste complètement dirigée vers la maîtrise de l’inflation… en tous les cas jusqu’à ce qu’un véritable interlocuteur politique lui soit proposé. Et si c’était la Commission européenne ?

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Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne, vient de déclarer dimanche 20 février que toute augmentation des salaires en Europe serait « la dernière des bêtises à faire ». Il justifie son point de vue en expliquant « qu’il est parfaitement clair que ceux qui ont su maitriser leurs coûts connaissent le succès » en matière de lutte contre le chômage, citant l’Allemagne.

Cette déclaration va donner plus encore l’impression que la BCE est loin des citoyens européens et de leurs besoins quotidiens. Même si Jean-Claude Trichet a raison de faire attention aux effets sur l’inflation que pourrait avoir une augmentation simultanée dans toute l’Europe des salaires, on ne peut pas imposer un tel jugement sans donner de perspectives à moyen terme.


Trichet : augmenter les salaires, une "bêtise" !

Ce qu’il s’est passé en Allemagne ces dernières années est le fruit d’un contrat passé entre les organisations sociales et l’Etat fédéral sur une période de gel des salaires bien définie et claire dans le temps.

Il est vrai que la mission de la BCE touche à la macro-économie : elle doit avant tout gérer la politique monétaire (la monnaie unique de l’UE, l’euro, et les taux d’intérêt notamment). Elle est également chargée de définir et de mettre en œuvre la politique économique et monétaire de l’UE.

Or, il lui manque une légitimité politique pour le faire puisqu’elle n’est pas élue et qu’elle n’a pas vraiment de moyens pour obliger les pays européens à la suivre.

Mais c’est tout de même un avantage pour elle car celui permet d’agir en totale indépendance. Ni la BCE, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions d’un organe externe. La seule fois où une banque centrale n’était pas indépendante, c’était à l’époque de l’Allemagne nazie.

La guerre de succession est ouverte pour la présidence de la BCE

Les négociations pour savoir qui sera le prochain président de la BCE sont dans le dur. Axel Weber qui était le favori allemand s’est auto-grillé en menant une lutte interne sur tous les sujets importants contre Trichet, l’actuel président.

Résultat : la France met son veto avec un certain nombre d’autres pays. L’Allemagne d’Angela Merkel n’avait pas prévu un tel barrage et n’a pas prévu de seconde cartouche. Il était pourtant prévisible qu’un « dur » à la tête de la BCE, cela n’allait pas passer auprès des pays fragilisés économiquement.

Ces querelles de couloirs sont passionnantes car il s’agit d’un milieu où la compétence et la bonne réputation sont mêlées au jeu politique et à l’influence.

Mais que cela semble loin des citoyens ! Si cela peut sembler normal pour un poste comme la BCE, on ne peut que regretter que ce même type de jeu ait lieu pour la Commission européenne. Car là, les décisions sont beaucoup plus politiques que techniques.

Alors laissons les romans sur la future succession à la Banque Centrale Européenne et remettons du choix démocratique dans la prochaine Commission avec les élections européennes de 2014. Nous en avons marre d’attendre la fumée blanche… car à la différence du Pape, le président de la Commission n’est pas censé être infaillible.

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Vos commentaires

  • Le 24 février 2011 à 08:33, par HR En réponse à : Weber ou Trichet, la BCE a besoin d’interlocuteurs politiques !

    « Alors laissons les romans sur la future succession à la Banque Centrale Européenne et remettons du choix démocratique dans la prochaine Commission avec les élections européennes de 2014. »

    Fabien Cazenave, quand allez-vous accepter de laisser les romans sur le futur du traité de Lisbonne ?

    Comme beaucoup de partisans du traité de Lisbonne, vous vous êtes trompé. Puisque je me refuse à croire que vous voulez tromper les gens. Comme cet autre partisan fédéraliste du traité de Lisbonne qui déclarait triomphalement à Jean Quatremer au lendemain de la précédente élection européenne, en juillet 2009 : « Nous entrons dans un régime qui sera davantage parlementaire. Mais c’est une réaction à ce que nous avons vécu ces dernières années : l’Union a dérivé vers l’intergouvernementalisme (les Etats décidant par consensus, NDLR) et cela s’est accompagné par une perte de pouvoir de la Commission qui est l’expression même de la méthode communautaire. Je constate qu’elle s’est davantage comportée en secrétariat du Conseil des ministres qu’en organe autonome. La crise économique et financière pourrait être le déclic qui permettra de revenir à une Union où la Commission joue le rôle central qui doit être le sien, le Parlement européen l’épaulant. » http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2009/07/lancien-premier-ministre-belge-guy-verhofstadt-qui-pr%C3%A9side-d%C3%A9sormais-ladle-le-troisi%C3%A8me-groupe-politique-du-parl.html

    On voit le résultat aujourd’hui, maintenant que la crise économique est passée par là. Le traité de Lisbonne n’est pas une « dérive vers l’intergouvernementalisme ». Le traité de Lisbonne, comme l’a parfaitement analysé le cour « constitutionnelle » de Karlsruhe, c’est l’intergouvernementalisme et rien que l’intergouvernementalisme. L’intergouvernementalisme dans l’Union Européenne des traités, ce n’est pas une dérive, c’est le principe même.

    La crise de l’euro a révélé que l’essentiel du pouvoir politique, pour ne pas dire tout le pouvoir politique, appartient au Conseil. La Commission ne peut pas être autre chose qu’un secrétariat du Conseil. Le parlementarisme en Union Européenne ne peut pas être autre chose qu’un héritage du parlementarisme d’Ancien Régime, avec un Parlement qui est une chambre d’enregistrement avec un pouvoir de remontrance.

    Ce refus de prendre vos responsabilités sur ce point va jusqu’à vouloir caricaturer l’intergouvernementalisme, avec un Angela Merkel qui serait incapable de trouver une alternative en Allemagne à Weber !

    Merkel, qui domine aujourd’hui le Conseil, qui a pris le leardership au Conseil avec le crise de l’euro de 2010, serait incapable de touver un banquier en Allemagne ! C’est comme dire qu’elle serait incapable de trouver un bon moteur diesel !!

    Merkel a parfaitement compris la nature intergouvernementale du traité de Lisbonne. Normal, puisque le traité de Lisbonne est un pur produit du Conseil. Weber qui n’a pas su s’aligner parfaitement derrière elle en a payé le prix. Trichet qui n’avait pas compris a dû subir un remontage de bretelles public de la part de Sarkozy au sommet du Conseil d’octobre 2010.

    Soyons sérieux. Arrêtons les romans.

  • Le 24 février 2011 à 09:50, par jonanthan En réponse à : Weber ou Trichet, la BCE a besoin d’interlocuteurs politiques !

    Juste quand même pour rappeler que la Banque de France a été indépendante en ... 1993.

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