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Pour un enseignement européen de l’histoire

, par Nicolas Delmas

Aujourd’hui l’enseignement de l’Histoire est avant tout national. Comment renforcer une identité et une histoire européenne sur cette base ? Il devient nécessaire d’enseigner une histoire commune à tous pour fortifier le sentiment d’appartenance à notre Union. L’histoire ça ne s’invente pas, ça se construit. Posons la première pierre de l’enseignement européen.

Dessinateur: Frep Blog: Crayon de nuit www.crayondenuit.com/www.crayondenuit.com/

Auteurs

Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères de la France s’apprête à refondre l’Europe. Sa démarche est révolutionnaire et va bouleverser la vie de l’Europe en tant que division de nations qui occupent leur temps à s’entredéchirer pour des rancœurs oubliées.

Le constat est simple mais sans ambiguïté : l’Europe n’est, comme le dit Suarès, qu’une « funeste citadelle de la vanité nationale, avec son donjon de races, ses tours de préjugés, ses cachots de mensonge et ses fossés de mépris réciproques. L’homme ne peut naitre à l’intérieur de tels remparts ; l’Europe n’arrive à la vie que s’il y fait hardiment brèche. La guerre ne menacera plus d’éclater en Occident et de ruiner l’Europe le jour où la France et l’Allemagne auront cessé de mal penser l’une à l’autre. C’est une affaire d’éducation ».

Cet appel passé doit être la base de la refondation future. Comment construire une identité, un sentiment d’appartenance, élément essentiel de la nation selon Ernest Renan ?

Il faut laisser du temps à la construction européenne

La France peut se targuer d’avoir développé un système éducatif original, ciment de l’adhésion à la République et à ses valeurs. Si le débat est encore ouvert, de plus en plus de personnes s’accordent à dire que le sentiment français ne s’est pas ancré lors de la royauté ou de la période révolutionnaire, mais bel et bien durant la IIIe République. S’il est vrai que les sujets du Roi avaient conscience d’appartenir à un même ensemble, la France des Rois diffère (il est vrai, pas beaucoup) des frontières actuelles. De même, malgré la proclamation des droits de l’homme dès 1789, le peuple français n’a pas adhéré au projet de rénovation de l’époque. Aujourd’hui, les Français, pour caractériser leur appartenance, se rattachent à une très large majorité à la langue, à l’histoire ; très peu à notre constitution. Si le projet d’une langue commune n’est pour l’heure pas d’actualité, celui de rédiger un livre d’histoire commun à l’ensemble des élèves de l’Union européenne est en bonne voie.

Avant d’envisager une histoire européenne, il faut encore se rappeler comment a été transmise l’Histoire de France. Comme le rappelle l’historien Patrick Garcia, cette discipline a eu une « mission tout à fait singulière ». Il a certes fallu faire des torsions à l’Histoire. En effet, Vercingétorix, érigé en héros contre les Romains, n’a jamais été Français (les Francs étant arrivés aux alentours du Ve siècle). Mais, il lui a été donné une filiation avec l’Histoire de France. Il serait le premier, nous serions ses successeurs. Il est finalement le « primo-résistant contre l’envahisseur », archétype des Astérix qui illustreront notre apprentissage de l’Histoire : Jeanne la Pucelle contre les Anglais, Napoléon contre le reste de l’Europe. Nous aimons les figures dressées face aux éléments extérieurs. Au lieu de pousser les élèves à apprendre les guerres de la France avec le reste de l’Europe, il serait plus intéressant de changer de perspectives, de mettre en valeur des héros européens.

Certains considèrent que cette histoire européenne existe bel et bien depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il serait, pour ces tenants-là, utile de concentrer une partie du programme d’histoire sur la construction européenne, souvent laissée à l’abandon puisque située à la fin des livres d’histoire.

Pour eux, l’Europe est une « longue patience » (Le Goff). Elle nécessite donc de lui laisser du temps En effet, l’idée est qu’à force de se côtoyer au sein d’un même ensemble, le sentiment européen finira bien par naître en nous-mêmes puisque l’Europe nous apparaîtra alors comme une évidence éternelle. Après tout, la construction européenne n’a que cinquante ans. Dans trois siècles, à supposer que l’Union existe toujours, l’Europe ne sera plus pensée de la même manière par ses habitants. D’ailleurs, si on suit aujourd’hui les débats des hommes politiques, plus personne n’appelle à la disparition de l’Europe. Certaines politiques sont effectivement visées, des modifications sont avancées. Mais, le débat a changé de nature. Désormais, l’Europe est devenue « l’horizon indépassable de notre temps ».

Pour autant, la méthode employée est-elle satisfaisante ? Ne peut-on hâter la création d’un sentiment européen ?

Une histoire européenne millénaire

À mon sens, il ne suffit pas d’invoquer la génération de 1950 (Schuman...) et ses successeurs (Spinelli...). Il faut ancrer l’Europe dans un projet plus ambitieux, qui débuterait avec la princesse de Tyr s’échouant sur les côtes grecques jusqu’à aujourd’hui, en passant par Charlemagne, la papauté au XIe siècle, Charles Quint. Bien sûr, certains vont s’indigner du caractère « peu glorieux » de certaines gloires passées. Mais, avant de mettre au pilori les entités ou personnes qui ont incarné un sentiment d’unité en Europe, n’oublions pas que nos anciens héros nationaux n’ont malheureusement rien à envier à leurs pendants européens.

Patrick Garcia rappelle que « l’apprentissage de l’histoire, depuis la fin du XIXe siècle, doit répondre à une triple finalité : morale, intégratrice et civique. » Il est donc important d’analyser si l’histoire d’un point de vue européen peut remplir les mêmes finalités.

Tout d’abord, il mentionne la finalité morale, qui découle de l’idée selon laquelle l’étude du passé, pour citer le programme de 1995, doit apprendre « l’absolu des valeurs et le sens du relatif conduisant à la tolérance ». À ce sujet, aucune difficulté majeure n’apparaît puisque le point de vue n’influencerait pas la transmission des valeurs et du relativisme. Au contraire, en prenant chez chacun les apports majeurs, il serait même possible d’accentuer cet apprentissage. En effet, un bon exemple est la place de la religion. La France n’a été traversée que par une grande croyance : le catholicisme. Il serait sur ce point plus appréciable d’avoir une vue européenne puisque l’Islam contrôlait une partie de l’Europe (le Sud de l’Espagne, puis une partie de l’Europe de l’Est), l’orthodoxie a influencé une bonne partie de l’Europe (l’Est), le protestantisme a provoqué l’essor industriel de certaines régions (l’Europe du Nord).

Ensuite, il fait référence à la finalité intégratrice, car il rappelle que « l’histoire a une fonction identitaire ; c’était très clair sous la IIIe République, où l’importance qu’elle a prise à l’époque était directement liée au rôle qui lui était assigné, celui de « fabriquer » des petits Français. » Il serait donc intéressant d’avoir une perspective européenne. Il semble bien ici que le passé commun ne suffit pas pour créer un sentiment présent de communauté. Ce n’est que l’apprentissage du passé qui permet l’appartenance au présent.

Enfin, il renvoie à la finalité civique car « l’histoire est censée aiguiser l’esprit critique et que dès lors, elle est une excellente propédeutique à l’exercice de la citoyenneté ». Là encore, le point de vue ne pervertirait pas l’objectif. Encore une fois, plus l’histoire serait vaste d’exemples, plus ceux choisis pourraient être percutants.

Il est évident qu’une telle avancée susciterait de nombreuses levées de boucliers sur la disparition de l’histoire nationale et déclencherait de violentes réactions sur la création d’une histoire européenne inexistante. Pour autant, Ernest Renan, considéré généralement comme un fervent partisan de l’identité républicaine française, était convaincu que « fausser l’histoire est une caractéristique d’une nation ». Il ne s’agit pas de partir de rien pour arriver à un tout. La règle de Lavoisier s’impose aussi ici. Il n’y aura pas d’innovation artistique, mais certains d’éléments seront mis en valeur.

L’histoire, ça ne s’invente pas ; ça se construit. Mais dans la construction, on est libre de choisir les matériaux

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Vos commentaires

  • Le 9 décembre 2011 à 11:21, par Iris En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    N’oublions tout de même pas que des efforts ont déjà été faits dans ce sens avec les manuels franco-allemands.

  • Le 9 décembre 2011 à 12:54, par Rodion1866 En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    « Le 9 mai 1959, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères de la France s’apprête à refondre l’Europe » : malheureusement, Robert Schuman n’est plus ministre des Affaires étrangères à cette date, et le 9 mai 1959 n’est pas une date fondatrice de la communauté européenne (faute de frappe).

    Par ailleurs, il me semble difficile, mêmes pour des pro-européens, de partager cette apologie de l’histoire patriotique pour l’UE, façon fin XIXème (sur le mode identitaire voire nationaliste).

  • Le 9 décembre 2011 à 15:43, par Marie En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Je souhaiterais mettre en évidence que :

    « Notre apprentissage de l’Histoire : Jeanne la Pucelle contre les Anglais, Napoléon contre le reste de l’Europe. Nous aimons les figures dressées face aux éléments extérieurs »

    Cette vision de l’histoire est aujourd’hui dépassée. Effectivement, pendant très longtemps, l’histoire politique et militaire a été privilégiée ne mettant en scène comme acteurs de l’histoire que des hommes politiques. Cependant, depuis l’Ecole des Annales, le champ de l’histoire s’est élargi : histoire économique, sociale, culturelle, artistique...

    « Mettre en valeur des héros européens »

    L’histoire est une science humaine par sa méthode critique qui implique une approche objective de la connaissance. Elle essaie, du mieux qu’elle le peut, de se rapprocher de la vérité. Hors un héro est reconnu en tant que tel parce qu’il a été héroïsé. Ce terme renvoie aux constructions de l’esprit, à l’imaginaire. Il n’y a pas d’héros en histoire, il y a seulement des personnes qui ont été érigées en tant que tel.

    « Il serait utile de concentrer une partie du programme d’histoire sur la construction européenne, souvent laissée à l’abandon puisque située à la fin des livres d’histoire »

    Dès 1953, le Conseil invitait les professeurs d’histoire des États membres à réfléchir ensemble sur l’idée d’une histoire européenne et à favoriser la réconciliation entre les pays européens et l’Unesco, proposait même un programme basé sur le même principe, mais au niveau mondial. Si l’histoire nationale est restée « la colonne vertébrale » du cours, la part réservée à l’Europe et aux autres continents s’est grandement développée. Désormais les programmes d’histoire du secondaire font place au reste du monde et en particulier à l’Europe. Les contenus des nouveaux programmes peuvent désormais être l’un des vecteurs susceptibles de développer chez les élèves la prise de conscience d’une culture européenne :

    6e : L’Orient ancien (Egypte ou mésopotamie), La Grèce, Le monde romain Ouverture au monde lointain : Etude de la Chine des Han ou de l’Inde des Gupta

    5e : Les débuts de l’Islam, l’Occident féodal, la Renaissance Regards sur l’Afrique : étude d’une civilisation subsaharienne (Mali, Ghana) et des traites négrières avant le 16e siècle

    4e : L’Europe et le monde au XVIIIe siècle, La révolution et l’Empire, le XIXe siècle

    3e : Le monde depuis 1914

    2nd : Les européens dans l’histoire du monde
    -  Invention de la citoyenneté dans l’Antiquité
    -  Société et cultures de l’Europe médiévale
    -  Nouveaux horizons des européens
    -  Révolutions, libertés, nations à l’aube de l’époque contemporaine

    « Comment construire une identité, un sentiment d’appartenance ? » « Comment renforcer une identité et une histoire européenne ? »

    Le but pédagogique est de faire en sorte que l’élève s’interroge de lui-même sur la construction européenne et non pas de le convaincre d’une identité européenne !

    L’histoire ne doit pas pour autant devenir eurocentriste.

  • Le 9 décembre 2011 à 22:52, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    ‎(Après lecture) Euh, là j’avoue que je ne comprends vraiment absolument pas du tout le sens de cet article.

    L’Histoire, c’est avant toute chose le récit des événements passés tels qu’ils sont, pas tels qu’on voudrait absolument qu’ils soient. Et ce, sans faux semblant ni travers propagandistes. Ou, plus exactement (étymologiquement en tout cas) l’Histoire c’est l’ "enquête" (sic) et la recherche quasi journalistique de la "vérité historique" et l’éclaircissement documenté (autant que possible) de tout ce qui prête à controverse. Et ce, avec le plus d’objectivité possible (autant que possible).

    A ce titre, l’histoire n’est donc pas propagande, et surtout pas mémoire (sélective) ni récit officiel. Et, à titre personnel,je trouverai donc assez scandaleux qu’elle soit (forcément fallacieusement) instrumentalisée par qui que ce soit cherchant donc absolument à la tordre artificiellement dans tous les sens pour lui faire absolument dire quoi que ce soit, dans quelque direction que ce soit, même en faveur de combats politiques par ailleurs moralement justifiés, "construction européenne" par exemple (nb : la morale et le sens moral, sont une chose, le déroulement des faits historique en est une toute autre...).

    Faut avoir là bien peu de respect pour l’histoire que de chercher ainsi à la "détourner" (?!) pour servir des objectifs politiques (lesquels coulent donc de source, ou pas...).

    Je ne comprends donc vraiment pas dans quel combat ahurissant se lancent là les ’’Jeunes européens". Tout en supposant que cela va donc, forcément, les desservir. Parce que la "propagande" et l’instrumentalisation politicienne de l’Histoire, c’est finalement tellement énorme, que ça paraît toujours tôt ou tard aux spectateurs comme aussi gros que le nez au beau milieu de la figure.

    Evidemment on va dire que je n’ai pas compris le sens profond de cet article où il est pourtant dit - en conclusion - que le "story-telling" historique se construit à propos de "matériaux" choisis ?! (sur quels critères ?!), ce qui me semble à la fois invraisemblable, inconcevable et limite scandaleux. Franchement, s’il paraissait vraiment que je n’ai absolument pas compris le sens de cet article, franchement pour tout vous dire, je le préférerais...

    Bref, amha, les jeunes européens (et la cause européenne) auraient franchement tout à gagner à se détourner d’urgence de l’éventuelle (séduisante ?!) tentation d’élaboration de quelques récits de propagande "officiel" à base prétendument "historique" qu’ils sont par ailleurs (et là, carrément à très juste raison) si prompts à critiquer dans tout régime autoritaire et nationaliste qui se respecte ("bla-bla" pseudo-historique, identitaire et discours officiel outrancièrement de propagande de la IIIe république compris...).

    « Fausser l’histoire est une caractéristique d’une nation » ?! Non, Monsieur : fausser l’histoire est surtout la caractéristique du mensonge politique. A éviter, autant que possible, sous peine - sinon - de tomber dans le discrédit (les citoyens - même peu au fait des choses historiques - ne sont tout de même pas si cons ; et un discours de propagande, avec un peu de recul, voire un petit peu de culture, ça se reconnaît tout de même assez facilement...). Discrédit qui serait franchement très dommage pour une cause aussi noble et moralement justifiée que celle de l’union des peuples d’Europe, cause qui trouve justification morale principalement en dépit de l’Histoire plutôt que grâce à elle.

    En un mot comme en cent, une seul impératif qui devrait guider celui qui se penche sur l’histoire voire cherche à l’écrire : c’est non pas la mettre au service de quelque cause que ce soit mais chercher à relater les faits du passé tels qu’ils ont effectivement été, avec pour seule méthode l’étude poussée des faits et avec pour seul guide moral l’honnêteté intellectuelle.

    En deux autres mots comme en cent : chers amis, dans quel combat de fous vous embarquez-vous ?! (en résumé et en style plus "direct" : c’est quoi, ce bazar ?!) En ces temps de crise pour l’Union, n’auriez vous pas bien d’autres priorités ?!

  • Le 10 décembre 2011 à 05:49, par Martine En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Tout au long de l’histoire des forces culturelles et politiques ont œuvré pour l’unité de l’Europe, il est bien de l’avoir à l’esprit.

    Renaissance, Lumières, Contes populaires, Architecture, Romantisme etc...

    Il y a un véhicule européen (prouvé et toujours travaillé par la science historique)

  • Le 10 décembre 2011 à 10:48, par Aymeric L En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Tout à fait d’accord avec Ronan : il faut rejeter catégoriquement toute dérive vers une histoire euronationale officielle.

    J’ajouterais deux choses qu’on oublie souvent :

    - Un manuel d’histoire franco-allemand existe déjà, mais le problème est de le diffuser. Savez-vous à combien d’exemplaires il a été distribué ? Pas plus de quelques centaines. Veut-on investir autant de temps et d’effort pour un manuel européen qui ne sera pas utilisé ?

    - il y a d’ores et déjà une perspective dans l’enseignement de l’histoire en France. Que fait-on quand on aborde l’antiquité gréco-latine ? L’époque carolingienne ? Les révolutions libérales, nationales, industrielles du 18/19ème siècle ? Les vagues de colonisation et de décolonisation ? Les guerre mondiales et la guerre froide ? C’est cela l’histoire de l’Europe, assumons-là.

    Pas besoin de l’inventer ni de la reconstruire : l’histoire européen existe. Et malheureusement, ce n’est pas seulement une histoire de héros, de conquêtes, de grands progrès, d’art, de libération. C’est aussi une histoire d’impérialisme, d’asservissement, de barbarie, de totalitarisme, d’exploitation et de destruction des ressources naturelles. Acceptons notre histoire telle qu’elle est !

  • Le 10 décembre 2011 à 13:26, par Jean-Paul En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Pour un Taurillon encore plus européen.

    L’idéal serait de fusionner encore plus les 4 pays auquel s’adresse le Taurillon.

    Aux trois onglets « Derniers articles », « Sur le Web » et « Derniers commentaires » on ajouterait « Version UE ». Ce dernier regrouperait tous les articles et commentaires traduit dans au moins 3 langues.

    L’étape suivante pourrait être de se coordonner avec les versions du Taurillon des autres pays pour qu’on ait accès à exactement la même chose d’où l’identité européenne, « identique ».

  • Le 10 décembre 2011 à 16:59, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    J’avoue que, plus je lis et relis cet article, plus je suis extrêmement troublé par son contenu, dont je ne comprends décidément pas les tenants et aboutissants. Ce qui me rend pour le moins perplexe, plein d’interrogations, et songeur, et dubitatif. Donc, j’aimerais vraiment bien que l’auteur, voire quelqu’un de la rédaction, éclaire ma lanterne.

    « L’histoire, ça ne s’invente pas ; ça se construit. Mais dans la construction, on est libre de choisir les matériaux »

    Euh, pas nécessairement : l’histoire, ce sont surtout des éléments qui existent, qu’on rassemble, qui s’analysent, qui s’articulent, qui se problématisent, sans omettre ce qui dérange. Mais je ne suis vraiment pas persuadé que promouvoir une grille d’analyse (partiale et partielle ?!) adossée à un combat politique, quel qu’il soit, soit une démarche très valable sur le plan déontologique (ni d’ailleurs, très pertinente sur le plan politique).

    A la limite « pour un enseignement - objectif - de l’histoire européenne » (ou mondiale, ou française, ou normande, ou chinoise), à la rigueur j’aurais compris : c’est clair, net et rationnel (et rassurant). Laquelle « histoire européenne » existe bien, de toute éternité : mais faut-il encore seulement en rassembler les divers morceaux épars...

    En revanche, « pour un enseignement européen (militant ?!) de l’histoire », voilà un « glissement » sémantique (sinon idéologique...) qui me met franchement - pour tout vous dire - un peu (voire très) mal à l’aise. Parce que, très franchement, ça me gène vraiment de voir là assignée une mission très clairement politique (et, sans équivoque, politiquement orientée, quasi ouvertement...) à un enseignement de nature culturelle (à dimension civique, certes, mais tout de même...).

    C’est de l’examen objectif de l’Histoire que doit naître, pour tous et chacun, le sentiment de la nécessité de l’unité européenne... pas d’un « story telling » artificiel mettant en scène la Princesse Europe et Jean Monnet (en passant également par Charlemagne et Charles quint, si j’ai bien compris...), et certainement pas d’une tentative de bourrage de crâne !

    Je crois que la façon dont l’histoire a été « enseignée-et-politiquement-instrumentalisée » dans notre passé a été assez nocive comme ça à nos sociétés ; et c’est donc certainement pas pour reproduire cette triste expérience et ses malheureux travers sur, désormais, une échelle continentale.

    Je me demande d’ailleurs même si, dans une certaine mesure, il est vraiment très pertinent que des propos comme ceux de cet article (très militants et, quelque part, très dérangeants ; en tout cas très maladroits) figurent ainsi sur un site public où n’importe qui tombant dessus pourrait s’imaginer qu’ils reflètent une ligne politique propre à l’association. Ou alors tout ça est fort maladroit. Mais même en « interne » je suppose - rassurez-moi - que rien de tout cela ne se dit ainsi, si ?!

    Où il s’agit bien là (?!) de consacrer l’Histoire - en fait une certaine vision de l’Histoire (tronquée, partielle, délibérément orientée et « idéologisée »...) - comme instrument d’un certain combat politique (en l’occurrence, le nôtre...), ou bien ?!

    Et ce, alors même que je m’échine depuis fort longtemps (voire dans les colonnes mêmes de ce webzine...) à essayer de « neutraliser » l’Histoire, et d’en dénoncer les instrumentalisations politiques successives (nationalistes, pour le coup), afin d’en faire un objet scientifique et rationnel, neutre et enfin libéré de toute influence ou « discours d’autorité » politique... c’est tout de même pas pour, maintenant, devoir tomber dans l’excès inverse d’un « story telling » européen qui n’aurait finalement pas davantage de fondement scientifique.

    Parce que l’historicité de la princesse Europe, Charlemagne ou Charles Quint - pourquoi pas Louis XIV ou Napoléon, pendant qu’on y est ?! (attention au point Godwin...) - oeuvrant « consciemment » à la construction de l’Europe, permettez moi sérieusement d’en douter... tous ces gens là sont tout de même davantage des « héros » de l’Histoire de leurs propres pays que d’une Europe aujourd’hui encore à naître (et dont ils n’avaient pas même idée).

    Alors même, qu’il serait justement peut-être précisément temps d’arrêter enfin d’assigner à l’Histoire des missions et « finalités » politiques « édifiantes » : il s’agit juste d’un récit des événements du passé, point, et où l’on ne cherche pas à politiquement prouver quoi que ce soit (et ce travail d’élaboration rationnelle d’un récit historique véritablement fidèle aux faits relatés est, d’ailleurs, suffisamment complexe comme cela, pour qu’on n’éprouve pas la nécessité d’en politiquement rajouter...).

    Est-ce qu’on a bien conscience de ce que ça implique que de prôner ainsi l’instrumentalisation politique de l’Histoire ?! (et d’écrire une chose pareille ?!).

    Où est la limite entre le récit historique orienté politiquement (comme envisagé ci-dessus ?!), et la propagande politique ? (comme redouté ici...). Si on tombe dans de tels travers et si on préconise ouvertement de telles méthodes, pour qui on va passer, nous ?!

    Les partisans de l’intégration européenne, sûrs de la justesse de leur combat politique (et c’est bien naturel...) ne sont-ils néanmoins pas là en train de faire une erreur en laissant ici à penser qu’ils cherchent à délivrer une vision « officielle » de l’Histoire ?!

    N’avez vous pas peur de tomber dans les travers que, par ailleurs, vous dénoncez ?!

    A l’issue du processus, tout le monde - nationalistes, européens, etc - se dira toujours objectif (en toute bonne, ou en toute mauvaise, foi subjective...) ; mais quel intérêt y aurait-il à opposer une mythologie des uns à la mythologie des autres, là où c’est précisément surtout avant toute chose un discours scientifique rationnel, et sans aucune attache politique, qui devrait prévaloir ?!

    L’Histoire est-elle vraiment là pour fournir des arguments visant à politiquement prouver, artificiellement, quelque chose ou quoi que ce soit ?

    Au fait : que cherche-t-on à prouver ?! Que la guerre c’est pas bien et que le nationalisme c’est très vilain (quasi consensus sur le premier point, ballotage plutôt favorable sur le second...), ou (au risque de l’anachronisme) que l’Europe telle que nous le projetons dans notre imaginaire a existé depuis toujours ?! ou qu’il existerait donc une « identité européenne » ?! (ce qui est pour le moins contestable, voire très contestable...).

    Qu’est-ce qui sera vraiment fondamental ici : l’Histoire telle qu’elle s’est effectivement déroulée, ou le « story telling » qu’on voudra bien en donner ?!

    Les arguments que vous rapportez ici (Ernest Renan et d’autres...), parfois un peu datés, en faveur d’une « utilisation politique » de l’Histoire sont-ils vraiment toujours aujourd’hui déontologiquement recevables ?!

    Ces démarches « politiques », même si elles ont effectivement reçu une certaine consécration officielle en leurs temps, ne sont-elles pas, précisément (et justement à cause de cela), franchement très contestables ?!

    Qu’est-ce qui est vraiment fondamental dans le rôle de l’Histoire dans la formation des citoyens : l’apprentissage d’éléments de culture générale leur permettant de mieux appréhender le monde contemporain, ainsi que l’apprentissage de méthodes, savoir-faire et techniques (dont l’esprit critique) ... ou l’ingurgitation d’un « story-telling » officiel avec label UE ?!

    Est-il vraiment bien nécessaire, pour construire l’Europe politique, de s’empêtrer ainsi à rechercher des arguments identitaires, ou à spéculer (ou broder) sur le très irrationnel et très volatile « sentiment d’appartenance » (quitte à utiliser, pour ce faire, des méthodes éminemment contestables et des éléments peut-être même fallacieux...) ?!

    En bref : la fin justifie-t-elle les moyens ?! Les mauvaises techniques utilisées à mauvais escients ne se retournent-elles pas toujours contre ceux qui les utilisent sans discernement ?

    Parce que là, tout de même, on cumule les handicaps : on reprend des techniques historiographiques très contestables du passé, alors adossées à des objectifs politiques qui ne l’étaient alors pas moins, on donne au tout une orientation politique délibérée à l’ensemble du travail, on survalorise des héros qui n’en sont en fait absolument pas dans la perspective choisie (sinon à tordre les réalités historiques et politiques de leur temps, souvent de manière anachronique...), on place dans le passé des concepts dont on n’est pas même sûrs qu’ils accoucheront dans le futur. En l’état (i.e : les techniques historiographiques de Michelet et grand-papa, mises au service d’un discours clairement politique visant à la promotion semi-propagandiste explicite d’un mirage qui aurait subrepticcement embarqué dans la machine à remonter le temps...), tout cela est d’une maladresse extrême et laisse songeur.

    ****************************************************************************************************

    Franchement, je pense que toute l’ambiguïté manifeste de cet article (et de ce qu’il préconise) tient au seul fait d’une survalorisation de l’idée de sentiment d’appartenance (qui viendra naturellement de lui-même, si l’Union gagne en efficacité et pérennité, et si on lui en laisse le temps...). Survalorisation du paramètre « identitaire » qui suscite l’usine à gaz historiographique ici préconisée, en ses objectifs flous et modalités contestables.

    Or je me souviens que quand j’étais aux JE-France, on cherchait alors, avant toute chose, surtout à construire l’Europe politique en prenant pour échéances les alternances législatives, à moyen terme, du Parlement européen ; et en prônant des réformes institutionnelle et politiques censées pallier aux défaillances et crises systémiques de l’Union. Pas à révolutionner les consciences, à l’horizon d’une ou deux générations, en préconisant quelque enseignement « officiel » ou assimilé (même si on a effectivement travaillé sur les questions scolaires ; mais c’est un autre problème...).

    Si on veut vraiment construire l’Europe politique, peut-être faudrait-il juste s’attacher à essentiellement construire... l’Europe politique (i.e : sans trop se disperser en combats « périphériques », parfois curieusement - maladroitement ? - présentés, comme ici...) (sérieux : concrètement, c’est quoi, le projet ?!). Quand l’Europe politique sera enfin mise en place, quand elle aura enfin fait preuve de sa pertinence et de son efficacité, les gens finiront alors tôt ou tard par s’y attacher. Et le sentiment d’appartenance viendra de surcroît.

    En revanche, si on poursuit dans le grand n’importe quoi actuel (i.e : le comportement de nos chefs d’Etats et de gouvernements actuels), ce n’est malheureusement pas deux ou trois malheureuses centaines de milliers de manuels d’histoire « politiquement correcte » et instrumentalisée qui vont sauver le navire du naufrage envisageable à moyen terme (car moi, à la différence de l’auteur, je ne suis également pas très optimiste quant à la pérennité de l’actuelle Union à très court terme...), avant même que n’éclose quelque sentiment d’appartenance européen avec de telles méthodes envisagées et dans un tel contexte. Ni qui pousseraient dans la rue, demain ou après-demain (à l’horizon 2150 ?!), quelques centaines de milliers d’Européens ainsi « bien éduqués » à demander l’Europe unie, à corps et à cris. Donc, faudrait peut-être revoir où sont les urgences et les priorités, non ?!

    Ronan

    (dubitatif, perplexe...) (qui se rassure comme il peut en se disant qu’il n’a décidément absolument rien compris à cet article : sans nul doute que d’ailleurs cela vaudrait mieux...) (d’où cette réaction extrêmement confuse, je l’admets...).

  • Le 10 décembre 2011 à 18:36, par Aymeric L En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Toujours et encore d’accord avec vous Ronan (même si vous mettez (beaucoup) trop de parenthèses dans vos commentaires !) !

    Si je souhaite que l’Europe s’inspire de l’idéal républicain -la France n’a pas de copyright sur l’idée de république-, je refuse que l’identité européenne soit une identité nationale. Il y a des associations qui promeuvent une identité euronationale, pas les Jeunes européens à ce que je sache ?

    @Jean-Paul Toutes les versions du Taurillon s’inscrivent dans la même démarche : traiter de l’actualité européenne dans une perspective fédéraliste, traduire les articles pour permettre l’échange d’idée transeuropéen. Trois de ces versions sont gérées par des sections nationales des Jeunes européens fédéralistes (France, Allemagne, Italie), la version anglaise étant une version purement UE (gérée par la JEF-Europe).

    Mais si le Taurillon / The New Federalist peut contribuer à l’émergence d’une sphère publique européenne, je doute que son objectif soit de créer une identité européenne « identique » partout en Europe. Fédéralisme ne veut pas dire uniformité.

  • Le 11 décembre 2011 à 00:18, par Nicolas Delmas En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Iris : Il est vrai que le manuel franco-allemand était un pas dans la « bonne » direction à mon sens. Cependant, et un article du Monde l’avait très bien montré, ce livre est un échec commercial. Il n’a pas rencontré de public (mis à part les classes européennes – souvent déjà sensibilisées à la question) en l’absence de volonté politique. De plus, il aurait été difficile de greffer à ce livre les élèves des autres pays de l’Union sans envisager une refonte complète de ce manuel. J’ai donc préféré m’abstenir de l’évoquer.

    @ Rodion1866 : Merci pour la correction :).

    @ Marie : Il semble y avoir une certaine méprise due sûrement à un manque de clarté de ma part. J’aurai, au vu des commentaires, l’occasion d’y revenir. Un tel programme, à mon sens, ne doit pas concerner toute la scolarité. L’identité à laquelle se réfère un enfant se crée avant l’âge de 7 ans. Il ne s’agit pas de faire de l’endoctrinement loin de là, juste changer la perspective d’apprentissage. Lors de mon enfance, j’ai eu l’occasion de découvrir et d’apprendre la vie de Vercingétorix, de Jeanne d’Arc. A l’inverse, aucun enseignant s’est porté sur la condition féminine au cours des ces époques.

    Encore une fois, je ne cherche pas à remettre en cause la discipline de l’histoire. Je ne raisonne pas au travers du point de vue du chercheur qui doit défricher des pans entiers du passé. Je m’intéresse uniquement à l’enseignement de l’histoire qui concerne les bases que nous estimons nécessaires et/ou utiles au développement de l’enfant. Ainsi, régulièrement, lors de l’élaboration des dits programmes, on met en valeur un point d’histoire qu’on considère plus utile qu’un autre.

    J’ai tout à fait conscience que la part des autres cultures et histoires que notre « belle histoire de France » s’est particulièrement accrue. Néanmoins, je constate, peut-être par un jugement trop basé sur ma propre expérience, que l’histoire de l’Union européenne n’est que rarement vue. Je déplore donc l’accent mis sur les guerres mondiales avec l’Allemagne plutôt que sur la réconciliation des peuples.

    Je ne te rejoins pas sur cet avant-dernier point. L’école républicaine fut le principal vecteur de l’identité française. Un enfant n’a absolument pas la capacité de se sentir ou non français. C’est un choix d’enseignement qui est privilégié au travers de la langue, de l’histoire, etc... afin qu’il acquiert de lui-même ce sentiment.

    Pour le dernier point, je suis en total accord avec ta pensée. Il ne s’agit pas d’oublier les autres cultures et civilisations du monde.

    @ Royan : C’est dommage alors :)

    Encore une fois, comme je l’ai dit plus haut dans ma réponse à Marie, je ne cherche pas à parler de l’Histoire qui recèle une infinité d’événement. Mais, je souhaitai développer un point sur l’enseignement de l’Histoire, à savoir le choix pris dans les événements étudiés. Je vous rejoins dans votre définition de l’histoire. Pour autant, aucun enfant ne se prête à ce genre d’enquête. Il s’agit pour lui d’acquérir certaines connaissances.

    L’histoire devient dangereuse lorsqu’elle est instrumentalisée ou détournée. Il n’en va pas, à mon avis, de même lorsqu’il s’agit d’orienter l’enseignement de l’histoire. Certains éléments peuvent être mis en valeur sans fausser l’histoire. D’autres éléments peuvent être au contraire écartés (non pas parce qu’il s’agirait de cacher la vérité, mais simplement parce que ce point est considéré comme moins important. Un bon exemple : Sparte. Très peu ont étudié Sparte durant leurs cours autrement que dans ses rapports de guerre avec Athènes, sujet central de l’étude d’histoire.) Personne n’a la prétention de croire que nous étudions tous les événements passés au cours de nos trois heures d’histoire hebdomadaire en période scolaire.

    Ensuite, une rectification importante : il ne s’agit pas d’un combat des Jeunes Européens. C’est « juste » un débat lancé par ma personne sans impliquer personne de l’association. J’ai tout à fait le droit d’avoir une opinion et/ou une idée et d’utiliser une tribune pour en discuter. Seuls les articles du Bureau National pourraient être considérés comme représentant les Jeunes européens.

    Par ailleurs, il n’est pas, à mon avis, utile de répéter que vous ne voulez pas entrevoir le sens de cet article, tellement ce sens vous fait horreur. Vous avez suffisamment d’arguments, pour ne pas tomber dans ceux là :). Encore une fois, il ne s’agit pas de refaire l’histoire qui est ce qu’elle est, mais de revoir l’enseignement de l’histoire.

    J’ouvre ici une parenthèse que vous me reprocherez peut-être. Mais, il est toujours intéressant de s’interroger sur la perte justement de ce sentiment de rattachement à la nation (que les gens regrettent et déplorent) à l’aune d’une perte de repères. Je souhaitais voir s’il n’était pas possible de porter une identité européenne, qui ne peut fonctionner qu’au travers d’une refonte de certains instruments classiques. Ce n’est pas avec des passeports ou des euros que les gens se sentiront Européens. Vous avez le droit de le regretter, j’ai le droit de penser qu’il existe d’autres solutions :).

    Il ne s’agit pas de propagande, il s’agit d’enseignement.

    Encore une fois, cette réponse n’engage que moi.

    Je ferai un deuxième message pour répondre aux derniers commentaires apparus aujourd’hui.

  • Le 11 décembre 2011 à 15:53, par Jean-Paul En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Pour info :

    Fédération : Association de plusieurs pays en un seul Etat.

    Le Fédéralisme est un moyen, l’Union Européenne une fin.

    Pas l’inverse.

  • Le 11 décembre 2011 à 16:55, par Florent B. En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Vaste sujet que la composition d’un manuel d’histoire. Est-il réellement possible d’être objectif ? Le seul fait de choisir et de présenter certains faits et de ne pas retenir certains autres constitue en soit même une démarche subjective. Un manuel d’histoire est donc « forcément manipulateur » quelle que soit la forme qu’on lui donne et quelle que soit la personne qui l’écrit. Il présentera toujours une sélection de faits. On peut juste espérer que la manière de les raconter sera la plus objective possible.

    Je ne suis pas à même de juger les manuels d’histoire actuellement utilisés. Ce que je sais, c’est que j’ai découvert en allant en Allemagne qu’il ne s’agit pas d’un pays aussi fortement unifié que la France : j’avais tendance à voir les Länder comme autant de régions issues d’un « simple » découpage administratif, mais je ne connaissait rien ou presque de leur histoire et le concept de « fédération d’états » m’est apparu d’un seul coup : j’ignorais qu’il existait une autre forme d’organisation que l’état centralisé. Et la guerre civile espagnole que j’ai « découverte » en venant faire mon Erasmus en Espagne ? Ah bon nos voisins de l’autre côté des Pyrénées n’ont pas connus Mai 68 ?

    Je n’étais pourtant pas un mauvais élève et mon intérêt pour l’histoire-géo n’était pas nul. Il n’empêche, je ne sais pas comment était conçu les manuels d’histoire que l’on m’a mis entre les mains entre 1994 et 2003 mais je n’ai pas un grand souvenir d’une éducation « européenne ». La Grèce et la Rome antique ne m’ont été présentées que comme racines de la France actuelle, pas comme racines de l’Europe. L’histoire que l’on m’a enseignée était très Franco-française et particulièrement centrée sur les rois de France, la seconde guerre mondiale et la reconstruction post 1945. Les différentes étapes de la création de l’Europe n’ont été que survolées...

    Alors pourquoi les Jeunes Européens n’aurait-ils pas le droit de parler de l’Histoire et pas le droit de vouloir penser un livre d’Histoire européen ? Pourquoi serions-nous disqualifier, et pourquoi vouloir imputer à ce projet l’accusation de propagande ? Pour ma part j’appelle de tous mes vœux un livre d’histoire proposant une vision plus globale des différents événements ayant eu lieu en Europe, au lieu de se concentrer sur la généalogie des rois de France et l’histoire de la (seule) Révolution française. Je ne veux pas d’un manuel de patriotisme chauvin. Je voudrais un livre d’histoire qui n’enseigne pas l’Histoire de France mais l’Histoire de l’Europe. Il me semble qu’on est quand même loin de la propagande en portant cette idée.

  • Le 12 décembre 2011 à 00:32, par Aymeric L. En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Jean-Paul

    Fédération non plus ne veut pas dire uniformité :)

    @ Florent B.

    Nous sommes d’accord. Je ne suis pas contre un programme européen dans l’ensegnement de l’histoire, loin de là. Je pense juste qu’il faut être très vigilant sur la limite entre le politique et les historiens. Le populisme actuel a tendance à ignorer cette limite, d’où la multiplication nauséabonde de lois mémorielles. Mais l’histoire enseignée ne peut effectivement pas demeurer une histoire nationale : le ministère de l’Education (nationale...) doit accepter que l’école enseigne également l’histoire selon une perspective européenne, mais aussi régionale !

    Reste que cet enseignement européen de l’histoire sera très difficile à mettre en place. La création et la diffusion d’un manuel d’histoire européen n’est pas le seul problème de taille. Un autre obstacle, c’est tout simplement la manière d’enseigner l’histoire, qui diffère d’un pays à l’autre. On dit que les Polonais ont une approche encyclopédique de l’histoire, les Allemands une approche plutôt dialectique, les Français étant un peu entre les deux.

  • Le 12 décembre 2011 à 06:38, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Entre autres remarques :

    (1) Tout d’abord ici - comme souvent - il y a survalorisation du rôle du manuel dans l’enseignement. Récemment on a ainsi vu certains s’offusquer (ou se féliciter...) que la « théorie du genre » soit exposée dans certains manuels de SVT de certaines classes de Lycée. la belle affaire ! Alors même qu’il faut bien prendre en compte le fait qu’un manuel d’Histoire n’est jamais qu’un outil, que l’enseignant n’utilise par commodité que dans la mesure où il estime qu’il porte les matériaux et documents susceptibles de lui permettre de construire un cours (mais dont il peut également fort bien se passer). Mais il faut bien comprendre qu’un manuel, même validé par un système de « label », n’est aucunement une « parole institutionnelle officielle » et que l’essentiel n’est pas là mais dans les programmes et les instructions officielles.

    Ainsi, en septembre dernier on a également vu la publication dans le monde de l’édition d’un « anti-manuel » d’Histoire (sic) censé, dans les termes mêmes de ses auteurs, redresser ce qui ne serait plus correctement enseignement dans les actuels programmes, littéralement accusés de complot « anti-national » : notamment le story-telling des « héros nationaux ». Fort bien, sauf que si un tel récit - souvent propagandiste et semi-mythologique - n’est plus retenu digne de figurer dans les manuels scolaires, ce n’est pas forcément parce qu’il est « national », c’est surtout parce qu’il n’est pas « scientifique »...

    (2) Vu les controverses politiques que cela déclenche (et les « orientations » et instrumentalisations que les uns souhaitent, ou pas...) il me semble décidément que ce n’est pas au « grand public » de décider ce qui doit être enseigné ou pas : rôle qui doit être réservé aux spécialistes et scientifiques. C’est sans doute pas « démocratique » mais ça évitera qu’on tombe dans le grand n’importe quoi pour l’enseignement d’une matière aussi sensible. Après tout, demande-t-on l’organisation d’un référendum pour décider ou non de l’enseignement du théorème de Thalès en Quatrième et celui de Pythagore en Troisième ?! Il est vrai que cela prête moins à implications politiques... Mais on ne peut en tout cas qu’être horrifié à l’idée qu’un enseignement culturel et scientifique puisse être défini sous l’influence d’un lobby, politique de surcroît.

    (3) Chacun est invité à ne pas juger des programmes en fonction de sa seule expérience personnelle : moi, la litanie des rois de France (premier exemple), je n’y ai pas eu droit. Et il me semble très clair que la Grèce et la Rome antique (second exemple) sont aujourd’hui clairement présentées comme étant partie prenante du patrimoine culturel de bien autre chose que de la seule France hexagonale contemporaine au sens strictement étroit du terme.

    (4) Je n’ai absolument rien contre un « enseignement de l’Histoire européenne » ; ou mondiale, de préférence (car pourquoi se restreindre à un cadre géographique aussi artificiel et si peu porteur de sens ?!) (Nb : tout le monde aura compris que l’ « identité européenne » - dont seraient exclus les « européens d’outre-mer » que sont les australiens, les sud-africains et les nord-américains, les brésiliens ?! - je n’y crois pas un instant...). En revanche je ne vois rien de bon dans la mise en place d’un « enseignement ’européen’ de l’Histoire ». Lequel ne vaudra sans doute pas scientifiquement beaucoup mieux qu’un « enseignement ’nationaliste’ de l’Histoire ».

    (5) Enfin, comprendre que si beaucoup de discours scientifique et objectif conduit naturellement à devenir « pro-européen », en revanche beaucoup de discours ouvertement militant ne pourra que rebuter, braquer et éloigner de ce beau projet... Où il appartient bien aux uns et aux autres de bien placer le curseur de leurs exigences au bon endroit.

  • Le 12 décembre 2011 à 07:41, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Je suis d’accord avec Florent. J’ai un vif souvenir de mon premier manuel d’histoire qui consacrait une page à chaque roi de France et montrait la République comme une simple continuité mais sans souligner l’existence du reste de l’Europe. J’ai découvert seulement très récemment ce qu’avait été la guerre de 30 ans, qui en comparaison fait de nos guerres de religions une série d’escarmouches. La colonisation et la décolonisation ont longtemps été très brièvement évoqués. La construction européenne était au niveau d’allusions.

    La hiérarchie des faits tel qu’ils sont enseignés reflète les valeurs que l’on souhaite transmettre et les citoyens que l’on veut former. Il ne s’agit en rien de falsifier l’histoire mais de sélectionner les faits essentiels que l’on veut voir l’élève retenir.

    Un enseignement de l’histoire adoptant un angle plus européen est certainement nécessaire toutefois il ne doit pas occulter l’enseignement des autres civilisations. On connaît mes images des murailles de Chine, du Taj Mahal et de Chichen Itza mais l’enseignement de nous apprends rien des peuples et civilisation qui les ont bâtis. En centrant l’enseignement sur la France, et sur la civilisation européenne, on accrédite par défaut l’idée que cette civilisation est supérieure aux autres, tout simplement parce que l’on ignore qu’il y a eu des empires, des lois, ailleurs. L’Afrique a-t-elle stagnée entre Lucy et la colonisation européenne ? Sans doute pas mais l’enseignement reçu dans nos écoles ne nous en dira rien.

  • Le 12 décembre 2011 à 08:52, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Un dernier (?) petit détail : quand je lis certains commentaires (notamment celui de VXL, ce jour, à 7h41) je ne peux m’empêcher de constater qu’à force de ne se rapporter qu’à leur seule expérience personnelle, certains commentateurs ont ici une vision complètement dépassée (et anachronique) de l’enseignement de l’histoire. Qui n’est aujourd’hui certainement et surtout pas ce qu’ils en décrivent.

    Dans le commentaire de VXL, on peut notamment y lire qu’on y trouve des pages entières sur les règnes de nos rois nationaux, et absolument rien sur les civilisations extra-européennes (je résume). Or, c’est rigoureusement et diamétralement l’inverse qu’on trouve aujourd’hui dans nos nouveaux manuels. Ce qui prête d’ailleurs aujourd’hui précisément à polémique (et le reproche formulé par certains en cette dernière rentrée de septembre 2011). I.e : quasiment absolument plus rien dans nos manuels sur nos rois nationaux (Clovis, Charlemagne, Saint-Louis, Louis XIV, Napoléon : quasi disparus...) et une très large ouverture sur les mondes extra-européens (Chins des Hans, Inde des Gupta, Songhaï et Monomotapa notamment). Je ne dis pas que c’est bien, je ne dis pas que c’est mal, je dis juste que l’image véhiculée ici sur l’enseignement de l’histoire - qui relève davantage du souvenir, du cliché ou de l’a priori présupposé que du constat factuel - est pour le moins inexacte, sinon franchement erronnée.

    Dans le commentaire de Florent, on peut également y lire que la construction européenne y est négligée. C’était peut-être le cas il y a dix ou quinze ans, mais ce n’est absolument plus le cas aujourd’hui (comme quoi, on peut faire des progrès...). Parce que s’il y a bien un thème qui est aujourd’hui répétée et rabâché à l’envie dans nos manuels, dans nos cours (en Quatrième, Troisième, Seconde, Première et Terminale), dans la formation continue (le fameux « PAF »), dans les activités extra-scolaires presque « ad nauseam », c’est désormais bien celui-là.

    A ce jour, aucun élève sortant du secondaire ne devrait désormais sortir du Lycée sans connaître par coeur la signification des symboles de l’Union, la liste d’une bonne demi-douzaine de Pères fondateurs de l’Europe, le fonctionnement du triangle institutionnel réactualisé « post-Traité de Lisbonne », ainsi que dates et pays concernés par les différentes élargissements, sans avoir entendu l’hymne à la joie ou sans avoir lu la déclaration du 9 mai, ou les propos de Victor Hugo sur le sujet. A moins d’avoir de lourds problèmes de mémoire, une certaine allergie au travail scolaire, une lourde allergie à l’égard de l’Union européenne voire absolument aucun intérêt pour le sujet. Mais on ne peut désormais plus prétendre que le sujet n’est absolument pas traîté en cours ! Ceux d’entre-vous qui participent au programme « Europe à l’école » des « Jeunes Européens France » en conviendront aisément.

    Bref, à tout bien réfléchir, il me semble finalement que cet article prétend en fait répondre (par la mise en avant de très mauvaises solutions...) à un problème qui n’existe en fait pas (ou plus). Tant mieux, d’ailleurs.

  • Le 12 décembre 2011 à 10:51, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    PS : La guerre de Trente ans, VXL, aujourd’hui on en entend parler normalement (à moins d’avoir du caca dans les yeux, et dans les oreilles...) en tout début de classe de Quatrième, de façon assez allusive il est vrai, quand on effectue en cours une présentation générale de l’Europe aux temps modernes (cours d’ouverture de l’année de l’ancien programme).

    A retenir : c’est une guerre européenne, c’est une guerre de religion (entre chrétiens : catholiques contre protestants), c’est une guerre entre (entre autres protagonistes) Habsbourg et Bourbon, et c’est une terrible hécatombe humaine qui dévaste les Allemagne et une bonne partie de l’Europe centrale (citer chiffres).

    On ne peut guère en dire plus, car il faut penser au temps qui défile, au programme qui n’avance pas... (mais qu’il faudra néanmoins bien essayer de boucler...) et les adultes que vous êtes devenus oublient là que les adolescents d’aujourd’hui ne sont pas en mesure d’accepter plus de détails dans les contenus. On fait donc forcément dans le superficiel. Mais ça, c’est la demande sociale qui veut ça (i.e : larmes de crocodiles sur la prétendue vacuité des programmes, mais refus social de l’exigence scolaire).

    Prétendre que les programmes d’Histoire de Collège sont mal rédigés parce qu’on n’y parle pas davantage de la guerre de Trente ans est aussi fin et aussi peu fondé que d’affirmer que les programmes en sixième sont complètement nuls parce qu’on n’y raconterait pas par le menu la guerre des diadoques (et les combats d’Antigone monophtalmos, de Polyperchon et autre Démétrios Poliorcète...), ou les programmes de Cinquième complètement débiles parce qu’on n’y parle pas davantage de la Horde d’Or et des guerres hussites.

    Donnez nous des heures pour enseigner, rendez aux enseignants l’autorité qu’ils n’ont plus, arrêtez de déshabiller l’école de ses moyens, remettez la culture, la notion d’effort et l’exigence intellectuelle au coeur des apprentissages et on en reparle...

  • Le 12 décembre 2011 à 11:07, par Nicolas Delmas En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Deuxième série de réponse :

    @ Marie : Je ne nie pas l’existence de « forces culturelles et politiques » qui ont oeuvré pour l’unité de l’Europe, ni même le travail effectué par les chercheurs à ce sujet. Je conteste juste l’absence totale d’étude par les élèves durant leur scolarité. Ainsi, pour exemple, je n’ai étudié les Lumières que françaises. On ne nous enseigne pas les influences extra-françaises.

    @ Aymeric : Il n’y a aucune dérive. C’est juste l’enseignement qui est officiel, jamais la recherche :).

    Comme je l’ai déjà dit plus haut, ce manuel d’histoire franco-allemand fut un échec en raison de l’absence totale de volonté politique quant à sa diffusion. Messieurs Chirac et Schroder avaient oeuvré à ce projet qui s’est lamentablement effondré lorsque les dirigeants actuels l’ont abandonné. J’ajouterais deux choses qu’on oublie souvent :

    J’assume tout à fait le lourd héritage de l’Europe. Ensuite, nous ne voyons de tels événements que sous l’angle de notre pays. Mis à part une petite évocation de l’Habeas Corpus, l’installation de la démocratie en Angleterre ne fait l’objet d’aucun examen approfondi. Cessons donc de dire qu’il existe une étude européenne de l’histoire.

    L’histoire française est aussi faite de tous ces événements. Pourtant, enfants, nous nous concentrons sur les « bonnes périodes » que sur les mauvaises. C’est ainsi qu’on forge une identité à l’enfant.

    @ Ronan pour votre deuxième message Je ne reviendrai plus sur vos insinuations continuelles quant à son sens qui a besoin d’être éclairci puisque le sens de l’article ne vous convient pas :)

    Encore, une fois, ma citation de fin que vous reprenez ne renvoie pas à l’étude faite par les chercheurs de l’histoire dont le métier est justement de mettre en lumière des événements passés, mais à l’apprentissage de l’histoire qui nécessite toujours des choix. Vous vous trompez (à mon avis) lorsque vous avez l’air de croire que la démarche n’est pas pertinente sur le plan politique puisque justement, elle fait l’objet de suffisamment de commissions auprès de l’Education nationale pour avoir à mon sens toute sa pertinence. Si c’était aussi simple que vous le laissiez entendre, on laisserait les professeurs décider entre eux des sujets les plus pertinents. Il n’en est rien. Un bon exemple, dans un autre domaine (la littérature) fut le choix du Tome 3 des Mémoires du Général de Gaulle qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque.

    Un enseignement, comme l’a dit Florent plus loin, n’est jamais objectif. Il est fait de choix et est donc subjectif.

    Je comprends que vous soyez mal à l’aise. Après, il me semble que l’éducation nationale a pour but d’oeuvrer à la mise en place d’une identité chez l’enfant. Pourquoi donc ne pas imaginer de changer l’identité pour l’installer à un niveau européen ? La France a toujours assigné une, voire des, mission politique à son école. La IIIe République constitua l’apogée du phénomène puisqu’il s’agissait d’installer une culture laïque, une histoire et une langue communes, écrasant au passage les patois régionaux.

    Quant je constate aujourd’hui les pertes de repère des gens, je ne suis pas sur que l’ « instrumentalisation » de l’histoire lors de son enseignement à des fins d’identité soit si mauvaise que ça. Ce n’est en rien une raison pour y voir de la propagande ou me traiter de fasciste.

    Ensuite, je ne vous rejoins évidemment pas sur la place que doivent occuper mes propos. Il se trouve à titre d’information que le Taurillon est là pour véhiculer des débats d’idées, pas vos propres positions. Ainsi, l’année dernière, certains avaient proposé en une que le Maghreb rejoigne l’Union européenne. J’y suis pour ma part contre et j’avais exprimé mon désaccord. Pour autant, ils ont tout à fait le droit de partager leurs opinions et nous avons le devoir d’y répondre si nous ne les partageons. C’est ainsi qu’avance le débat et non en refusant certaines discussions. Pardonnez donc mes maladresses puisqu’elles semblent vous horripiler plus que de raison.

    L’Histoire est nécessairement tronquée. Sinon, trois heures n’y suffiraient pas. Certains choix peuvent donc être faits en faveur de l’Europe.

    Je ne suis pas d’accord avec vous sur certains personnages que vous avez cité. Charlemagne et Charles Quint notamment, ont voulu l’unité de l’Europe sous leur coupe certes et dans un dessein religieux pour le dernier puisqu’il voulait une Europe catholique. Louis XIV ou Napoléon n’ont vu qu’une Europe sous domination française. Je me permets donc de mettre des nuances dans vos propos. Et sans vouloir vous manquer de respect, vous vous rapprochez plus du point Godwin que moi en citant ces deux derniers que j’excluais de facto. Après, Napoléon est intéressant dans le sens où son histoire a créé des troubles dans toute l’Europe. Il demeure un bon sujet « commun », pas un « héros ».

    Oui, j’en ai bien conscience. Encore une fois, par les insultes, point de salut :).

    La limite est évidente. L’enseignement de l’histoire est toujours politiquement orienté. Visiblement, vous avez du mal à le reconnaître. Mais, c’est un fait toujours d’actualité.

    L’intérêt est simple. Construire une identité européenne en lieu et place d’une identité trop française. Cessez donc de voir l’enseignement de l’histoire (et non encore une fois l’histoire) comme un discours scientifique rationnel.

    Je ne crois pas qu’il existe d’identité européenne. Je pense au contraire qu’il faut la créer. Je me permets donc de m’interroger sur les moyens pour la faire naître.

    Quant à Ernest Renan, je me permets de trouver qu’il a toute sa place dans le débat actuel puisque sa définition de la nation se termine quand même par une espérance sur un futur européen. J’ai donc le droit de le trouver d’actualité. Si vous ne le trouvez pas déontologiquement recevable, tâchez de me dire pourquoi. De même, l’historien que je cite a toutes les marques de respectabilité.

    Si vous trouvez un pays qui arrive à former des citoyens aussi parfaits, donnez moi son adresse que j’aille m’y expatrier.

    Je réponds derrière vos étoiles par un double trait.

    Je pense au contraire que le sentiment d’appartenance est essentiel et caractérise l’être humain. On peut le déplorer. Mais, il me semble que c’est une réalité. Ensuite, l’Union européenne, même plus efficace, ne fera pas naître un tel sentiment, loin s’en faut. Pour la pérennité, c’était aussi avancé dans l’article. Le temps fera son oeuvre et personne ne sait où il nous mènera.

    Je vais être un peu provocateur. Mais, il me semble que la méthode employée ne fut pas un grand succès puisque le sentiment eurosceptique ne cesse de se déployer dans les consciences. Ce n’est pas en faisant toutes les réformes institutionnelles et politiques que l’on veut qu’on fera aimer l’Europe aux gens. Au mieux, ils cesseront de la critiquer ou de la rejetter. Pourtant, ne naîtra pas de sentiment d’appartenance. Je crois qu’il faut plus qu’une constitution et des institutions parfaites pour faire ceci. Il faut ancrer un sentiment. L’euro est déjà une première pierre. Mais, tant que nous parlerons 23 langues, attachées à nos histoires nationales, l’Union européenne ne sera pas au mieux.

    Encore un problème de maladresse. Mais, je ne crois pas à ce que vous dites, comme dit plus haut.

    Mais, rassurez vous d’autres au sein des JE travaillent sur des sujets qui vous tiennent à coeur, et pas les fariboles que vous dénoncez.

    @ Aymeric : J’ai tout à fait conscience de la difficulté, voire de l’impossibilité d’améliorer ne serait ce qu’un peu la vision européenne de l’histoire. Mais, c’est une idée. Et gardons nous de ne plus en formuler.

    @ Ronan : Je n’ai pas le temps de répondre encore à vos derniers messages. Néanmoins, un point fondamental m’oblige à intervenir. Je ne me permettrai pas de mettre en cause votre bonne foi. Néanmoins, je vais quand même être assez critique, en espérant ne jamais dépasser un certain seuil. Il est vrai que nos manuels d’histoire s’ouvrent sur d’autres civilisations extra-européennes. Pourtant, il demeure un véritable problème. Il y a un moment où la multiplicité des témoignages peut inviter à la réflexion. Je n’ai pas vu l’Union européenne dans ma scolarité. Quant à ma soeur, diplômée d’un bac ES cette année, elle ne l’a qu’abordée dans ses révisions pour préparer Science Politique. Je pense m’intéresser suffisamment aux programmes actuels et je constate que l’Union européenne demeure toujours le parent pauvre de l’Histoire. Elle n’est pas abordée et encore une fois, ce n’est pas parce qu’elle figure dans un programme qu’elle sera étudiée. En effet, justement, j’ai suffisamment fait d’actions Europe à l’école pour avoir acquis une certitude. Les professeurs font appel à nous parce que certains sont intéressés par l’Europe (une minorité) et beaucoup parce qu’ils ont des lacunes en ce domaine et me demandent de combler un vide. Par ailleurs, il existe encore une majorité de professeurs qui ne font pas appel à nous, preuve pour une bonne partie que l’Europe n’est pas toujours pas étudiée. J’ai eu tout au long de ma scolarité des professeurs différents. Aucun n’a abordé l’Union européenne ou la Communauté, ni même des événements sous des angles européens. Je n’ai pas passé mon bac il y a dix ans. Mais, il y a quatre ans. J’ai donc une certaine légitimité à donner mon avis, qui s’appuie aussi sur des discussions nombreuses avec d’autres personnes. Je me permets de relever la fausse vérité qui serait de croire que désormais, tous les jeunes sortis du secondaire en quelques connaissances sur l’Union européenne. Ils sont une très faible minorité. Vous m’accusez régulièrement d’être hors de propos, pour ne pas gâcher l’occasion de vous le faire ici remarquer. C’est une immense contre-vérité. Je suis sur qu’un banal test montrerait les évidentes lacunes. Quant aux actions EaE, elles révèlent souvent l’absence ou le peu de connaissances en la matière.

    Merci.

    Je répondrai au reste plus tard.

  • Le 12 décembre 2011 à 14:29, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Trois points :

    (1) Je serais fort étonné de devoir constater que Charles Quint ou Charlemagne (ou Henri IV) aient jamais voulu en leurs temps construire l’Europe, alors que l’idée même n’est pas encore dans les têtes de l’époque (ce qui est tout aussi absurde que prétendre que Clovis aurait prétendument voulu fonder la France actuelle) : soit parce qu’ils ne parlent pas même d’Europe, soit parce que l’Europe dont ils parleraient éventuellement n’a en fait abosulement et rigoureusement rien à voir avec celle qui vient. Parler de « projet européen » (ou « Europe ») quand on parle de ces personnages historiques, c’est jouer sur l’ambiguîté du fait que le terme « projet européen » (ou « Europe ») ne soit pas préalablement rigoureusement « défini » en amont, et c’est là abusivement projeter dans le passé des concepts de notre temps. C’est ce qu’on appelle un ... anachronisme.

    Le premier oeuvrait pour la suprématie des Habsbourg, l’autre pour une sorte de restauration de l’Europe romain d’Occident centrée sur les pays gallo-germains (à son profit personnel, éventuellement au profit de sa parentèle dynastique...), le troisième pour l’indépendance du Royaume de France et l’abaissement durable de l’Empire ; mais d’ « Europe » (?!) il n’était guère question dans tout ce qui leur tenait alors lieu de projet politique.

    Pour info, rappelons qu’une critique rigoureuse des écrits du ministre Sully tant à démontrer que le fameux projet « européen » si souvent attribué à Henri IV n’est en fait qu’un « fake » dont le seul et unique auteur est Sully, instrumentalisant ainsi la mémoire de son maître décédé depuis déjà une vingtaine d’années pour promouvoir et donner un peu plus de panache et de noblesse à des idées qui ne sont en fait que du ministre lui seul (quelle déception...).

    (2) Les actions « Europe à l’école » révèlent peu de connaissances chez les élèves ?! Hélas, car ce n’est pas parce que les élèves n’apprennent pas leurs cours que les cours ne sont pas faits ; c’est d’ailleurs là le grand malheur de l’école de notre temps : nous avons des salles de classes, des manuels scolaires fort bien faits (et si...) dont il m’est même arrivé d’avoir quelques exemplaires entre les mains, des journaux pédagogiques spécialisés pour tous niveaux (encore un exemplaire européen de « Mon Quotidien » à la maison...), du matériel haute technologie, des rétro et vidéoprojecteurs, des tableaux interactifs, des systèmes de visio-conférence, des sites internets, des jumelages inter-établissements, des enseignants (qui y croient encore ?!), des formations pédagogiques à n’en plus finir, des voyages scolaires, des concours ludiques organisés en partenariat avec le Mouvement européens lui-même, etc : il n’empêche que notre société à un problème avec son école et l’idée même de « transmission » (i. e : de la culture, des valeurs) ; et si c’est vrai sur ce thème là, ça l’est également pour bien d’autres encore. Mais cela, une fois encore, ne veut pas dire pour autant que les cours et les efforts ne sont pas faits !

    (3) Qu’est-ce qui n’est pas « déontologique » chez Ernest Renan ?! C’est de mettre délibérément l’Histoire au service d’un projet politique tout autre que celui de la seule instruction publique en soi (en toute neutralité politique, comme il se doit). Ce qui est d’ailleurs là la définition même d’une forme de propagande. Là on fait dire et on veut absolument faire dire à l’Histoire ce qu’elle ne dit pourtant pas, quitte à donner le sentiment qu’on cherche en fait à lui tirer les vers du nez ; d’ailleurs on veut du coup beaucoup trop lui faire dire, artificiellement (ce qui, à force de torturer les faits avérés, va bien finir par se voir...). De même qu’on demande peut-être beaucoup trop à l’école, notamment de sortir de son rôle fondamental d’instruction publique pour essayer de palier aux déficiences éducatives de notre société, voire de forger des identités (et puis quoi encore ?!).

  • Le 13 décembre 2011 à 12:18, par Marie En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Je plussoie Ronan : « Donnez nous des heures pour enseigner, rendez aux enseignants l’autorité qu’ils n’ont plus, arrêtez de déshabiller l’école de ses moyens, remettez la culture, la notion d’effort et l’exigence intellectuelle au coeur des apprentissages et on en reparle… »

    L’auteur ne semble pas avoir l’expérience ? la connaissance ? les deux ? pour aborder une question si complexe.

  • Le 13 décembre 2011 à 12:36, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Je relis, et je retombe sur cela : « Mis à part une petite évocation de l’Habeas Corpus, l’installation de la démocratie en Angleterre ne fait l’objet d’aucun examen approfondi. Cessons donc de dire qu’il existe une étude européenne de l’histoire. » et « je n’ai étudié les Lumières que françaises ».

    Là, c’est vraiment n’importe quoi : faudrait peut-être aller refaire un petit tour en Quatrième, et en classe de Seconde pour aller y voir ce qu’on y fait exactement en cours sur - par exemple - « La contestation du modèle de la Monarchie absolue, au XVIIIe siècle » (avec l’évocation du « Bill of Rights », de l’ « Habeas Corpus », des « Lettres Anglaises » de Voltaire, des écrits du suisse Rousseau, ainsi que de la « Déclaration d’indépendance des Etats-Unis », entre autre choses : tous textes et documents que les éditeurs ont d’ailleurs l’obligation légale d’insérer dans leurs manuels s’ils veulent bénéficier de l’appui de l’Institution). Quand je pense que j’ai même déjà travaillé dans un Collège classé ZEP de Seine maritime où on travaillait sur ce sujet en IDD avec même des extraits - traduits en Français, of course - de la « Magna Carta » ! Alors même que la représentation de la décapitation du roi Charles est un « must » incontournable qui figure en bonne place dans tous nos manuels.

    Franchement, c’est honteux. Comment peut-on se permettre volontairement d’affirmer gratuitement autant de choses à ce point fallacieuses, mensongères et inexactes ?! On franchement là aux frontières (dépassées) de la désinformation. C’est hallucinant. Sérieux, vous avez sauté cette classe ou vous avez déjà oublié tout ce que vous aviez alors fait en cours ?! (Si non : dîtes moi donc où vous étiez scolarisé afin que, dans l’avenir, je n’y mettes surtout pas mes gamins...).

  • Le 13 décembre 2011 à 14:07, par Aymeric L En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Et moi je reste scotché sur ça : "Quand je constate aujourd’hui les pertes de repère des gens, je ne suis pas sûr que l’« instrumentalisation » de l’histoire lors de son enseignement à des fins d’identité soit si mauvaise que ça."

    Vous avez de bonnes idées, Nicolas, mais certaines formules, même avec des guillemets, sont assez maladroites. "Instrumentaliser" est aussi synonyme de manipuler.

    Par ailleurs, je refuse toute posture identitaire.

    La république française, l’Allemagne fédérale, l’Espagne post-franquiste n’ont jamais eu besoin de l’idée d’identité pour se construire. L’expression "identité nationale" date des années 1980, elle n’est pas attestée avant. Le mot "identité" a été popularisé par Erving Goffman, qui l’utilisait dans une perspective communautariste.

    Pourquoi parlez-vous / parle-t-on tant d’"identité européenne" ? Qu’est-ce que ce mot nous apporte réellement ? Cette idée est-elle vraiment indispensable au projet européen ? J’aimerais bien qu’on se pose ces questions sérieusement au lieu de chercher en permanence à transformer un débat sur l’identité nationale en débat sur l’idée européenne, avec des conséquences qui, à mon avis, sont bien plus graves qu’on ne le pense.

  • Le 13 décembre 2011 à 14:35, par Nicolas Delmas En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Ronan Je perçois fort peu l’intérêt de cette énième réponse, tant vous sombrez dans la surenchère permanente. Néanmoins, par soucis d’explication, tant mes propos semblent vous scandaliser à chaque fois, j’interviens une dernière fois.

    Je reviendrai seulement sur certains points que je considère comme essentiel. Tant pis pour le reste.

    « Parce que s’il y a bien un thème qui est aujourd’hui répétée et rabâché à l’envie dans nos manuels, dans nos cours (en Quatrième, Troisième, Seconde, Première et Terminale), dans la formation continue (le fameux « PAF »), dans les activités extra-scolaires presque « ad nauseam », c’est désormais bien celui-là. » Ravi de voir que votre expérience européenne fut intense. Vous êtes bien l’un des rares et c’est tant mieux pour vous. Je me permets de vous contrarier avec ma propre expérience. Je vous invite donc à aller une fois à la sortie de différents lycées et à interroger les élèves qui en sortent sur les programmes qu’ils suivent actuellement. Ainsi, nous verrons sur place la vérité qui sort de la bouche des enfants.

    « A ce jour, aucun élève sortant du secondaire ne devrait désormais sortir du Lycée sans connaître par coeur la signification des symboles de l’Union, la liste d’une bonne demi-douzaine de Pères fondateurs de l’Europe, le fonctionnement du triangle institutionnel réactualisé « post-Traité de Lisbonne », ainsi que dates et pays concernés par les différentes élargissements, sans avoir entendu l’hymne à la joie ou sans avoir lu la déclaration du 9 mai, ou les propos de Victor Hugo sur le sujet. A moins d’avoir de lourds problèmes de mémoire, une certaine allergie au travail scolaire, une lourde allergie à l’égard de l’Union européenne voire absolument aucun intérêt pour le sujet. Mais on ne peut désormais plus prétendre que le sujet n’est absolument pas traîté en cours ! » J’aimerai vraiment que tous les élèves sachent, ne serait ce que la moitié de votre belle liste. Je constate pourtant pour voir des actions Europe à l’école (une trentaine désormais) que les élèves, tout âge confondu, sont incapables de me dire quel est l’hymne, que pense Victor Hugo, quel est le système institutionnel. Allez déjà leur demander le système institutionnel français. Vous pourrez alors constater par vous même les lacunes en la matière.

    « Ceux d’entre-vous qui participent au programme « Europe à l’école » des « Jeunes Européens France » en conviendront aisément. » Donc, non, je n’en conviens toujours pas

    « PS : La guerre de Trente ans, VXL, aujourd’hui on en entend parler normalement (à moins d’avoir du caca dans les yeux, et dans les oreilles…) en tout début de classe de Quatrième, de façon assez allusive il est vrai, quand on effectue en cours une présentation générale de l’Europe aux temps modernes (cours d’ouverture de l’année de l’ancien programme). » Ensuite, les programmes sont visiblement en retard sur vos propos puisque j’ai suivi suffisamment assidument l’Histoire en 4e (mes bulletins pourront vous le confirmer). Nous n’avons pas évoqué une telle guerre. Inutile de tenir des propos aussi puérils que « caca dans les yeux » et autres expressions analogues.

    « Les adultes que vous êtes devenus oublient là que les adolescents d’aujourd’hui ne sont pas en mesure d’accepter plus de détails dans les contenus. On fait donc forcément dans le superficiel. Mais ça, c’est la demande sociale qui veut ça » Je me permets quand même d’être en désaccord sur la question. Les adolescents sont en mesure d’accepter plus de détails. Ils n’en ont pas envie. Nuance importante.

    « Donnez nous des heures pour enseigner, rendez aux enseignants l’autorité qu’ils n’ont plus, arrêtez de déshabiller l’école de ses moyens, remettez la culture, la notion d’effort et l’exigence intellectuelle au coeur des apprentissages et on en reparle… » J’approuve. Mais, là n’est pas la question.

    « Les actions « Europe à l’école » révèlent peu de connaissances chez les élèves ?! Hélas, car ce n’est pas parce que les élèves n’apprennent pas leurs cours que les cours ne sont pas faits ; c’est d’ailleurs là le grand malheur de l’école de notre temps » Satisfait de voir qu’à quelques messages d’intervalle, vous reconnaissez que les élèves que vous décrivez comme ayant plein de connaissance », ont des lacunes. Changement radical et bienvenu. Je n’ai pas mis le paragraphe sur la surenchère de moyens existant aujourd’hui pour transmettre le cours. Mais, le problème de transmission des connaissances n’est ici pas propre à l’histoire, mais à toute l’éducation. C’est donc un sujet qui n’est pas dans le thème de l’article. Si vous voulez discuter et lancer un débat sur l’éducation nationale, j’approuve. Mais, sachez rester dans le sujet imparti.

    Je suis en accord avec Ernest Renan. L’école a et doit avoir d’autres missions que celle éducative. Après, contrairement aux politiques en place, je considère que donner d’autres missions à l’école ne peut se faire qu’en attribuant des moyens adéquats.

    @ Marie « L’auteur ne semble pas avoir l’expérience ? la connaissance ? les deux ? pour aborder une question si complexe. » Je vous remercie. Intéressante remarque.

    @ Ronan « Je relis » Pensez aussi à vous reposer.

    « Là, c’est vraiment n’importe quoi : faudrait peut-être aller refaire un petit tour en Quatrième, et en classe de Seconde pour aller y voir ce qu’on y fait exactement en cours sur - par exemple - « La contestation du modèle de la Monarchie absolue, au XVIIIe siècle » (avec l’évocation du « Bill of Rights », de l’ « Habeas Corpus », des « Lettres Anglaises » de Voltaire, des écrits du suisse Rousseau, ainsi que de la « Déclaration d’indépendance des Etats-Unis », entre autre choses : tous textes et documents que les éditeurs ont d’ailleurs l’obligation légale d’insérer dans leurs manuels s’ils veulent bénéficier de l’appui de l’Institution). Quand je pense que j’ai même déjà travaillé dans un Collège classé ZEP de Seine maritime où on travaillait sur ce sujet en IDD avec même des extraits - traduits en Français, of course - de la « Magna Carta » ! Alors même que la représentation de la décapitation du roi Charles est un « must » incontournable qui figure en bonne place dans tous nos manuels. » Encore une fois - et cette fois, heureusement la dernière, je suis ravi de voir figurer dans votre enseignement tant d’apports. Malgré tout, je me permets d’avoir eu une scolarité, ainsi que tous les gens que je fréquente, très différente de celles que je vous décrivais. Je ne nie pas l’existence d’un tel intitulé, ni même la présence de tels documents. Mais, depuis quand les documents mis en place dans un livre d’histoire sont étudiés ? Je n’ai jamais du utiliser plus du quart des documents dans mon manuel. Désolé de vous l’apprendre aussi brutalement. Mais, je n’ai jamais étudié la Magna carta jusqu’à ma première année de droit – preuve que le monde n’est pas encore foutu.

    « Franchement, c’est honteux. Comment peut-on se permettre volontairement d’affirmer gratuitement autant de choses à ce point fallacieuses, mensongères et inexactes ?! On franchement là aux frontières (dépassées) de la désinformation. C’est hallucinant. Sérieux, vous avez sauté cette classe ou vous avez déjà oublié tout ce que vous aviez alors fait en cours ?! (Si non : dîtes moi donc où vous étiez scolarisé afin que, dans l’avenir, je n’y mettes surtout pas mes gamins…). » Je ne me permets pas de telles choses, puisqu’elles sont vraies. Tant pis si elles vous déplaisent. Vous tombez dans l’insulte, l’insinuation, la moquerie. Vous n’avez plus d’autres armes ? Soit. Restons en là.

    Au passage : Collège Côte Radieuse Canet en Roussillon / Lycée Pablo Picasso Perpignan Vous voulez le nom de mes professeurs pour vérifier mes dires ? Vous seriez ainsi fort surpris.

    Amitiés européennes

  • Le 13 décembre 2011 à 19:51, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Merci à Ronan de nous tenir informé du contenu des programmes scolaires actuels. Il est est vrai que je n’ai pas fréquenté le collège ou le lycée depuis pas mal de temps maintenant. Je suis ravi d’apprendre par ton intermédiaire que les programmes semblent avoir évolués dans la direction que j’appelais de mes voeux mais perplexe de constater que les commentateurs plus jeunes semblent n’en avoir pas retenu la même chose.

  • Le 13 décembre 2011 à 22:40, par Jean-Paul En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Aymeric L

    Qu’est ce qui empêche la création d’un onglet « Version UE » sur le site du Taurillon ?

  • Le 14 décembre 2011 à 09:08, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    En résumé. On peut en effet toujours pinailler sur le temps accordé au traitement de la guerre de trente ans dans les programmes (deux, cinq ou dix minutes, de toute façon on ne pourra pas faire guère plus...) ou demander (comme Florent) un petit peu plus d’exhaustivité encyclopédique.

    Mais y’a juste un truc qui n’est absolument pas acceptable, c’est de dire que l’école, l’enseignement et l’histoire - dans le fond et sur le fond de l’affaire - à vrai dire on s’en fout et on est en fait prêt à dire scientifiquement absolument n’importe quoi (voire même à travestir les faits historiques...), peu importe, pourvu que le discours tenu soit le vecteur d’une idéologie.

    Si les JE-F et le Taurillon se mettent à tenir ouvertement un tel discours, ils vont très clairement passer aux yeux du monde éducatif dans son entier pour des idéologues, des fanatiques et des connards (pas terrible pour la crédibilité de l’association). Je ne sais pas dans quelle mesure le risque pris a été calculé, ou pas... A bon entendeur...

  • Le 14 décembre 2011 à 09:18, par Aymeric L En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @Jean-Paul

    Rien. La preuve : il y a en déjà une !

  • Le 14 décembre 2011 à 11:38, par Jean-Paul En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Aymeric L

    Elle est où ?

  • Le 14 décembre 2011 à 15:54, par Aymeric L En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @Jean-Paul

    Comme je vous l’ai dit : la version anglaise du Taurillon, qui s’appelle en fait « The New Federalist », est à proprement parler une version UE du Taurillon, dans la mesure où elle est gérée par la JEF-Europe et ne s’inscrit pas dans une approche nationale.

  • Le 14 décembre 2011 à 21:51, par Jean-Paul En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Aymeric L

    Oui mais il n’y a pas de multilinguisme. Juste anglais.

    Mais le Taurillon n’est pas une approche nationale non plus à ce que je sache ?

  • Le 15 décembre 2011 à 15:37, par Laurent Leylekian En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Allez, rentrons dans cette intéressante controverse et prenons partie (même si je n’ai pas tout lu parce que c’est vraiment très long).

    En gros, d’accord avec Nicolas, (et sans doute Aymeric et Valérie-Xavier) et pas d’accord avec Ronan : qu’on le veuille ou non, l’histoire - dans sa construction et dans son enseignement - sont des outils de légitimation et de domination politique. On le sait depuis longtemps : la filiation plus ou moins fantaisiste des capétiens à Clovis et des Français à Vercingétorix sont là pour en témoigner.

    La prétendue "analyse objective rationnelle et scientifique des faits passés et de leur articulation" est le plus souvent une vue de l’esprit. Non pas que la vérité historique n’existe pas mais que des filtres et des exhausteurs sont constamment mis en place pour amoindrir tel ou tel ensemble de faits signifiants et pour en mettre en exergue tel ou tel autre.

    Dans ce domaine comme dans d’autres, c’est précisément tout à l’honneur des sociétés démocratiques d’exercer leur sens critique pour approcher dynamiquement ce que fut réellement leur passé de la même manière qu’elles construisent dynamiquement leur avenir.

    Certes, cela n’est pas facile même à l’échelle de la France, Etat-nation par excellence, et c’est encore plus dur au niveau européen (d’où l’échec relatif du manuel franco-allemand pour ne pas parler des tentatives plus ou moins avortées Germano-Polono-Balte). On peut le regretter mais cela ne doit pas nous décourager.

    Au contraire, la vision de Ronan me paraît non seulement fausse mais diablement dangereuse. Il me semble que dans la droite filiation du lobby "Liberté pour l’Histoire", elle vise à exonérer les historiens de leur responsabilités sociales et politiques en leur conférant le privilège inouï d’un monopole sur l’interprétation du passé (et ipso facto sur notre identité présente). En vérité, les historiens ne sont pas plus objectifs en la matière que les autres groupes de pression et ils peuvent être tentés tout comme les autres d’introduire des biais divers en fonction d’orientations idéologiques (ou même moins avouables) variées. Demander aux seuls historiens de fournir un sens à notre histoire, c’est un peu comme demander à notre seul garagiste de choisir notre voiture à notre place ou à Areva de se prononcer seul sur la filière nucléaire. Il y aurait beaucoup à dire en la matière de la mainmise de quelques historiens de salon qui prétendent s’arroger des vérités historiques (y compris et surtout sur des sujets qu’ils n’ont pas pris la peine d’étudier) en balayant d’un revers de main toute opinion dissidente de la leur.

    Quand Ronan écrit "Parce que, très franchement, ça me gène vraiment de voir là assignée une mission très clairement politique (et, sans équivoque, politiquement orientée, quasi ouvertement…) à un enseignement de nature culturelle (à dimension civique, certes, mais tout de même…)" on peut le suivre. Mais quand - de toute façon - cette mission est nécessairement politique, autant qu’elle soit démocratiquement élaborée.

    A cette égard, je suis horrifié de lire "Vu les controverses politiques que cela déclenche (et les « orientations » et instrumentalisations que les uns souhaitent, ou pas…) il me semble décidément que ce n’est pas au « grand public » de décider ce qui doit être enseigné ou pas : rôle qui doit être réservé aux spécialistes et scientifiques. C’est sans doute pas « démocratique » mais ça évitera qu’on tombe dans le grand n’importe quoi pour l’enseignement d’une matière aussi sensible". Ce que Ronan appelle de ses voeux, ce ne sont plus des enseignants, ce sont des prêtres !

    Cette position me paraît d’ailleurs incohérente car lorsque - de son propre aveu - on "s’échine depuis fort longtemps (voire dans les colonnes mêmes de ce webzine…) à essayer de « neutraliser » l’Histoire, et d’en dénoncer les instrumentalisations politiques successives", on se donne précisément en la matière un objectif politique.

    Et qu’elle est cet objectif politique ? C’est celui de substituer à la confrontation démocratique et argumentée des opinions, la doxa d’une technocratie comme les autres, celle des historiens, comme Lyssenko l’avait fait en matière de biologie. A cet égard, les propos où Ronan se "demande d’ailleurs même si, dans une certaine mesure, il est vraiment très pertinent que des propos comme ceux de cet article (très militants et, quelque part, très dérangeants ; en tout cas très maladroits) figurent ainsi sur un site public où n’importe qui tombant dessus pourrait s’imaginer qu’ils reflètent une ligne politique propre à l’association. Ou alors tout ça est fort maladroit. Mais même en « interne » je suppose - rassurez-moi - que rien de tout cela ne se dit ainsi, si ?!" sont édifiants en même temps qu’ils me paraissent absolument contradictoires avec les aspirations globalement démocratiques du Taurillon.

    Ceci dit, Ronan a raison sur un point : les cours d’histoire du secondaire sont extrêmement chargés en France à force de vouloir parler de tout.

  • Le 15 décembre 2011 à 16:56, par Roni En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Attention à ne pas remettre en cause l’Histoire

    L’intention de l’article, au vu de son titre est juste un appel à réfléchir, « serieusement » sur l’idée d’unité européenne au fil des siècles.

    Comme par exemple fédéralisme venant du mot « feodus » « traité » et signifiant l’intégration des peuples barbares (Francs,Lombards etc...) à l’Empire romain. C’est un lien évident, sauf preuve du contraire de l’idée européenne. A nuancer bien sur.

  • Le 15 décembre 2011 à 17:02, par Marc En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    « feodus » voulant plutot dire « alliance »

    Source : wikipedia, article « fédéralisme », Chapitre « Origines »

  • Le 15 décembre 2011 à 17:03, par Roni En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Marc

    Ah oui tu as raison, autant pour moi

  • Le 15 décembre 2011 à 18:06, par Julien En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    "Le fait principal de l’histoire des Lombards, répétons-le, n’est pas documenté du tout : il s’agit de l’entrée massive des descendants des Romains dans le peuple lombard, notamment marquée par l’expansion de l’onomastique [étude des noms propres] lombarde dans toute la société – plus lentement dans les couches inférieures.

    Mais cette intégration des Romains – parallèle à ce qu’on observe au profit du peuple franc dans la France du Nord – et l’acculturation des Lombards n’ont anéanti ni le particularisme, ni le sentiment national." Jean-Pierre Martin Directeur de recherche au CNRS http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_lombards_derniers_barbares_du_monde_romain.asp

  • Le 16 décembre 2011 à 10:28, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Et moi, Laurent Leylekian, je pense qu’il y va de l’honneur de tout historien, de tout enseignant et de tout citoyen de s’opposer radicalement à tout début de commencement de falsification de l’histoire visant à une manipulation des esprits. Ici, s’agit-il là de relater l’Histoire ou de se raconter des histoires ?!

    Par ailleurs, à titre personnel, ne connaissant strictement rien à la mécanique des fluides, à la physique quantique, à la chirurgie faciale, à l’architectonique, à la botanique, à la guérison du cancer ou encore (entre autres bricoles) à la confection de ma baguette de pain, je m’abstiens sagement d’affirmer quoi que ce soit sur le sujet, les laissant aux spécialistes duement formés pour ce faire.

    En revanche, on constatera un peu partout qu’en matière d’Histoire (ou d’enseignement), n’importe qui peut en effet affirmer absolument n’importe quoi, partout, tout le temps (voire donner des leçons aux enseignants quant à leur façon d’exercer leur métier...). Cherchez l’erreur...

  • Le 16 décembre 2011 à 16:41, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Par ailleurs, M. Leylekian, ne vous en déplaise, mais le déroulé des événements du passé tels qu’ils sont effectivement advenus ne saurait substantiellement changer en fonction de la versatilité des votes publics (dont on peut, en effet, douter qu’ils soient scientifiquement informés sur la question).

    Le passé est le passé, et ne saurait être changé, même par vote solennel de qui que ce soit. A moins - en effet - de souscrire à l’idée de « vérité officielle », idée qui est d’ailleurs davantage la votre que la mienne.

    On notera là, au passage, que vous faites là preuve d’amalgame et de mauvaise foi en m’attribuant des propos qui ne sont certainement pas les miens (mais diamétralement l’opposé...). Mauvaise foi dont vous êtes coutumier du fait, ici ou ailleurs, d’ailleurs.

    D’ailleurs, notez bien que ce qui m’horrifie, ce n’est certes pas l’ouverture d’un débat épistémologique sur l’enseignement de l’histoire (après tout, pourquoi pas...) (et ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cela se fait ici...), mais bien que certains cherchent ici à répondre à cette délicate question par l’instauration d’une vérité officielle idéologiquement orientée (soit disant « européenne », en l’occurrence...).

    Ce qui m’inquiêt(ait) alors également, c’est que les JE-France puissent là éventuellement laisser à croire, par maladresse, qu’ils puissent prendre position en faveur d’une quelconque option en faveur d’un discours de « vérité officielle » (« européenne », donc...). Mais je crois avoir reçu, là et depuis lors, une réponse précise à cette question, à savoir que non (soupirs de soulagement quant à l’image de l’association auprès des milieux de l’éducation...).

    Bref : seule la recherche peut nous éclairer sur ce point de ce fut le passé. L’enseignement (régulièrement réactualisé à la lumière des travaux de recherches...) se devant de lui être fidèle autant que possible. A ce titre, il n’y a pas de vérité officielle à enseigner, il y a surtout une vérité à objectivement tenter de rechercher (nuance...), voire essayer de retranscrire... pour laisser à chacun la possibilité de se faire librement une opinion scientifiquement fondée, sans le formatage « parasite » d’un discours idéologique de quelque nature que ce soit (« européen » ou autre).

    Au risque de se répéter : « Un enseignement européen de l’Histoire », ça m’horrifie autant qu’un « enseignement nationaliste (ou écologiste) (ou religieux) (ou athée) (ou je ne sais pas quoi) de l’histoire » ; de même, en fait, que tout autre discours « militant » quant aux contenus d’une discipline dont on souhaiterait qu’elle soit vraiment « scientifique », et pas que « jus de crâne » à la discrétion du premier idéologue venu.

  • Le 16 décembre 2011 à 16:59, par Eglantine En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Si quelqu’un pouvait m’éclairer sur les liens et les limites entre une association (non-politique) et l’Histoire ?

    Jusqu’où va la liberté d’expression ?

    Sans s’exprimer on ne rencontre pas de contradiction et on reste dans son univers ? Non ?

  • Le 16 décembre 2011 à 17:48, par Jonathan Leveugle En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Bonjour à tous,

    Je suis heureux de voir que le débat reste de qualité sur le Taurillon et que nous offrons la possibilité à de multiples personnes de s’exprimer.

    Je voudrais rappeler certaines choses qui me semblent nécessaires pour éviter les amalgames.

    Le nom des Jeunes Européens-France a été mentionné et un lien semble se former entre cet article et la position des JE-France.

    Pour que les choses soient claires, il y a une distinction entre les prises de position des JE-France et les articles publiés sur le Taurillon. Autrement dit, chaque article n’est pas synonyme d’une prise de position de l’association.

    IL NE FAUT SURTOUT PAS VOIR DANS CET ARTICLE, OU DANS D’AUTRES, UNE PRISE DE POSITION DES JEUNES EUROPÉENS-FRANCE !!!!

    Si l’association décide de s’exprimer dans le Taurillon, elle le précise et publie alors des communiqués de presse (pour exemple : [http://www.taurillon.org/Les-Jeunes…]).

    Le Taurillon est le média qui permet aux membres de l’association et à des personnes partageant nos idées, de s’exprimer. Ils ne le font pas au nom des JE-France.

    Le Rédacteur en chef du Taurillon est élu par le Conseil d’Administration des JE-France et a pour fonction de veiller à la ligne éditoriale de notre webzine. Il veille à ce que les articles répondent à certains critères (sérieux des sources, qualité de l’analyse…). Il a pour fonction de garder une certaine unité dans la publication, le sérieux des articles et la défense des idées fédéralistes.

    Il est évident que certains articles peuvent amener un débat, et il est sain dans une association démocratique et transpartisane que ce débat ait lieu. Cet article en est un bel exemple.

    Pour finir, le Taurillon maintient le choix de la publication de cet article. Il ne prend pas position sur la question mais a pour volonté de soumettre cette idée à débat auprès des lecteurs. Cet article apporte un point de vue argumenté qui mérite d’être lu. L’interprétation est ensuite libre et chacun pourra se faire son opinion au vu de ce qui est écrit.

    Merci à tous les lecteurs du Taurillon.

    Cette précision me semblait importante.

    Jonathan LEVEUGLE

    Rédacteur en chef du Taurillon

  • Le 16 décembre 2011 à 18:50, par Laurent Leylekian En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Merci Jonathan de votre mise au point. Je crois que la plupart d’entre nous - mais sans doute pas tous - avions bien compris que cet article ne représente en rien la position des J.E-F, pas plus que celle du Taurillon mais simplement une opinion à débattre.

    Ronan, nous nous sommes certainement déjà opposés sur ce point comme sur d’autres mais j’ai du mal à comprendre la raison de votre ton agressif qui tranche singulièrement avec l’absence de passion que vous prétendez mettre à l’étude de l’Histoire.

    Pourquoi serais-je de mauvaise foi ? Où vous ai-je attribué des propos qui ne seraient pas les vôtres ? (message 37)

    Dans votre message 36, vous écrivez Par ailleurs, à titre personnel, ne connaissant strictement rien à la mécanique des fluides, à la physique quantique, à la chirurgie faciale, à l’architectonique, à la botanique, à la guérison du cancer ou encore (entre autres bricoles) à la confection de ma baguette de pain, je m’abstiens sagement d’affirmer quoi que ce soit sur le sujet, les laissant aux spécialistes duement formés pour ce faire. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’avoir un avis d’expert sur ces questions mais bien de prendre en démocratie des décisions politiques sur la base des avis d’experts sur ces questions.

    Après tout, nous sommes ici sur un média politique me semble-t-il ? Poursuivons votre raisonnement : nous ne connaissons rien à la physique quantique ? Ne disons plus rien sur la politique scientifique de l’UE ; rien sur la chirurgie faciale ? taisons-nous sur la politique médicale de l’UE ; rien sur la baguette de pain et autre affaires agroalimentaires ? N’évoquons pas la PAC et d’ailleurs comme je doute que nous soyons vraiment experts en droit européen (en tout cas pas moi), ne parlons plus du projet européen et fermons le Taurillon.

    Encore une fois, je pense que la discipline historique - et à fortiori son enseignement - ne jouissent d’aucun statut privilégié qui leur permettent d’être exonéré d’un examen critique démocratique contrairement à ce que voudrait un certain lobby (pour le coup c’en est un).

  • Le 16 décembre 2011 à 19:14, par Laurent Leylekian En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    A Ronan (et à tous), et je m’arrêterai là car je sais que nous ne parviendrons pas à nous convaincre mutuellement, je conseille la lecture de la généalogie de la morale de Nietzsche et tout particulièrement le paragraphe 26 :

    "L’histoire moderne, considérée dans son en­semble, affirmerait-elle par hasard une attitude plus confiante en face de la vie et de l’idéal ? Sa suprême prétention, c’est aujourd’hui d’être un miroir ; elle rejette toute téléologie ; elle ne veut plus rien « prouver » ; elle dédaigne de s’ériger en juge, et croit montrer par là son bon goût, — elle affirme aussi peu qu’elle nie, elle constate, elle « décrit »… Tout cela est certainement de l’ascé­tisme, mais à un plus haut degré encore, du nihi­lisme, qu’on ne s’y méprenne pas ! On remarque chez l’historien un regard triste, dur, mais réso­lu, — son œil regarde au loin devant lui, comme regarde l’œil d’un navigateur polaire (peut-être pour ne pas regarder en lui, pour ne pas regarder en arrière ?…) Partout de la neige, la vie est muette ici ; les dernières corneilles dont on entend la voix croassent : « A quoi bon ? », « En vain ! », et Nada ! » — rien ne pousse et ne croît plus ici, si ce n’est la mé­taphysique pétersbourgeoise et la « pitié » à la Tolstoï. Pour ce qui en est de cette autre variété d’historiens peut-être plus « moderne » encore, sensuelle en tout cas et voluptueuse, faisant des yeux doux à la vie tout comme à l’idéal ascétique, qui se sert du mot « artiste » comme d’un gant, et monopolise aujourd’hui l’éloge de la vie contem­plative : oh ! que ces doucereux intellectuels vous donnent soif d’ascètes et de paysages d’hiver ! Non ! que le diable emporte toute cette tourbe « contemplative » ! Combien je préfère encore errer avec les historiens nihilistes à travers les brumes moroses, grises et froides ! — bien mieux, je consens, à supposer qu’on m’oblige à faire un choix, à prêter l’oreille même à un esprit peu doué pour l’histoire, antihistorique (comme ce Dûhring dont la parole enivre aujourd’hui en Allemagne une fraction du prolétariat intellectuel, une variété timide encore et un peu honteuse de « belles âmes », la species anarchistica). Les « contemplatifs » sont cent fois pires — je ne sais rien qui me cause plus de dégoût qu’un de ces fauteuils « objectifs », un de ces mignons parfumésde l’histoire, mi-prêtre, mi-satyre, dans le goût de Renan, et qui trahit déjà par le fausset aigu de ses homélies ce qui lui manque, par où il est incomplet, où les cruels ciseaux des Parques ont exercé leur office, hélas ! trop chirurgical ! Voilà qui révolte mon goût et aussi ma patience : que celui qui n’a rien à perdre conserve sa patience en face d’un tel spectacle, — moi, je suis exaspéré, l’aspect de ces « voyeurs » m’irrite contre toute cette « comédie » plus que la comédie elle-même (je veux dire l’his­toire, on m’entend bien), je sens alors des fantaisies anacréontiques me monter au cerveau. Dame na­ture qu » pu taureau donna les cornes et au lion le Xowfi.’ûSêvToov, pour quoi faire me donna-t-elle le pied ?… Pour ruer, par saint Anacréon ! et non pas seulement pour me sauver ; pour fouler aux pieds ces chaires vermoulues, ces lâches contemplatifs, ces concupiscents eunuques de l’histoire, tous ces raccrocheurs de l’idéal ascétique, cette impuis­sante tartuferie de la justice ! Tous mes respects pour l’idéal ascétique, tant qu’il est sincère, tant qu’il a foi en lui-même et qu’il ne joue pas la comé­die. Mais je ne puis souffrir toutes ces coquettes punaises qui mettent leur ambition sans frein à flairer l’infini jusqu’à ce que l’infini fleure la punaise ; je ne puis souffrir ces sépulcres blanchis qui parodient la vie, je ne puis souffrir ces êtres fatigués et aveulis, qui se drapent dans la sagesse et se donnent un regard « objectif »  ; je ne puis souf­frir ces agitateurs travestis en héros, qui ceignent leur tête d’épouvantail à moineau du heaume magique de l’idéal ; je ne puis souffrir ces comé­diens ambitieux qui voudraient jouer les ascètes et les prêtres, mais ne sont que de tragiques pan­tins ; et je ne puis les souffrir non plus, ces nou­veaux trafiquants en idéalisme, ces antisémites qui aujourd’hui tournent des yeux, frappent leur poi­trine de chrétiens, d’Aryens et de braves gens, et par un abus exaspérant du truc d’agitateur le plus banal, je veux dire la pose morale, cherchent à sou­lever tout l’élément « bête à cornes » d’un peuple (— - s’il n’est pas de hâblerie intellectuelle qui dans l’Allemagne d’aujourd’hui n’obtienne quelque succes, cela tient à l’indéniable et déjà manifeste appauvrissement de l’esprit allemand, appauvrisse­ment dont je cherche la cause dans une nourriture trop exclusivement composée de journaux, de poli­tique, de livre et de musique wagnérienne ; à quoi il faut ajouter encore les causes qui expliquent le choix même d’un tel régime : l’exclusivisme et la vanité nationale, le principe fort mais étroit : « l’Allemagne, l’Allemagne par-dessus tout », ensuite aussi la paralysie agitante des « idées mo­dernes »). L’Europe d’aujourd’hui est riche avant tout en excitants ; il semble que rien ne lui soit plus indispensable que les stimulants et les eaux-de-vie : de là aussi cette vaste falsification de l’idéal, cette eau-de-vie de l’esprit ; de là aussi cette atmosphère répugnante, empestée, chargée de mensonge et de pseudo-alcooî, que l’on respire partout. Je voudrais savoir combien de cargaisons d’idéalisme en toc, de travestissements héroïques, de crécelles grandiloquentes, combien de tonnes de sympathie édulcorées et alcoolisées (— raison sociale : « la religion de la souffrance »), combien de paires d’échasses pou,r « noble indignation » à l’usage des pieds-plats intellectuels, combien de comédiens de l’idéal chrétien et moral devraient être exportés d’Europe pour que l’air y fût quelque peu assaini… Évidemment cette surproduction pourrait donner matière à un nouveau commerce ; évidemment il y a une nouvelle « affaire » â entre­prendre avec un petit assortissement d’idoles et d’ « idéalistes », — sachez mettre à profit cette indication ! Qui aura le courage de tenter l’entre­prise ? — nous avons en main tout ce qu’il faut pour « idéaliser » la terre !… Mais pourquoi parler de courage : une seule chose est nécessaire ici, je veux dire une main, une main peu scrupuleuse, oh ! combien peu !… "

  • Le 16 décembre 2011 à 20:48, par Gérard En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ Jonathan Leveugle

    « Il a pour fonction de garder une certaine unité dans la publication, le sérieux des articles et la défense des idées fédéralistes. »

    Juste, petite remarque, je me permet... d’ajouter que la ligne éditoriale doit être aussi en lien avec l’Europe. cf. « Jeunes Européens »

    Il y a surement d’autres sites gérés par les « Jeunes fédéralistes ».

  • Le 16 décembre 2011 à 20:52, par Laetitia En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    Extrait des statuts de l’association des Jeunes Européens France

    "Article 3 - Objet et moyens

    L’association « Les Jeunes Européens-France » a pour objet de rassembler les Jeunes désireux d’agir en faveur de la construction européenne et de promouvoir une union politique fédérale européenne. "

  • Le 16 décembre 2011 à 23:21, par Laetitia En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    « Il ressort de cette étude que l’appartenance européenne repose avant tout sur une histoire européenne commune, et ce bien avant la constitution d’une entité politique comme l’Union européenne. En revanche, cette entité qu’est l’Union européenne devient déterminante dès lors qu’il s’agit d’asseoir et d’accroître ce sentiment, notamment par le biais de la politique culturelle conduite par l’Union. »

    http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/communiq/donnedieu/ipsospat07.html

  • Le 18 décembre 2011 à 11:18, par ? En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    @ M. Leylékian :

    Merci Jonathan de votre mise au point. Je crois que la plupart d’entre nous - mais sans doute pas tous - avions bien compris que cet article ne représente en rien la position des J.E-F, pas plus que celle du Taurillon mais simplement une opinion à débattre.

    > Il y avait un risque que ce ne soit pas le cas. Auquel cas, si cela avait le cas, l’énorme volée de bois vert à laquelle les JE-Européens s’exposaient auprès du monde éducatif aurait alors relégué mes quelques petites critiques au rang d’aimables gentillesses...

    Ronan, nous nous sommes certainement déjà opposés sur ce point comme sur d’autres mais j’ai du mal à comprendre la raison de votre ton agressif qui tranche singulièrement avec l’absence de passion que vous prétendez mettre à l’étude de l’Histoire.

    > Parce que voir en permanence la parole des experts démonétisée, voir en permanence des idéologues essayer de s’approprier l’histoire pour mieux tenter de l’instrumentaliser à leur seul profit, voir l’histoire devenir un objet du café du commerce où n’importe qui peut en permanence dire absolument n’importe quoi sur le sujet sous prétexte de « débat public », au bout d’un moment, y’en a marre.

    Pourquoi serais-je de mauvaise foi ? Où vous ai-je attribué des propos qui ne seraient pas les vôtres ? (message 37)

    > Précisément parce que vous me reprochez de vouloir diffuser un discours officiel, alors que mon propos, c’est rigoureusement l’inverse !

    Dans votre message 36, vous écrivez Par ailleurs, à titre personnel, ne connaissant strictement rien à la mécanique des fluides, à la physique quantique, à la chirurgie faciale, à l’architectonique, à la botanique, à la guérison du cancer ou encore (entre autres bricoles) à la confection de ma baguette de pain, je m’abstiens sagement d’affirmer quoi que ce soit sur le sujet, les laissant aux spécialistes duement formés pour ce faire. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’avoir un avis d’expert sur ces questions mais bien de prendre en démocratie des décisions politiques sur la base des avis d’experts sur ces questions.

    Après tout, nous sommes ici sur un média politique me semble-t-il ? Poursuivons votre raisonnement : nous ne connaissons rien à la physique quantique ? Ne disons plus rien sur la politique scientifique de l’UE ; rien sur la chirurgie faciale ? taisons-nous sur la politique médicale de l’UE ; rien sur la baguette de pain et autre affaires agroalimentaires ? N’évoquons pas la PAC et d’ailleurs comme je doute que nous soyons vraiment experts en droit européen (en tout cas pas moi), ne parlons plus du projet européen et fermons le Taurillon.

    > On peut certes parler de tout (et, pourquoi pas, pour ne rien dire...), mais il serait peut-être légitime de reconnaître aux experts leur qualité d’experts ainsi que leur compétence.

    Je ne suis pas sûr que la démocratie ait beaucoup à gagner (sinon une énorme confusion) si, à parité totale avec les experts (voire dans le dénigrement de ceux-ci...) n’importe peut affirmer n’importe quoi sur un sujet qu’il ne maîtrise à l’évidence surtout pas.

    Il ne s’agit pas de brider la liberté d’expression, il s’agit juste d’appeler chacun à peut-être faire preuve d’un peu de modestie : après tout, pour ma part il y a en effet une quantité de domaines sur lesquels je ne connais absolument rien et à propos desquels je ne m’autorise qu’à une seule chose : fermer ma gueule (plutôt que de polluer inutilement le débat public en propos qui seraient en fait ... non fondés).

    Encore une fois, je pense que la discipline historique - et à fortiori son enseignement - ne jouissent d’aucun statut privilégié qui leur permettent d’être exonéré d’un examen critique démocratique contrairement à ce que voudrait un certain lobby (pour le coup c’en est un).

    > Et moi je ne vois vraiment pas pourquoi cette discipline là devrait - bien plus qu’une autre - subir l’accaparement politique que vous lui promettez, sous prétexte d’examen démocratique : prélude en fait à la mise en place d’une « vérité officielle » qui, pour « démocratique » (?!) qu’elle soit, n’aurait néanmoins absolument rien de scientifiquement fondé.

    Ce n’est pas aux politiques d’écrire ou de réécrire l’histoire. Ni aux idéologues non plus. Et pas davantage à ceux qui n’y connaissent absolument rien d’ailleurs.

    Moi, est-ce que je me mêles de l’enseignement de maths fait par mon voisin prof de math ?! Non. Est-ce que je me permets de juger de l’élaboration du pain quotidien par le boulanger du coin ?! Pas davantage. Est-ce que je pousse le bouchon jusqu’à donner des leçons de plomberie à mon plombier ?! Manquerait plus que ça. Alors que chacun fasse donc correctement son boulot dans son propre domaine de compétence, sans chercher à pourrir la vie de son voisin : la société ne s’en portera que mieux.

  • Le 18 décembre 2011 à 11:50, par Ronan En réponse à : Pour un enseignement européen de l’histoire

    En résumé (même si ça devait ne pas plaire à tout le monde...) :

    Quand un camp politique (quel qu’il soit) cherche à mettre la main sur un champ disciplinaire, cherchant ainsi à mettre une discipline scientifique au service d’une cause politique (quelle qu’elle soit), la communauté scientifique (et ses assimilés, dont sont plus ou moins vaguement partie prenante les enseignants...) n’ont qu’une seule réponse acceptable à apporter : « Bas les pattes ! »

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